Wallace Fard Muhammad, connu aussi sous les noms de Fard Muhammad, Wallace Dodd Ford, Wallace Dodd Fard, Wallace Dodd, Wallace D. Fard, W. F. Muhammad, W. D. Muhammad et W. D. Fard, est le fondateur et le premier dirigeant de la (NOI), une organisation politique et religieuse afro-américaine. On connaît très peu de chose à son sujet et sur son groupe ethnique précis (métis, Arabe, Pakistanais, Blanc, etc.).
Appelé respectueusement Master Fard et Master Fard Muhammad par la Nation of Islam (master signifiant « maître » en anglais), il est considéré par les adhérents de la secte comme étant l’incarnation d'Allah sur Terre et le Mahdi (messie) attendu par les musulmans.
Selon la doctrine de la NOI, il est arrivé aux États-Unis en 1930 pour venir enseigner aux Afro-Américains qu'ils constituent le vrai peuple élu choisi par Dieu dans l'Ancien Testament, que l'islam est leur vraie religion, que seulement les Noirs doivent exister en tant qu'êtres humains, que les Noirs sont supérieurs à tous les autres peuples sur la Terre et que tous les Blancs sont diaboliques et dénués d'humanité, de sensibilité et d'âme et seront tous punis sans exception en étant envoyés en enfer par Dieu lors du Jugement dernier et que les Noirs régneront par la suite sur la Terre dans une utopie paradisiaque.
Son parcours de vie, marqué par plusieurs arrestations pour divers crimes, et les nombreuses contradictions entre ce que la NOI dit à son sujet et ce que la recherche historique trouve de façon tangible, prouvent hors de tout doute raisonnable qu'il n'était en réalité qu'un escroc simplement motivé par l'appât de gains financiers et possiblement un agitateur recruté et financé par l'empire du Japon.
Origine et parcours gauche|vignette|205x205px|Photographie d’identité judiciaire de Wallace Fard Muhammad, alors Wallace Dodd Ford, après son arrestation à Los Angeles en 1926. Pour le FBI, il serait né en 1891 en Nouvelle-Zélande, et serait un métis blanc-polynésien. Il serait arrivé aux États-Unis en 1913. D'après une nouvelle découverte en 2023 qui avait jusque-là échappé au FBI, le recensement américain de 1910 indique qu'il serait plutôt né en 1894 sous le nom de Wallace Fard Jr à Jasper, au Texas, et est d'ascendance créole louisianaise. Selon le recensement, il a été scolarisé et vit seul avec son père Wallace Fard, né en 1868, travailleur journalier dans une scierie et qui a lui aussi été scolarisé. Il aurait donc tout au long de sa vie activement caché le plus possible le fait qu'il est né au Texas et qu'il n'aurait jamais quitté le continent nord-américain. En effet, un indice qui tend vers le fait qu'il était citoyen américain de naissance est le fait que jamais quiconque, tant la police que ses disciples, n'a indiqué qu'il avait un accent étranger, ce qui laisse sous-entendre qu'il parlait anglais américain de façon impeccable et sans accent.
En 1914, installé en Oregon où il est propriétaire d'un snack-bar ambulant, il est arrêté pour avoir harcelé une femme mariée du nom de Laura E. Swanson afin qu'elle quitte son conjoint pour l'épouser ; il est libéré en payant une caution de mille dollars. Il est ensuite de nouveau arrêté, cette fois pour avoir violé Swanson, mais est acquitté. Installé à Los Angeles, en Californie, il ouvre un restaurant. Il est arrêté en 1918 pour infraction à la loi californienne sur la prohibition de l'alcool, puis une nouvelle fois le pour agression armée. Il a fait de la prison de 1926 à 1929 pour infraction à la législation sur les stupéfiants (drogue et alcool) dans son restaurant durant la prohibition. C'est en prison qu'il se serait pour la première fois familiarisé avec l'islam grâce à Lucius Lehman, un prisonnier nationaliste noir garveyiste qui s'est converti à l'islam. Né en 1863 et fils d'un homme blanc et d'une femme noire, Lehman est éduqué et parle plusieurs langues, deux faits rares pour un Afro-Américain à cette époque, et est un homme brillant, charismatique, charmant envers tout le monde et qui connait parfaitement les rouages du système judiciaire. Lehman déclare avoir étudié la diplomatie à l'université d'Oxford et qu'il a été diplômé en 1877 (ce qui n'est toutefois pas prouvé).
