Le royaume de Prusse (aussi appelé royaume de Prussie)Prussie. (2025, Avril 19). Wiktionary. (en allemand : ) est un ancien État européen formé en 1701, à l'origine union personnelle du duché de Prusse, de la marche de Brandebourg et d'autres principautés du Saint-Empire, et intégré en 1871 à l'Empire allemand dont il est la composante principale ; il disparaît en 1918 lorsque l'Allemagne proclame la république de Weimar.

Le royaume de Prusse devient un État européen de premier plan sous le règne de Frédéric II (1740 – 1786) qui consacre l'armée prussienne comme une grande puissance militaire. Malgré plusieurs revers, la Prusse joue un rôle majeur de 1792 à 1815 comme adversaire de la France (guerres de la Révolution et de l'Empire). De 1815 à 1866, elle est la rivale de l'empire d'Autriche dans la Confédération germanique et finit par l'évincer à l'issue de la guerre austro-prussienne (unification de l'Allemagne excluant l'Autriche). En 1870-1871, elle rassemble les principautés allemandes sous sa bannière lors de la guerre franco-allemande qui permet au roi de Prusse d'être couronné souverain du nouvel Empire allemand. La Prusse y conserve son régime particulier avec un parlement à dominante aristocratique. À l'issue de la Première Guerre mondiale, la révolution de Novembre renverse la maison de Hohenzollern : la Prusse devient un État libre dans la République allemande.

Histoire

Les origines Depuis 1618, l'électorat de Brandebourg (relevant du Saint-Empire) et le duché de Prusse (relevant de l'État polonais) sont unis dans le cadre d'une union personnelle par la dynastie des Hohenzollern, formant une entité appelée Brandebourg-Prusse.

La fondation du royaume thumb|left|Frédéric de Prusse. En 1688 commence le règne du prince-électeur de Brandebourg et duc de Prusse Frédéric III ; c'est lui qui obtient de l'empereur un titre royal depuis longtemps convoité.

Par le traité de la Couronne (en allemand : Krontraktat), signé à Vienne le , l'empereur Léopold accorde à Frédéric III, électeur du Saint-Empire romain germanique, le droit de porter le titre de roi en Prusse ; le , Frédéric III se fait sacrer et devient le roi Frédéric . En effet, personne hormis le souverain de Bohême ne peut être couronné roi à l'intérieur du Saint-Empire romain germanique, mais la Prusse ne relève pas de l'empire. Frédéric se couronne lui-même dans la chapelle du château de Königsberg (actuelle Kaliningrad). Désormais, toutes les possessions des Hohenzollern sont réunies au sein du royaume prussien.

En 1698, Frédéric avait demandé à Andreas Schlüter la transformation du château de Berlin, en prévision de son élévation à la dignité royale, puis, en 1700, à l'initiative de Leibniz, Berlin accueille la troisième Académie des sciences en Europe. Il fait également construire pour sa femme Sophie-Charlotte un somptueux château à Charlottenburg, ville alors située hors de Berlin. Enfin, en 1711, Antoine Pesne, d'origine française, devient peintre de la Cour. Mais toute cette politique d'apparat, due en partie aux appétits de prestige du nouveau roi, coûte cher : la cour dépense la moitié des revenus annuels.

Frédéric-Guillaume , le « roi-sergent » thumb|left|La Prusse sous le règne du Roi-Sergent. En 1713, Frédéric-Guillaume devient roi en Prusse. Il est resté comme le Soldatenkönig, le roi-sergent. C'est un roi qui aime les beuveries, les tabagies et les chansons militaires. Il s'entoure d'une garde de géants, célèbre dans toute l'Europe, pour laquelle il fait recruter de gré ou de force des géants partout sur le continent. Mais Frédéric-Guillaume se caractérise par un sens aigu du devoir envers l'État. Il consolide le royaume, renfloue les caisses par une économie austère, et fait de l'armée prussienne l'une des plus fortes du continent avec un contingent permanent de (à cette époque, la France en compte à peine le double et elle est beaucoup plus peuplée que la Prusse). Malgré son implication dans la guerre du Nord et l'acquisition de Stettin et de la Poméranie occidentale, Frédéric-Guillaume s'occupe surtout de perfectionner son armée, notamment en organisant des recrutements et un nouveau découpage en cantons : depuis 1711, chaque régiment se voit attribuer un canton dans lequel il peut effectuer ses recrutements. Ce faisant, il lègue à son fils une puissante machine de guerre dont lui-même ne s'est pas servi.

