Un maranges est un vin français rouge ou blanc d'appellation d'origine contrôlée, produit notamment sur le coteau des Maranges, partagé entre les communes de Cheilly-lès-Maranges, Dezize-lès-Maranges et Sampigny-lès-Maranges, dans le département de Saône-et-Loire.
Composée essentiellement (90 % de la production en 2023) de vin rouge produit presque uniquement à partir de pinot noir (le blanc est produit à partir de chardonnay)., cette appellation est la plus méridionale des appellations communales du vignoble de la côte de Beaune ; elle a pour voisine l'aire du santenay plus à l'est, avec les vins des hautes-côtes de Beaune au nord, ceux du Couchois à l'ouest et ceux de la côte chalonnaise (bouzeron, rully, etc.) au sud-ouest.
Histoire Naissance du vignoble Le début de la culture de la vigne le long de la côte d'Or est difficile à dater, faute de preuves. Selon les auteurs, cela remonterait à la période romaine (la thèse la plus tardive mentionne le de notre ère). ou à celle des Gaulois (au avant notre ère., voire dès le .). Les seules certitudes concernent d'une part la consommation de vin par l'élite celte (de grandes quantités de débris d'amphores ayant été retrouvés) et d'autre part l'existence de la viticulture à partir de la fin du (fouilles de Gevrey-Chambertin en 2008-2009, en plaine). confirmée par les écrits de Columelle.
Durant la période médiévale, le christianisme favorise l'extension de la vigne (le vin est nécessaire pour la messe), par la création de domaines viticoles par les institutions ecclésiastiques.. Dès le , le chapitre d'Autun possède un domaine viticole à Sampigny (qui dépend alors comme toute la côte de Beaune du diocèse d'Autun), qui complète ceux qu'il possède à Saint-Aubin, Meursault, Baubigny, Meloisey, Aloxe. et Chenôve. L'existence de Cheilly est attestée à partir du , avec mention d'une vigne au ; Nicolas Rolin (chancelier du duc de Bourgogne, fondateur des hospices de Beaune) fut seigneur de Cheilly.. Par l'ordonnance du , le duc Philippe le Hardi (qui possédait la seigneurie de Santenay) décida d'interdire la culture du , au profit du pinot noir. : cet ordre, renouvelé plusieurs fois ce qui fait douter de son efficacité, n'empêche pas le gamay et d'autres cépages d'être massivement cultivés, notamment en-dehors des meilleures parcelles, y produisant des vins de consommation courante. À la mort de Charles le Téméraire en 1477, le vignoble de Bourgogne fut rattaché au royaume de France, sous le règne de Louis XI.
La feuille d'Autun (publiée en 1759) de la carte de Cassini indique bien que le coteau des Maranges (à l'est de Deʃiʃe) est alors couvert de vignes, mais sans descendre dans les fonds de vallée. En 1778, l'abbé Courtépée et Edme Beguillet mentionnent dans leur Description historique et topographique du duché de Bourgogne qu'il y a des vignes sur les paroisses de Cheilly (), Decise () et Sampigni (), mais ne donne le nom que d'un seul climat (alors qu'ils en citent quatre pour Santenai et six pour Chassagne), (tome III)..
Développement du marché Le transport du vin sur les longues distances se fait jusqu'à la fin de l'époque moderne de préférence par la voie fluviale (par les axes Saône-Rhône et Yonne-Seine), mais l'amélioration du réseau routier au (routes refaites et entretenues) profite aux vignobles desservis. Jusqu'à la Révolution, la liaison entre Paris et Lyon se fait par la grande route passant par Auxerre, Autun, Couches, Saint-Léger-sur-Dheune et Chalon (l'actuelle D978), passant ainsi en amont des Maranges. Le vignoble de la côte d'Or est en 1789 pour les voyageurs à trois jours de diligence du marché parisien.. La liaison avec le marché parisien s'améliore avec l'ouverture en 1793 du canal du Charolais (l'actuel canal du Centre), qui suit la vallée de la Dheune puis de la Bourbince, rejoignant la Loire à Digoin, et de là jusqu'à Paris par le canal de Briare. L'inauguration en 1849 de la ligne de chemin de fer desservant Chagny est suivie rapidement par l'extension du réseau encore plus loin vers le sud (la ligne PLM), ce qui met à mal pendant la seconde moitié du la partie du vignoble de Bourgogne qui produisait des vins d'entrée de gamme : ces vins sont désormais en concurrence avec ceux plus méridionaux, notamment ceux languedociens et algériens, moins chers, plus foncés et plus alcoolisés.