W. F. Muhammad reprendra plus tard plusieurs aspects de l'histoire de Lehman, notamment d'être supposément polyglotte, en disant avoir étudié la diplomatie à Oxford, en choisissant l'année 1877 (année supposée de la collation des grades de Lehman) comme son année de naissance et en inversant les origines ethniques des parents de Lehman comme origines ethniques de ses propres parents : père noir et mère blanche. Par la suite, W. F. Muhammad s'installe à Détroit, au Michigan, et crée la en 1930, alors appelée Allah Temple of Islam. Les adhérents de la NOI le considèrent comme étant né le à La Mecque, que sa mère s'appelle Baby Gee, et qu'il est arrivé en Amérique le (jour de l'Indépendance) afin d'aller à la « rencontre de son peuple vivant dans la contrée sauvage de l'Amérique du Nord » et de lui « enseigner et lui faire découvrir sa véritable nature divine oubliée ». Ils disent qu'il est volontairement apparu de façon ambiguë au niveau racial afin de se « camoufler » et « passer inaperçu » dans la société blanche. Ils acceptent aussi contradictoirement le fait qu'il aurait étudié au début des années 1910 à l'université de Californie à Los Angeles pour une maîtrise après avoir auparavant fait des études de premier cycle en diplomatie à Oxford afin d'être au service du royaume du Hedjaz. Il disparaît par la suite mystérieusement en 1934. Selon la secte sous Louis Farrakhan, il aurait quitté la Terre en embarquant dans un vaisseau spatial. vignette|257x257px|Photographie d’identité judiciaire de Wallace Fard Muhammad emprisonné à la prison d'État de San Quentin, le 12 juin 1926. gauche|vignette|240x240px|Photographie de Wallace Max Ford (1920-1942), fils de W. D. Fard et Hazel Barton, en 1941. Le , W. D. Fard épouse Pearl Allen, une femme klamath qui passe pour blanche. La même année il est arrêté pour larcin contre son épouse, puis le couple divorce. Pearl Allen accouche l'année suivante d'un enfant dont le père biologique sera longtemps considéré comme étant Fard, mais un test ADN produit en 2024 révèle qu'il n'était pas le père. Il épouse Hazel Barton, une femme blanche, vers 1919. Le naît du couple un fils, Wallace Dodd Fard Jr, dont l'identité sera légalement changée en 1940 par sa mère en Wallace Max Ford. Le couple finit par divorcer et W. D. Muhammad coupe le contact avec son ancienne épouse et leur jeune fils. Engagé à partir de dans la United States Coast Guard durant la Seconde Guerre mondiale, Wallace Max Ford meurt accidentellement noyé dans l'océan Atlantique le , à l'âge de 21 ans et sans avoir laissé de descendance. En 1924, W. D. Muhammad épouse en troisièmes noces Carmen Treviño, une femme d'origine mexicaine d'ascendance espagnole, et le couple divorce à une date inconnue sans avoir eu d'enfants ensemble. gauche|vignette|216x216px|Wallace Fard Muhammad (assis à gauche, devant un livre) avec des policiers le 24 novembre 1932. Les centaines de pages du dossier du FBI accessibles en ligne indiquent que Wallace Dodd Ford s'est présenté sous plusieurs dizaines de pseudonymes, a déclaré de nombreuses origines ou lieux de naissance, comme Portland, dans l'Oregon (États-Unis), la Nouvelle-Zélande, l'Afghanistan, l'Espagne, etc. Ce qui expliquerait les nombreuses controverses sur son origine. Par contre, le FBI perd sa trace après 1934.gauche|vignette|205x205px|W. F. Muhammad (au centre) montrant un livre à deux policiers tandis que son assistant Ugan Ali est assis à proximité (à droite).Un article de 2003 du Metro Times Detroit sur Wallace Fard Muhammad avance que Fard aurait eu un père indien (ou pakistanais) et une mère britannique. Il serait né en 1893 en Nouvelle-Zélande et aurait émigré aux États-Unis en 1913 (sur ce dernier point, l'article rejoint le dossier du FBI). Eric Lincoln, auteur de The Black Muslims in America, à l'origine édité en 1961, « rapporte une légende qui décrit Fard comme le fils jamaïcain noir d'un musulman syrien. Une autre histoire décrit Fard en tant que Palestinien ».
