thumb|300px|L'incendie du navire amiral ottoman par Konstantínos Kanáris en 1822. Pendant la guerre d'indépendance grecque, les brûlots sont souvent utilisés contre des navires ottomans. Toile de Ivan Aïvazovski, 1881.

Le brûlot (ou brulot) était un navire chargé d'explosifs ou de matériaux inflammables, lancé sur les vaisseaux ennemis pour les incendier. La plupart du temps, il s'agissait d'un vieux bâtiment, de petite taille, ancien navire de guerre ou de commerce, transformé à cet effet.

Histoire Dans l'Antiquité thumb|Brûlots chinois, dans le Wujing Zongyao, 1044 ap. J.-C.

Le brûlot est une arme qui a été utilisée dès l'Antiquité.

Thucydide rapporte ainsi que les Syracusains, en 415-413, venaient de prendre dix-huit navires aux Athéniens et que, pour détruire le reste de leur flotte, ils envoyèrent contre elle un vieux cargo rempli de sarments et de bois de pin enflammés. Les Athéniens réussirent à éteindre les flammesThucydide, La Guerre du Péloponnèse », VII, 53..

Selon ArrienAnabase, II, 20-22., durant le siège de Tyr par Alexandre, les défenseurs envoyèrent, avec succès, un navire portant aux bouts de sa vergue des « pots à feu » afin d'incendier les machines de siège du Macédonien.

César rapporte que, durant la guerre civile, Cassius lança contre une partie de sa flotte des navires marchands chargés de résine, de poix et d'autres matières inflammables. Trente cinq navires furent incendiés..

En Chine, en 208, lors de la bataille de la Falaise rouge, la flotte de Cao Cao fut détruite par le brûlot de Huang Gai.

À l'époque moderne Au , durant le siège d'Anvers en 1585 contre les forces assiégeantes du duc de ParmeCharles-Albert de Behault, Le siège d'Anvers par Alexandre Farnèse, duc de Parme, Bulletin de l'ANRB, , Bruxelles, juillet 2021..

right|thumb|La bataille de Gravelines.

Pendant la bataille de Gravelines en 1588 contre l'Invincible Armada, les brûlots envoyés par les Anglais ne détruisirent aucun navire espagnol mais contribuèrent puissamment à désorganiser la flotte.

Le grand siècle du brûlot est le . Il arriva qu'une escadre dispose d'autant de brûlots que de navires de ligne. C'est, par exemple, le cas de Ruyter à la bataille de Solebay.

En 1638, onze navires espagnols sont incendiés par les brûlots de la flotte de Henri d'Escoubleau de Sourdis, lors de la bataille de Guetaria.

En 1692, à la bataille de la Hougue, ils causent la perte de 15 navires français.

En 1770, les Russes utilisent avec succès des brûlots contre les Turcs à la bataille de Chesmé.

En , la flotte anglaise utilisa des brûlots contre la flottille française du camp de Boulogne. À l'occasion de cette attaque, le Maréchal Brune, en poste à Boulogne rendit compte à Napoléon qui lui répondit ceci : « En recevant vos lettres, j'ai cru que vous m'appeliez à la défense de Boulogne, et j'étais joyeux de penser que je pourrais bientôt voir de près les ennemis, et apprendre, par votre exemple, à combattre; mais ils vous connaissent depuis longtemps, et je doute qu'ils s'exposent, sans de grandes forces, à retrouver les champs de Bergen. » Le lieutenant Bourgoin, aide de camp de Brune, qui raconte cet événement, affirme que cette attaque de brûlot n'eut pas un succès franc..

En 1809, lors de la bataille de l'île d'Aix, les brûlots anglais de John James Gambier et Cochrane détruisent une partie de l'escadre française qui s'y trouvait.

Entre 1821 et 1832, pendant la guerre d'indépendance grecque, les brûlots sont utilisés à maintes reprises par les insurgés grecs contre des navires ottomans, notamment lors de l'incendie du vaisseau amiral ottoman au large de Chios en .

Les Chinois en lancèrent vainement quelques-uns sur la flotte britannique, pendant la première guerre de l'opium.

