Gabriel de Montgommery ou Gabriel de Lorges, né le à Ducey (actuel département de la Manche) et mort décapité le à Paris, comte de Montgommery, seigneur de Ducey et de Lorges, est un gentilhomme français des règnes d'Henri II et François II et du début de la période des guerres de ReligionFrançois II meurt en décembre 1560, avant le début de la première guerre (mars 1562) ; lui succèdent Charles IX (1560-1574), puis Henri III, à partir du 30 mai 1574. Ces trois règnes se déroulent sous l'influence de la reine mère, Catherine de Médicis, régente au début du règne de Charles IX. dans le royaume de France (1562-1598).
Capitaine de la garde écossaise, il est particulièrement connu comme le responsable de la mort du roi Henri II, à la suite d'un accident survenu lors d'un tournoi donné en 1559 à l'occasion du mariage d'Élisabeth de France avec le roi d'Espagne Philippe II.
Converti au calvinisme, Gabriel de Montgommery est durant les premières guerres de Religion l'un des capitaines protestants les plus capables, sous la direction notamment de l'amiral de Coligny et du prince de Condé.
Il échappe de peu au massacre de la Saint-Barthélemy en 1572, mais sa tête est désormais mise à prix. Fait prisonnier en 1574 à Domfront (actuel département de l'Orne) au cours de la cinquième guerre de Religion, il est condamné à mort pour crime de lèse-majesté et exécuté en présence de Catherine de Médicis, veuve d'Henri II.
Biographie Origines familiales et formation Gabriel de Montgommery est le fils de Jacques de Montgomery (vers 1485-1562), d'ascendance écossaise, et de son épouse Claude de la Bouëxière. Jacques est le fils d'un gentilhomme écossais venu s'installer en France, Robert de Montgomery.
Selon Étienne Pasquier., Jacques de Montgomery aurait blessé le roi (1494-1547) en 1521 à Romorantin.
Carrière au service d'Henri II
Gabriel devient capitaine de la garde écossaise d'.
Le tournoi fatal (30 juin 1559) vignette|Le tournoi fatal entre et Montgomery (« Lorges »).Gravure allemande coloriée, .|gauche
Le , lors du tournoi organisé rue Saint-Antoine par pour célébrer deux mariages, dont celui de sa fille Élisabeth avec , Montgommery affronte Henri II. Sa lance transperce le casque, se casse, mais un éclat se fiche dans l'œil du roi, qui meurt dix jours plus tard au terme d'une pénible agonie (),
Récit de Dreux du Radier (1759) L'historien Jean-François Dreux du Radier (1714-1780) fait la relation suivante de ce tournoi (1759) :
Une prophétie de Nostradamus La mort d’ est souvent associée à l'une des prophéties de Nostradamus :
Bannissement de la cour vignette|L'agonie d' à l'hôtel des Tournelles.|gauche
Pardon d'Henri II Sur son lit de mort, exonère Montgommery de toute faute et l'aurait absous de tout blâme :
Le comte prend cependant la fuite le jour même. Il devient en Europe : (« celui qui tua le roi Henri lors d'une joute »).
Bannissement par François II Lors de la première séance du Conseil privé qui a lieu le lendemain de l'avènement de , Montgommery est banni de la cour et cassé de son grade de capitaine de la garde écossaise..
Il se réfugie un moment à Venise, puis revient sur ses terres de Normandie.
Conversion au calvinisme (1562) En , choqué par le massacre de Wassy, Montgommery se convertit au calvinisme et adhère à la Réforme protestante, . Il installe un prédicateur dans son château de Ducey.
alors que commence la première guerre de Religion.
Période des guerres de Religion (à partir de 1562)
Première guerre de Religion (1562-1563) vignette|Gabriel de Lorges, comte de Montgomery.Anonyme, . Le , il prend la ville de Bourges sans faire une seule victime, mais ses troupes et saccagent les décorations, les tableaux et les statues des églises de la ville.
Il se distingue ensuite à Rouen à la tête des protestants qui se sont emparés de la ville, devant laquelle l'armée royale met le siège.. Il repousse plusieurs assauts, avant de s'enfuir de justesse en barque, le .
Il force un barrage dressé à Caudebec en travers de la Seine et rejoint Le Havre que les protestants ont ouvert aux troupes anglaises envoyées à leur aide..
Là, il rassemble de nouvelles troupes et, aux côtés de l'amiral de Coligny, s'empare de Caen et ravage la Basse-Normandie, s'opposant au maréchal de Matignon.
Troisième guerre de Religion (1568-1570) : reprise du Béarn et de la Navarre Lors de la troisième guerre de Religion (1568-1570), c'est un des grands capitaines du camp protestant dans les campagnes menées dans le Sud-Ouest du royaume (Guyenne, Périgord, Quercy et Béarn).
La reine de Navarre et dame de Béarn, Jeanne d'Albret, fait de Montgommery son lieutenant général pour reconquérir ses États. Il reconquiert le Béarn en trois semaines, prenant Orthez et . Il ravage Tarbes, prend Saint-Sever et Mont-de-Marsan, rase l'abbaye d'Hagetmau. et s'installe sur l'Adour.
Remonté en Angoumois, il participe à la bataille de Jarnac (), tentant sans succès de dégager le prince Louis de Condé, qui est tué.
Revenu sur l'Adour, il est chassé de Mont-de-Marsan par Blaise de Monluc le . Il est obligé d'abandonner son artillerie, mais ses troupes ne sont pas poursuivies, en raison d'un désaccord entre Monluc et Henri de Montmorency-Damville, Il reprend sa campagne en Gascogne. .
Après la bataille de Moncontour, en Poitou (), Montgommery rejoint Coligny, et ils conduisent ensemble leurs troupes vers Toulouse. Cette campagne est interrompue par la paix de Saint-Germain ().