Il y aurait exercé de nombreux métiers, avant de devenir un membre important du Moorish Science Temple of America sous le nom de David Ford-el. Il s'est présenté sans succès au sein du mouvement comme étant la réincarnation du fondateur Noble Drew Ali, mort en 1929. Ayant échoué à prendre la direction du groupe, il l'a quitté pour s'installer à Détroit. Il devient brièvement vendeur ambulant et, se retrouvant au chômage, il crée rapidement la en 1930.
Malgré les nombreuses preuves solides, Nation of Islam rejette l'identification entre « l'incarnation de Dieu » et Wallace Dodd Ford. En 1962, la NOI a promis de donner 100 000$ à quiconque lui donnerait la preuve que Wallace Dodd Ford et « Master Fard Muhammad » représentent une seule et unique personne. Quand Hazel Barton, l'ancienne épouse de Fard, s'est présentée avec des preuves incontestables, la NOI l'a ignorée et ne l'a pas payée.
En toute hypothèse, Nation of Islam ou ses contradicteurs sont en tous cas d'accord pour indiquer que Wallace Fard Muhammad n'était pas noir, ce qui est surprenant compte tenu de l'idéologie du nationalisme noir radical portée par Nation of Islam. Cependant, si la s'adresse exclusivement aux Noirs, elle considère en théorie que les autres populations « de couleur » peuvent accéder à l'islam. Ces autres populations de « couleur » sont néanmoins considérées comme étant inférieures aux Noirs, ceux-ci étant les seuls à posséder la « pleine divinité » et les autres populations de couleur possédant seulement qu'un peu de « divinité ». Selon un discours d'Elijah Muhammad : « vous pouvez facilement les distinguer [les blancs] de nos peuples (foncé, brun, jaune ou rouge)THE MAKING OF DEVIL, par Elijah Muhammad. ». « L'homme noir a produit ces quatre couleurs : brun, rouge, jaune et blanc [...] l'homme noir, pourtant, est le créateur de tous [...] Maintenant, le grand MahdiWallace Fard Muhammad (messie et dernier prophète de la fin des Temps, c'est-à-dire W. F. Muhammad) avec sa sagesse, connaissance et compréhension infinies, va remettre l'homme noir originel dans la situation originelle ou il était au commencement, le Dieu et le gouverneur de l'univers ».
Affaire du sacrifice humain, explication de l'arnaque et disparition gauche|vignette|205x205px|Photographie d'identité judiciaire de W. D. Fard à Détroit, le 25 mai 1933, jour de sa dernière arrestation. vignette|432x432px|Robert Karriem (1888-1935), membre de la Nation of Islam (à l'époque Allah Temple of Islam) et meurtrier de James J. Smith. Le éclate une affaire qui menace la jeune organisation : un sacrifice humain est commis par un membre de la Nation of Islam, Robert Karriem (né Robert Harris au Mississippi le et habitant de Détroit depuis 1929) qualifié de « déséquilibré », contre James J. Smith, un homme noir né à Atlanta le . Dans une maison en présence de la femme et des enfants de Karriem et de douze autres personnes, Karriem a escorté Smith dans une pièce avec un autel de fortune. Il a demandé à Smith s'il était prêt à « sacrifier sa vie pour l'islam ». Après que Smith ait répondu à l'affirmative, Karriem l'a poignardé à la poitrine et battu à mort avec un axe. Le corps de Smith est retrouvé sur l'autel avec un magazine à prix modique parlant du « mysticisme du désert » et avec la phrase soulignée : "The believer must be stabbed through the heart" (Le croyant doit être poignardé au cœur).