Camillien Houde, né le à Montréal et mort dans la même ville le , est un agent d'assurance, directeur banquier et homme politique québécois. Il est député à l'Assemblée législative du Québec, maire de Montréal, chef du Parti conservateur du Québec et député à la Chambre des communes du Canada.
De 1923 à 1947, il fut l'un des principaux adversaires des gouvernements de Taschereau et de Duplessis. Son opposition à la politique d'enregistrement pour service militaire décrétée par le gouvernement fédéral canadien de King en 1940 lui valut son internement sans procès dans des camps de concentration pendant quatre ans. La répression dont il fut l'objet lui acquit l'estime populaire et en fit une légende vivante.
Biographie Jeunesse et début de carrière thumb|upright=0.6|left|Houde vers l'âge de 20 ans, employé de banque. Houde naît le Généalogies de Québécois célèbres. Naissance de Camillien Houde le 13 août 1889 à Montréal, page consultée le 29 novembre 2012. au 174 de la rue Saint-Martin Annuaires Lovell de Montréal (1889-90) Lovell’s Montreal Directory for 1889-90 « Bibliothèque et Archives nationales du Québec.. Page consultée le 29 novembre 2012. dans le quartier ouvrier de Sainte-Anne à Montréal. Il est le seul fils survivant d'Azade Houde, ouvrier et contremaître dans une minoterie, et de Joséphine Frenette, qui a eu dix enfants — les autres étant tous morts avant l'âge de deux ansMarsolais, Claude-V. et al (1993). Histoire des maires de Montréal. VLB Éditeur, Montréal. .. Son père, atteint de tuberculose, meurt d'une pleurésie en 1899, alors que Camillien n'a que neuf ans. Sa mère devient alors couturière et ouvrière dans une usine de textiles.
Il fréquente les écoles Saint-Joseph, Sarsfield, Le Plateau et Saint-Louis. Il travaille après les classes comme garçon-livreur pour une boucherie. Puis il étudie au Collège LaSalle, à Longueuil, pour faire son cours commercial. L'un de ses professeurs est le frère Marie-VictorinUniversité de Montréal. Des dons étonnants (Longueuil). Page consultée le 23 juillet 2007. (Conrad Kirouac). Marie-Victorin y fonde aussi le Cercle La Salle, qui offre des activités d'études et récréatives, dont la présentation de pièces de théâtre. Camillien Houde devient assidu à ces activités et un passionné de théâtre.
Après l'obtention de son diplôme commercial, en 1906, il entre au service de la Banque d'Hochelaga, comme caissier, à l'âge de 16 ans. En 1913, il épouse Bertha-Andréa (dite Mignonne) Bourgie, fille d'Urgel Bourgie, un riche entrepreneur de pompes funèbres. En 1916, il est promu directeur d'une des succursales de la banque. Sa femme, avec qui il avait eu deux filles (Madeleine née en 1915 et Marthe née en 1916), meurt en 1918 emportée par l'épidémie de grippe espagnole. En 1919, il épouse en secondes noces Georgette Falardeau, avec qui il aura une troisième fille, Claire, née en 1921. Peu après, il choisit de quitter son poste à la banque pour exploiter différents commerces, qui connaissent un succès mitigéMarsolais, Claude-V. et al (1993), op. cit., 238-244.. Sa nouvelle épouse, qui avait été employée de Joseph Dufresne, un influent manufacturier de biscuits, commerçant de Joliette et un proche du Parti conservateur du Québec, présente son mari à Dufresne. Houde devient un temps représentant à Montréal pour la biscuiterie de Dufresne puis quitte cet emploi et se lance dans une entreprise d'importation de charbon, qui se révèle être un échec. Il devient alors vendeur d'assurances, autre emploi qui ne durera pas.