Rescapé du massacre de la Saint-Barthélemy (août 1572) La réconciliation induite par la paix de Saint-Germain est marquée le par le mariage du calviniste Henri de Navarre (fils de Jeanne d'Albret, morte peu avant) avec la sœur du roi, Marguerite de Valois. Montgommery se trouve alors à Paris ains que des centaines d'autres nobles protestants.
Cinq jours plus tard, le massacre de la Saint-Barthélemy marque le début de la quatrième guerre de Religion (-).
Montgommery échappe au massacre car il est logé avec d'autres protestants sur la rive gauche de la Seine, dans le faubourg Saint-Germain, alors que le massacre a commencé sur la rive droite, autour du Louvre. Dès l'assassinat de l'amiral de Coligny, un huguenot blessé traverse la Seine à la nage pour les avertir du danger. Montgommery et ses compagnons prennent aussitôt la fuite à cheval, pourchassés par deux cents cavaliers menés par le duc Henri de Guise, son oncle le duc d'Aumale et par le grand prieur de France, Henri, duc d'Angoulême, frère légitimé de .
Montgommery trouve refuge avec sa famille sur l'île de Jersey. Sa tête est aussitôt mise à prix par Charles IX, . le pourchassent jusqu'en Angleterre tandis que Catherine de Médicis réclame à plusieurs reprises son extradition. La reine Élisabeth lui fait répondre :
Quatrième guerre de Religion (1572-1573) En 1573, le comte conduit depuis l'Angleterre une escadre destinée à délivrer La Rochelle du siège conduit par le duc Henri d'Anjou, frère de Charles IX, mais c'est un échec.
Repartant vers le Nord, il s'empare de Belle-Île, mais en est délogé quelques semaines plus tard. Il revient alors à Londres.
Cinquième guerre de Religion (1574-1576) : capture de Montgommery (27 mai 1574) En 1574, Montgommery débarque avec une armée de à Saint-Vaast-la-Hougue afin de s'emparer du Cotentin.
Il se retrouve ensuite assiégé à Domfront (actuel département de l'Orne) à partir du . Il se rend le au maréchal de Matignon..
vignette|Représentation juxtaposant plusieurs scènes consécutives : le siège de Domfront ainsi que l'arrestation, l'emprisonnement et l'exécution de Montgommery. Enluminure du manuscrit Carmen de tristibus Galliae, 1577, Bibliothèque municipale de Lyon, ms. 0156, .
Mort (26 juin 1574) et funérailles Conduit à Paris à la prison de la Conciergerie, il est condamné pour crime de lèse-majesté, puis torturé et décapité en place de Grève le , sous les yeux de la reine mère (veuve d'Henri II) Catherine de Médicis placée à une fenêtre de l'hôtel de ville.
Il a le temps de saluer son ami Guillaume de Hautemer de Grancey (1538-1617) . Informé qu'un édit royal confisque ses biens et prive ses enfants de leurs titres, il dit à ses bourreaux : « Dites à mes enfants que s'ils ne peuvent reprendre ce qui a été pris, je les maudis de ma tombe. »
Montgommery dans la littérature vignette|Montgommery, par Eloi Firmin Féron, .|gauche
On trouve une version romancée de l’histoire de Montgommery dans le roman Les Deux Diane, écrit par Alexandre Dumas et Paul Meurice.
Hommages Un collège de Ducey porte le nom de « Gabriel de Montgomery ».
Origine et orthographe du nom « Montgommery » Voir les pages Famille de Montgommery et Famille de Montgomery.
Les Montgommery et les Montgomery sont issus d'un noble normand compagnon de Guillaume le Conquérant, Roger II de Montgommery, parti aux côtés du duc Guillaume de Normandie pour la conquête de l'Angleterre en 1066.
Roger de Montgommery est parti d'une ancienne paroisse du duché de Normandie, Montgommery, divisée aujourd'hui en deux communes du Calvados, Saint-Germain-de-Montgommery et Sainte-Foy-de-Montgommery, situées à la limite du département de l'Orne, près de Vimoutiers.
Les descendants de Roger de Montgommery se sont divisés en une branche britannique, une branche irlandaise et une branche française. L'usage est d'utiliser l'orthographe « Montgomery » pour les branches britannique et irlandaise et l'orthographe « Montgommery » pour la branche française. Mais il n'est pas toujours respecté.
Du temps de Gabriel de Montgommery, ce nom apparait sous diverses formes : lui-même signait « Mongonmery »Alphonse de Ruble, Commentaires et lettres de Blaise de Monluc, tome I, Paris, 1864, , note 5, en ligne sur Google Books.
De nos jours, le nom de son père est conventionnellement orthographié « Montgomery », ainsi que le nom du collège « Gabriel de Montgomery » de Ducey.
Notes et références
Voir aussi
Sources primaires « La prise du comte de Montgommery dans le château de Donfron, par Monsieur de Matignon, le », Archives curieuses de l'histoire de France, 1836, , tome 8, Paris, , lire en ligne. « Discours de la mort et exécution de Gabriel, comte de Montgommery », Archives curieuses de l'histoire de France, 1836, , tome 8, Paris, , lire en ligne.
Bibliographie . Étienne Dupont, Montgomery, Tours, Mame et Fils, (). . . . Sébastien Nadot, Rompez les lances ! Tournois et chevaliers au Moyen Âge, Paris, Autrement, 2010. .
Articles connexes
Bourgbarré (Ille-et-Vilaine) Pontorson (Manche) Lorges Ducey (Manche) Chevreuse (Yvelines) : mausolée, construit en 1901, du comte Henri Georges de Pembroke et de Montgomery, de sa sœur et de son épouse
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