Les Maranges ne sont pas mentionnés par André Jullien dans sa Topographie de tous les vignobles connus, . de 1816, ni dans les classements de 1831 par Morelot, ., 1855 par Lavalle. et 1861 qui se limitent tout trois à la Côte-d'Or, .. Dans les décennies 1830-1840, la pyrale survint et attaqua les feuilles de la vigne. Elle fut suivie vers 1850 d'une maladie cryptogamique, l'oïdium., dont le traitement par le soufre est trouvé en 1854 (le soufrage). De cette époque datent les « sociétés de secours mutuel » dont se dotent Sampigny, Dezize et Cheilly, respectivement fondées en 1837, 1839 et 1850François Nosjean, « La Saint-Vincent tournante des Maranges (25-26 janvier 1997) », Images de Saône-et-Loire, , décembre 1997, pages 14 à 18.. Les vins produits sur les Maranges, plus tanniques et colorés que ceux des autres vignobles de la côte de Beaune, servent alors de « vins médecins » aux négociants, destinés à leur être mélangés pour les renforcer..
vignette|redresse=2|Carte des vignobles de Saône-et-Loire réalisée par Budker, avec classement, ré-édition de 1901 : les Maranges sont à l'extrémité nord (ici à droite). En 1869, la carte de Budker indique tous les vignobles de Saône-et-Loire et du Beaujolais, classés en cinq catégories de qualité : Dezize est indiquée comme le meilleur vignoble du canton de Couches-les-Mines, avec un total de de vignes, dont quatre climats classés en (Clos Livron ; Clos Domelle ; Les Boutières ; Clos Rousseau), trois en (Les Maranges ; Les Bulliers ; Chambaut) et trois en (Les Sangeots ; Borgy ; l'Hôpital) ; Cheilly est en deuxième place, avec , dont Maranges en , le reste en , et ; Sampigny est en troisième place (devant les autres vignobles du Couchois), avec , classés en , ..
À la fin du arrivèrent trois nouveaux fléaux de la vigne : d'abord le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique du Nord, qui toucha la Saône-et-Loire dès 1875 (à Mancey), puis la Côte-d'Or à partir de 1878 (à Meursault), se répandant ensuite, entraînant à terme la mort de la totalité des vignes. La seule parade trouvée fut de replanter avec greffage sur des pieds américains, autorisé en Bourgogne à partir de 1887.. En 1878, une nouvelle maladie cryptogamique, le mildiou, est identifiée dans le Bordelais, venant elle-aussi d'Amérique du Nord et contaminant rapidement tous les vignobles européens ; le traitement avec du sulfate de cuivre (la bouillie bordelaise) est proposé en 1885. Enfin, en 1886, c'est au tour du black rot (la pourriture noire) d'arriver ( de la Société française de phytopathologie, « Les Vendanges du Savoir » le 20 mai 2025 à Talence)., traité au fongicide. La crise phylloxérique transforme le vignoble : le provignage est abandonné, les plantations sont faites en rangs avec désormais un palissage sur fils de fer, et non plus en foule sur piquets., d'où une densité plus faible, et la possibilité d'y faire passer un cheval (pour traiter et labourer).
Création des appellations La reconnaissance des appellations d'origine par la loi du oblige les producteurs et le commerce à donner aux vins des noms conformes à leur origine, publiée au JORF du page 4726., ce qui entraine la limitation par décision de justice du . de l'appellation bourgogne (qu'on pouvait compléter d'un nom de commune) aux seuls vins réalisés avec du pinot noir ou du chardonnay, le gamay étant seulement utilisé pour la fabrication du passe-tout-grains et du grand ordinaire. La production des communes se partageant les Maranges n'est alors pas comprise dans celle du vignoble de la côte de Beaune (encore limitée aux communes d'Aloxe, Pernand, Savigny, Pommard, Volnay, Monthelie, Auxey, Meursault, Puligny, Chassagne et Santenay)., mais est souvent vendu sous un nom d'emprunt de la côte.
