La république serbe de Krajina était une entité serbe autoproclamée de Croatie pendant la guerre d'indépendance de la Croatie, ayant existé de 1990 à 1995 : elle contrôlait deux territoires, l'un à la frontière avec la Bosnie-Herzégovine, l'autre le long du Danube à l'Est de la Croatie.
Toponymie République serbe de Krajina est parfois raccourcie en « Krajina », « RSK » ou encore « Krajina serbe ». La traduction en serbe est en alphabet latin et en alphabet cyrillique, raccourci en .
Histoire La région sous les Habsbourg
En 1522, afin de contrer l’invasion ottomane, les Habsbourg créent le long de la frontière avec la Bosnie alors sous contrôle ottoman, des « confins militaires » ou « Krajina militaire » (en croate Vojna Krajina) où ils installent des colons de plusieurs nationalités : pandoures Croates ou Magyars de confession catholique mais surtout Slaves et Valaques de confession orthodoxe, fuyant la domination ottomane dans les Balkans. Ces colons ont la charge de défendre militairement la frontière de l’Empire autrichien contre les raids, incursions et infiltrations des Akindjis ottomans. En échange, il bénéficient de terres et de franchises d’impôts.
Les Valaques furent autrefois nombreux dans ces régions des Alpes dinariques et de Slavonie, mais sont progressivement passés à la langue serbo-croate, tout en restant orthodoxes, et de nos jours ces personnes originaires de la Krajina ne se déclarent pas comme « Valaques » mais comme « Serbes ». En Serbie aussi, la très grande majorité des Valaques s’identifie aujourd’hui comme Serbes, bien qu’une petite minorité garde l’identité et la langue valaque.
Aujourd'hui en Croatie, le terme de « valaque » (vlas) devenu nom commun, est employé par les Croates pour désigner de façon péjorative les orthodoxes, soit en pratique les Serbes, et même plus largement les campagnards et les montagnards Croates venus en ville de l’arrière-pays. En 1630 les Habsbourg promulguent une constitution dite Statuta Valachorum, « Statut des Valaques », fixant les droits et devoirs des Krajišnik (habitant ou originaire de Krajina) et offrant une large autonomie sur le fonctionnement intérieur aux habitants de Krajina, exemptés d'impôts. Cette autonomie permit aux habitants de cultiver et sauvegarder une identité orthodoxe, devenue serbe. Lors des guerres d'indépendance serbes contre les Ottomans en 1804 et 1815, les Serbes de l'empire d'Autriche en furent les principaux financiers.
La monarchie des Habsbourg, vaincue par les Ottomans, leur rend de nombreux territoires conquis auparavant et ratifie un traité de paix en 1739 : le traité de Belgrade. L'héritière de l'Empire, Marie-Thérèse d'Autriche, modiifie alors les Statuta Valachorum en supprimant le les franchises dont bénéficiaient les Serbes de Krajina, au motif que la menace ottomane se serait dissipée par la signature du traité de Belgrade et que les exemptions seraient ainsi devenus une charge financière inutile pour l'Empire Histoire de la Krajina : Le changement politique des Habsbourgs.
Les confins militaires sont néanmoins maintenus jusqu'en 1881, s'étendant de l'Ouest de la Bosnie jusqu'à l'Est du Banat (actuellement une partie de la Voïvodine et de l'Ouest de la Roumanie). Seule la région de Knin n'en fait pas partie car elle appartient encore à la république de Venise (697-1797).
En 1881, la Krajina croate (Croatie militaire) et la (Požega (ancien comitat), Virovitica (ancien comitat), Syrmie (comitat), sous autorité d l'Église orthodoxe serbe) sont intégrées au royaume de Croatie-Slavonie (1868-1918), dépendant des pays de la Couronne de saint Étienne, partie hongroise de l'Autriche-Hongrie, qui, depuis 1878, occupe la Bosnie-Herzégovine.
