Bertelsmann SE & Co. KGaA (en allemand: Prononciation en haut allemand standardisé retranscrite selon la norme API., ) est un groupe international dont le siège se trouve à Gütersloh, une ville de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en Allemagne. Comptant parmi les plus grandes entreprises de médias du monde, il opère également dans le secteur tertiaire ainsi que celui de l’enseignement.
Carl Bertelsmann fonde la société en 1835 en tant que maison d’édition de textes chrétiensicle|langue=de|titre=Bertelsmann druckt erstes Buch|auteur=Stephan Grimm|date=2012-08-30|périodique=Neue We. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'entreprise prospère sous le régime nazi. Après la Seconde Guerre mondiale, Bertelsmann se développe considérablement sous la direction de Reinhard Mohn. L’entreprise de taille moyenne se transforme en un grand groupe proposant des livres via notamment des clubs de livres (comme France Loisirs en France), mais aussi des chaînes de télévision, des stations de radio, de la musique, des revues et des prestations de services. Les domaines d’activité principaux sont les suivants : RTL Group, Penguin Random House, BMG, Arvato, Bertelsmann Printing Group, Bertelsmann Education Group et Bertelsmann Investments.
Bertelsmann est une entreprise non cotée en bourse, faisant appel public à l’épargne, qui reste encore considérablement sous le contrôle de la famille Mohn. C'est un groupe longtemps emblématique du capitalisme familial allemand. En 1981, un manager externe aux familles Bertelsmann et Mohn prend les rênes de ce groupe (la direction exécutive).
Histoire 1835–1933 vignette|Logo historique de la maison d'édition (2012).
Le groupe actuel est issu de la maison d’édition C. Bertelsmann, une maison d'édition de textes religieux, fondée en 1835 par Carl Bertelsmann à Gütersloh. Carl Bertelsmann était membre d'une communauté de réveil chrétien implantée à Minden-Ravensberg près de Minden, et il en publia la littérature au sein de sa maison d’édition. Au départ spécialisé dans la littérature théologique, l’éditeur élargit tout d’abord son offre pour inclure des livres et manuels scolaires, puis de plus en plus de littérature grand public dans les années 1920 et 1930.
1933–1945 Sous le Troisième Reich, la maison d’édition C. Bertelsmann se démarqua par sa collection de « Bertelsmann Volksausgaben » à prix abordable. Les livres relatant des expériences de guerre tels que « Fliegerbuch » traitant d'aviation de Werner von Langsdorff connurent un grand succès commercial. Heinrich Mohn soutenait la Schutzstaffel (la SS), une des principales organisations du régime nazi, et désirait faire de sa société une entreprise nationale-socialiste modèle.
Durant la guerre, la maison d’édition C. Bertelsmann devint le plus grand fournisseur de la Wehrmacht, avant même l’éditeur central du NSDAP Franz Eher. Le chiffre d’affaires de la maison d’édition C. Bertelsmann augmenta fortement, en particulier entre 1939 et 1941. Le site de Gütersloh n’employa pas de travailleurs juifs contraints au travail obligatoire, mais ce fut le cas d’imprimeries en Lituanie avec lesquelles l’éditeur C. Bertelsmann travaillait.
En 1944, la Reichsschrifttumskammer (Chambre de la littérature du Reich) ordonna sa fermeture afin de mobiliser « toutes les forces pour la victoire ». L’une des causes principales de cette fermeture était aussi la participation de collaborateurs de la maison d’édition à des trafics criminels de papiers qui avaient conduit à un procès en 1944.
1945–1970 Après la fin de la guerre, l’entreprise s'efforça de faire oublier sa complaisance avec le régime nazi et se présenta aux autorités de contrôle des Alliés comme une maison d’édition chrétienne de la Résistance ayant été poursuivie sur le plan politique. Les relations avec des organisations nationales-socialistes furent tout d’abord niées. À la suite de la révélation que de fausses déclarations ou du moins des déclarations insuffisantes avaient été faites, Heinrich Mohn démissionna de son poste de directeur de la maison d’édition.
