vignette|Drapeau de la Wallonie (1998) inspiré du tableau Le coq hardi peint par Pierre Paulus en 1913. Le Mouvement wallon désigne l'ensemble des mouvements politiques belges francophones qui revendiquent l'existence de la Wallonie comme entité autonome et défendent l'identité de son peuple. C'est également cet ensemble de mouvements qui défend les langues et la culture françaises et wallonnes face aux revendications flamingantes, que ce soit pour préserver la domination du français dans le cadre de la Belgique unitaire suivant la révolution de 1830, ou pour soutenir les droits linguistiques des francophones de Belgique au sens largeVoir la définition de Paul Delforge dans « Introduction méthodologique » à l'Encyclopédie du Mouvement wallon : « Sont considérés comme militants wallons tous ceux qui ont participé à l’affirmation politique de la Wallonie, de manière tangible, de près ou de loin, dans une organisation ou à titre individuel, par leurs discours, leurs écrits, leurs engagements ou leurs fonctions. Le Mouvement wallon est lui-même défini par l’ensemble des organisations et groupements dont le programme est centré sur l’émancipation politique de la Wallonie ; à ces associations s’ajoutent les partis politiques qui portent cette revendication sur le terrain électoral et contribuent à la concrétisation des objectifs des associations et des militants qui les ont précédés. Le Mouvement wallon est considéré dans ses composantes les plus larges : défenseurs du fédéralisme, du séparatisme, de la réunion à la France, de l’une ou l’autre forme de décentralisation ; les défenseurs de la langue et de la civilisation françaises se confondent avec les défenseurs d’une Wallonie considérée comme seule capable de redresser son économie et de préserver ses libertés. ». Ce mouvement agit dans une perspective linguistique, politique et socio-économique. Représenté par des courants multiples, il a conduit, par ses actions, à des transformations des institutions de l'État belge et sa régionalisation en vue de la création de la Région wallonne.

Histoire

vignette|Jules Destrée. On s'accorde à prendre 1880 comme point de repère initial du mouvement politique wallon, avec la fondation d'un Mouvement de défense wallonne et francophone, en réaction aux premières lois linguistiques des années 1870. Pour des historiens comme Lode Wils, le mouvement est né comme un mouvement de colonisation administrative de la FlandreLode Wils, Histoire des nations belges, Ed. Labor, 2005, p. 207.. Par la suite, il prendra le caractère d'un mouvement revendiquant l'existence d'une Wallonie et d'une identité wallonne, sans abandonner cependant la défense du français. Une Wallonie revendiquée timidement à partir de 1898, mais qui devient la principale revendication dès 1905 avec, comme points d'orgue, le Congrès wallon de 1912 et la Lettre au Roi de Jules Destrée.

La Première Guerre mondiale, et le ravivement de patriotisme national qu'elle suscite, mettront un frein au mouvement qui, dans le même temps, connaît des dissensions. Dès 1930, des militants wallons se rassemblent sous le patronage de la Concentration wallonne, où renaissent les idées radicales de 1912, qui donneront lieu aux lois linguistiques de 1932. Durant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux militants wallons se distinguent au sein de la Résistance en formant divers groupements clandestins. Ce conflit mondial radicalisera encore plus le mouvement qui, pour la première fois, parle d'idées indépendantistes, et qui conduira à sa participation active à la Question royale en 1950. Une accalmie s'ensuit, longue d'une décennie, qui prend fin avec la Grève générale de l'hiver 1960-1961 avec, à sa tête, André Renard, et qui allie action syndicale et combat wallingant.

La Question royale de 1950 et la Grève générale de 1960-61 représentent certainement les deux principaux évènements de l'histoire du mouvement, autant par leur intensité qu'en termes d'influence.

En 1962, c'est lors de l'établissement des nouvelles frontières linguistiques que surgira le problème de Fourons.

Fondements Langue française

Le principal fondement de la pensée commune à tous les courants du Mouvement wallon est la promotion et la défense de la langue française. Dans son Catéchisme du Wallon, le comte Albert du Bois répond à la demande : « Démontrez-moi que les Wallons possèdent les traits distinctifs de la nationalité française » par : « C'est trop facile : nous parlons le français et nous ne parlons que le français ». L'unilinguisme en français est l'une des revendications principales du Mouvement wallon, y compris aux dépens des dialectes de la Belgique romane.

Les militants wallons considèrent les Wallons comme une « communauté de langue française »José Fontaine, La Conférence des peuples de langue française, (page consultée le ) <http://www.vigile.net/archives/ds-chroniques/docs5/jf-149.html>.

Il existe néanmoins des militants wallons qui défendent le bilinguisme, comme Fernand Cocq.

Wallonie

Concept né en 1886«De même, si, pour dresser l'histoire de l'affirmation de la Wallonie, nous avons pris comme point de départ la naissance du concept dans son sens actuel - en 1886 -» ., la Wallonie se trouve au centre de la pensée du mouvement wallon où elle est à la fois « Terre romane » et projet de société. Elle s'est concrétisée par la création de la Région wallonne en 1970« Il est vrai que […] allait se dégager l'accord sur la création de la Région wallonne, la thèse de la réforme de l'État basée sur les provinces allait rendre la vie difficile aux partisans de la création d'une entité de droit public sur base du concept de Wallonie. » Jean-Paul Demacq, Discours d'ouverture in La province, une institution à redéfinir. Actes du colloque organisé le 30 janvier 1996, Institut Jules Destrée, Charleroi, 1996. .

