Le siège de Montauban oppose, d'août à , les armées royales commandées par le roi de France Louis XIII aux protestants montalbanais, dans le contexte des révoltes huguenotes.
Montauban, un bastion protestant
La réforme de l'Église prônée par Jean Calvin trouve dans le Midi de la France un fort écho. Ainsi, au milieu du , plusieurs citadelles du Sud-Ouest adoptent le culte réformé. En 1561, l'élite protestante de la ville prend le pouvoir à Montauban et règne à partir de cette date sans partage sur la ville. Dès lors, les églises catholiques montalbanaises sont saccagées et la plupart détruites. Seule l'église Saint-Jacques, reconvertie en lieu de culte protestant, subsiste à cette révolution religieuse. La violence des guerres de religion renforce la conscience protestante de la ville qui devient un bastion de la foi calviniste dans le Quercy. Les villes et les villages environnants se convertissent eux aussi au protestantisme et restent ainsi sous l'influence de Montauban. La ville subit en 1562 un siège de la part des catholiques mais s'affirme au fil des décennies comme une ville imprenable.
En 1598, l'édit de Nantes reconnaît Montauban comme une ville protestante libre où les calvinistes peuvent continuer à pratiquer leur culte. Mais la mort d'Henri IV et l'avènement de Louis XIII entrainent un changement de politique, et le jeune roi a l'intention de ramener sous son orbite les cités protestantes rebelles.
Préambule thumb|upright=2|Campagnes de Louis XIII dans le Midi (1621-1622) En , Louis XIII assiège et prend la ville de Saint-Jean-d'Angély, point stratégique pour contrôler les abords de la forteresse huguenote qu'était La Rochelle. Ne pouvant entreprendre un siège de cette importance, que par terre et par mer, le Roi n'ayant pas de flotte de guerre, ajourne l'entreprise décide de se porter vers le sud avec le gros de ses troupes en soumettant la Guyenne, en assiégeant Clairac sur le Lot, du au poursuivant ensuite sur MontaubanBatailles françaises par le colonel Édouard Hardy de Périni volume 3 (1621-1643).
Forces en présence Montauban est commandée par Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force, avec ses deux fils comme maréchaux de camp Henri et Jean. La ville est défendue par 10 compagnies ayant guerroyé en Savoie et en Hollande sous les ordres de François de Béthune, duc d'Orval, fils cadet de Sully, et 30 compagnies bourgeoises, encadrées par des réformateurs militants comme Daniel Chamier, qui considèrent leur ville comme la citadelle du calvinisme, et ont juré à Henri de Rohan seigneur de Rohan de bien la défendre. Rohan a en outre levé dans les Cévennes et le bas-Languedoc et 500 mousquetaires à cheval ainsi qu'un grand nombre de gentilshommes volontaires.
L'armée de siège est la même que celle qui avait pris Saint-Jean-d'Angély à l'exception du régiment de Castelbayard laissé en face de La Rochelle et du régiment de Rambures laissé dans Bergerac dans un premier temps et qui rejoindra plus tard et de quelques renforts. L'armée de siège comprend : (Liste non exhaustive, classée en ordre alphabétique croissant)
L'état major de Louis XIII est composé de : Henri, Duc de Mayenne Charles de Guise, prince de Joinville Le connétable de France le duc de Luynes Le maréchal de Lesdiguières Le maréchal de Praslin Le maréchal de Saint-Géran Le maréchal de Chaulnes Le maréchal de Thémines Le maréchal de camp François de Razilly L'artillerie royale est dirigée par Henri de Schomberg, comte de Nanteuil. Les travaux de fortification sont dirigés par l'ingénieur italien Joseph Gamorini. Les travaux de tranchées sont dirigés par les capitaines des Gardes françaises Fourilles et Toiras.
Le siège de la ville thumb|400px|Les révoltes huguenotes dans le bastion protestant de Tarn-et-Garonne (1621-1628) thumb|right|400px|Les fortifications de Montauban au moment du siège right|thumb|325px|Sur l'église Saint-Jacques, dernière rescapée des églises médiévales de Montauban, les traces d'impact de canon sont encore visibles à la base du clocher.