Député provincial Au cours de ces quelques années, notamment sous l'influence de sa femme Georgette, Houde s'intéresse au Parti conservateur du Québec. Son ancien employeur, Pierre-Joseph Dufresne, l'un des cinq députés du Parti conservateur à l'Assemblée législative du Québec, prend Houde sous son aile. En vue de l'élection générale québécoise du 5 février 1923, Houde se présente comme candidat du Parti conservateur, dirigé par Arthur Sauvé, dans la circonscription électorale de Montréal–Sainte-Marie, une circonscription ouvrière de Montréal. Pour financer sa campagne, il obtient le soutien financier d'Urgel Bourgie, le père de sa première épouse. Le candidat du parti libéral est le député sortant Joseph Gauthier qui semble assuré d'une réélection facile puisqu'il peut compter sur l'appui de la puissante machine électorale du maire de Montréal, Médéric Martin. Contre toute attente, Houde est élu député de Montréal–Sainte-Marie, défaisant GauthierHoude obtient , Gauthier et Alfred Mathieu, candidat indépendant, 857. Dans l'ensemble du Québec, lors de cette élection générale, le Parti conservateur obtient 44 % des votes exprimés et son nombre de députés passe de cinq à vingt. (Rapport sur la seizième élection générale, 1923). Son style oratoire flamboyant et son ascendant sur les foules en font un homme politique redoutable. À 33 ans, Houde est le plus jeune député de l'assemblée. À partir de cette époque, on le surnomme « le p'tit gars de Sainte-Marie », surnom qui lui restera. La session parlementaire s'ouvre le . Au cours de ce premier terme, de 1923 à 1927, Houde intervient souvent en chambre, particulièrement sur les questions ouvrièresDébats reconstitués de l'Assemblée législative : débats de 1923-1924,débats de 1926,débats de 1927..
À l'élection générale québécoise du 16 mai 1927, le Parti conservateur, toujours dirigé par Sauvé, voit sa députation tomber de vingt à dix sièges (sur un total de 85 à l'Assemblée). Dans sa circonscription de Montréal–Sainte-Marie, Houde est défait par le candidat libéral Gauthier, qui bénéficie toujours de l'organisation du maire Martin. Houde, convaincu que cette organisation a trafiqué le scrutin, présente une requête en annulation de l'élection de Montréal–Sainte-Marie. Devant la preuve de la fraude électorale, le tribunal, au mois de , accorde l'annulation. Une élection partielle devrait être déclenchée dans un délai de trente jours, mais le premier ministre libéral Louis-Alexandre Taschereau décide d'en retarder le déclenchement à une date indéterminée. Il ne la déclenchera finalement que presque un an plus tard, à l'automne 1928.
Maire de Montréal Entretemps, les élections municipales de la ville de Montréal doivent se tenir le . Le maire Médéric Martin occupe son poste depuis une quinzaine d'années. Houde, qui tient le maire Martin responsable de la fraude de 1927 dans Montréal–Sainte-Marie, se présente contre lui à la mairie. Houde met alors sur pied une organisation électorale qui surpassera celle de Martin. Pendant la campagne, Houde dénonce notamment la façon dont la municipalité a négocié l'achat de la compagnie Montreal Water and Power (réseau d'aqueduc), un achat que Houde promet d'annuler. Cette promesse lui attire non seulement des appuis dans la partie de la population qui considère trop élevé le prix payé par la ville aux actionnaires de la compagnie, mais aussi l'appui de riches financiers hostiles aux municipalisations, notamment le soutien du magnat de la presse Hugh Graham (lord Atholstan), patron du journal The Star, qui fournit à Houde des fonds pour sa campagne électorale, cité dans .. Lors de l'élection, Houde recueille environ 60 % des votesHoude obtient environ et Martin environ (). et devient le nouveau maire de Montréal. Le poste de maire confère à Houde du prestige mais, en fait, peu de pouvoir réel sur les affaires municipales. En effet, selon la Charte de la Ville de Montréal, le maire n'a presque pas de pouvoirs, qui sont plutôt dévolus au comité exécutif de la ville, composé de cinq membres qui sont nommés par le conseil municipal. Or, au cours de son premier mandat à la mairie, Houde ne contrôle pas ces structures municipales, qui sont encore en majorité aux mains de ses adversaires, dont le conseiller A. A. Desroches, président du comité exécutif, qui fait partie de l'équipe de l'ex-maire Martin. Invité par la station de radio CKAC, Houde est l'un des premiers politiciens québécois à parler à la radio.
