Lynn Margulis, ou sous son premier nom d'épouse Lynn Sagan, (née Lynn Petra Alexander le à Chicago et morte le à Amherst) est une microbiologiste américaine, professeure de biologie évolutive à l'université du Massachusetts à Amherst.
Lynn Margulis présente dans les années 1960 sa théorie endosymbiotique selon laquelle les cellules eucaryotes sont le résultat d’une suite d’associations symbiotiques avec différents procaryotes. À cette époque, les cellules eucaryotes étaient considérées comme les descendantes des procaryotes qui se seraient peu à peu complexifiés après de nombreuses mutations génétiques. Après l'avoir initialement considérée avec méfiance, la communauté scientifique valide cette théorie, qui fait aujourd'hui consensus.
Plus largement, Lynn Margulis étudie le rôle joué par la coopération et la symbiose dans la survie et le développement des espèces animales et humaine.
Elle est également, avec le scientifique britannique James Lovelock, coautrice de l'hypothèse Gaïa qu'elle approfondit pour créer les théories Gaïa dans laquelle elle soutient que la Terre n'est pas homéostatique mais homéorhétique : en d'autres termes, que les composants atmosphérique, hydrosphérique et lithosphérique sont régulés autour de points homéostatiques, mais que ces points changent au cours du temps. Gaïa serait une symbiose vue de l'espace.
Biographie Famille et formation Née dans une famille juive ashkénaze de Chicago, Lynn Petra Alexander est une élève précoce et entre à l'université de Chicago à l'âge de 14 ans, selon ses propres dires
Elle poursuit ses études à l'université du Wisconsin (1957-1960) et à l'université de Californie à Berkeley (1960-1963). Lynn Margulis est inscrite à l'Université de Chicago, obtient son master à l'Université du Wisconsin-Madison en 1960 et son doctorat en 1963 à l'Université de Berkeley. En 1966, elle est membre de l'Université de Boston.
À 19 ans, elle se marie avec l'astronome Carl Sagan. La biologiste publie ses travaux universitaires sous le nom de Lynn Sagan, à l'époque où elle est son épouse. Ils ont deux enfants : , journaliste scientifique et collaborateur de sa mère, et Jeremy Sagan, développeur de logiciels et fondateur de Sagan Technology.
Après son divorce en 1964, elle se remarie en 1967 avec Thomas N. Margulis cristallographe avec qui elle aura aussi deux enfants : Zachary Margulis-Ohnuma, avocat de la défense pénale à New York et Jennifer Margulis, professeure et autrice.
Sa sœur, Joan Alexander, est mariée au lauréat du prix Nobel Sheldon Glashow ; son autre sœur, Sharon, est mariée au mathématicien Daniel Kleitman.
Décès Lynn Margulis meurt le à son domicile à Amherst (Massachusetts) cinq jours après avoir été victime d'un accident vasculaire cérébral. , voir sur nytimes.com..
Recherches Théorie endosymbiotique
En 1966 elle propose une théorie dans un article intitulé The Origin of Mitosing Eukaryotic Cells. (« L'origine des cellules eucaryotes »). Cependant, l'article est « rejeté par une cinquantaine de revues scientifiques », comme le rappellera Lynn Margulis..
Finalement accepté par , il est aujourd'hui considéré comme un repère dans la théorie endosymbiotique moderne. Bien que cette théorie s'inspire fortement des idées émises auparavant par des scientifiques du milieu du ainsi que par Constantin Merejkovski (1905) et (1920) au début du , la formulation de la théorie de Margulis est la première à reposer sur des observations microbiologiques directes (contrairement aux observations paléontologiques ou zoologiques sur lesquelles reposaient auparavant les nouveaux travaux en biologie évolutive). Bien que constamment critiquée pour cette idée pendant des années, Margulis, reconnue pour sa ténacité, persista dans cette voie malgré l'opposition à laquelle elle dut faire face à cette époque.