La région dans l'État indépendant de Croatie
La république serbe de Krajina Montée du nationalisme en Croatie et formation
Le , l'indépendantiste croate Franjo Tuđman remporte les premières élections multipartites de Croatie et est nommé président de Croatie. Avec la Slovénie de Milan Kučan, il propose de transformer la Yougoslavie en une confédération d'États souverains.
Dans le contexte national tendu de la Yougoslavie communiste finissante, les Serbes de Croatie manifestent pour rester au sein de l'État fédéral au cas où la Croatie s'en détacherait. À ce moment, environ de Serbes vivaient en dehors de la république de Serbie, sur les de Serbes de la Yougoslavie de 1991..
Le , soutenus par une partie des Serbes de Serbie ainsi que par Slobodan Milošević et porté par la crainte de la création d'un État croate oustachi, les séparatistes serbes proclament unilatéralement la création d'un « Conseil national serbe » avec à leur tête Milan Babić, un dentiste de Knin. C'est la « Révolution des rondins » en référence aux barricades érigées en travers des routes.
En , un référendum est tenu dans certaines municipalités de la région communément nommée Krajina. 99,7 % des votants se prononcent pour la « souveraineté et l'autonomie » des Serbes en Croatie. Le référendum est déclaré illégal et invalide par les autorités de Croatie qui déclarent que les Serbes n'avaient aucun droit constitutionnel de se détacher du territoire croate.
Tuđman réplique en en modifiant la constitution croate pour renforcer le caractère croate de la nouvelle république. Il en résulte que les minorités perdent tous leurs statuts (y compris celui de minorité constitutive de la république) et ne gardent que la citoyenneté croate. Cela revenait à conférer le même poids aux Hongrois (0,5 % de la population) qu'aux Serbes (12,2 % de la population).
Le , Milan Babić déclare la création d'une « Région autonome serbe de Krajina » avec pour capitale Knin et regroupant onze municipalités sur un total de 102 où les Serbes étaient recensés comme majoritaires, soit , 12,5 % du territoire croate. Le , la Région autonome serbe de Krajina fait sécession de la Croatie, d'autres communes croates à l'Est de la Croatie la rejoignent en cessant de payer leurs impôts.
C'est sur un maximum de soit 30 % de la superficie de la Croatie que s'étendra la RSK entre 1991 et 1995. En réalité, moins de la moitié des Serbes de Croatie habitaient les territoires rassemblés dans la RSK, l'autre moitié se trouvant disséminée dans les principales agglomérations de Croatie. Quant aux onze districts d'origine, on n'y trouvait qu'un Serbe de Croatie sur quatre soit .
Affrontements
Le , les premières rixes armées éclatent dans le parc national des lacs de Plitvice avec leur annexion par la Région autonome serbe de Krajina : deux Serbes et un policier croate sont les premiers morts de la guerre qui va suivre.
Le , un second référendum est organisé en RSK : les Serbes se prononcent à 99,8 % pour un rattachement à la Serbie.
Le et comme le permet la constitution yougoslave, la Croatie déclare son indépendance. 38 communes sur 102 se retrouvent très vite en état d'insurrection. L'armée yougoslave (ou JNA) dirigée par Ratko Mladić, s'affichant en défenseur de l'unité yougoslave et prétextant la défense des Serbes et de leurs intérêts, et basée en Serbie déclenche alors les hostilités en bombardant et en envahissant la Croatie à partir d' et progresse très rapidement en territoire croate une fois la ville frontalière de Vukovar tombée le au cours de la bataille de Vukovar.
