d'Aragon (né dans le val d'Hecho, vers 1068 – mort dans le val d'Aran, le ), également appelé Pedro Sánchez, est roi d'Aragon et de Pampelune de 1094 à sa mort en 1104. Fils aîné du roi et de sa première épouse Isabelle d'Urgell, succède à son père sur le trône des deux royaumes d'Aragon et de Pampelune.
poursuit l'œuvre de son père et fait la guerre contre les musulmans durant la majeure partie de son règne. Il affronta les Almoravides à plusieurs reprises. Il s'allie avec le célèbre Rodrigo Díaz de Vivar, connu comme « le Cid », lors de la conquête du royaume de Valence par ce dernier.
En Corse et Sardaigne, il repousse les Maures autour de 1096. La croix de saint Georges, son saint patron, ainsi que quatre têtes de Maures, ornent aujourd'hui le drapeau sarde.
Biographie
Jeunesse
Pierre est le fils aîné de , roi d'Aragon et de Pampelune, et de sa première épouse, Isabelle d'Urgell, fille du comte d'Urgell . Il naît aux alentours de 1068, certainement à Siresa, dans le val d'Hecho. Il reçoit le nom de « Pierre » en l'honneur de saint Pierre, pour qui son père avait une dévotion particulière.
Son oncle, , le place dans son testament comme héritier au cas où ses propres fils et frères mourraient. En 1085, à l'âge de 16 ou 17 ans, Pierre reçoit la Sobrarbe et la Ribagorce de son père afin de s'exercer aux tâches de gouvernementManuel Iglesias Costa, Historia del condado de Ribagorza, Instituto de Estudios Altoaragoneses, Diputación de Huesca, Huesca, 2001, p. 147., avec le titre de rexAdela Rubio Calatayud, « . - Los Ramírez », Breve Historia de los Reyes de Aragón, éd. Delsan, Saragosse, 2004, p. 23.. Pierre mène une politique proche de son père, en qualité d'héritier de la couronne. En , il épouse à la demande de son père Agnès d'Aquitaine, fille du duc d'Aquitaine , à Jaca. Elle lui donne dans l'année un fils, Pierre, puis plus tard, une fille, Agnès« », Gran Enciclopedia Aragonesa, mis à jour le 27 septembre 2006.. Le , il rejoint son père à Pampelune afin de confirmer les droits des évêques de la ville.
Il place sa capitale à Graus, conquise en 1083 par , et poursuit la lutte contre les musulmans : il combat aux côtés d' à la bataille de Sagrajas en 1086, conquiert Estada en 1087, Montearagón en 1088 et Monzón le « d'Aragó », Gran Enciclopèdia Catalana, consulté le 12 décembre 2012. : ces conquêtes lui ouvrent la vallée du Cinca, ce qui lui permet de menacer Almenar, dont il s'empare en 1093.
Le , il succède à son père, mort à Montearagón en faisant le siège de Huesca, comme roi d'Aragon, de Sobrarbe, de Ribagorce et de Navarre. décide alors de lever le siège. En 1095, il renouvelle le vœu de son père et répète sa fidélité au pape , qui renouvelle sa promesse de protection en retour. Le , le pape publie la bulle Cum universis sancte par laquelle il garantit au roi et à la reine d'Aragon de ne pas pouvoir être excommuniés sans l'autorisation du pape.
Règne
250px|vignette|gauche|Les possessions et les conquêtes de .
250px|vignette|gauche| reçoit un bouclier frappé de la croix de saint George (retable de saint George de l'église de la Merci à Téruel, par Jerónimo Martínez, 1524). D'après la légende, le saint serait apparu sur le champ de bataille à Alcoraz. Les têtes de quatre musulmans décapités trouvées sur le champ de bataille et ajoutées à la croix afin de former la , toujours présentes dans les armoiries de l'Aragon.
La conquête de Huesca
reprend l'offensive contre les musulmans : en 1095, il occupe Naval et , qui lui ouvrent la route de Barbastro et de Huesca. L'année suivante, il se tourne vers Huesca, qu'il assiège depuis sa base de Montearagón. Des forces venues de Saraqusta sous le commandement d' pour soutenir la garnison musulmane de Huesca sont défaites le à la bataille d'Alcoraz. C'est à partir de cette victoire que naît la croyance populaire qui veut que saint Georges étende sa protection sur le royaume d'Aragon. La ville de Huesca tombe entre ses mains peu de temps après, le . La ville devient la nouvelle capitale du royaume. C'est d'ailleurs là qu'est célébré quelques années plus tard son mariage avec Berthe, issue certainement de la noblesse lombarde, le .
L'alliance avec le Cid
En 1094, conclut un pacte avec Rodrigo Díaz de Vivar, connu comme le « Cid », à Borriana. Grâce à ce nouvel allié, il contrôle des territoires importants, jusqu'à Culla, Oropesa, Miravet, Montornés del Vallés et Castellón de la PlanaPierre Guichard, Al-Ándalus frente a la conquista cristiana, Université de Valence et Biblioteca Nueva, 2001, p. 82.. En , comme « roi d'Aragon, de Pampelune, de Sobrarbe, de Ribagorce, de Culla, d'Oropesa et de Castellón », il concède à son « cid Muño Muñoz », qui tient déjà Castellón, le château d'Azafaz et la ville d'OvaFrancisco Juan Hernández, « En la prehistoria de la materia épica cidiana: el Cid no era el Cid », Revista de Filología Española, , 2, Madrid, juillet-décembre 2009, pp. 257-278..
