Le canal d'Orléans est une voie d'eau désaffectée en 1954, en voie de réhabilitation en 2025, située dans le département français du Loiret. D’une longueur de , ce canal relie la Loire au canal du Loing et au canal de Briare. Il assure ainsi la continuité par voie d'eau entre Orléans et Paris vers le nord et Briare et les canaux du Centre vers le sud.

Un premier tronçon est creusé par Robert Mahieu entre Vieilles-Maisons-sur-Joudry et Buges entre 1676 et 1678 et ouvert au transport du bois et du charbon. La construction du canal jusqu’à la Loire est ensuite entreprise de 1681 à 1687 et est inaugurée en 1692. De 1692 à 1793 le canal est en plein essor. De à remontent chaque année la Loire depuis Nantes pour gagner Paris. En 1793 le canal devient bien national.

De 1908 à 1921, alors que le trafic de marchandises par voie fluviale est en pleine régression, des travaux de prolongement du canal entre Combleux et Orléans sont entrepris. Avec la disparition complète du trafic, le canal est déclassé en 1954 des voies navigables et entre dans le domaine privé de l’État puis devient propriété du département du Loiret en ..

Un mandat de gestion a été confié en 1984 au Département jusqu'en 2035. Celui-ci, après une étude stratégique en 2004, a engagé un lourd programme de réhabilitation ayant pour objectif une réouverture totale au tourisme fluvial à la fin des années 2020 : navigation de plaisance et aménagement des abords pour la randonnée pédestre et cycliste, avec en particulier la construction d'une véloroute, comprenant en quasi-totalité une voie verte à l'écart de la circulation inaugurée le . À cette date, seules quelques écluses étaient restaurées.

Présentation Localisation et profil du canal

thumb|upright=1.4|alt=Carte du département du Loiret présentant le système hydrographique principal du Loiret représenté par un triangle d’eau : la Loire et ses affluents formant un des côtés du triangle de Orléans à Briare, le canal de Briare et le Loing et ses affluents formant le côté est vertical du triangle, de Briare à Montargis, et enfin le canal d’Orléans formant le troisième côté du triangle, de Montargis à Orléans|Localisation du canal d’Orléans. Le canal d’Orléans se situe dans la région Centre-Val de Loire entièrement à l’intérieur du département du Loiret. Il court sur entre Orléans, où il débouche dans la Loire, et Châlette-sur-Loing, où il rejoint le canal du Loing et le canal de Briare au niveau du bief de Buges. Sa partie ouest est située dans l'aire urbaine d'Orléans et la région naturelle du val de Loire, sa partie médiane dans la forêt d'Orléans et sa partie est dans la région naturelle du Gâtinais et l'aire urbaine de Montargis.

Le canal d’Orléans est un canal à bief de partage avec un versant situé du côté Loire d'une longueur de se répartissant en une section de d’Orléans à Combleux, l’ouverture historique en Loire, et une de , de Combleux à Combreux, et l'autre du côté Seine d'une longueur de . Le bief de partage, situé entre les deux sections, constitue la section la plus élevée, et présente une longueur de 65.

En 2010, seul le tronçon situé entre Fay-aux-Loges et Combleux est navigable93.

Le graphique ci-dessous donne le profil du canal d’Orléans depuis Orléans, dont la cote en Loire au droit du bief de Combleux est de environ, jusqu’au bief de Buges, jonction avec le canal du Loing, situé à la cote de . Le bief de partage est le point le plus élevé du canal () avec une dénivellation de côté Loire et côté Seine.

Le bief le plus long est le bief de partage, avec , tandis que le plus court est le bief du Milieu de Grignon avec 69.

Tracé left|thumb|upright=1.4|alt=Schéma présentant le profil du canal, montant par plateaux de bief en bief à partir de la Loire à gauche (cote : 90) jusqu’au bief de partage au km 28 (cote : 123.12) et redescendant par plateaux jusqu’au Loing (cote : 81.78)|Profil du canal d’Orléans.

Jusqu’au début du , l’embouchure sur la Loire du canal d’Orléans ne se situait pas sur la commune d’Orléans, mais sur celle de Combleux, au lieu-dit la Patache, à une dizaine de kilomètres à l'est d’Orléans.