L'usage de cette arme, habituelle au , se raréfie au puis au . On s'interroge sur le caractère licite ou non de son utilisation. Ainsi, à la veille de l'attaque de la flotte française, en 1809, l'amiral Gambier écrit : « ...c'est un horrible système de guerre... »Cité par Jules Silvestre, dans Les Brûlots anglais (sic) en rade de l'île d'Aix (1809), Paris, 1912, Arthur Savaète éditeur..

Les brûlots sont à nouveau utilisés lors de la bataille de Navarin en 1827, considérée comme la dernière grande bataille navale de la marine à voile. L'apparition des cuirassés, et de la marine en fer, les rendit obsolètes.

Un plan britannique prévoyait l'utilisation des brûlots pour attaquer les barges d'invasion qui se rassemblaient dans les ports sur la côte nord de la France en vue d'une invasion allemande de la Grande-Bretagne en 1940, il s'agit de l'opération Lucid. L'attaque a été lancée à plusieurs reprises en septembre et octobre de cette année, mais des navires peu fiables et des conditions météorologiques défavorables ont fait que le plan a dû être interrompu à chaque fois.

Les principes du brûlot right|thumb|Maquette du Dolphin, un 20 canons lancé en 1731, converti en brûlot en 1747, reconverti en 1757, capturé par les Français en 1760. Le côté bâbord montre le 20 canons d'origine, le côté tribord montre le brûlot. National Maritime Museum, Londres. right|thumb|Maquette du Dolphin, un 20 canons lancé en 1731, converti en brûlot en 1747, reconverti en 1757, capturé par les Français en 1760. Le côté bâbord montre le 20 canons d'origine, le côté tribord montre le brûlot. National Maritime Museum, Londres. thumb|Découpe d'un brûlot grec de la guerre d'indépendance grecque: il était rempli d'asphalte et autres matières inflammables et le canot derrière le brûlot était utilisé par l'équipage pour quitter le bâtiment une fois incendié. Musée d'histoire nationale d'Athènes

La sélection du navire En fait, n'importe quel navire peut être utilisé. On préfère généralement des navires de petite taille, comme des bricks ou des sloops. Il est fréquent aussi d'acheter un navire de commerce.

Fréquemment, on choisit un vieux bâtiment, ou dont les qualités nautiques médiocres ne le feraient pas regretter. Cela peut aussi dépendre du prix qui peut en être offert.

L'un des principaux reproches faits aux brûlots est qu'ils sont de mauvais voiliers. Soit par l'âge, soit par leur conception. Ce qui fait que l'adversaire a le temps de les éviter. Pour éviter cela, on cherche à construire des bâtiments spécifiquement destinés à jouer le rôle de brûlots.

Ainsi les Britanniques utilisent les plans d'une prise française réputée pour ses bonnes qualités nautiques pour construire les navires de la classe HMS Tisiphone, dans les années 1780. HMS Vulcan est « consommé » à Toulon contre une ligne de vaisseaux français. Mais HMS Conflagration est incendié... pour éviter sa capture. Un autre brûlot de cette classe, HMS Comet, est utilisé en , devant Dunkerque pour tenter de détruire quatre frégates françaises. En 1801, à la reprise des hostilités, ce sont six nouveaux brûlots de cette classe qui sont mis sur cale.

Un brûlot n'est pas toujours un navire. Il peut simplement s'agir de chaloupes disposant du matériel nécessaire pour mettre le feu. C'est de cette manière que sont incendiés plusieurs navires français échoués lors de la bataille de la Hougue en 1692.

L'aménagement du navire La coque Une forte cloison permet d'isoler l'arrière du reste du navire. Ainsi, l'équipage est hors de la partie destinée à fournir le brasier.

Dans la partie avant, on installe les dispositifs incendiaires. Ceux-ci sont très variés.

Dans des maquettes du Rijksmuseum d'AmsterdamCf. Bulletin du musée, /2005, page 94-95., on peut voir des dispositifs ingénieux propres à favoriser un départ rapide de l'incendie. Ainsi des sortes de goulottes, en bois ou fer-blanc, partant de la place dévolue au timonier vers l'avant. Ces goulottes sont remplies d'une mixture composée d'une partie de poudre à canon, une demi-partie de salpêtre, un quart de partie de résine et autant de soufre. Au-dessus d'elles sont entassés des fagots Ces dispositifs sont assez semblables à ceux décrits par Nicolaes Witsen dans son ouvrage de 1671..

