thumb|Affiche américaine d'Ellsworth Young évoquant les atrocités allemandes en Belgique.

Les atrocités allemandes de 1914 sont des exactions commises par l'Armée impériale allemande au début de la Première Guerre mondiale en Belgique, notamment en Wallonie, et en France dans les départements de la Meuse, des Ardennes et de Meurthe-et-Moselle.

En août et , ces violences firent, en trois semaines, des milliers de victimes civiles parmi la population suspectée de cacher des francs-tireurs ce qui représentait une violation des conventions de La Haye de 1899 et 1907.

Les pelotons d'exécution appliquèrent ainsi immédiatement les décisions prises au nom des lois de la guerre par les forces armées allemandes, d'une manière expéditive, et sans que les victimes de ces exactions puissent bénéficier d'un procès équitable. Vingt mille maisons furent également détruites, notamment 600 à Visé. et à Dinant en Wallonie, la région belge placée dans l'axe principal de l'invasion et qui subit le plus ces atrocités.

Ces massacres, largement mentionnés et instrumentalisés par la presse des pays alliés, placèrent l'Allemagne dans une position délicate sur le plan international et contribuèrent à son discrédit. L'opinion publique internationale, surtout celle des États-Unis, eut ainsi une perception très négative de l’Allemagne. Son indignation fut portée à son comble par la suite lorsque l'Allemagne décréta la guerre sous-marine à outrance et torpilla le Lusitania en 1915. Ces faits furent exploités par les mouvements favorables à l'entrée en guerre des États-Unis et par la propagande américaine destinée à inciter à l'engagement de volontaires.

Localisation Ces massacres eurent lieu en Belgique sans épargner une seule province, et en France, notamment dans les départements des Ardennes, de la Meuse et de Meurthe-et-Moselle.

Le plan allemand ayant placé la Wallonie au centre de l'axe d'invasion, la majorité de ces massacres eut lieu dans cette région. Une centaine de localités furent touchées dans toutes les provinces wallonnes, avec pour chacune au moins dix civils fusillés, jusqu'à 674 à Dinant, dans laquelle plusieurs quartiers furent entièrement incendiés.

Cependant, les événements dépassent le cadre wallon ou belge : des milliers de victimes tombèrent également en France, dans les mêmes conditions. Surtout au Royaume-Uni et aux États-Unis, l'opinion publique évolua en faveur de la guerre en raison de cette « barbarie allemande ».

En Belgique vignette|Monument aux 674 victimes civiles à Dinant , le , dont 116 fusillées à cet endroit. Du 5 au , l'Armée impériale allemande passa par les armes plus de dans une centaine de communes de Wallonie et y détruisit plus de , dont 600 à Visé et à Dinant, soit 70 % des exactions commises au début de l'invasion en France et en Belgique.