L'idée qu'une terre romane appelée « Wallonie » existe devient vite incontournable dans la pensée du Mouvement wallon, surtout en la présentant comme « un territoire inviolable aux frontières intangibles ». L'unilinguisme du français revendiqué pour la terre wallonne est aussi un rejet du néerlandais considéré comme une arme de conquête du Mouvement flamand qui doit être combattue « dans ses tendances envahissantes en Wallonie » et dont l'usage pourrait permettre l'enracinement du cléricalisme au sud de la frontière linguistique.

Des historiens comme Maarten Van Ginderacter ou Eliane Gubin« À partir de courants différents, un processus analogue d'identification à la terre des aïeux, au sang, à l'enracinement s'amorce en Wallonie. » Jean Stengers et Eliane Gubin, Le grand siècle de la nationalité belge: de 1830 à 1918. Histoire du sentiment national en Belgique des origines à 1918, t. 2, Éd. Racine, Bruxelles, 2002, . analysent même l'importance de la Wallonie comme une vérité immanente — un Ding an sich pour reprendre l'expression kantienne de l'idéalisme allemand utilisée — dans les idées du Mouvement wallon :

Progressivement, le territoire wallon devient une vérité immanente, une valeur an sich [en soi] avec ses propres droits à respecter. Jules Destrée approuve, de la sorte, la loi d'Égalité (1898) : "je ne croirais pas trahir la ferveur profonde que je garde à ma terre wallonne en mêlant mon suffrage à ceux des cléricaux de Flandre"

L'idée d'une Wallonie qui a ses propres droits à faire valoir s'illustre aussi par une déclaration du Congrès wallon de 1914 : « Le Congrès émet le vœu de voir les associations wallonnes et de défense de la langue française organiser pendant la période électorale une campagne intense en faveur des droits de la Wallonie<ref>cité dans Jean-François Potelle, Congrès wallon de 1914, LEncyclopédie du Mouvement wallon. </ref> ».Identité wallonne

Pour le mouvement wallon, l'identité wallonne est avant tout une identité citoyenne, basée sur la tradition politique française, où le Wallon est une personne ayant la volonté de participer à cette identité. La chose a été bien explicitée dans le Manifeste pour la culture wallonne de 1983. Comme l'a décrit la politologue Anny Dauw : Il ne peut être question d'une identité culturelle de type ethnique où l'accent serait mis soit sur une histoire commune, soit sur une langue commune soit encore sur un caractère commun. Il s'agit d'une identité culturelle où l'accent est mis sur la « volonté » des personnes. Car ce qui est important dans la tradition française, ce n'est pas ce que les gens sont, mais ce qu'ils veulent Anny Dauw (dir. Marc Verlot) L'identité wallonne et la politique d'intégration en Wallonie [De Waalse identiteit en het integratiebeleid in Wallonië] année académique 2001-2002. L'auteur en a publié quelques extraits sous le titre Le tournant de l'identité wallonne dans la revue TOUDI, juin 2003, ..

Une autre chercheuse néerlandophone Denise Van Dam va dans le même sens, insistant sur les aspects socialistes du mouvement wallon : Comme dans chaque combat où des dominés tentent de prendre leur destin en main, les « dominants » se sentent menacés dans leur position dominante. Qu’il s’agisse de relations entre pays colonisés et pays colonisateurs ou entre État fédéral et régions ou encore entre la capitale et l’arrière-pays, chaque revendication pour plus d’autonomie du plus faible s’accompagne d’une réaction défensive du plus fort. Paradoxalement, les dominés tirent souvent leur force de l’attitude méprisante des dominants. « Parler » des choses donne vie à celles-ci. C’est le cas de la Wallonie qui continue sa lutte sociale-démocrate et qui par celle-ci intègre une nouvelle dimension, à savoir la culture<ref> Denise Van Dam, De Waalse beweging, een geschiedenis [Une histoire du mouvement wallon], in : M. Swyngedouw, Marco Martiniello, (dir.), Belgische toestanden : de lotgevallen van een kleine biculturele Europese democratie, Standaard, Antwerpen, 1998, .</ref>.

Néanmoins, des aspects plus ethniques apparaissent. L'identité wallonne se définit également par un territoire et une langue : la Wallonie et la langue française. C'est ainsi que pour les militants wallons, les habitants du territoire qu'ils définissent comme Wallonie sont et doivent être considérés comme Wallons : « La Wallonie définit comme Wallons tous ses habitants, quelle que soit leur origine »Proposition pour lancer un débat sur un projet de Constitution wallonne, Institut Jules Destrée, Namur, le . Par la langue française, la plupart des wallingants considèrent les Bruxellois francophones comme des partenaires des Wallons voire davantage«En tant qu’il compte soixante pour cent de Wallons d’origine, près de 90 % de francophones, qu’il a une tradition immémoriale de résistance à l’oppression et un amour immodéré de la libre expression, le peuple bruxellois est un partenaire naturel du peuple wallon.» Manifeste pour l'unité francophone, , (page consultée le ) <http://unitefrancophone.be/spip.php?article1> même si depuis Jules Destrée un sentiment anti-bruxellois est présent au sein du mouvementChantal Kesteloot, Tendances récentes de l'historiographie du mouvement wallon (1981-1995), ibid., ..

Du côté wallon, examinant une dérive possible encore plus grave, Corinne Godefroid étudie les conceptions de la Wallonie à l'intérieur du mouvement wallon et conclut d'un long article consacré à Race wallonne et mouvement wallon que la dualité belge quel que soit le nom qui lui ait été donné, n'a que rarissimement été considérée comme un cas d'inégalité raciale, d'autant plus que les solutions proposées n'ont jamais été que politiques: Les solutions finales les plus extrêmes pour remédier au conflit perpétuel entre Flamands et Wallons ont pour nom fédéralisme ou rattachement à la FranceCorinne Godefroid, Race wallonne et mouvement wallon in Encyclopédie du Mouvement wallon, Tome III .

Résistance et anti-fascisme