Les sabords sont modifiés pour s'ouvrir vers le bas. S'ouvrant normalement vers le haut, ils risqueraient de se fermer si les flammes brûlaient leurs câbles. Avec l'ouverture vers le bas, les sabords s'ouvrent et restent ouverts, augmentant le tirage et favorisant l'incendie. De même, des manches à air sont établies sur le pont pour favoriser l'appel d'air.

Les canons, si le navire en dispose, sont chargés, si possible à double charge, boulet et mitrailleÀ cet effet, on se souvient des conseils d'Yves de Kerguelen Tremarec (in : Relation... de la guerre maritime de 1778 entre la France et l'Angleterre (sic), Paris, 1796.). Il disait : « ...j'observerais ici que les canonniers ont un mauvais usage, c'est de mettre une charge de mitraille par-dessus le boulet. La mitraille, en sortant du canon, est écartée par le boulet et ne fait aucun effet. Il faut d'abord mettre la charge de mitraille et le boulet, par-dessus... ».. Sous la chaleur de l'incendie, ils finissent par tirer, ajoutant leurs ravages à ceux de l'incendie.

Mâture Pour favoriser l'accrochage, on accroche des grappins aux vergues et au beaupré, pour que le brûlot puisse attraper les cordages de la cible. Les grappins sont soit attachés directement aux vergues, soit suspendus à des chaînes plutôt qu'à des cordages susceptibles de brûler trop tôt. Cela complique aussi la tâche de l'équipage de la cible qui a plus de difficulté à dégager les grappins ayant croché.

Cependant, il faut aussi éviter que l'incendie n'abatte prématurément la mâture. Pour cela, il faut protéger la base des mâts par des coffrages épais. On protège aussi tous les éléments permettant le mouvement du gouvernail.

Il est aussi possible de garnir la mâture d'artifices et de fusées destinées à porter le feu sur la voilure des navires attaqués. C'est ce qui est fait en 1809, devant l'île d'Aix. Le résultat ne semble pas avoir été à la hauteur des espérances, mais ces fusées ont sûrement contribué à favoriser la panique des équipages.

Le chargement Il s'agit de bourrer le brûlot de substances combustibles et explosives. Les navires étant en bois, les voiles en toile et les cordages en chanvre, on est déjà sûr que le feu se répandrait sans obstacles.

On peut utiliser, par exemple, des « barils ardents »Cf. Bonnefoux & Paris, q.v., pour ces différentes recettes. . Ce sont des barriques « que l'on remplit de poussier, , de brai sec, , de goudron, , de suif, , de salpêtre, ; ce mélange est recouvert d'une toile goudronnée qui laisse passage à des saucissons destinés à embraser le baril. Pour obtenir des « barils foudroyants », on ajoute des grenades.

On peut aussi utiliser des « pots à feu ». Ce sont des pots de terre chargés de morceaux de roche à feu, de grenades, et de poudre grainée. Deux mèches en croix sont sur le dessus et sortent par le côté ; le tout est recouvert d'une peau de mouton.

La « roche à feu » est une composition incendiaire, solide et qui brûle lentement, même sous l'eau. Elle se compose de soufre fondu (), de poussier (), de salpêtre (), de camphre (), de poudre grainée (). Ces substances sont fondues ensemble et coulées dans des moules pour obtenir des cylindres de différentes grosseurs.

Une « cravate » est une sorte de serpillère, d'un mètre de longueur, trempée dans un chaudron où l'on a placé d'eau, de salpêtre, d'huile de térébenthine. Ensuite, on les saupoudre de poussier. Enfin, on en lie plusieurs pour les suspendre et les faire sécher.

Les « brandons » sont placés dans les hunes. On prépare une pâte de soufre (), de salpêtre (), de poussier (), de camphre (). On détrempe cette pâte avec de l'huile de lin et l'on en remplit des espèces de gargousses, en toile à voile double, goudronnée, au milieu desquels on place une étoupille. Ces brandons jettent une lumière blanche très intense et brûlent dans l'eau.