Le thème sous-jacent de cette théorie endosymbiotique, comme formulée en 1966, était l'interdépendance et la coopération de multiples organismes procaryotes : un organisme en phagocytant un autre, les deux survivant et évoluant durant des millions d'années au sein de cellules eucaryotes. Son livre, Origin of Eukaryotic Cells, discute en détail de ces travaux préparatifs concernant sa théorie de l'apparition des organites. Actuellement, la théorie endosymbiotique est reconnue comme l'explication de l'apparition de certains organites et elle est largement acceptée par les principaux courants scientifiques. Cette théorie fut confortée par des résultats obtenus dans les années 1980, lorsqu'il fut révélé que le matériel génétique des mitochondries et des chloroplastes était très différent de l'ADN nucléaire des cellules hôtes ..
En 1995, l'éminent biologiste de l'évolution Richard Dawkins affirma à propos de Lynn Margulis et de son travail :
L'interaction symbiotique dans l'évolution Elle formule par la suite une théorie expliquant comment les interactions symbiotiques entre organismes provenant souvent de différents phyla ou règne sont le moteur de l'évolution : les modifications génétiques proviennent principalement du transfert horizontal de matériels génétiques entre bactéries ou virus et cellules eucaryotes. Tandis que ses idées sur l'origine des organites sont largement acceptées, celles sur les interactions symbiotiques comme origine d'introduction des modifications génétiques sont considérées comme des idées marginales.
Sa théorie, fondée quasi exclusivement sur la coopération entre organismes, s'oppose à la vision négative de l'histoire de la vie portée par le néo-darwinisme (« la vie est une guerre universelle »), mouvement dont elle pense que l'histoire le jugerait finalement comme « une secte religieuse mineure du au sein de la persuasion religieuse tentaculaire de la biologie anglo-saxonne »Mann, C. (1991) Lynn Margulis: Science's Unruly Earth Mother, Science, 252, 378-381.. Elle estime que les partisans de la théorie standard Elle s'oppose ainsi aux visions évolutionnistes de la compétition orientée, soulignant l'importance des interactions symbiotiques ou coopératives entre espèces.
Classification taxonomique du vivant En 1968, elle propose un système à quatre règnes fondé sur le modèle d'Herbert Copeland. À la différence de Copeland, le règne Protoctista de Margulis incluait les algues vertes, qu’elle ne considérait pas comme des plantes Lynn Margulis, "", Science, Vol.161, No.3845, September 6, 1968, . ..
En 1971, elle adopte le système à cinq règnes proposé par Robert Harding Whittaker. Toutefois, le règne Protista de Margulis différait de celui de Whittaker en ce qu’il contenait toutes les algues eucaryotes (incluant les algues vertes, brunes et rouges), limitant les plantes aux seules embryophytes Lynn Margulis, "", , Vol.25, No.1, March 1971, . ..
En 1974, elle propose le rang taxinomique de super-règne Prokaryota pour les procaryotes et Eukaryota pour les eucaryotes Lynn Margulis, « », in Robert C. King (ed.), Handbook of genetics, Vol.1 : Bacteria, bacteriophages and viruses, Plenum Press, New York, 1974, ..
En 1978, elle recherche un compromis avec Whittaker dans la classification entre les protistes et les protoctistes en retenant un règne Protista étendu (incluant les algues vertes, les oomycètes et les myxomycètes mais excluant les algues rouges et brunes) Robert Harding Whittaker & Lynn Margulis, « Protist classification and the kingdoms of organisms », Biosystems, Vol.10, No.1-2, April 1978, . .. Whittaker et Margulis s'accordent sur une classification des organismes suivant deux super-règnes et cinq règnes : le super-règne Prokaryota avec un seul règne I. Monera et le super-règne Eukaryota contenant les quatre autres règnes II. Protista ou Protoctista, III. Animalia, IV. Fungi et V. Plantae.
