vignette|Texte du Nunc dimittis (à droite) dans Les Très Riches Heures du duc de Berry, folio 63r (). Vierge Marie, Enfant Jésus et Syméon dans le Temple, par l'enlumineur Jean Colombe († 1493)Site Bridgeman Images.
Le cantique de Syméon également appelé Nunc dimittis, selon ses premiers mots (en latin), est une courte prière de remerciement prononcée par le vieillard Syméon recevant dans ses bras Jésus enfant lorsque celui-ci est présenté au Temple de Jérusalem. L'homme « juste et pieux » constate que la promesse de Dieu est accomplie et il accueille sa mort prochaine dans la joie. La scène et la prière se trouvent dans l'Évangile selon Luc (Lc 2:25-32).
Ce cantique d'action de grâce a une place importante dans la liturgie des Heures pour les catholiques. Il est chanté quotidiennement lors des complies, le dernier office de la journée, à la tombée de la nuit.
L'expression nunc dimittis a été employée dans le langage littéraire pour signifier qu'on se sentait enfin libre de se retirer une fois le devoir accompli, et notamment quand la relève est assurée..
Texte biblique vignette|Giovanni Bellini, Nunc dimittis (v. 1505-1510), musée Thyssen-Bornemisza, Madrid. vignette|Arent de Gelder, Le Cantique de Syméon (v.1700–1710) La prière vient du passage de l'Évangile selon Luc 2:29-32, dans lequel le vieillard Syméon reconnaît le Messie en l'Enfant Jésus, lorsque Marie et Joseph le présentent au Temple.
latin françaisNunc dimittis servum tuum, Domine, secundum verbum tuum in pace,Quia viderunt oculi mei salutare tuum,Quod parasti ante faciem omnium populorum,Lumen ad revelationem gentium et gloriam plebis tuæ IsraelLiturgie latine : mélodies grégoriennes, p. 129, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, Solesmes 2005.Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s'en aller en paix, selon ta parole.Car mes yeux ont vu ton salut,salut que tu as préparé devant tous les peuples,lumière pour éclairer les nations, et gloire d'Israël, ton peuple. En grec, le texte correspondant est : .
Lors de la fête de la Présentation de Jésus au Temple, célébrée chez les catholiques le , on chante ce passage en alternance, entre l’antienne et le verset.
antienne (en refrain)Lumen ad revelationem gentiumet gloriam plebis tuæ Israel. cantique (versets I, II et III) Nunc dimittis servum tuum, Domine, secundum verbum tuum in pace. > réponsQuia viderunt oculi mei salutare tuum. > réponsQuod parasti ante faciem omnium populorum. > répons pour continuer ou doxologie doxologie (à la fin)Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto.Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in sæcula sæculorum. Amen.
Partition grégorienne
I. La version qui est en usage au Vatican (ci-dessus) pour la fête de la Présentation, lors de la procession, se caractérise de l'alternation : ■ Sur YouTube, l'exécution avec partition est disponible : . Il s'agit de la partition selon l'antiphonaire de Hartker page 120 (code H120, voir Histoire).
II. Le dossier Ad Completorium (2014), issu du site Corpus Christi Watersheds, contient de la version de l'antienne : ■ (p. 67 - 68, ou pour la Toussaint p. 107 - 108 avec le verset Requiem æternum).
— Les versions I (procession) et II (antienne des offices) adaptent à l'usage dans la plupart des célébrations.
III. Voir aussi les synopsis pour la mélodie originelle du chant grégorien authentique, sans ornement, qui était diffusée au et aux siècles suivants : et (voir Histoire).
IV. Trait en huitième mode thumb|center|upright=1.8|Trait (tract) réservé à la Purification. Il s'agit d'une version très ornée. Car elle était essentiellement utilisée avant la lecture de l'Évangile dans la messe de la Purification, remplaçant l'Alléluia. Trait dans la messe solennelle, sa fonction était donc différente et distinguée. Dans les archives, on trouve au total trois versions de tract Nunc dimittisEmma Hornby, Gregorian and Old Roman Eighth-mode Tract, p. 227, 2019 .
