Gabriel Syveton, né le à Boën et mort le à Neuilly, est un homme politique et historien français.
Il fait partie des fondateurs de la Ligue de la patrie française, une association politique antidreyfusarde influente, dont il devient le trésorier. Élu député aux élections législatives de 1902, il siège dans le groupe républicain nationaliste. Le , quelques jours après la révélation de l'affaire des fiches par son ami Jean Guyot de Villeneuve, il gifle Louis André, ministre de la Guerre du cabinet Combes, au cours d'une séance restée célèbre.
Le , la veille de son procès devant la Cour d'assises de la Seine, il est retrouvé asphyxié dans son cabinet de travail. Cette mort, qualifiée de , défraie la chronique, la police concluant au suicide, tandis que les nationalistes dénoncent un assassinat politique ou s'insurgent des pressions morales qui auraient pu être exercées sur le député.
Biographie
Études et carrière universitaire Gabriel Syveton est le fils de Jean-Claude (dit Claudius) Syveton et de Marie Adrienne Sophie Ruffieux.
Il étudie à la pension Faure à Saint-Étienne, puis à Lyon, et enfin à Paris, où il est le condisciple de Léon Daudet en rhétorique. Il obtient une licence ès lettres de la faculté de Lyon, puis passe l'agrégation d'histoire en 1888. Il soutient également une thèse pour son doctorat ès lettres..
De 1888 à 1891, il est professeur d'histoire aux lycées d'Aix-en-Provence. De 1892 à 1894, il est chargé d'une mission d'études en Autriche-Hongrie par le ministère de l'Instruction publique et Beaux-Arts. Il retrouve ensuite son emploi de professeur à Laon (1894-1895), à Arras (1895), à Angoulême (1896) et enfin à Reims (1896-1898). Le , il épouse Maria Ruysens, veuve de Bruyn et fille de l'industriel Gustave-Emmanuel Ruysens.
Au cours de sa carrière universitaire, il publie plusieurs ouvrages historiques sur Louis XIV, Charles XII et Élisabeth d'Autriche.. En 1900, il reçoit le prix Thérouanne de l'Académie française (assorti d'une somme de ) pour son ouvrage Au camp d’Altrandstadt..
Engagement nationaliste
Dirigeant de la Ligue de la patrie française vignette|Gabriel Syveton portraituré par Noël Dorville (dessin publié dans le magazine The Graphic en 1904). En 1898, en pleine affaire Dreyfus, Gabriel Syveton demande à être mis en disponibilité pour s'impliquer dans le combat politique. Se rangeant du côté des nationalistes et des antidreyfusards, il fonde, notamment avec Jules Lemaître et François Coppée, la Ligue de la patrie française. Gabriel Syveton en assure les fonctions de trésorier et devient ainsi bailleur de fonds de l'intégralité du mouvement nationaliste.
À la suite de cette initiative, sa hiérarchie le met en demeure de reprendre ses fonctions de professeur, ce qu'il refuse de faire. Le , il est traduit devant le Conseil académique de Paris, devant lequel il s'insurge de la manière dont il est traité ; il prononce également un plaidoyer en faveur du nationalisme dans l'Instruction publique, discours que la Ligue de la patrie française publie sous le titre L'Université et la Nation et diffuse comme brochure de propagande. Il reçoit alors un blâme et est suspendu de ses fonctions pour un an. Il reçoit alors une lettre de soutien du capitaine Guyot de Villeneuve, avec qui il devient ami et qu'il côtoiera plus tard à la Chambre des députés.. Au cours de sa période de suspension, il se voit enjoindre d'accepter un poste à Nîmes, puis à Saint-Étienne, deux propositions qu'il décline, ce qui lui vaut d'être définitivement révoqué de ses fonctions universitaires.
À partir de 1900, ses responsabilités au sein de la Ligue l'amènent à gérer la revue littéraire et politique Annales de la patrie française ; son influence politique le fait également introduire dans la haute société, où il fréquente notamment le salon de la princesse Mathilde Bonaparte.
