Lee Miller, de son vrai nom Elizabeth Miller, née le à Poughkeepsie dans l'État de New York aux États-Unis et morte le à Chiddingly dans le Sussex de l'Est au Royaume-Uni, est une photographe de mode puis reporter de guerre américaine. Au départ mannequin, puis figure du surréalisme, elle documente en 1945 la découverte des camps d'extermination de Dachau et Buchenwald, reportages photographiques publiés sous le titre « Believe it » (« Croyez-le ») dans Vogue en juin 1945.

Biographie Famille et jeunesse Née dans une famille protestante, privilégiée et cultivée aux opinions progressistes, Elizabeth Miller est élevée à égalité avec ses frères. Son père est ingénieur et photographe amateur ; à l'adolescence, elle est photographiée nue par ce dernier. Elle est marquée par un viol subi à sept ans et par une maladie sexuellement transmissible qui s'ensuit..Grande Traversée : Lee Miller, une combattante, podcasts et émissions de Judith Perrignon, 2022, 5 x 58 min, France Culture, cinquième partie.. Autre drame : alors qu'elle est adolescente, son petit ami se noie devant elle lors d'une promenade en barque..

Études et débuts de mannequin Elle entreprend en 1925 des études de théâtre et d'arts plastiques à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, puis à New York à partir de 1927. Dans cette ville, elle est repérée par hasard par , le fondateur du magazine Vogue, dont elle ne tarde pas à faire la couvertureTeresa Griffiths, « Lee Miller - Mannequin et photographe de guerre », Arte, 2020. dès le mois de mars ; elle pose alors pour les photographes de mode de Vogue tels Edward Steichen ou George Hoyningen-Huene« Lee Miller, personnage fascinant et essentiel », artsphalte.com, consulté le 31 juillet 2022., dont elle devient l'assistante à ParisCat Lee Miller, 2026, p. 232..

Rencontre avec Man Ray En 1929, Lee Miller quitte l'Amérique pour Paris et fait la connaissance de Man Ray, de dix-sept ans son aîné, dont elle devient à la fois la muse, la maîtresse et l'assistante. En parallèle, elle poursuit sa carrière dans le mannequinat. Elle photographie les opérations chirurgicales de l'école de médecine de Paris.

Elle crée en 1930 son propre studio photographique et reprend notamment des commandes du monde de la modeInès Boittiaux, « Rencontres d'Arles : Lee Miller, des studios de Vogue aux camps de la mort », Beaux Arts Magazine, 6 novembre 2022. que Man Ray n'est plus en mesure d'honorer. Ainsi, à cette époque, des images signées Man Ray sont en fait l’œuvre de Miller. Avec Man Ray, elle redécouvre la technique photographique de la solarisationVoir la section : « En photographie » de l'article consacré à la solarisation en physique..

En septembre, sa première photographie est publiée par Vogue Paris, puis Vogue Londres et Vogue New York.

Elle participe au mouvement surréaliste en produisant des images pleines d'esprit et d'humour. À cette époque, elle se lie d'amitié avec Paul Éluard, Pablo Picasso et Jean Cocteau. Ainsi elle interprète le rôle de la statue dans le film de Jean Cocteau Le Sang d'un poète. Dotée d'un physique exceptionnel, elle déclare néanmoins :

New York En raison de la jalousie possessive de Man Ray, Lee Miller le quitte ; la rupture est violente et elle repart à New York en 1932. où elle ouvre son propre studio, assistée d'Erik, le plus jeune de ses deux frèresErik Miller sera par la suite embauché comme photographe chez le constructeur aéronautique Lockheed Aircraft Corporation.Katherine Slusher, Lee Miller, Roland Penrose: The Green Memories of Desire, Prestel, 2007, page 95.. Ses portraits de Charlie Chaplin sont remarquésPubliés dans Pour Vous, le 14 avril 1932 à Paris.. Après une série d'expositions collectives prestigieuses en France et aux États-Unis, la galerie Julien Levy organise sa première exposition personnelle à New YorkInaugurée le 20 décembre 1932 jusqu'au 25 janvier 1933, in Cat Lee Miller, 2026, p. 235.. Considérée comme une des plus remarquables photographes de son tempsIn Cat Lee Miller, 2026, p. 236., elle publie une série de reportages pour Harper's Bazaar.

En 1934, elle épouse Aziz Eloui Bey, un riche homme d'affaires égyptien qu'elle connaît depuis 1931. Ils s'installent au Caire. Elle photographie alors le désert et des sites archéologiques, et produit une photo connue, Portrait of Space. La vie au Caire la lasse et ses amis surréalistes lui manquent : elle repart pour Paris durant l'été 1937.

Elle retrouve Man Ray et Ady Fidelin, Paul et Nusch Eluard, Eileen Agar et Joseph Bard, Max Ernst et Leonora Carrington, Henry Moore et Irina Radetsky, Paul Delvaux et René Magritte. À cette époque, elle photographie Pablo Picasso en Minotaure. Elle réalise environ mille portraitsÀ lire sur nationalgalleries.org. de lui au long de sa vie, signe de leur profonde amitié. Picasso la peint en Arlésienne ; elle devient un modèle pour le peintre, qui réalise six portraits d'elleWilliam Rubin (sous la dir. de) Picasso et le portrait, coédition Réunion des musées nationaux et Flammarion, Paris, 1996, et 86 .. A l'été 1937, le groupe d'amis se retrouve à l'Hôtel Vaste Horizon de Mougins. Dans cet Eden, les amis partagent sexe et créativité surréaliste photographié par Man Ray, Dora Maar et Lee Miller dont témoigne sa célèbre photographie "Pique-nique (Adrienne Fidelin, Man Ray, Roland Penrose, Paul et Nusch Éluard), île Sainte-Marguerite, Cannes. 1937."Anna Thomasson, A Vast Horizon, Artists and lovers, Freedom and War, Pegasus Book, Londres, 2026.