Ainsi que l'écrit Pierre Gaxotte, ..

L'avènement d'une puissance La Prusse de Frédéric le Grand thumb|left|Frédéric II . Frédéric devient roi en 1740 sous le nom de Frédéric II, Frédéric le Grand. C'est un jeune homme de vingt-huit ans, d'éducation et de culture française, admirant Voltaire. Son père l'a souvent traité de fillette et il semble mal préparé à monter sur le trône, mais il se révèle un redoutable stratège et un véritable despote éclairé.

Grâce à l'armée de son père, il peut attaquer l'Autriche de Marie-Thérèse : en 1742, il conquiert la Silésie, région à majorité catholique très riche, qui augmente considérablement le territoire de la Prusse et sa population, ainsi que le comté de Glatz. C'est le déclenchement de la guerre de Succession d'Autriche, ou première guerre de Silésie qui trouve son origine dans la Pragmatique Sanction : Charles VI d'Autriche (devenu empereur du Saint-Empire après la mort de son frère) n'ayant pas d'héritier mâle, réussit en 1713 à faire accepter des chancelleries européennes la « Sanction » qui permettait à sa fille Marie-Thérèse d'hériter de ses possessions en Europe centrale. À sa mort en 1740, Marie-Thérèse devint donc archiduchesse d'Autriche, mais plusieurs pays européens ne l'entendaient plus de cette oreille, Frédéric le premier. Après une guerre de huit ans, l'acquisition du duché de Silésie est confirmée à Frédéric II.

Mais, soucieuse de reconquérir la Silésie, Marie-Thérèse s'allie avec la tsarine Élisabeth, tandis que de son côté George II, roi de Grande-Bretagne et électeur de Hanovre, s'allie avec la Prusse. Sentant l'encerclement le menacer, Frédéric prend l'initiative et envahit la Bohême et la Saxe en 1756. La guerre de Sept Ans commence. La guerre oppose l'Autriche, la France, la Suède, la Russie et la Saxe d'une part à la Prusse, soutenue et en partie financée par Grande-Bretagne, avec quelques principautés d'Allemagne du Nord. Très vite, la situation devient dramatique : malgré plusieurs victoires tactiques, le Brandebourg est envahi, Berlin prise et rançonnée à deux reprises. C'est alors que, le jour de Noël 1761, la tsarine Élisabeth meurt et son neveu, Pierre III, est couronné tsar en . Admirateur de la Prusse et en premier lieu de Frédéric, Pierre conclut la paix avec le Hohenzollern et, peu après, la guerre se termine ; la Prusse est sauvée et le traité de Hubertsbourg en 1763 officialise définitivement le rattachement de la Silésie à la Prusse.

Cependant, le Royaume reste, vu son étendue d'Aix-la-Chapelle à Königsberg, morcelé en trois entités : à l'est, la Prusse ; au centre le Brandebourg et à l'ouest les possessions occidentales, incluses dans la Kleinstaaterei, terme intraduisible décrivant la mosaïque de principautés de l'Allemagne à cette époque, et l'un des facteurs empêchant la réalisation de l'unité.

Durant son règne de despote éclairé, Frédéric, aussi surnommé affectueusement le Jean-Jacques Rousseau, Œuvres complètes, Arvensa éditions, 02/01/2014., confie à Georg Wenzeslaus von Knobelsdorff la construction à Potsdam, au sud-ouest de Berlin, du palais de Sanssouci, où il fait venir Voltaire et d'autres philosophes constituant une cour disparate et pittoresque. En 1744, il nomme le mathématicien malouin Pierre Louis Maupertuis à la tête de l'Académie des sciences de Berlin, laquelle compte également Leonhard Euler. Voltaire en fit partie et, à sa mort, après que Louis XVI eut refusé à l'Académie française le droit de célébrer une messe pour le repos de son âme, Frédéric en fit solennellement célébrer une à l'église catholique de Berlin, à laquelle assistèrent tous les membres catholiques de son Académie.