Durant la campagne des élections municipales de 1904, répondant à un appel à l'unité entre nationalistes et antisémites de Gaston Méry fait au Cirque d'Hiver devant membres de la Ligue des patriotes et de la Ligue de la patrie française, Gabriel Syveton donne des consignes strictes pour que la Ligue de la patrie française rompe ses liens avec Édouard Drumont et sa Fédération nationale antijuive, persuadé que ces contacts nuisent à la Ligue. Plus généralement, convaincu que l'antisémitisme est dommageable au mouvement nationaliste, il demande à tous les candidats soutenus par la Ligue d'éviter de mentionner les Juifs durant leur campagne et de renoncer à utiliser le slogan dans leurs rassemblements.
En , découragé par les résultats décevants de la Ligue aux élections ainsi que par la perte de capitaux et de militants au profit des catholiques ralliés de l'Action libérale populaire, Jules Lemaître démissionne de la présidence de la Ligue, laissant Gabriel Syveton diriger seul la Ligue. Cette décision s'explique également par la proximité croissante de Lemaître avec les royalistes de l'Action française et par sa mésentente avec Syveton.
Député de la législature Candidat nationaliste dans le de Paris lors des élections législatives de 1902, Gabriel Syveton est élu au premier tour, le , face au député sortant Gustave Mesureur , à contre (sur ). À la Chambre des députés, il participe activement à la création du groupe républicain nationaliste, dont il est nommé secrétaire, et qui est dirigé successivement par Godefroy Cavaignac et Albert Gauthier de Clagny.
Le , lors de la discussion sur l'interpellation du garde des Sceaux, Ernest Vallé, par Gauthier de Clagny, à l'occasion de l'affaire Humbert, l'opposition nationaliste accuse le gouvernement d'avoir fait preuve de complaisance en laissant l'ex-député Frédéric Humbert échapper à la justice française. Vallé, à la tribune, affirme qu'Humbert était un député boulangiste afin d'écarter les soupçons de corruption qui pèsent sur lui et jeter l’opprobre sur les nationalistes. Interrompu à de multiples reprises, il est notamment invectivé par Paul Coutant et Gabriel Syveton, qui l'accusent de .. Sur proposition du président de la Chambre, Henri Brisson, le Bloc des gauches vote la censure avec exclusion temporaire des deux députés. Sous la pression des nationalistes, Vallé n'en est pas moins forcé de demander l'extradition du couple Humbert à l'Espagne ; ils sont finalement arrêtés le à Madrid et ramenés en France..
Sur les instances de Gauthier de Clagny, l'exclusion temporaire est levée le . Aussi, lorsque le budget de l'Instruction publique est discuté à la Chambre, le , Gabriel Syveton peut intervenir et dénoncer le ainsi que les immixtions du pouvoir politique dans l'éducation : pour lui, l'instituteur doit être . Le , il défend les congrégations catholiques en cours d'expulsion par le cabinet Combes et se montre .
Gabriel Syveton ayant utilisé lors des législatives de 1902 une affiche électorale où il accusait le gouvernement Waldeck-Rousseau d'être le (et par ricochet, son adversaire d'être le ) , une commission parlementaire examine la validité de l'élection du député. La commission ayant conclu à la validité des opérations électorales, un vif débat a lieu à la Chambre les et . Le dirigeant socialiste Jean Jaurès pèse de tout son poids et le Bloc annule l'élection de Syveton. Mesureur ne se représentant pas, c'est le franc-maçon Lucien Le Foyer qui tente de ravir son siège à Syveton. Au cours de la campagne électorale, une rixe oppose les deux hommes, poussant Maurice Barrès à déclarer : . Finalement, le , les électeurs de la circonscription confirment leur choix en donnant au député nationaliste contre à son adversaire radical.
Affaire des fiches
alt=|vignette|Résistance de Syveton à l'ordre d'évacuation de l’hémicycle donné par le Président de la Chambre Henri Brisson, qui doit faire appel au piquet de garde.
