Émile Prisse d’Avesnes, né le à Avesnes-sur-Helpe et mort le à Paris , est un orientaliste, égyptologue, archéologue et journaliste français.
L’un des auteurs des premières études consacrées à l’art égyptien et l’un des fondateurs des études spécialisées dans ce domaine, Prisse a effectué de nombreuses identifications et inventaires sur des objets, des constructions, des scènes et inscriptions d’Égypte, rendant son travail précieux pour l’histoire de l’Égypte antique.
Biographie Études Fils de Claire Constance Thérèse Victoire Pillot et de Constant Prisse inspecteur du bois de Talleyrand, Prisse est originaire d’une famille noble galloise., fuyant en Flandre, les persécutions politiques et religieuses de Charles II, vers 1680. Son père mort du typhus, alors qu’il avait sept ans, il est placé chez un vieil instituteur à Trélon. À peine installé, la bataille de Waterloo le force à rentrer chez lui, et il est placé chez un curé de village à Saint-Aubin, qui s’était chargé de l’éducation de quelques enfants. Plus tard, le maire d’Avesnes, son grand-père, le fait entrer au collège. Destiné au barreau, il montre si peu de goût pour cette carrière qu’il est placé, en , à l’École Royale des Arts et Métiers de Châlons, où il passe trois ans., et rejoint, comme nombre de ses condisciples, les saint-simoniens..
Diplômé des Arts et Métiers de Châlons, à dix-neuf ans, il rédige divers écrits périodiques sur l’industrie et les manufactures de France et d’Angleterre, puis s’occupe de plusieurs projets architecturaux. Son coup d’essai est le projet de la Grande Fontaine qui devait être érigée place de la Bastille, dont il voulait faire un monument historique rappelant les hauts faits de La Bourdonnais et de Lally-Tollendal en Inde française, et qui lui a valu maints éloges. Les lenteurs et les intrigues administratives ayant fait échouer ce projet, il résolut plus que jamais de s’adonner à ses goûts artistiques et à ses penchants d’explorateur.
En Orient, puis en Égypte En 1826, à l’affaiblissement de l’Empire ottoman par la convention d’Akkerman, il s’engage dans le combat pour la guerre d'indépendance grecque. À la suite de cette expédition, il devient secrétaire du Gouverneur Général des Indes, avant de démissionner de ses fonctions pour passer en Palestine, à Jéricho. Séjournant à Jérusalem, il est nommé chevalier du Saint-Sépulcre pour avoir sauvé le temple de cette ville du pillage. En , il se rend en Égypte où, quelque temps après son arrivée, il entre au service du pacha Méhémet Ali, comme ingénieur civil et hydrographe. Il reçoit un nom arabe, Edris-Effendi, prend l’habitude de porter l’habit officiel et se familiarise avec le dialecte égyptien et les mœurs et coutumes locales..
vignette|gauche|redresse|Prisse en costume d’effendi par Mniszech.
Il enseigne également la topographie et l’art de la fortification., à l’École d’état-major de Djihâd-Abâd, et noue des contacts réguliers avec ses coreligionnaires saint-simoniens, dont Lambert-Bey, Ismaÿl Urbain, etc. Pendant son séjour à l’École, il présente à Ibrahim Pacha le projet d’un pont suspendu sur la branche du Nil séparant le Palais des jardins de l’île de Roda ; il rédige un Mémoire sur les travaux les plus importants à exécuter dans la Basse-Égypte : entre autres, l’endiguement du fleuve au lieu de barrage ; le tracé du canal d’Alexandrie au Caire ; les plans d’une machine hydraulique destinée à fournir l’eau à toutes les rues d’Alexandrie. Il s’occupe aussi, à la fin de 1830, d’un projet pour le déplacement et le transport des Obélisques de Louxor, mission qui ne lui sera pas confiée.
