Heligoland (en allemand Helgoland, du bas allemand ancien signifiant « terre sacrée ») est un archipel d'Allemagne situé dans le sud-est de la mer du Nord. Composé de deux îles voisines, Heligoland et Düne, il est habité par environ . L'archipel a appartenu successivement au Danemark puis au Royaume-Uni qui le cède à l'Allemagne en 1890 en vertu du traité Heligoland-Zanzibar. Bien que constituant une commune d'Allemagne de l'arrondissement de Pinneberg du Land de Schleswig-Holstein, Heligoland n'est soumis ni au droit de douane de l'Union européennePremier paragraphe de l'article 3 de l'accord douanier de l'Union européenne ni au régime fiscal allemand car son intégration au territoire douanier allemand n'a pas été effectuée en dépit de son rattachement à l'Allemagne.

Base sous-marine durant les deux guerres mondiales, l'île de Heligoland est le lieu de l'une des plus puissantes explosions conventionnelles volontaires ( de TNT utilisées) lors de la destruction, le , d'installations militaires par les Britanniques qui avaient occupé l'île à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Géographie thumb|left|upright|La croix du Pinneberg, le point culminant de l'archipel, de l'île de Heligoland et de l'arrondissement de Pinneberg avec 61,3 mètres d'altitude.

Localisation Heligoland est un archipel d'Allemagne situé au large de Cuxhaven et des îles de la Frise-Orientale et Septentrionale, dans le sud-est de la mer du Nord. L'île frisonne de Wangerooge est distante de , la presqu'île d'Eiderstedt de , la ville de Cuxhaven de , l'embouchure de l'Elbe de et la commune de Sylt (sur l'île du même nom) de . Cette proximité fait que les eaux territoriales entourant Heligoland sont connectées à celles de l'Allemagne continentale, de sorte que l'archipel n'est pas coupé du territoire allemand. Il est baigné par la baie de Heligoland, une portion de la baie Allemande qui baigne le littoral allemand de la mer du Nord.

Topographie L'archipel est composé de deux îles, Heligoland et Düne. Tandis que Düne est sablonneuse, basse et inhabitée, Heligoland est en revanche rocheuse, formant un plateau d'une quarantaine de mètres d'altitude sur une bonne partie de sa superficie, et le lieu de vie des . Le point culminant de l'île de Heligoland, de l'archipel et de l'arrondissement dont dépendent les îles est le Pinneberg, un petit relief situé dans le nord du plateau et culminant à d'altitude. Non loin de là, à l'extrémité nord de l'île, se trouve un éperon (stack) haut de près de , la Lange Anna.

La quasi-totalité des côtes des deux îles sont artificielles et résultent soit des efforts entrepris pour freiner l'érosion du littoral, soit des agrandissements gagnés sur la mer en vue d'accueillir des installations portuaires et militaires. Les eaux baignant les îles sont agitées de fort courants, notamment au nord. Les deux îles et leurs eaux environnantes constituent une aire protégée.

Climat Le climat de Heligoland est typiquement océanique (Köppen : Cfb), (Trewartha: Dobk) ,avec des pluies réparties tout au long de l'année et une faible variation de la température. L'air, pauvre en pollen, est idéal pour les sujets allergiques.

Avec une moyenne de température hivernale de , l’île jouit du climat hivernal le plus doux d'Allemagne ; il est rare d’y descendre en dessous de . Les eaux de la mer du Nord, réchauffées par le Gulf Stream, connaissent à un record de froid. La situation de l'archipel en haute mer fait que les vents de Nord-est, resp. d'est, venus de Russie se trouvent réchauffés, si bien que les températures hivernales peuvent être plus élevées de qu'à Hambourg, par exemple. Il y a, cela dit, fréquemment de la brume et rarement du soleil l'hiver, mais rarement de la neige.

Le printemps y est plus tardif que sur le continent, de sorte que les températures ne commencent à remonter sensiblement qu'à partir du mois de mai.