Parmi ses trois fils, ce fut Reinhard Mohn qui reprit la maison d’édition C. Bertelsmann car Hans Heinrich Mohn était mort à la guerre et Sigbert Mohn était encore en captivité. En 1947, les Alliés accordèrent finalement une licence d’édition à la société. À la suite de la réforme monétaire de 1948, une crise des ventes toucha l’économie du livre, laquelle plongea aussi C. Bertelsmann dans une profonde crise financière. C’est dans ce contexte que fut créé le club de lecture Bertelsmann Lesering en 1950 afin de relancer les ventes. Les clients achetaient alors les livres par abonnement en échange de prix plus avantageux. L’activité commerciale s’éloigna de l’édition pour se porter de plus en plus sur la vente de livres ce qui se révèlera décisif pour la croissance future.
La maison d’édition C. Bertelsmann fut restructurée en 1959 : dorénavant, la littérature théologique parut chez l’éditeur Gütersloher Verlagshaus qui fusionna avec l’éditeur Rufer Verlag. La littérature générale, la poésie et l’art furent attribués à la maison d’édition Sigbert Mohn Verlag. L’éditeur C. Bertelsmann se concentra désormais sur les ouvrages de non-fiction, en particulier les lexiques, les guides pratiques, les livres spécialisés et les revues spécialisées.
Durant les années 1950 et 1960, Bertelsmann élargit son domaine d’activité à de nouveaux secteurs : l’entreprise se lança ainsi à la conquête du marché musical en 1956 avec le club de disques Schallplattenring. Ariola, l’un des plus performants labels allemands fut fondé deux ans plus tard, presque en même temps que le fabricant de disques Sonopress. Avec la Kommissionshaus Buch und Ton, qui laissera plus tard la place à la Vereinigte Verlagsauslieferung (VVA), Bertelsmann posa la première pierre de son activité tertiaire. En 1964, Bertelsmann racheta l’UFA déjà démembrée à la Deutsche Bank et s’en servit comme base pour développer son activité filmique et télévisuelle. En 1969, Bertelsmann acheta des parts de l’éditeur de revues Gruner + Jahr. Une autre fusion prévue avec Axel Springer, pour laquelle un crédit de plusieurs millions fut temporairement contracté auprès de la Westdeutsche Landesbank, échoua en 1970.
1971–1983 vignette|upright|Portrait de Reinhard Mohn (2008).
À partir de 1971, Bertelsmann adopta le statut de société anonyme (Aktiengesellschaft). Les différentes maisons d’édition de plus en plus diversifiées furent rassemblées à la fin des années 1960 au sein du groupe éditorial Verlagsgruppe Bertelsmann. Ce dernier déplaça son siège de Gütersloh vers Munich en 1972. Des domaines d’activité essentiels furent maintenus à Gütersloh et un nouvel immeuble de bureaux fut construit pour eux au siège du groupe en 1976. Gütersloh abrite aujourd’hui encore le siège de la multinationale, appelé « Corporate Center ».
La croissance rapide du groupe conduit à des problèmes structurels et financiers. Dans les années 1970, les besoins de financement de Bertelsmann s’aggravèrent. De 1975 à 1980, le rendement du chiffre d’affaires tomba par exemple sous 1 %. De plus, le groupe fut soumis à de nouvelles réglementations pour le marché intérieur allemand, en particulier du fait de lois sur le contrôle des concentrations. Il lui devint quasiment impossible de faire de grandes acquisitions. En même temps, on assistait à une saturation du marché allemand concernant les clubs de livres (Bertelsmann Lesering), alors que les clubs de lecture lancés à l'étranger dégageaient la plus grande partie des recettes de ce domaine d’activité.