Après Orléans, Saint-Jean-de-Braye et Combleux, le canal traverse Chécy et change déjà d'orientation pour pénétrer dans la forêt. Sur la commune de Mardié, aux abords de l’ancien port de Pont-aux-Moines, il est traversé par l'actuelle route départementale 960 reliant Orléans à Châteauneuf-sur-Loire. Il passe ensuite à Donnery puis à Fay-aux-Loges, et dans ce dernier bief, il utilisa longtemps le cours même de la petite rivière du Cens. De l'écluse de Fay-aux-Loges, le canal traverse ensuite, après l'écluse de la Jonchère, des régions moins fertiles, d'aspect plus désolé, les habitations se font plus rares. Après Vitry-aux-Loges, on rejoint enfin l'étang de la Vallée pour atteindre à ce point le seuil montagneux qui constitue la ligne de partage des eaux de la Seine et de la Loire. On quitte le versant Loire, et le canal, à Combreux, pour entrer dans son bief de distribution. Celui-ci se développe sur les communes de Sury-aux-Bois et de Châtenoy. Différents étangs et réservoirs l’alimentent, en particulier celui de la Noue Mazone où se termine le bief de partage. Le canal pénètre alors dans le bassin de la Seine : après les étangs du Gué des Cens et de Grignon, on retrouve l'ancien canal de Robert Mahieu : l'angle droit que forme le tracé à Vieilles-Maisons-sur-Joudry s'explique très bien par ce raccordement. Les difficultés suscitées aux bateliers par cette jonction amèneront plus tard les ingénieurs à en modifier les accès pour la rendre plus commode. Le canal se développe ensuite, par les territoires des communes de Coudroy, Noyers, Chailly-en-Gâtinais, Presnoy, Chevillon-sur-Huillard, Saint-Maurice-sur-Fessard, Pannes, Corquilleroy et enfin Châlette-sur-Loing, jusqu'au point de jonction des trois canaux de Briare, d'Orléans et du Loing à Buges 61-62.

Statut Après avoir été la propriété de différents ducs d’Orléans, de Philippe à Louis-Philippe Joseph, le domaine du canal est acquis à la République en 27, peu avant l’exécution à la guillotine du dernier duc. D'abord affermé à la compagnie Bellesme, le canal, mal entretenu, est ensuite vendu à une société privée, la Compagnie des canaux d’Orléans et du Loing par la loi du 28. L’État rachète finalement le domaine à cette compagnie par la loi du et en confie la gestion à l’administration des ponts et chaussées.

Le canal est finalement déclassé par décision du . et affecté au ministère de l’AgricultureArrêté interministériel du 17 mai 1957. Journal officiel du 4 juin 1957, page 5617.. La partie déclassée du canal d’Orléans comprise entre les écluses de la Folie et de Combleux est donnée en location au Syndicat mixte de gestion du canal d’Orléans et de ses annexes par convention bail du pour une période de 18 années consécutives venant à échéance le 67.

Le bail entre l’État et le syndicat mixte est résilié en 1984 et la gestion du domaine est confiée au département du Loiret par décision du ministre chargé du domaine le . Une convention est signée le entre la direction générale des Impôts et le département dans le but de poursuivre, en l’intensifiant, l’opération de réhabilitation entreprise par le syndicat mixte, tout en préservant le caractère naturel du bien. La durée de la convention est fixée à 50 années courant à partir du et s’achevant ainsi le Article 5 de la convention du 28 décembre 1984, signée entre la direction des services fiscaux du département du Loiret agissant au nom de l’État français, assisté du directeur départemental de l’Agriculture et le département représenté par le président du conseil général.. Parallèlement le département confie la gestion courante du domaine au Syndicat mixte de gestion du canal d’Orléans en 198568.