À la dissolution de l’École d’état-major de Djihâd-Abâd, il est nommé professeur de fortification à l’École d’Infanterie de Damiette. Avant d’entrer dans ses nouvelles fonctions, il fait, de juillet à septembre 1834, l’exploration des principaux lacs de la Basse-Égypte, et plus particulièrement celle du lac et de la ville Menzaleh, l’ancienne Panephysis, dont il lève la carie et le plan. Il visite les ruines de l’antique Péluse, etc., donnant de savantes descriptions sur toutes ces antiques cités et sur les canaux de cet immense lac. De retour à Damiette, il rédige un important mémoire sur le dessèchement et la culture des lacs de la Basse-Égypte, pour compléter les améliorations entreprises dans le delta. Ce projet ayant, comme tous les autres, échoué, cette fois à cause du manque d’intéressement du drogman du pacha à la chose, Prisse décide de se consacrer, à l’avenir, entièrement à la recherche de précieux documents à rapporter et à publier à son retour en France.
vignette|Prisse en costume d’effendi par Achille Devéria.
Vers la fin de mai 1835, il lutte, comme l’avait fait son père, en 1831, contre les épidémies, qui se répandaient en Égypte. Atteint à son tour, de dysenterie, il ne peut reprendre ses occupations que début septembre suivant. En janvier 1836, année où les saint-simoniens repartent pour la France, las des exigences du Gouverneur de l’École d’Infanterie de Damiette, il envoie sa démission et, enfin libre, entreprend l’étude des hiéroglyphes, dont il devient expert, à l’égal de Champollion. Il se met à parcourir la Turquie, la Perse, la Palestine, l’Arabie, la Basse et la Haute-Égypte, la Nubie, l’Éthiopie, l’Abyssinie, la Syrie, etc., où il passe dix-sept ans, vivant du produit de ses crayons, de sa plume ou de ressources de sa famille.
Revenu à Karnak, mécontent des serviteurs égyptiens, il se décide à acheter un jeune Africain de neuf à dix ans, nommé Abd-Allah, l’affranchit sur le champ et en fait son serviteur. Il entreprend la recherche et la collation de tous les documents nécessaires à son Histoire de l’art chez les anciens Égyptiens, démarche grandement facilitée par la connaissance intime du pays, que lui permet sa fréquentation, en vrai musulman, de la mosquée et des oulémas. Il peut ainsi visiter, sans difficulté, les principaux temples et mosquées du Hijaz, en particulier des deux villes saintes, Médine et la Mecque. Connaissant à fond la langue ou le dialecte de ces diverses contrées, ce qui lui permet d’entrer et de mener des fouilles là où bien des Européens n’avaient pas accès, il explore le mont Sinaï ; les ruines d’Abydos, les mosquées d’Alexandrie, du Caire et de Boulaq, etc. En 1838, il dessine les bas-reliefs de la chambre des Rois de au grand temple de Karnak, contenant le tableau historique et généalogique des principaux rois à avoir régné sur l’Égypte, et fait exécuter des fouilles à l’intérieur et autour de ce petit sanctuaire, espérant retrouver les pierres manquantes. Ces recherches ont été vaines ; toutes avaient disparu.
vignette|gauche|Ruines de la Chambre des Rois de Guesdon d’après Prisse.
Aimé et respecté à Louxor, il prenait la défense des gens du pays, parfois au détriment de sa propre liberté, ce qui lui a valu de se voir proposer le poste d’agent consulaire britannique à Thèbes, poste qu’il refuse, ses sentiments l’empêchant de représenter une autre puissance que la France, et préférant, du reste, continuer ses travaux scientifiques et ses recherches archéologiques. Ainsi, lors de sa résidence au Caire, en 1841, il forme avec Henry Abbott, une société littéraire, dont les membres se réunissaient pour discuter de l’art et de l’histoire de l’Égypte, fonde une bibliothèque de recherche, ainsi qu’un centre de relations scientifiques, que les difficultés de publication et d’impression ont empêché de prendre l’extension qu’elle méritait. En septembre de la même année, il est désigné au Pacha comme l’homme le plus capable de remplir les fonctions de conservateur des Monuments Antiques, avant qu’Ibrahim Pacha, peu soucieux des intérêts de la science, n’abandonne ce projet.