Le maréchal de Lesdiguières conseille le roi d'enfermer la ville dans des lignes de circonvallation protégées par des forts bastionnés comme pour le siège d'Amiens.
Le connétable de Luynes entend mener un siège très classique : des canonnades régulières s'effectueront en même temps que des sapeurs creusent des tranchées vers les murailles de la ville et que les troupes tenteront de prendre d'assaut la ville.
Le , Louis XIII, le connétable de France, le duc de Luynes et l'état-major installent leur quartier général dans le château de Piquecos, à une dizaine de kilomètres au nord de Montauban, d'où ils dirigent le siège à la tête d'une troupe de et de 38 canons, faisant face à armés de 40 canons et 32 couleuvrines. De leur château, le roi, alors âgé de 20 ans, dispose d'une vue imprenable sur la ville de MontaubanLouis de Pontis : Mémoires du sieur de Pontis volume 31 page 286 et suivantes. En arrivant en ces lieux, le roi n'a oublié ni ses plus fidèles conseillers militaires (Lesdiguières, Bassompierre, Mayenne), ni ses chiens de chasse. La prise des villages alentour ayant été accomplie, le siège de la citadelle peut commencer. Les assaillants s'attendent à une grosse affaire.
Ce que le duc de Luynes ne sait pas encore, c'est que les Protestants sont bien préparés : la récolte de l'été a été bonne, et le bétail a été rapatrié à l'intérieur de la cité. Le matin du , les guetteurs montalbanais voient arriver les premiers soldats provenant du village de Loubejac.
Les protestants montalbanais, qui sont commandés par François de Béthune, duc d'Orval, Saint-André-Montbrun et le duc de La Force, mettent en place une défense acharnée de la ville, motivée par la foi religieuse transcendée entre autres par Daniel Chamier.
Tous les jours, les treize pasteurs de la ville haranguent leur troupe, tout devient alors signe de protection divine : un arc-en-ciel après une tentative d'assaut infructueuse des Français, deux boulets tirés des extrémités opposées de la ville se cognent en l'air. Le Bret, historien montalbanais, pointe aussi le rôle des femmes qui ont eu un rôle actif lors du siège, telle une jeune fille qui coupe les doigts d'un assaillant alors qu'il monte à l'assaut des murailles avec une échelle ; ou encore Guillaumette de Gasc, qui après avoir tué deux officiers ennemis avec une pique, meurt d'une décharge de mousquet.
Sans attendre, les assiégeants s'organisent en trois attaques et la cavalerie : Celle des Gardes, sous le commandement du connétable de Luynes, secondé par Praslin, Chaulnes et Bassompierre, alors colonel-général des Gardes Suisses, avec pour objectif les ouvrages à cornes de Montmurat et de Saint-Antoine. Cette attaque est lancée par les Gardes françaises, les Gardes suisses renforcés par Piémont, Normandie, Chappes et Estissac ; La seconde, dirigée par le prince de Joinville, assisté de Lesdiguières et Saint-Géran, avait pour objectif le faubourg bastionné du Moustier, sur le Tescou situé au sud-est de la ville. Cette attaque est lancée par Picardie, Champagne, Navarre, VilleroyÉgalement appelé Régiment de Bury et Vaillac ; La troisième, dirigée par le duc de Mayenne, secondé par Thémines, avait pour objectif le faubourg de Ville-BourbonÉgalement écrit Villebourbon, sur la rive gauche, au sud-ouest de la ville. Cette attaque est lancée par Languedoc, Rambures, revenu de Bergerac, Saint-Étienne et LauzièresLes armées françaises de la guerre de Trente Ans Par Stéphane Thion ; La cavalerie forte de , sous les ordres du duc d'Angoulême, renforcée de quelques infanteries, avait pour objectif de tenir le chemin de Castres à Saint-Antonin pour couvrir le siège et barrer le passage au secours.
Le , avant que les tranchées d'approches ne soient commencées, les assiégés, commandés par le capitaine Béarnais Mazères, comte de BourgfrancMazères de Bourgfranc sur wikisource, entreprennent une furieuse sortie contre le camp du connétable de Luynes. La sortie est repoussée par le régiment de Piémont qui perd dans l'affaire plusieurs hommes et officiers.
