thumb|La ministre de la Justice, Christiane Taubira, chargée du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, et le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, après l'adoption du projet de loi. thumb|Deux jeunes hommes s'embrassant devant des opposants à l'autorisation du mariage entre personnes de même sexe, le 4 mai 2013.
Le mariage entre personnes de même sexe en France, également qualifié de , est reconnu depuis le . Il consiste en la possibilité pour un couple de deux hommes ou de deux femmes de contracter un mariage civil, auparavant réservé à un homme et une femme.
Depuis 1999, les couples homosexuels ou hétérosexuels avaient la possibilité de signer un partenariat civil, appelé pacte civil de solidarité (PACS), ou de s'établir en concubinage. Cependant, l'un et l'autre statuts n'offrent pas les mêmes garanties juridiques que le mariage civil.
Le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, déposé au Parlement le , a fait l'objet de débats importants et a connu en France une opposition plus forte que dans d'autres pays européens« Mariage homosexuel : moins de remous à l'étranger », Le Figaro, février 2013.. La loi a été définitivement adoptée le puis validée par le Conseil constitutionnel et promulguée le . Le premier mariage entre personnes de même sexe français a été célébré le à Montpellier.
En 2024, sur célébrés en France, 7 000 l'ont été entre personnes de même sexe, soit 2,83 % des mariages.
Chronologie Entre le et le , le Code pénal est adopté. L’absence de la mention de la sodomie, considérée jusque-là comme un crime, ou tout autre terme désignant les rapports homosexuels, fonde ainsi la dépénalisation de l’homosexualité en France. Le rapporteur de la loi, Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, affirma en effet que le Code pénal n’a mis hors-la-loi que les « vrais crimes », et non pas les « délits factices, créés par la superstition, la féodalité, la fiscalité et le despotisme ».. Cette dépénalisation dans le Code pénal de 1791 influença directement ou indirectement (par son successeur, le Code pénal de 1810) plusieurs pays voisins (notamment les Pays-Bas, la Belgique, l'Espagne et l'Italie, et plusieurs États allemands avant l'unification en 1871 — la Bavière, le grand-duché de Bade, le Wurtemberg, le royaume de Hanovre et le duché de Brunswick) qui adoptèrent le modèle juridique français de non-criminalisation de l'homosexualité dans le cadre privé..
C'est au début des années 1980 que la société française commence à prendre en compte la réalité des homosexuels et de leurs couples. Le , la proposition de loi est déposée à l’Assemblée nationale par le député socialiste Raymond Forni, président de la commission des lois, .. L’Assemblée nationale adopte définitivement le texte le . et la loi est promulguée le . : de du Code pénal est aboli et la distinction discriminatoire dans la majorité sexuelle entre rapports homosexuels et hétérosexuels est ainsi supprimée (comme avant 1942), devenant de pour tous. Mais l'homosexualité n'est retirée de la liste des maladies mentales de la CIM-10 publiée par l'Organisation mondiale de la santé que huit années plus tard, le ..
La jurisprudence française évolue lentement. Le , la Cour de cassation rappelle encore que même : .
De 1990 à 1998, plusieurs parlementaires de gauche déposent sans succès des propositions de loi afin d’instaurer un nouveau contrat civil. La longue bataille politique et sociétale pour la reconnaissance du couple homosexuel trouve une issue sous le gouvernement Jospin, par l'adoption du PACS, le .
1999 : PACS thumb|upright|Loi du 15 novembre 1999 relative au PACS.En 1999, le Parlement adopte la loi mettant en place le Pacte civil de solidarité (PACS), ouvert aux couples hétérosexuels et homosexuels. Pendant les débats parlementaires, la loi est fortement contestée par la droite, en particulier par la députée Christine Boutin. , Roselyne Bachelot est la seule députée du RPR à voter pour la loi. Comme le mariage, le PACS est interdit entre personnes déjà mariées ou pacsées, entre ascendants, descendants et alliés en ligne directe et entre collatéraux jusqu'au troisième degré. Cependant, il n'est pas signé en mairie mais dans un tribunal d'instance ou une ambassade et, en cas du décès d'un des partenaires, le survivant n'est pas héritier du défunt. Il ne permet pas non plus l'adoption conjointe.
Au fil des années, le régime du PACS se rapproche de celui du mariage en ce qui concerne les obligations mutuelles entre partenaires, mais il reste sans effet sur la filiation et l'autorité parentale. Il donne donc un statut au couple mais ne crée pas de relations familiales.
2004 : mariage de Bègles vignette|upright|Riz rose lancé lors du mariage de Bègles et conservé dans le fonds Michel Chomarat de la Bibliothèque municipale de Lyon. Le , le maire vert de Bègles, Noël Mamère, constatant que le Code civil ne précise pas le sexe des épouxAnciens articles 144 à 164 du Titre V du Code civil: Du mariage, définissant les qualités et conditions requises pour pouvoir contracter un mariage., célèbre un mariage entre deux hommes. Le suivant, le tribunal de grande instance de Bordeaux statue sur la question du sexe des mariés, en s'appuyant sur un autre article du Code civil qui précise que lors de la cérémonie du mariage, l’officier de l’état civil du code civil., et annule ce mariageTGI Bordeaux, civile, 27 juillet 2004, , lire en ligne.. Cette décision est confirmée par la cour d'appel de Bordeaux, le Cour d'appel de Bordeaux, civile, 19 avril 2005, , lemonde.fr — « Le mariage homosexuel de Bègles définitivement annulé »..