La liste qui suit n'est pas exhaustive puisqu'on n'y retient que les localités qui eurent à subir dix morts au moins. Le , Berneau et Soumagne (118 victimes civiles) ; le , Battice (33 victimes civiles), Blegny, Esneux, Sprimont, Magnée, Mouland, Olne, Hermée, Rétinne et Romsée ; le , Warsage, Herstal, Lixhe et Louveigné ; le , Baelen, Francorchamps, Herve et Labouxhe-Mélen (72 civils fusillés provenant des villages environnants) ; le , Saint-Trond ; le , Linsmeau ; le , Barchon ; le , Wandre ; le , Visé ; le , Haccourt, Heure-le-Romain. et Tongres ; le , Aerschot (156 civils tués) et Attenrode ; le , Liège, Érezée, Andenne (218 victimes civiles), Franc-Waret et Somme-Leuze, le , Arsimont et Auvelais ; vignette|alt=Photo noir et blanc de bâtiments en ruine avec des personnes passant à proximité|Immeubles à l'angle du boulevard Audent et de la rue de la Montagne à Charleroi, volontairement incendiés le 22 août 1914. le , Anloy, Mussy-la-ville, Neufchâteau, Tintigny (120 victimes civiles)Les Atrocités allemandes de John Horne et Alan Kramer aux éditions Tallandier , Tamines (383 victimes civiles), Bouffioulx., Farciennes, et le pays de Charleroi (250 victimes civiles) ; le , Ethe (218 victimes civiles), Bièvre (17 victimes civiles), Bouge, Dinant, Neffe et Bouvignes-sur-Meuse (674 victimes civiles lors du sac de Dinant), Hastière-par-delà (19 victimes civiles), Spontin, Waulsort, Flénu, Jemappes, Nimy, Quaregnon, Ville-Pommerœul, Saint-Léger et Virton ; le , Bertrix, Houdemont, Izel, Offagne, Hermeton-sur-Meuse, Namur et Latour (71 victimes civiles) ; le , Louvain (248 civils tués), Anthée (13 victimes civiles), Romedenne, Surice et Zemst (plus de 10).; le , Arlon, Dourbes (3 victimes civiles) et Frasnes-lez-Couvin (12 victimes civiles), dernière localité wallonne touchée. le 26 Aout, martyre de M. l'abbé Paul Gilles vicaire de Couvin le , 34 civils fusillés à la Carrière du Lion à Frasnes

En France le , Jarny (3500 habitants, 25 fusillés) ; le , Bazailles (230 habitants) ; le , Badonviller (2100 habitants, 84 maisons brûlées, 12 civils tués et 14 déportés) ; le , Nomeny (1300 habitants, 55 morts) ; le , Fresnois-la-Montagnewww.fresnois.fr Fresnois-la-Montagne : le 23 août 1914. (500 habitants, 102 maisons brûlées, 68 civils tués) ; le , Gerbéviller (la bataille de Gerbéviller) ; le , Longuyon (2300 habitants, ville incendiée à 80%, 213 immeubles totalement détruits, 156 civils assassinés ou brûlés vifs) ; le , Haybes (2216 habitants en 1911; 61 civils tués et 596 maisons incendiées) ; thumb|La ville de Longuyon incendiée à 80% en 1914.

le , Margny (429 habitants en 1911; 41 civils tués et 73 bâtiments brûlés); le , Olizy-sur-Chiers (552 habitants en 1911; 15 tués, le village brûlé à 85 %).:

le , Crèvecœur-sur-l'Escaut (13 civils assassinés) ; le , Senlis : en représailles à la résistance des troupes françaises qui se replient en continuant le combat, le maire Eugène Odent est pris en otage avec plusieurs civils pris au hasard. Il est maltraité puis fusillé. Pour se justifier les Allemands invoquent que des civils se sont joints à l'armée française pour tirer sur eux, ce qui ne fut jamais prouvé ; quand bien même cela aurait été le cas, la convention de la Haye en vigueur en 1914 a été bien souvent bafouée. On dénombre 29 civils tués à Senlis ou dans son agglomération pendant les neuf jours d'occupation : victimes directes — car les Allemands comme ils l'avaient fait à grande échelle en Belgique ont ici aussi utilisé des civils comme boucliers humains —, ou indirectes à la suite du bombardement de la ville et les incendies volontaires allumés par les troupes allemandes.... ; le , Recquignies (Nord). Au début du siège de Maubeuge, 13 otages sont fusillés au bord de la Sambre à Boussois. Ils étaient français et belges et habitaient Recquignies et Boussois. D'après un témoignage écrit, ils auraient été fusillés par des soldats du de Barmen.

Explications La question du droit de la guerre est traitée dans lEncyclopédie de la grande guerre (1914-1918) dans un article qui renvoie lui-même à tous les problèmes posés notamment par les civils dans le droit de la guerre et, entre autres, le fait que la participation de non-belligérants Syméon Karagiannis, « Conventions internationales et droit de la guerre », Encyclopédie de la grande guerre (1914-1918) Paris, Bayard, 2004, 83-95, 86 notamment et 95..