Les alertes deviennent alors, toutes les nuits, monnaies courantes si bien que l'installation de deux batteries de 8 et de 4 canons, pour battre en brèche, fut réalisée à grand-peine.
Les assauts, face aux solides murailles montalbanaises et à une population survoltée, s'avèrent aussi inutiles que gourmands en vies humaines :
Le , le régiment de Picardie lance un assaut contre le bastion du Moustier, qui finit par enlever la contrescarpe laissant 600 soldats royaux à terre.
Le , l'artillerie royale forte de 45 canons commence à battre la ville. Des tonneaux de poudre laissés trop près furent atteints par une flammèche et sautèrent tuant une quarantaine de soldats et un officier.
Le , un assaut sur la rive gauche du Tarn, contre le faubourg Villebourbon, laisse 300 morts, dont le marquis de Thémines. Le même jour, le duc de Vendôme rejoignit l'armée royale avec la noblesse bretonne et trois compagnies de cavalerie, gendarmes, chevau-légers et carabins.
Le , le duc de Guise ramène des renforts de Provence.
Le , Henri de Mayenne est tué raide dans la tranchée d'une balle de mousquet dans l’œil.
Le , une mine chargée de de poudre bouleverse les tranchées et les batteries de l'attaque des Gardes tuant une trentaine d'hommes. Les assiégés entament aussitôt une sortie et mettent le feu aux gabions et fascines et essayent d'emmener le canon. Des femmes qui sont passées par-dessus la brèche portent de la paille pour incendier les batteries.Les sorties des soldats montalbanais, fréquentes et meurtrières, fragiliseront les positions des soldats royaux.
Pendant ce temps, Rohan s'efforce d'introduire dans Montauban les milliers d'hommes que La Force réclame pour continuer la défense de la ville dont les abords sont surveillés par la cavalerie des ducs d’Angoulême et de Vendôme, échelonnée jusque Saint-Antonin.Le , au soir, trois bataillons huguenots des Cévennes, quittent Castres pour aller renforcer la défense montalbanaise. Ils passent le Tarn au gué de Lagrave et atteignent sans encombre Saint-Antonin. Le , guidés par un Montalbanais, ils franchissent l'Aveyron à gué et arrivent à une demi-lieue de la ville. Malgré la cavalerie et l'infanterie qu'ils rencontrèrent perpétuellement et les diverses redoutes et tranchées, 700 hommes parviennent à franchir les lignes pour renforcer les défenseurs.
En octobre, le duc de Montmorency amène de son gouvernement du Languedoc 500 cavaliers et en 5 régiments d'infanterie (Rieux, Réaux, Moussoulens, Fabrègues et La Roquette qui comblent à peine les vides faits par les combats et les maladies, dont la peste, fréquente à l'époque parmi la soldatesque, qui fait des ravages dans les rangs royaux.
Le , les assiégés entament une sortie victorieuse d'où ils ramènent 300 prisonniers et une couleuvrine.
Le , un assaut général est lancé par les royaux, qui échoue, complètement. Une contre-attaque des assiégés, lancée le 20, met 400 soldats royaux à terre.
Cependant, le maréchal de Schomberg avait fait établir une nouvelle batterie dont il se promettait beaucoup de succès : mais elle se trouvait sur un sol miné.
Le , alors que le régiment de Picardie y était de garde, une épouvantable explosion se fait entendre à deux heures du matin. Tout ce qui se trouvait dans le rayon de la mine avait sauté. Quatre officiers avec un grand nombre de soldats étaient ensevelis sous les terres bouleversées. Les assiégés profitent de ce moment de trouble et de désordre, se précipitent dans la batterie et remportent une victoire facileLouis Susane : Histoire de l'ancienne infanterie Française Tome 2 page 250.
La pluie est continuelle et les chefs irrités contre le connétable, s'en vont ou déclarent qu'il faut en finir. Le Roi est mécontent et Luynes découragé. Il écrit alors au Prince de Condé : Bassompierre