Réélu député Au niveau provincial, l'élection partielle dans la circonscription de Montréal–Sainte-Marie est finalement déclenchée et se tient le Une autre élection partielle se tient aussi le même jour dans la circonscription de Québec-Est.. Le candidat libéral y est Ernest Langlois. Parmi ses thèmes de campagne, Houde préconise la création d'une commission des accidents de travail indépendante et d'un système de pensions pour les veuves et les orphelins. L'élection est remportée par Houde, ce qui lui rend son siège de député qu'il avait dû céder l'année précédenteHoude obtient et Langlois . Deux autres candidats, Joseph Lagarde et Napoléon Giroux, obtiennent respectivement 146 et 48 votes.. Cette fois, c'est le Parti libéral qui tentera de faire annuler cette élection de Montréal–Sainte-Marie, mais sans succès.
Sa popularité croissant, Houde devient l'un des principaux opposants au gouvernement Taschereau. L'opposition entre le Parti libéral et le Parti conservateur sur la question des investissements étrangers est un thème omniprésent dans les discours politiques de l'époque. Face au gouvernement Taschereau qui préconise une politique de concéder aux investisseurs des États-Unis le contrôle et l'exploitation des richesses naturelles du Québec, Houde fait plutôt sien le thème « maîtres chez nous ». Il propose d'établir un meilleur équilibre entre l'État et les grandes compagnies américaines, notamment par la création d'une commission hydraulique pour que l'État québécois se réapproprie les ressources hydrauliques du Québec et puisse ainsi influer sur le développement économiqueDébats reconstitués de l'Assemblée législative, 1929..
Chef de l'opposition provinciale Au printemps de 1929, Arthur Sauvé fait savoir qu'il démissionnera comme chef du Parti conservateur du Québec. Un congrès du parti est convoqué à Québec les 9 et , pour rafraîchir le programme politique et désigner un nouveau chef. Le , Houde est désigné par acclamation chef du Parti conservateur du Québec.
Le premier test électoral comme chef de parti est, à l'automne 1929, une série de trois élections partielles, qui se tiennent dans trois châteaux-forts du Parti libéral et que celui-ci conserve sans surprise. Houde en profite tout de même pour faire une tournée des circonscriptions concernées.
Réélection à la mairie vignette|Houde participe à l'inauguration du pont Jacques-Cartier de Montréal, le 24 mai 1930. Les élections municipales de Montréal doivent se tenir le . Pour le poste de maire, l'adversaire de Houde est James Arthur Mathewson, avocat anglo-montréalais, appuyé par le Parti libéral. Cette fois-ci, Houde est bien décidé à se présenter accompagné d'une équipe de conseillers dans le but d'obtenir la majorité au conseil municipal et ainsi pouvoir réellement accéder à l'administration des affaires de la ville. Il n'attaque pas son adversaire à la mairie, mais il dirige plutôt sa campagne contre l'ancienne administration qui contrôle encore le comité exécutif de la ville. Un thème majeur de Houde est la protection de l'environnement urbain à Montréal. Il s'oppose notamment au projet de la compagnie de chemin de fer Canadian National Railways de construire des voies ferrées surélevées. C'est aussi lors de cette campagne que Houde lance l'idée d'un jardin botanique à Montréal. À l'issue de l'élection, Houde est réélu par une forte majorité au poste de maireHoude obtient environ et Mathewson environ (). et son équipe obtient la majorité des sièges au conseil municipal. L'équipe de Houde peut donc former le nouveau comité exécutif de la ville, dont le président sera Allan BrayLe comité exécutif de l'équipe Houde à la suite de l'élection de 1930 est formé de Allan Bray, président, Joseph-Marie Savignac, Alfred Mathieu, Tancrède Fortin et W.S. Weldon..
Défaite au provincial