Francs-tireurs Deux historiens irlandais, John Horne et Alan KramerJohn Horne est professeur d'histoire contemporaine à Trinity College et membre du comité directeur de l'Historial de la Grande Guerre de Péronne, Alan Kramer est également professeur d'histoire contemporaine dans la même université, auteurs de German Atrocities paru à Dublin en 2001. , qui ont consulté longuement des archives tant françaises que belges et allemandes concluent que la conviction des Allemands selon laquelle des francs-tireurs firent feu sur les troupes allemandes dans les premiers jours de l'attaque d' est une « fausse croyance sincère ». Les auteurs s'efforcent de comprendre aussi les racines de cette croyance : dans l'expérience réelle des francs-tireurs français de la guerre franco-allemande de 1870 ; dans un certain conservatisme des dirigeants (politiques et militaires) allemands méfiants à l'égard des insurrections populaires ; dans le sentiment confus que la résistance de l'Armée belge, à laquelle ils ne s’attendaient pas, avait quelque chose d'illégitime, celle-ci faisant le jeu de la France. Cette croyance persista en 1940 : lorsque 80 habitants de Vinkt en Flandre furent passés par les armes, les chasseurs ardennais venaient d'infliger une défaite à un régiment allemand ; dans l'existence d'une garde civique, directement héritée de la révolution belge et considérée par les Allemands comme des francs-tireurs parce qu'organisée en groupements bourgeois paramilitaires. dans certains éléments techniques de l'armement de l'époque ou certaines particularités des lieux (comme aux Rivages). dans la panique qui amena les troupes allemandes à s'entretuer, ces faits devant être camouflés par l'état-majorLa bataille de Rabosée..

Dans Apologie pour l'histoire, Marc Bloch écrit :

Contre-offensive française thumb|La ville détruite de Louvain en 1915. Ces exactions peuvent aussi résulter du fait que les Allemands ont particulièrement mal pris le fait que la Belgique : n'acceptât pas les termes de l'ultimatum allemand (laisser passer les troupes allemandes sur son sol, dans le but d'attaquer la France) et permît à l'armée française de contre-attaquer l'armée allemande sur le sol belge.

La position belge fut basée sur le fait que l'indépendance et la neutralité de la Belgique étaient garanties par les puissances signataires des traités de Londres (traité des XVIII articles et traité des XXIV articles). Selon cette thèse, la Belgique se devait de refuser le passage de l'armée allemande sur son sol. Par contre et selon la même thèse, dès la violation de sa neutralité et de son indépendance, la France et le Royaume-Uni pouvaient et même devaient intervenir.

La position allemande fut fondée sur le fait que, selon eux, la Belgique avait dû s'allier à la France et au Royaume-Uni et donc trahir sa neutralité, pour préparer, avant l'attaque allemande, les opérations de contre-offensive.

Le fait que de nombreuses exactions se soient déroulées directement après les batailles relatives à la contre-offensive française (Dinant, notamment) appuie cette explication.

Axel Tixhon, professeur d’histoire contemporaine à l'université de Namur, va plus loin et avance une troisième hypothèse .

Le plan Schlieffen et, plus tard, le concept de blitzkrieg reposaient sur une attaque rapide de la Belgique et de la France (l'Allemagne devait prendre l'initiative) et sur l'inertie attendue du Royaume-Uni. La résistance de l'Armée belge et les réponses rapides françaises et britanniques étaient de nature à contrecarrer ce plan.

Le résultat de ces atrocités, dont les Allemands pensaient qu’elles seraient vite oubliées après une guerre courte et victorieuse, fut de donner de l’Allemagne auprès des neutres l’image la plus mauvaise qui fût. Le Charles Spindler écrit dans son journalCharles Spindler, L'Alsace pendant la guerre. Strasbourg, Librairie Treuttel & Würtz, 1925 ; réimpression : L'Alsace pendant la guerre 1914-1918. Nancy et Colmar, Éditions Place Stanislas, 2008. :