Puis, l'été les températures atteignent environ , et la nuit ne descendent pas à moins de . Cela entraîne des précipitations plus fréquentes et une moindre durée d’ensoleillement. Les températures de la mer du Nord montent au mois d'août à 16-. Depuis 1962 une station météorologique est entrée en service à Heligoland ; elle mesure en continu la température de l'eau, sa salinité et d’autres paramètres. Depuis qu'elle existe, elle a enregistré une variation de la température moyenne de l'eau de Institut Alfred-Wegener pour la recherche polaire et marine (Conférence de presse 114/2012 du BMBF)..

L'automne, qui survient en septembre, est souvent encore relativement chaud et se prolonge loin dans l'année ; c'est la saison la plus humide de l'année : la température se maintient à et il pleut alors par mois.

La température moyenne annuelle est aux alentours de , et les précipitations moyennes de . Les extrema se situent aux environs de en février et en juillet.. Heligoland bénéficie en moyenne de plus d'heures d'ensoleillement que l’Allemagne continentale.

Déjà au début du , des figuiers venaient régulièrement à maturité sur l'île. On peut encore aujourd'hui admirer sur l'Oberland un très vieux mûrier. Depuis les années 1980, on a réussi ponctuellement à acclimater des palmiers et des cocotiers du Chili, ainsi que d'autres variétés peu ou pas adaptées au continent (certaines plantes subtropicales sensibles au gel comme le laurier, le yucca, la cordyline ou le chêne vert).

Géologie

Formation géologique de l'archipel La mer du Zechstein aux premiers âges L'histoire géologique de la formation de l'archipel d’Heligoland ne remonte qu'à environ d'années, à la fin du Permien, à l'ère Paléozoïque : au début du Zechstein, troisième époque du Permien, le continent primitif appelé Pangée fut submergé dans sa partie nord par un bras de mer arctique qui sépara l'actuelle Europe de l’Amérique : alors la mer Arctique recouvrit ce qui est aujourd'hui une partie de l'Europe centrale. La région d’Heligoland se trouvait recouverte par cette mer du Zechstein, dans ce qu'on appelle le fossé de l'Elbe. En raison du climat aride, l'eau s'évapora peu à peu, mettant à nu des évaporites consistant en dépôts de craie, de Dolomite, d’anhydrites et de sel : ces dépôts sédimentaires ont fait la richesse minière de l'Allemagne du Nord, exploitée tout au long de l'époque moderne.

La découverte, en 1913, du squelette fossilisé, long de , de Parotosuchus helgolandicus, un tétrapode primitif du groupe des temnospondyles, marqua une étape importante dans la paléontologie du TriasArticle original : . On n'est pas parvenu à estimer le poids de cet animal, qui vivait il y a d'années. Ses yeux, de petite taille, étaient placés assez haut sur le crâne. Il colonisait les mares périodiquement asséchées de la savane du crétacé qui recouvrait alors l'actuelle mer du Nord, et où il se nourrissait vraisemblablement de petits amphibiens et de reptiles.

Formation des roches à l'ère secondaire thumb|Heligoland sur une carte postale des années 1890-1900. thumb|Heligoland à l'hiver 1929-30. À droite se dresse la « Grande Anna », gigantesque piton de grès bigarré. Les processus de formation des roches les plus importants pour Heligoland sont survenus au cours des premiers Âges de la Terre. Le climat tropical et subtropical qui régna au début du Trias s'accompagna d'une érosion de la chaîne hercynienne du continent. Ce climat favorisa une latérisation, donnant naissance à des roches à forte teneur en fer et aluminium. L’oxydation de ces produits détritiques est à l'origine de la coloration rouge franche des couches de grès typiques d’Europe centrale.

De grandes quantités de matériaux détritiques résultant de l'érosion des hauts plateaux primaires ont été transportés et ont sédimenté sur de grandes épaisseurs formant les couches de grès bigarré. Le plateau sous-marin de Heligoland est fait de couches de grès de plus de d'épaisseur. Les îles ne sont que la fraction proéminente, émergée de cet énorme banc rocheux.