L’internationalisation du groupe avait en effet débutée dans les années 1960, et elle fut poursuivie : Bertelsmann acheta entre autres des parts des maisons d’édition Plaza & Janés sise à Barcelone et Bantam Books sise à New York. Une succursale d’Ariola fut ouverte aux États-Unis et Arista Records fut racheté. Des discussions portant sur la succession de Reinhard Mohn furent entamées durant la crise économique de 1979/1980.
En 1981, Reinhard Mohn quitta son poste pour entrer au conseil de surveillance. Manfred Fischer, qui était auparavant directeur de Gruner + Jahr, devint le nouveau président-directeur général. Pour la première fois, Bertelsmann fut dirigé par un directeur ne faisant pas partie de la famille des propriétaires. Son successeur en 1983 au poste de président-directeur général de Bertelsmann fut Mark Wössner. Le début de son mandat fut marqué par l’affaire des faux carnets d’Hitler, qui entacha la réputation du magazine allemand Stern, de la maison d’édition Gruner + Jahr et de l’ensemble du groupe.
1984–1993 Mark Wössner rattacha davantage les succursales au siège de Gütersloh. Cela concerna en particulier les secteurs Business Development et Controlling. Sous la direction de Mark Wössner, Bertelsmann participa également à RTL Plus, la première chaîne de télévision privée en Allemagne. En 1986, Bertelsmann acheta la majorité des parts de RCA Records et fusionna ses activités sur le marché musical au sein de la nouvelle major Bertelsmann Music Group. Sonopress, une entreprise fondée en 1958 pour fabriquer des disques, ne faisait pas partie du Bertelsmann Music Group mais était alors attribuée au secteur de l’imprimerie et de l’industrie. Avec Doubleday, Bertelsmann acquit une autre célèbre maison d’édition américaine. Le groupe devint ainsi une entreprise de renommée mondiale et Bertelsmann fut temporairement la plus grande entreprise de médias du monde entier.
Durant l’exercice 1990/1991, Bertelsmann comptait plus de collaborateurs et enregistrait un chiffre d’affaires de 14,5 milliards de marks par an. 63 % de ce chiffre d’affaires était réalisé hors de l’Allemagne, les États-Unis étant le marché étranger le plus important. Après la réunification de l’Allemagne et la fin de la guerre froide, Bertelsmann se développa en Allemagne de l’Est ainsi qu’en Europe centrale et orientale. En 1989, la première filiale du Club Bertelsmann fut par exemple ouverte à Dresde. La généralisation d’Internet comme média de masse ainsi que la modification de la structure de propriété furent décisifs pour le développement du groupe dans les années 1990. En 1993, Reinhard Mohn transféra la majorité des parts du capital à la Fondation Bertelsmann et en assuma la présidence. La fondation elle-même fut financée avec les bénéfices du groupe.
1994–2000 vignette|upright|Penguin Random House Tower à New York (2005).
En 1994, Gruner + Jahr racheta les revues du New York Times ce qui renforça encore la présence du groupe sur son marché étranger le plus important. Bertelsmann posséda un département Multimédia à partir de 1995. Ce dernier était surtout focalisé sur AOL Europe, une coentreprise d’America Online et de Bertelsmann. Au préalable, Bertelsmann avait déjà acquis une participation directe d’America Online. La division Multimédia incluait aussi mediaWays, Pixelpark et BMG Interactive, active dans le domaine des jeux vidéo, revendue en 1998 à Take-Two Interactive. En 1997, UFA fusionna avec la Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion (CLT) pour former ensemble un groupe de divertissement dont le siège était au Luxembourg. Grâce à CLT-UFA, Bertelsmann put diversifier ses activités commerciales de manière décisive. En 1998, Thomas Middelhoff remplaça Mark Wössner comme président-directeur général de Bertelsmann. Thomas Middelhoff avait auparavant occupé le poste de membre du conseil d’administration responsable de la branche Multimédia. Mark Wössner entra au conseil de surveillance de l’entreprise et dirigea dorénavant la Fondation Bertelsmann.