Le déclassement du canal a pour conséquence son classement dans le domaine privé de l’État. Par ailleurs la loi du relative au transfert du domaine public fluvial de l’État ne s’appliquant pas dans le cas du domaine privé de l’État70, la section du canal confiée en gestion ne lui a pas été transférée sur le plan domanial. Il ressort ainsi la répartition de domanialité suivante :

+Répartition des différents tronçons du canal Versant Tronçon Longueur Propriété LoireBief de Saint-Jean-de-Braye entre Orléans et le "Cabinet vert" Domaine public de l'Agglomération d'Orléans, gestion par l'Agglomération d'Orléans Bief de Saint-Jean-de-Braye entre le "Cabinet vert" et Combleux Domaine public de l’État français De Combleux à Combreux Domaine privé de l’État français, convention de gestion au conseil général du Loiret jusqu’en 2035 Bief de partage De Combreux à Vieilles-Maisons-sur-Joudry Seine De Vieilles-Maisons-sur-Joudry à l'écluse de la Folie De l’écluse de la Folie jusqu’au bief de Buges, confluence avec les canaux de Briare et du Loing Domaine public de l’État français

Histoire

La construction

Le canal de Robert Mahieu Robert Mahieu est un bourgeois et marchand de bois de Paris qui possède quelques biens dans la province de l'Orléanais. Il propose en 1676 au duc d'Orléans 23. Son objectif est de se fournir en bois pour l’immense marché parisien ( consommant chacun une tonne de bois par anSylvain Négrier, Le canal d’Orléans et le commerce sur la Loire au , conférence du 15 septembre 2010, Orléans.).

Pour acheminer le bois vers Paris, Mahieu propose au duc d’Orléans de construire un canal. Un traité est signé le entre le duc d’Orléans et Mahieu : celui-ci exploiterait trois cents arpents de bois (environ ) en échange d’une redevance de livres tournois par an pendant 40 ans et la possibilité de construire un canal 24. Au bout de 40 ans le canal serait intégré au domaine du duché d'Orléans.

Mahieu a besoin de ce canal car les terrains de la forêt d'Orléans (sablonneux et argileux) sont peu propices au débardage du bois et se trouvent à l’écart des grandes voies de communications. En revanche, ils fournissent beaucoup d’eau (étangs, marécages, petites rivières) et constituent ainsi un terrain favorable à la construction d’un canal12. Un arrêt du conseil du roi du fixe le tracé de l’ouvrage, depuis l’étang du Loizelet jusqu’au Loing au niveau de Cepoy, et sa largeur minimale (six pieds, soit environ deux mètres, ce qui est suffisant pour évacuer du bois avec une circulation à sens unique)25.

Le canal débute alors au point le plus haut, là où sera ultérieurement construite l’écluse du point de partage des eaux. Le document ne précise pas le tracé pour pouvoir l’adapter aux difficultés rencontrées sur le terrain.

En moins de deux ans, sont construits. Le canal fait trois toises de large (plus deux toises un pied de chaque côté)13. On a la preuve que du bois est arrivé à Cepoy en . Le canal de Robert Mahieu n’a toutefois rien à voir avec le commerce ligérien. D’ailleurs sa trop faible largeur ne lui permet pas d’assumer une véritable circulation marchande, puisqu’il est impossible à des bateaux de se croiser.

Le canal du duc d'Orléans thumb|upright=0.8|alt= Reproduction d’une peinture représentant Philippe de France, duc d'Orléans et frère de Louis XIV, assis dans un fauteuil, portant un manteau d’hermine bleu et blanc et portant l'insigne de l'Ordre du Saint-Esprit|Philippe de France, duc d'Orléans, initiateur de la construction du canal d'Orléans.

En 1679, Mahieu connaît des difficultés financières et ne peut plus honorer ses engagements du traité de 1676 et c’est le duc d’Orléans qui reprend le projet29 qui change de nature : le duc d’Orléans veut désormais établir la jonction avec la Loire, ce qui suppose d’élargir la voie creusée par Mahieu et de poursuivre la construction du canal jusqu’à la Loire.

Plusieurs raisons conduisent à ce grand projet de jonction : le canal de Briare, très rentable pour ses propriétaires, n’est pas sans défaut : il consomme énormément d’eau (sept écluses de Rogny par exemple) et pendant les sécheresses le trafic est totalement interrompu. Il y a donc de la place pour un canal concurrent ;