V. Il existe une mélodie différente en quatrième mode, qui était utilisée en tant que cantus firmus dans l'œuvre en polyphonie et a cappella Media vita in morte sumus, composée par John Sheppard († 1558) : p. 9 . Avec l'antienne Media vita en monodie, la Schola Sainte Cécile aussi présente sa transcription en quatre ligne . Le chef-d'œuvre de Sheppard est sa paraphrase, qui est très développée. Par ailleurs, la notation de la page 9 de Sheppard (mesures 147 - 150) explique bien une technique magnifique qui avait été inventée par les compositeurs carolingiens. Il s'agit d'un module qui adapte au chant monodique, quel que soit le nombre de syllabes. Grâce à cette invention, ils étaient capables de composer facilement le chant grégorien, malgré le texte biblique sans refrain, ni mesuré et en prose.
Ce chant se trouve dans le fonds ancien du chant grégorien authentique, tant comme antienne que comme répons. D'où, Dom René-Jean Hesbert qualifiait, dans son Corpus antiphonalium officii, ces variantes en tant que mélodies authentiques : antienne : CAO 3975Académie de chant grégorien (Belgique) répons : CAO 7247 et 7248Académie de chant grégorien antienne Lumen ad revelationem : CAO 3645Université de Ratisbonne
Histoire Origine Chant vieux-romain Cantique biblique, il est vraisemblable que l'usage liturgique du Nunc dimittis est très ancien. En effet, celui-ci se trouve dans l'un des manuscrits du chant vieux-romain, dit graduel de Sainte-Cécile du Transtévère (folio 30r) . Le manuscrit fut certes copié à Rome en 1071. Toutefois, ce chant pontifical, qui était chanté à la chapelle du pape, était transmis par oral jusqu'à ce que les moines carolingiens inventent les neumes dans l'optique de noter la mélodie. Encore fallait-il attendre la notation en quatre lignes de Dom Guido d'Arezzo († vers 1033). D'où, les chercheurs considèrent que le vieux-romain est plus ancien que le chant grégorien, lequel avait été composé à partir du . Par la rubrique, l'usage était précisé : répons, avant l'offertoire, dans la messe de la Purification de Sainte Marie, le . Le cantique se gardait dans un autre manuscrit du , archives de Saint-Pierre B79 Antiphonale officii : folios 61v (verset de répons) et 62r (répons) ; folios 62v (antienne Lumen ad revelationem et antienne Nunc dimittis) . Or, il n'y avait aucun chant de procession pour la fête de la PurificationÀ vrai dire, l'origine de la procession n'était pas le rite papal à Rome. Il s'agissait d'une nouvelle tradition dans le royaume carolingien au ou avant ; voir le compte-rendu Les manuscrits du processionnal, 2002 ; ainsi que Pascal Collomb, Le Ci nous dit : un commentaire de la liturgie médiévale ?, note n° 12, pour les cierges, Presses universitaires de Rennes . En bref, l'usage du cantique Nunc dimittis avait été établi très tôt à Rome pour la messe de cette fête. Par ailleurs, à la différence du chant grégorien, qui avait été composé tardivement dans le royaume carolingien, le chant vieux-romain se caractérise par sa similitude avec le chant byzantinRichard Hoppin, La musique au Moyen Âge, p. 65, 1991.Marcel Pérès, Chants de l'Église de Rome, période byzantine, brochure de Harmonia Mundi . En ce qui concerne le Nunc dimittis, encore faut-il examiner en détail ses mélodies d'après les manuscrits.
Chant grégorien Ce cantique, en tant que chant grégorien, se trouve dans la plupart des manuscrits les plus anciens du fonds grégorien. La mélodie qui reste en usage est issue de celle du manuscrit de l'antiphonaire de Hartker, folio (page) 120. Dans ce manuscrit, qui fut copié entre 990 et 1000, l'antienne Nunc dimittis et celle de Lumen ad revelationem sont indépendants mais successives . Considéré comme le meilleur manuscrit de l'antienne grégorienne par l'abbaye Saint-Pierre de SolesmesDaniel Saulnier, Un nouvel antiphonaire monastique, 2005 [htts://palmus.free.fr/Article.pdf], on peut considérer que le copiste de l'abbaye de Saint-Gall transcrivit correctement le chant qui était transmis par oral.