Dans les trois éditions de Five Kingdoms (1982, 1988, 1998), écrites avec la biologiste américaine Karlene V. Schwartz, elle élabore une classification du vivant en cinq règnes : animaux, végétaux (plantes), bactéries (procaryotes), champignons et protoctistes. Elle émet des réserves concernant le règne des protistes établi selon Whittaker et réunit les micro-organismes eucaryotes unicellulaires avec leurs descendants multicellulaires en tant que protoctistes, modifiant le schéma à cinq règnes de Whittaker. Le règne Protoctista a d'ailleurs été fortement préconisé par Margulis auprès de la communauté des protistologistes dans un manuel (1990) et un glossaire (1993) comme l'un des « cinq règnes » qu'elle a popularisé.
Elle vulgarise une version intitulée Diversity of Life sous forme de guide illustré à destination du jeune public en 1992 et des étudiants et des professeurs en 1999.
La microbiologiste discute le bien-fondé de l'approche à trois domaines de Carl Woese pour la classification du vivant Lynn Margulis & Ricardo Guerrero, "Kingdoms in turmoil", New Scientist, Vol.129, No.1761, March 23, 1991, . .. Elle s'oppose à l'abandon du terme « procaryote » qu'elle considère toujours valide au regard des avancées de la biologie Michael F. Dolan & Lynn Margulis, "Advances in biology reveal truth about Prokaryotes", Nature, Vol.445, January 4, 2007, . ..
Dans l'ouvrage qui devait être la quatrième édition de Five Kingdoms, les biologistes Margulis et Chapman (2009) Lynn Margulis & Michael J. Chapman, Kingdoms & Domains : An Illustrated Guide to the Phyla of Life on Earth, Academic Press, Boston, 2009, 731 p. . proposent une classification taxonomique du vivant où le domaine est une division du règne et dont l'articulation entre taxons se résume ainsi : Super-règne Prokarya Règne Bacteria Domaine Archaea Domaine Eubacteria Super-règne Eukarya Règne Protoctista (Hogg 1860) Règne Animalia Règne Fungi Règne Plantae
Controverses En 2009, Lynn Margulis est l'un des sept auteurs de l'article indiquant qu' Elle fera valoir plus tard qu' et que les symptômes du SIDA à ceux de la syphilis.. cita son article de 2009 comme un exemple de la contestation du sida . et soutiendra que Il fera aussi remarquer sa prise de position en tant que ..
Toujours en 2009, via le processus des , elle permet, en tant que membre de l'Académie des sciences, la publication au sein des Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) d'un article de rejetant Voir sur pnas.org "Caterpillars evolved from onychophorans by hybridogenesis", PNAS (2009). , Scientific American Online.. L'article de Williamson provoque une réponse immédiate de la communauté scientifique, comprenant un contre article dans PNAS "Caterpillars did not evolve from onychophorans by hybridogenesis", PNAS (2009).. Conrad Labandeira du National Museum of Natural History écrit :
Mais le biologiste en développement de l'insecte de l'université Duke, Fred Nijhout, affirme que l'article était plus adapté pour le .. En septembre, il est annoncé que PNAS abandonnera les communicated submissions en , PNAS indiquant que cette décision n'a rien à voir avec la controverse Williamson.
Reconnaissance professionnelle Élue membre de l'Académie nationale des sciences (biologie de l'évolution) en 1983. Guest Hagey Lecturer, University of Waterloo, 1985 Guest Lecturers. Intronisation à la ., la Russian Academy of Natural Sciences et l'American Academy of Arts and Sciences.. Archivage permanent de ses articles dans la Bibliothèque du Congrès à Washington, DC. Lauréate du en 1999. Lauréate de la National Medal of Science remise par Bill Clinton. Décrite dans Visionaries: The 20th Century's 100 Most Important Inspirational Leaders, publié en 2007. Fondateur de Sciencewriters Books en 2006 avec son fils Dorion.. Lauréate parmi 13 scientifiques de la médaille Darwin-Wallace en 2008, jusqu'ici décernée tous les 50 ans, par la Société linnéenne de Londres. Intervenante au , tenue à l'université pontificale grégorienne à Rome, ayant pour objectif de promouvoir le dialogue entre la biologie de l'évolution et la chrétienté en 2009.