Aux époques géologiques postérieures, et d'abord durant celle du calcaire coquillier, les dépôts sédimentaires se poursuivirent dans la région d’Heligoland. Les dépôts de cette période ont, eux, une épaisseur de plus de . Un grand nombre de fossiles se retrouvent dans cet horizon, associé à des conditions climatiques particulièrement favorables à la vie animale : on y distingue de nombreuses espèces de poissons, de dinosaures marins, de mollusques et de gastéropodes.

Héligoland comporte également des dépôts de l'ère Crétacé, qui commence il y a d'années. À ce moment, toute l'actuelle mer du Nord est déjà recouverte par l'océan. Le climat chaud et humide, toujours prévalent, explique là encore la richesse en fossile des horizons rocheux correspondants.

Les coulées de halite de l’ère Tertiaire L'épaisseur considérable des couches sédimentaires en mer du Nord (et cela dès le Mésozoïque) tient au fait que la région formait alors une dépression : ainsi, même lorsque la mer était à son plus bas niveau, du Trias à l'ère Tertiaire, il continuait de s'y déposer des produits d'érosion des massifs environnants. Sous le poids des dépôts récents, les dépôts plus anciens se consolidaient chaque fois un peu plus.

La surrection des grès d'Heligoland est en partie liée à ce processus de consolidation qui, augmentant la masse volumique des dépôts conféra une cohésion accrue aux couches inférieures. L'équilibre hydrostatique se traduit en effet par une pression croissante avec la profondeur : les couches inférieures, plus fortement comprimées, sont les plus denses. Au Mésozoïque, les dépôts du Trias, puis la craie du crétacé et du tertiaire continuèrent de recouvrir les bancs de halite du permien. thumb|Un affleurement rocheux sous-marin (Felswatt) émergeant à marée basse au pied de la « Grande Anna ». Les bancs primaires de halite continuèrent de se compacter jusqu'à atteindre la densité critique de , où le sel gemme présente une anomalie dilatométrique. Une fois ce seuil atteint, le sel gemme réagit par déformation plastique aux surcharges, et s'écoule tel un fluide visqueux à travers les points faibles de la croûte supérieure qu'il fait céder comme par des failles. Sous la pression de ces coulées, les couches supérieures de grès et de calcaire sont elles-mêmes repoussées vers la surface.

Le plissement des couches de grès et des autres couches géologiques sous la pression des coulées ascendantes de halite a laissé son empreinte sur la structure tectonique actuelle de Heligoland. Le pli de halite court selon un axe Nord-nord ouest–Sud-sud est, ce qui explique la direction du pendage des couches superposées, que l'on peut observer sur les faciès érodés des Felswatt du nord de l'île. Au cours du plissement, les couches ont glissé, si bien qu'on peut relever aujourd'hui une inclinaison des bancs de grès de 17° à 20°. Ainsi le long du littoral occidental de l'île de Heligoland on voit des couches ascendantes, et le long du littoral oriental des couches descendantes.

Persistance des promontoires gréseux à l’ère Quaternaire La submersion du Quaternaire est une conséquence du refroidissement du climat au cours de l'ère Tertiaire. Les trois grandes ères glaciaires qui ont couvert de glaciers la moitié nord de l'Europe se sont accompagnées de profondes modifications du paysage.

Au cours de la Glaciation de Mindel (entre ) et de la Glaciation de Riss (entre ), l’inlandsis, dont il subsiste encore aujourd'hui des vestiges de moraine, recouvrit Heligoland. La poussée de la glace a dû s'accompagner alors d'un intense décapage mettant à nu les affleurements de halite des Görtels dans l'ouest de l'île. La transgression marine aux épisodes interglaciaires poursuivit le travail d'abrasion des roches superficielles.