Texte important, fête solennelle, il reste de nombreux manuscrits anciens dans les archives. La plupart de ces livres indiquent que le cantique était, à l'origine, réservé à la Purification de la bienheureuse Vierge Marie (Purificatio Mariæ). Mais l'heure de l'usage n'était pas fixée, soit aux matines, soit aux laudes, soit aux complies. Leur fonction non plus, c'était normalement une antienne, mais tantôt un répons, tantôt une cantillationUniversité de Waterloo . Donc, il s'agissait d'un cantique dans la tradition monastique, avant que la pratique ne soit intégrée dans le rite romain. Il faut remarquer qu'il existe, parmi les manuscrits, une bonne uniformité tant du texte que de la mélodieUniversité de Ratisbonne . Cela indique qu'avant l'invention de notation musicale grégorienne, le chant originel, assez ancien, était déjà composé et transmis par oral. Cette caractéristique n'existe pas dans les compositions tardives, par exemple, les hymnes de Thomas d'Aquin, qui connaissent assez nombreuses variantes.
Au Moyen Âge Dans les monastères L'usage du cantique Nunc dimittis était, au Moyen Âge, bien établi, quel que soit le jour de célébration. Dans les monastères, on l'utilisait non seulement pour l'office des complies du dimanche (office séculier du dimanche) mais aussi celui de semaine (office séculier férial), à la fin et avant l'oraison de conclusionInstitut de recherche et d'histoire des textes, L'office des heures .
Le Nunc dimittis s'accompagnait et s'accompagne toujours d'une antienne. Durant le Carême, il s'agit traditionnellement de la Media vita in morte sumus, qui fit pleurer, lors d'un office des complies, saint Thomas d'Aquin. Les études récentes de Dom Jean Claire identifièrent que l'origine de celle-ci était le Trisagion, pratiqué en Gaule jusqu'au . Étant donné que l'évangélisation de la Gaule avait été effectuée par des prêtres grecs tel Irénée de Lyon, il est assez vraisemblable que l'antienne était issue du rite byzantin (voir ci-dessous).
Sub tuum præsidium était son antienne pour l'office des complies en faveur de la fête de la Sainte ViergeDom Joseph Pothier, Revue du chant grégorien, II-1, 1893, p. 3 - 4 ..
Procession à la chapelle du Vatican Contrairement à la pratique selon le chant vieux-romain qui manquait de procession, un manuscrit duquel l'auteur reste inconnu exprime que, vers 1510 où celui-ci fut copié, à savoir à la fin du Moyen Âge, la procession pour la fête de la Présentation de Jésus au Temple était tenue, à la chapelle du Vatican, avec Lumen ad revelationem et Nunc dimittis à 4 et à 3 voix (bibliothèque apostolique vaticane, manuscrit Cappella Sistina 46, folios 59v - 64r)Richard Cherr (éd.) et Jeffrey Dean, Papal Music and Musicians in Late Medieval and Renaissance Rome, p. 146 - 149, Oxford University Press 1998 . Le chant se composait, d'une part, de la polyphonie (Lumen ad revelationem etc.), et d'autre part, de la mélodie grégorienne (Nunc dimittimus etc.) à l'unisson . Cette procession portant les cierges se garde jusqu'aujourd'hui à ce . Le manuscrit indique que le chant se commençait lors de la bénédiction et de la distribution des cierges, ce que confirment les missels romains qui furent publiés dans ce siècle (voir ci-dessous). Avec le Nunc dimittisSelon Stephanie Budwey (2014), la bénédiction des cierges avec Nunc dimittis date vers : Sing of Mary, p. 19 , cette liturgie était tout à fait intégrée dans le rite romain tandis que ce manuscrit est un précieux témoin que le chant en alternance pour la procession était pratiqué au Saint-Siège à cette date-là, sans doute présidée par le pape. D'ailleurs, cette musique serait une tradition importée. La composition semblable se trouve dans d'autres manuscrits plus anciens, du , par exemple celui d'Aoste AO-15Université d'Oxford (vers 1435). De surcroît, à cette époque-là, des œuvres de Guillaume Dufay († 1474) furent adoptées, elles aussi, à la chapelle pontificale. En bref, il s'agit d'une liturgie établie avant le concile de Trente.