Découverte du système des fiches Fin 1904, Syveton joue un rôle de premier plan dans la révélation du scandale des fiches, une affaire de fichage politique et religieux des officiers par le cabinet du général André et le Grand Orient de France en vue de favoriser l'avancement des républicains et d'entraver la carrière des catholiques.
En , Jean-Baptiste Bidegain, adjoint du secrétaire-général du Grand Orient Vadecard, vend à l'abbé Gabriel de Bessonies un lot de fiches qu'il a copiées au cours de son travail au secrétariat-général du Grand Orient., après lui avoir révélé leur existence début 1904. Bidegain est en effet , ce qui l'aurait poussé à changer de bord. La somme d'argent reçue par Bidegain est incertaine et oscille entre 500 francs et francs selon les sources.. Il semble que les fonds de la Ligue de la patrie française aient servi à payer Bidegain.
Le , Guyot de Villeneuve rencontre l'abbé et photographie un certain nombre des fiches de Bidegain. Le , il revient consulter en détail le dossier, accompagné de son ami Syveton. Tous deux authentifient l'écriture du capitaine Mollin et décident d'un plan d'action. Le , le dossier des fiches est prudemment mis dans un coffre au Crédit lyonnais, tandis que Guyot de Villeneuve se décide à brusquer la révélation du scandale. Aussi, Guyot de Villeneuve dépose à l'improviste une demande d'interpellation, qui est fixée pour la séance du . Le gouvernement, malgré les précautions qui sont prises, a très vite vent de la manœuvre car il soumet les milieux nationalistes à une surveillance inquiète de la police. Ainsi, le secrétaire de Syveton, informateur des forces de l'ordre, avertit le ministère de l'Intérieur des projets de Guyot de Villeneuve.
Agression du général André vignette|Syveton expulsé de la chambre des députés par le commandant du Palais Bourbon. Le , Jean Guyot de Villeneuve interpelle le gouvernement à la Chambre et révèle les relations continuelles entre le Grand Orient et le cabinet du ministre de la Guerre. Le , Guyot de Villeneuve revient à la charge, apportant la preuve matérielle de la responsabilité du général André : un document paraphé par lui faisant explicitement référence aux fiches du Grand Orient. Il accuse alors frontalement le ministre de la Guerre d'avoir menti à la Chambre lors de la séance du . Néanmoins, Guyot de Villeneuve ne parvient à faire chuter le gouvernement ; entre le et le , les radicaux et les socialistes ont battu le rappel des députés soutenant le ministère pour conserver au gouvernement une majorité, avec comme ligne de défense la reconnaissance du système de fichage et sa justification comme rempart contre la réaction au sein de l'armée.. Un vote sur l'ordre du jour intervient et montre que le crédit du gouvernement s'érode ; la majorité n'est plus que de 2 voix. Parmi les voix de la majorité figurent celles de six députés-ministres.. Le général André se défend avec véhémence : ..
C'est alors que Syveton s'avance vers le banc des ministres et, par deux fois, soufflette vigoureusement le ministre de la Guerre, qui tombe de son pupitre. Ce geste déclenche un tumulte généralisé : des députés de la majorité se jettent sur Syveton, qui se replie vers les gradins de l'extrême droite où il est protégé par ses amis ; parlementaires de droite et de gauche en viennent aux mains et Henri Brisson suspend précipitamment la séance.. À la reprise, Brisson propose la censure avec exclusion temporaire ; cette dernière est votée par la gauche et des membres du centre et de la droite. Le député de Paris refusant de sortir, la séance est à nouveau levée et le piquet de garde, commandé par le lieutenant-colonel Maurice Sarrail., escorte Syveton hors du Palais Bourbon.
Le gouvernement Combes est sauvé in extremis par cet incident de séance ; en effet, la gifle de Syveton rebat les cartes : la délégation des gauches propose un ordre du jour qui ressoude temporairement la majorité républicaine, rassemblant 297 voix contre 221 pour l'opposition et une soixantaine d’abstentions, soit une majorité de 20 voix.
Conséquences du geste vignette|Arrestation de Gabriel Syveton le (Le Grand Illustré, supplément d'actualités du Petit Comtois , ).