La Région autonome serbe de Krajina étend ensuite son territoire à de nombreuses reprises jusqu'à atteindre environ un tiers de la superficie de la Croatie. Les minorités présentes dans les zones contrôlées par les Serbes sont alors persécutées, intimidées, déplacées et sont victimes d'exactions (pillages, assassinats, massacres, etc.). Les monuments culturels et religieux sont détruits pour effacer toute trace de présence non serbe. Au total, ce sont environ non-Serbes de Croatie qui seront tués (guerre et crimes) et qui seront chassés du territoire contrôlé par la RSK, principalement vers la Croatie jusqu'en d'abord par la JNA puis par les miliciens serbes de la RSK. Dans le même temps, en zones d'insurrection, des Croates se rebellent et tentent de faire subir le même sort aux Serbes. Environ Serbes quitteront tout de même la RSK entre 1991 et 1995, la plupart poussés par les mauvaises conditions générales de vie (insécurité, chômage, etc.).
Le , la « Région autonome serbe de Krajina » est transformée en « république serbe de Krajina ». Le , la Slavonie occidentale et la Slavonie orientale, Baranja et Syrmie occidentale rejoignent la RSK.
En , un accord est trouvé entre Slobodan Milošević et Franjo Tuđman. Cet accord prévoit le retrait de la JNA, le retour des personnes déplacées dans leurs maisons et l'installation d'une force d'interposition internationale sous l'égide de l'Organisation des Nations unies suivant le plan Vance (du nom de Cyrus Vance). En réalité, une partie de l'armement et des hommes de l'armée de Yougoslavie ont intégré l'armée de la RSK et très peu de réfugiés sont rentrés chez eux.
Le , le Conseil de sécurité des Nations unies décide la création de la Force de protection des Nations unies (FORPRONU, UNPROFOR en anglais) : casques bleus sont peu à peu déployés après six mois de guerre ouverte. Malgré un succès relatif quant à la démilitarisation partielle de la ligne de front et des forces serbes et croates de part et d'autre, les casques bleus échouent à mettre en œuvre le retrait partiel des troupes serbes des territoires à majorité croate (les « Zones roses »). Parmi les derniers Croates restés sur place, 250 civils et soldats seront tués malgré la présence des soldats de la paix (massacre de Vukovar).
Le , la Croatie opère un redécoupage de son territoire avec la création de deux kotars (régions autonomes) pour les Serbes. Mais cette solution est rejetée par la RSK qui juge les zones concédées trop petites et le degré d'autonomie insuffisant.
La reconquête croate
En , une opération militaire limitée (l' Ambassade de Croatie en France - Opération Maslenica) est conduite par l'armée croate dans l'arrière-pays de Zadar afin de dégager l'étau serbe sur la route côtière et de désenclaver la côte dalmate alors séparée du reste du pays. En effet, un des buts territoriaux de la RSK était de gagner une ouverture sur la mer. Cet objectif ne fut jamais réalisé mais les communications terrestres entre le Sud de la Dalmatie et le reste de la Croatie furent coupées.
En , une autre opération (l'opération de la poche de Medak) est conduite en région de Lika au Sud de Gospić dont les faubourgs Sud sont régulièrement pilonnés depuis des positions serbes.
Mises à part ces deux offensives de l'armée croate et malgré des négociations en pointillés, le cessez-le-feu est plus ou moins respecté.
En Bosnie-Herzégovine voisine, alors en guerre civile et contre la Serbie, l'intervention répétée des forces de la RSK contre les Bosniaques (dits « Musulmans de Bosnie ») au côté des forces serbes de Bosnie (JNA et milices armées de la république serbe de Bosnie) conduit l'aviation de l'OTAN à bombarder en représailles la base aérienne de la RSK à Udbina en région de Lika le .
Après quatre ans d'indépendance et de conflit, l'armée croate soutenue par les États-Unis, lance le l'opération Éclair Ambassade de Croatie en France - Opération Éclair qui lui permet de reprendre en le contrôle de la Slavonie occidentale, désenclavant par là-même l'Est du pays.
La veille de l'Opération Tempête (Oluja), selon le conseiller aux affaires étrangères de la république de Krajina Slobodan Jarcevic, des avions militaires américains auraient attaqué et détruit des radars, des défenses aériennes, des ponts stratégiques et tous les moyens de communication de l'armée serbe The Invasion of Serbian Krajina.