La création d'appellations communales dans les années 1930 vise à protéger un nom de produit et à le réserver à la production d'un territoire délimité, dans le souci de lutter contre les fraudes. Le décret du créé l'appellation « Côte de Beaune-Villages »Décret du 31 juillet 1937, publié au JORF du 11 août 1937 page 9072, consultable dans le ., subdivisée en quinze appellations communales différentes, dont les appellations « Cheilly-lès-Maranges », « Dezize-lès-Maranges » et « Sampigny-lès-Maranges ». En cas de mélange de la production des différents villages, l'appellation « Côte de Beaune-Villages » pouvait être utilisée. Le cépage pinot lièbault était alors autorisé en plus de ceux d'aujourd'hui, tels que le noirien (pinot noir), le pinot beurot (pinot gris), l'aubois (chardonnay) et le pinot blanc, tandis que les rendements étaient limités à par hectare (moyenne calculée sur cinq années). À ce décret fournissant un cahier des charges à l'appellation se rajoute celui du , qui institue les premiers crusComité national des appellations d'origine des vins et eaux-de-vie, Désignation des premiers crus de Bourgogne, décret du , article 9, , publié au JO de l'État français (le nom du JORF sous le régime de Vichy) du . La liste des premiers crus est publiée dans le Bulletin officiel du service des prix (l'ancien nom du Bulletin officiel de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, le BOCCRF) du ; une campagne de numérisation des anciens numéros est en cours (pour l'instant à partir de 1970 : ), ceux de 1941 à 1980 sont consultables sur microfiches à la BNF Tolbiac salle D dans le ..
Dans les années 1960 et 1970, l'enjambeur remplace le cheval, complété par le chenillard sur les fortes pentes ; les techniques en viticulture et œnologie évoluent pendant les cinquante ans suivants : vendange en vert, table de triage, cuve en inox, pressoir électrique puis pneumatique, etc. Les 17 appellations de la côte de Beaune (les saint-aubin et saint-romain ayant été rajoutés), dont les « cheilly-lès-maranges », « dezize-lès-maranges » et « sampigny-lès-maranges », publié au JORF du . reçoivent un nouveau cahier des charges commun en 1970, avec encore un rendement plafonné à (l'excédent étant déclassé).
Regroupement en une appellation Les trois appellations communales sont regroupées sous l'appellation « maranges » par le décret du (en commençant avec la récolte 1988), publié au JORF du .. Les 25 et , les Maranges accueillent la fête de la Saint-Vincent tournante, avec décoration, défilé, messe et dégustation dans les différents caveaux d'environ de plusieurs cuvées communes (chaque vigneron fournissant un peu de sa production) : maranges 1991, maranges 1995, Clos des Rois 1992, Clos Roussot 1990, La Fussière 1989 et du crémant de Bourgogne.. Avec la canicule de 2003, les vendanges débutèrent pour certains domaines cette année-là à la mi-août, soit avec un mois d'avance, des vendanges très précoces qui ne s'étaient pas vues depuis 1422 et 1865 d'après les archives« Le Millésime 2003 en Bourgogne », La Revue du vin de France, , .. Le cahier des charges est modifié en 2009 (passage en AOP), publié au JORF du . puis en 2011 (plus exigeant sur la richesse minimale en sucre du moût, tout en augmentant le rendement maximum), homologuée par le décret du , publié au JORF du , texte ..
En 2015, les trois communes se portent candidates pour organiser une seconde fois la fête de la Saint-Vincent tournante.. Cette dernière est organisée les 24 et , autour du thème de la musique : le jazz à Cheilly-lès-Maranges, le disco à Dezize-lès-Maranges et le rock à Sampigny-lès-Maranges.. Sept cuvées collectives, pour un total de , sont prévues pour la dégustation : maranges rouge 2020 et 2018, maranges rouge 2018, maranges blanc 2024, 2023 et 2022, ainsi qu'un bourgogne hautes-côtes-de-beaune blanc 2023 ..
Étymologie