La Cour de cassation confirme l'arrêt de la Cour d'appel de Bordeaux par un arrêt en date du Civ1, 13 mars 2007, pourvoi , lire en ligne, rapport Pluyette et conclusions Domingo publiés dans la Gazette du Palais, 22 mars 2007 , . : « le mariage est l’union d’un homme et d’une femme ; ce principe n’est contredit par aucune des dispositions de la Convention européenne des droits de l'Homme et de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne »Communiqué relatif à l’arrêt rendu le par la première chambre civile lire en ligne - Conformité avec les articles 8 (vie privée et familiale), 12 (mariage) et 14 (discrimination) de la Convention européenne des droits de l'homme.. Le , Martine Billard, Yves Cochet et Noël Mamère proposent une loi ..
2008 : affaire Minvielle En 2008, Frédéric Minvielle est déchu de sa nationalité française en raison de son mariage avec un homme aux Pays-Bas. En effet, le mariage entre personnes de même sexe aux Pays-Bas est autorisé depuis le et une convention bilatérale entre les Pays-Bas et la France autorise les Français mariés à un citoyen néerlandais à devenir néerlandais tout en conservant leur nationalité française. Cependant, la France ne reconnaissant pas le mariage de Frédéric Minvielle avec un homme, celui-ci perd sa nationalité française en devenant néerlandais.
Cette décision est contestée par Frédéric Minvielle et scandalise les associations de défense des homosexuelsAlexandre Sulzer, « Frédéric Minvielle, homosexuel déchu de sa nationalité, pourra redevenir français en 2009 », 20 Minutes, 2 mai 2008, lire en ligne, consulté le décembre 2012.. Il est finalement réintégré dans sa nationalité française et la France dénonce la convention bilatérale afin que la situation ne se reproduise plus.
2010 : décision de la Cour européenne des droits de l'Homme Le , la Cour européenne des droits de l'Homme est saisie d'un recours au nom du droit au mariage protégé par l'article 12 de la Convention, contre le refus par l'État autrichien d'autoriser le mariage de deux personnes du même sexe. Dans l'arrêt Schalk et Kopf c. Autriche, la Cour conclut que « l'article 12 n'impose pas au gouvernement défendeur l'obligation d'ouvrir le mariage à un couple homosexuel tel que celui des requérants »« Affaire Schalk et Kopf c. Autriche », Blog d'avocat, 3 décembre 2012..
2011 : décision du Conseil constitutionnel Le Conseil constitutionnel a été saisi le par la Cour de cassation, dans les conditions prévues à l'article 61-1 de la Constitution, d'une question prioritaire de constitutionnalité, relative à la conformité aux droits et libertés que la Constitution garantit des articles 75Article 75 du Code civil. et 144Article 144 du Code civil.Articles relatifs à l'union, et non à l'adoption. du Code civil. Ces articles impliquent dans leur rédaction que le mariage est réservé aux couples hétérosexuels. Le Conseil constitutionnel décide que ces articles sont conformes à la Constitution en ce qu'il est possible de traiter différemment les couples homosexuels, placés dans une situation différente des couples hétérosexuels, sans que ce ne soit contraire au principe d'égalité devant la loi garanti par l'article 6 de la DDHC. Il souligne, dans les « considérant », qu'il « n'appartient pas au Conseil constitutionnel de substituer son appréciation à celle du législateur sur la prise en compte, en cette matière, de cette différence de situation« Décision QPC du 28 janvier 2011 », lire en ligne, site du Conseil constitutionnel. », soulignant ainsi qu'il relève du Parlement de changer la loi s'il le souhaite.
De 2009 à 2013 : des débats politiques à la loi Dans les années qui suivent l'adoption du PACS, la plupart des partis politiques de gauche se déclarent en faveur de l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, dont Ségolène Royal, candidate PS au second tour de l'élection présidentielle de 2007. Le , la maire de Montpellier, Hélène Mandroux, lance l'Appel de Montpellier en faveur du mariage des couples de même sexe et de l'adoption homoparentale. Elle est rejointe par des dizaines de maires, par des associations et quelques milliers de signataires particuliers« La maire de Montpellier lance officiellement son appel pour le mariage des homos », Têtu, 14 novembre 2009.L'appel de Montpellier, mairie de Montpellier, consulté le 6 décembre 2012.. Par ailleurs, plusieurs propositions de loi sont déposées devant le Parlement, mais aucune n'est adoptée. En 2010, Martine Billard, Yves Cochet, Noël Mamère et François de Rugy proposent une loi « permettant l’accès au mariage des couples de personnes de même sexe » faisant notamment référence à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyenProposition de loi , lire en ligne, consulté le 7 novembre 2012.. En 2011, une proposition similaire de Patrick Bloche est rejetée par l'Assemblée nationale.
En 2012, François Hollande, candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle, promet d'ouvrir le mariage aux couples de même sexe dans son « engagement 31 »Projet de François Hollande, Promesse 31 : « J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels », campagne présidentielle de 2012, lire en ligne.. Une fois élu président, cette promesse est reprise par son parti lors des élections législatives de 2012Parti socialiste, « Droit au mariage et à l’adoption pour tous les couples », Les premières mesures du quinquennat, Section : août 2012 - juin 2013, tract édité à l’occasion de l'élection législative, lire en ligne..
Le , Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, annonce que le premier mariage entre personnes de même sexe se déroulera à Montpellier« Le mariage gay sera à Montpellier », Le Figaro, 27 septembre 2012..