La même année, Frédéric obtient le comté de Frise orientale, mais surtout, en 1772, d'un commun accord Russie, Autriche et Prusse se partagent la Pologne-Lituanie : Frédéric obtient la Prusse royale, sauf Thorn et Dantzig. Désormais, la Prusse est réunie au Brandebourg. À la fin du règne de Frédéric, le territoire de la Prusse a presque doublé et le trésor royal a été multiplié par huit.

La Prusse dans les coalitions contre la France En 1786, Frédéric-Guillaume II, neveu du roi précédent, est couronné roi de Prusse. C'est un roi médiocre qui laisse la réalité du pouvoir à ses ministres (notamment Johann Christoph von Wöllner), mais sous son règne, la Pologne-Lituanie est partagée une deuxième et une troisième fois. La Prusse y obtient la Posnanie et la région de Varsovie.

Sous son règne, Langhans construit la porte de Brandebourg à Berlin (1791), Kant publie la Critique de la raison pratique (1788). Un premier code de loi national, l'allgemeines Landrecht, est promulgué ().

En 1797, Frédéric-Guillaume III devient roi de Prusse. Il est confronté aux dernières guerres révolutionnaires puis aux guerres napoléoniennes. Allié dans un premier temps à la France, il se retourne bientôt contre elle. En 1806, pressée par son allié russe, la Prusse déclare la guerre à la France : l'armée prussienne, malgré sa réputation, est vite défaite, notamment à Iéna et Auerstaedt. Napoléon entre à Berlin ; le roi se replie à Königsberg. En 1807, la Prusse doit signer le traité de Tilsit : elle perd tous ses territoires à l'ouest de l'Elbe et son armée est réduite à ; en outre, elle doit payer une lourde indemnité.

Devant l'occupation française, un profond sentiment national s'éveille alors dans toute l'Allemagne. La Prusse procède à des réformes intérieures (abolition du servage en 1807, autonomie accordée aux villes en 1808, affranchissement des Juifs en 1812) et les Prussiens, sous les ministères du baron vom Stein et du comte von Hardenberg, conservent et entraînent en secret une puissante armée. Mais plus que le roi Frédéric-Guillaume, c'est surtout sa femme Louise qui incarne la résistance face à Napoléon et aux Français.

Alliée forcée de Napoléon, la Prusse doit lui fournir un contingent au début de la campagne de Russie (1812) mais son chef, le général Yorck, signe un armistice avec les Russes. La Prusse, à l'initiative du chancelier Hardenberg, se retourne alors contre la France et, en accord avec l'armée russe et les principautés allemandes ralliées, fond sur les restes de la Grande Armée dans la campagne d'hiver 1812-1813, met en échec la contre-offensive de Napoléon dans la campagne d'Allemagne et contribue largement à la victoire décisive de Leipzig en , obligeant les Français à se replier vers le Rhin. L'armée prussienne, menée par le général Blücher, combat encore aux côtés des Russes et des Autrichiens dans la campagne de France (1814). Elle appuie encore de manière décisive l'armée de Wellington pendant la campagne de Belgique de 1815 et participe à l'occupation du nord de la France après l'abdication de Napoléon.

La Prusse après le congrès de Vienne Finalement, les vainqueurs de 1815 remodèlent l'Europe au congrès de Vienne. Mais les intérêts de la Prusse sont insuffisamment défendus par un Hardenberg hésitant face à Metternich, et Frédéric-Guillaume doit céder à la Russie les territoires acquis lors du troisième partage de la Pologne (1795) et une partie des territoires acquis lors du deuxième partage (1793). En échange, la Prusse obtient pratiquement toute la Rhénanie et toute la Westphalie (formant la Rhénanie prussienne) ainsi que toute la partie nord de l'ancien électorat de Saxe.