En 1096, voyage vers le sud pour rencontrer Rodrigo Díaz de Vivar à Valence, et l'accompagne à , où le fort qui protège la frontière méridionale du royaume de Valence a été reconstruit. Alors qu'ils passent devant Xàtiva, ils sont attaqués par Mohammed, un neveu de l'émir almoravide Youssef Ibn Tachfin, mais ils l'évitent et rebroussent chemin vers Valence. Ils sont cependant obligés au combat à Bairén : une flotte musulmane les assaille de flèches enflammées depuis la mer, tandis que la cavalerie de Mohammed tient le haut de la colline : une charge des Valenciens et des Aragonais leur permet de se dégager et de battre leur adversaire. Rodrigo et rentrent triomphalement à Valence.
La reprise de la lutte contre les Almoravides
En 1100, il reprend ses opérations dans la vallée de l'Èbre, et conquiert Barbastro, soumise à un siège étroit depuis 1099, puis Sariñena. Il semble que l'année suivante il ait prévu de s'engager dans l'armée de la première croisade qui doit se rendre à Jérusalem. Sur la requête des moines de l'abbaye Saint-Jean de la Peña, le pape le lui interdit et l'engage à reprendre Saragosse. Effectivement, , désigné dans les chroniques comme « croisé » (crucifer) combat contre Saragosse en 1101 avec l'aide de chevaliers du royaume de France et des comtés catalans. Au mois de juin, il parvient sous les murs de la ville et la soumet à un siège. Il construit une forteresse à (déformation du cri de guerre des premiers croisés, « Deus lo volt ») et fait entourer la ville de bannières portant la croix. Son armée, en particulier la cavalerie, se révèle cependant insuffisante, et il doit lever le siège.
subit d'ailleurs plusieurs revers. En 1103, lorsque les Almoravides reconquièrent le royaume de Valence, il perd toutes ses possessions méridionales. Les musulmans commencent même à menacer le cœur de son royaume. Il cherche à reprendre l'offensive : il obtient Peralta de Calasanz, qu'il dispute à son parent , le comte d'Urgell, puis occupe Piracés. Mais en 1104, il assiège Tamarite de Litera et Saragosse, sans parvenir à les soumettre. À la fin de l'année, il se dirige vers le val d'Aran. vignette|Le royaume d'Aragon de 1085 à 1115.
La réforme de l'administration
250px|gauche|vignette|Souscription de : † رشم بيطره ابن شانجه †. Translittération : <ršm byṭrh ˀbn šˀnǧh>. Transcription phonétique en arabe dialectal andalou : ráš(a)m Péṭro (a)ben Šánǧo/. Traduction : « Signature de Pierre, fils de Sanche ».
En 1099, avant même la chute de Barbastro, envoie Pons, évêque de Roda, demander au pape à Rome le transfert du siège épiscopal de Roda à Barbastro. Le pape, , approuve le transfert et agrandit le diocèse de toutes les anciens territoires du diocèse de Lérida qui ont été reconquis. L'ambition de était certainement de mettre fin à l'expansion du diocèse d'Urgell en direction de Lérida.
s'efforce de favoriser le repeuplement des territoires qu'il conquiert. Pour cela, il accorde des privilèges aux villes les plus importantes du royaume, sur le modèle du . Il les concède à Barbastro en 1100, Caparroso et Santacara en 1102. Cette dernière ville est repeuplée avec des Gascons, dont l'influence dans les coutumes de la ville est notable. Les habitants sont requis pour combattre durant les campagnes militaires locales et la défense des châteaux, mais sont exemptés du service d'ost. En 1104, il exempte les chevaliers de Barbastro et de Santa Cristina de Somport du service de cavalcade.
En 1104, institue le for des infançons des royaumes d'Aragon et de Navarre, qui détermine les droits et obligations de ces militaires de la basse noblesse. Il les dispense en particulier de l'obligation de service de trois jours par an.
Mort et succession
Les deux enfants de , Pierre et Agnès, meurent en 1103 et 1104 successivement. Ils sont enterrés dans l'abbaye Saint-Jean de la Peña le . ne leur survit pas longtemps : il meurt lui-même le , dans le val d'Aran. Il est enterré aux côtés de ses enfants.
C'est son demi-frère, Alphonse, qui hérita des royaumes d'Aragon et de Navarre. À la suite de la mort de ce dernier, lui aussi sans héritier, leur frère Ramire fut appelé à régner : il donna à sa fille le nom de « Pétronille », forme féminine de « Pierre », nom qui entra dans le groupe des noms favoris de la famille royale aragonaise.
Famille
épouse en premières noces Agnès d'Aquitaine, fille du duc d'Aquitaine , à Jaca en 1086. Le couple a deux enfants, qui meurent avant leur père :
Pierre d'Aragon (vers 1086-1104), peut-être marié à , fille du CidAntonio Ubieto Arteta, Creación y desarrollo de la Corona de Aragón, , Historia de Aragón, Saragosse, 1987, p. 64-65. ; Agnès d'Aragon, (morte en 1103).
Il convole en secondes noces le à Huesca avec Berthe dite d'Aragon, mais le mariage reste sans descendance.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Pierre Guichard, Al-Ándalus frente a la conquista cristiana, Université de Valence et Biblioteca Nueva, 2001 . Manuel Iglesias Costa, Historia del condado de Ribagorza, Instituto de Estudios Altoaragoneses, Diputación de Huesca, Huesca, 2001 . Francisco Juan Hernández, « En la prehistoria de la materia épica cidiana: el Cid no era el Cid », Revista de Filología Española, , 2, Madrid, juillet-, pp. 257-278 . Antonio Ubieto Arteta, La formación territorial, , Historia de Aragón, Saragosse, 1981 . Antonio Ubieto Arteta, Creación y desarrollo de la Corona de Aragón, , Historia de Aragón, Saragosse, 1987 .
Liens externes « », Gran Enciclopedia Aragonesa, mis à jour le . « d'Aragó », Gran Enciclopèdia Catalana, consulté le .
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