En 1843, alors que les monuments de l’Égypte ancienne étaient exploités, par ordre du Pacha, comme des carrières, il ne pouvait s’opposer à ces dévastations, il décide de passer outre aux rigoureuses ordonnances de Mohammed Ali, défendant sous les peines les plus sévères l’enlèvement d’aucune antiquité, et de s’emparer de la chambre des Rois de , dont il avait déjà pu constater le pillage, en 1838.. Parti du Caire le et arrivé à Karnak le 30 au soir, il trouve de nombreux ouvriers et fellahs occupés, dans diverses parties du temple de Karnak, les uns à briser d’énormes blocs, les autres à les charrier à la Salpêtrière de Karnak où ont disparu les colonnes de la cour de Tell Basta. Résolu à agir avec plus de promptitude et le plus secrètement possible, après s’être assuré que la chambre était encore en place, quoiqu'ayant beaucoup souffert par la démolition d’un mur attenant, il effectue un estampage en papier des bas-reliefs, pour témoigner de l’état dans lequel elle se trouvait alors, avant d’en entreprendre l’enlèvement. Après le départ du gouverneur de la province pour Louxor, il réunit en secret une vingtaine d’ouvriers pour ce travail, après avoir amené du Caire un tailleur de pierres, et tous les outils à peu près indispensables et les planches nécessaires pour confectionner des caisses.
vignette|redresse|Ordre fait à Prisse de restituer les bas-reliefs de la Chambre des Rois.
Le , malgré les faibles moyens dont il dispose, il se met à l’œuvre, ôte le plafond de la chambre, fait desceller et scier les pierres, de nuit. Apprenant que le gouverneur général Sélim Pacha venait présider un conseil de province à Louxor, il triple le salaire des ouvriers, va jusqu’à les faire travailler en plein jour, allant passer une partie de la journée à Louxor, près de Sélim Pacha, pour prévenir toute visite, avant de revenir diriger les travaux, la nuit. Les pierres de la chambre des Rois mises en caisses, dans l’attente du départ du Gouverneur pour pouvoir faire transporter toutes ses caisses à bord de sa barque et de partir immédiatement pour le Caire, Prisse, enhardi par ce succès, entreprend de faire tailler une stèle colossale de Ramsès XV, puis un petit bas-relief représentant une adoration de Basch en Aton Rê au soleil, employé dans la construction d’un des propylées sud de Karnak.
Prisse d’Avennes venait encore d’enlever deux stèles, l’une représentant des scènes de la vie domestique, l’autre montrant diverses scènes d’adoration à Osiris, à Harmakhis, à Anubis et à Hathor, lorsqu’il est dénoncé au Gouverneur d’Esneh qui le somme, le , de cesser ses pillages et d’apporter toutes ses caisses d’antiquités au Caire. Après un mois, il fait transporter les vingt-sept caisses d’antiquités et met à la voile pour le Caire, où il arrive après seize jours de navigation. Le vice-consul de France refusant de lui prêter assistance, disant qu’il était en contravention formelle avec les ordres du Pacha, il fait déposer les caisses d’antiquités dans les magasins du gouvernement égyptien, sous le titre d’. Après une excursion jusqu’à la deuxième cataracte, une visite rapide des Oasis et une nouvelle exploration des ruines de la nécropole, il parvient à faire embarquer et amener la chambre des Rois, en France, après avoir écrit lettre sur lettre au ministre Villemain. Après avoir quitté, le , au soir, la rade d’Alexandrie, à bord du Cerbère, il arrive, le 27, vers minuit, au port de Toulon, où il surveille le transbordement de ses antiquités.
vignette|gauche|redresse|Vue de la chambre des ancêtres au musée du Louvre.