Le Roman d’Alexandre est un recueil de légendes concernant les exploits d'Alexandre le Grand. Source des différents miroirs des princes médiévaux, il fut, malgré la diversité des versions, l’un des livres les plus répandus au Moyen Âge, objet des premières traductions dans les langues vernaculaires d'Europe, mais traduit aussi en arménien, éthiopien, hébreu, syriaque, copte, persan, arabe, turc, malais... Dans la littérature française, le poème d'Alexandre de Paris Li romans d’Alixandre marque l’apparition du vers de douze syllabes, nommé depuis pour cette raison alexandrin.

Composition vignette|Édition serbo-croate du . Les premiers essais littéraires sur la vie d’Alexandre le Grand parurent peu après sa mort. En marge des écrits des biographes d'Alexandre, des hagiographies romancées commencèrent bientôt à se répandre et connurent en peu de temps une grande popularité. Elles présentaient Alexandre comme le conquérant et le maître du monde et furent faussement attribuées au biographe officiel d'Alexandre, Callisthène, ce qui explique qu'on en désigne souvent aujourd'hui le(s) auteur(s) sous le nom de Pseudo-Callisthène. Ces récits faisaient peu de distinction entre la réalité historique et la légende. D'abord essentiellement transmis par tradition orale, ils furent couchés à l'écrit ensuite.

Il existe quatre grandes traditions des vies d'Alexandre dans l'Antiquité : on les désigne par les lettres grecques α, β, γ et ε. On suppose aussi l'existence d'une cinquième tradition, δ, dont il ne semble subsister aujourd'hui aucun témoin mais qui serait à l'origine des variantes de la version syriaque du .

C'est d'abord en Orient (et surtout dans la littérature syriaque) que la geste d'Alexandre a connu une large diffusion romanesque. On en retrouve même des reflets dans la littérature arabe et des pays d'Islam. Ainsi la vie d'Alexandre forme la trame du roman perse intitulé Iskandarnamah, œuvre en prose d'un écrivain anonyme du . Nezami de Gandja en a écrit une version en vers, qui forme l'un des cinq poèmes de sa Khamseh. Dans une première partie, il conte les conquêtes d'Alexandre, qu'il présente dans la seconde comme un sage qui dialogue avec les plus grands philosophes, et est chargé de la mission prophétique de prêcher le monothéisme. En revanche certains textes anciens, comme les Histoires contre les païens de l'auteur chrétien Paul Orose, présentent le conquérant macédonien sous un jour nettement moins favorable (il y apparaît comme irascible et enclin à l’hubris). De même, les versions persanes populaires en prose le décrivent comme esclave de ses désirs.

La plus ancienne version latine du Roman d'Alexandre, celle de Julius Valerius Polemius, remonte au et constitue la tradition α. L’autre témoin latin important, élaboré, lui aussi à partir de sources grecques, est le récit de Léon de Naples, qui date du et a donné naissance à diverses versions postérieuresCf. .. Il existe enfin une tradition λ, apparue vers 700 à partir d’interpolations des textes de la tradition β. En marge de ces différentes versions, on dispose de plusieurs fragments manuscrits sur papyrus et d’une inscription sur pierre, qui permettent de dater ces différentes traditions.

Versions en langue vernaculaire Au , les premières versions du roman d'Alexandre en langue vernaculaire apparaissent en EuropeCf. ., parmi lesquelles il faut mentionner d'abord les trois versions françaises, qui dans l'histoire de la littérature sont restées comme « le » Roman d’Alexandre : la première est l'œuvre d’Albéric de Pisançon, dont on n'a plus que quelques fragments épars (105 vers octosyllabes) et remonte à 1120 environ. C'est d'elle que fut traduite vers 1130 l’Alexanderlied du Père Lamprecht en langue tudesque. Une autre version en français, dont seuls des fragments consistant en nous sont parvenus, a été composée par un auteur anonyme vers 1150. La troisième version a été composée vers 1180 par Alexandre de Paris en dialecte français () : elle comporte quatre branches en dodécasyllabes, d'où le sens donné au terme « alexandrin ».

Augmenté ultérieurement par plusieurs auteurs anonymes puis mis en prose, le Roman d’Alexandre est l'un des premiers textes imprimés en France et connaît une grande vogue jusqu'en 1500. Dès 1240, Rodolphe d'Ems compose un Alexanderroman, où il évoque en quelque l’éducation et les batailles d’Alexandre le Grand ; puis vers 1285, , trouvère à la cour praguoise du roi Venceslas, compose une version en haut-allemand en du roman d’Alexandre. En 2012, Georges Bohas, membre de l'Institut universitaire de France, publie un récit anonyme le Roman d’Alexandre à Tombouctou découvert dans les manuscrits de Tombouctou et où Alexandre le voyageur figure sous l’appellation du Bicornu, son nom dans le Coran parce qu’il aurait tenu les deux cornes du monde entre ses mains.

Entre les , le Roman d’Alexandre a été traduit dans de nombreuses langues , connaissant ainsi « des transmissions et une diffusion si vastes qu’il est cité au même rang que la Torah, la Bible et le Coran pour ces questionsUn roman d'Alexandre arménien, Bibliothèque nationale de France, 20 mai 2020. ». Au , le roman d'Alexandre est lu à la cour de Möngke.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Éditions et traductions

Gallica a mis en ligne un Ms du et de nombreux autres.

Études

Laurence Harf-Lancner, « Le personnage d’Alexandre le Grand dans la littérature narrative française du : mythe et roman », dans Los caminos del personaje en la narrativa medieval : actas del Coloquio internacional (Santiago de Compostela, 1-4 diciembre 2004), Florence, SISMEL, 2006, p. 61-75.

Articles connexes Albéric de Pisançon Lambert le Tort Alexandre de Bernay Pseudo-Callisthène Epistola Alexandri ad Aristotelem

Liens externes

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