Lors de ce voyage en France, elle fait la connaissance de l'écrivain surréaliste et peintre britannique Roland Penrose.

Correspondante de guerre pour Vogue En 1940, Lee Miller vit avec Roland Penrose. Elle travaille à Londres pour le Vogue britannique, fournissant photos de mode et de multiples portraits, tout en documentant des images du Blitz. En février 1942, elle noue une relation amoureuse avec David E. Scherman, correspondant de guerre pour Life magazine, de 9 ans son cadet.

Elle est accréditée par l'US Army, le 30 décembre 1942. En 1943, Vogue publie son premier article de guerre, « American Army Nurses », puis ses premières photographies couleurs en 1943.

En juillet 1944, elle devient correspondante de guerre dans l'armée américaine accréditée sur les zones de combat. Mandatée par Audrey Withers, ses comptes-rendus et photographies sont publiés dans le magazine américain et dans son édition britannique...

De 1944 à 1946, en équipe avec Scherman, elle suit la 83 division depuis le débarquement en France (en elle est à Saint-Malo pendant le siège et la libération de la ville., puis elle rejoint Paris et photographie ses amis artistes, début 1945 à Colmar), un périple qui va la mener jusqu'en Roumanie, en passant par l'Allemagne, l'Autriche ou la Hongrie.

Lee Miller témoigne, par l'image, ainsi que par le texte puisqu'elle commente ses photographies, de la vie quotidienne des soldats. Après être passée par les Pays-Bas, elle découvre en . les camps de concentration de Buchenwald et de Dachau. Ses photographies, dont celle de deux soldats ouvrant en pleine clarté la porte d’un wagon rempli de cadavres entassés, sont les premières à révéler l'horreur des camps. Il lui faudra écrire à Vogue et certifier que les clichés sont authentiques, pour que le magazine les publieA.-J. Bizimana, « de la libération d'Auschwitz - Comment la presse a découvert l'Holocauste », dans Le Devoir du 27 janvier 2005. deux mois plus tard : est-elle obligée d'indiquer à la rédaction du magazine ; l'article de Vogue portera d'ailleurs le titre de avec sept pages rien que pour ses photos. précisera bien plus tard Edna Woolman Chase, alors rédactrice en chef.

Elle arrive à Munich et s'installe pendant quelques jours avec Scherman, dans l'appartement privé d'Hitler au 16, Prinzregentenplatz. Le jour même de leur arrivée dans les lieux, le , le Führer se suicide dans son bunker à Berlin. Durant leur séjour, Scherman prendra d'elle l'une de ses plus célèbres photos, un bain dans la baignoire personnelle du dictateur, un portrait de ce dernier à ses côtés« L'étonnante histoire d'une séance photo dans la baignoire d'Hitler pour le magazine Vogue », slate.fr, 2 avril 2013.On pourra voir ce célèbre cliché ainsi qu'une de ses variantes, assortis d'anecdotes et de commentaires de Lee Miller, ici : .Et on verra ici, en plus de ces photos, un cliché de Lee Miller découvrant, le visage écœuré et peu de temps avant cette séance dans l'appartement d'Hitler récemment suicidé, les horreurs du camp de concentration de Dachau : .Commentaire de l'auteur de l'article (traduit par nos soins) : . Lee Miller, pour sa part, photographie Scherman, nu dans la baignoire à son tour.

Elle assiste à l'incendie du Berghof et ne rentre pas chez elle à la fin de la guerre : l'association de somnifère, d'alcool et d'amphétamine la pousse dans l'errance en Europe centrale (Autriche, Hongrie) jusqu'en , où elle photographie la dévastation. Puis elle retourne à Londres.

Max Ernst et Picasso En 1946, Miller et Penrose rendent visite à Max Ernst et son épouse, l'artiste Dorothea Tanning, en Arizona. Ils se marient en 1947, en Angleterre, et ont un fils, Anthony, la même année.

Après la naissance d'Anthony, Miller pratique son métier de photographe par . De 1948 à 1973, elle poursuit son travail pour Vogue et ses photos illustrent les ouvrages de Penrose sur Pablo Picasso et Antoni Tàpies. Ses photographies sont présentées régulièrement dans différentes expositions, en particulier à New York.

En 1949, le couple s'installe en famille à , dans le village de Chiddingly (Sussex de l'Est, Angleterre), tout en consacrant du temps à de longs séjours à Paris et en France.

En appui de son mari, elle conseille l'ICA (Institute of Contemporary Arts) fondé en 1946In Cat Lee Miller, 2026, p. 216., pour lequel elle participe et organise différentes expositions, en particulier « Picasso, Drawings and Watercolors, since 1933 » en novembre 1950, puis « Wonder and Horror of the Human Head » en 1953.

Miller s'intéresse également à la gastronomie, remportant des concours culinaires et laissant un manuscrit de recettes, The Entertainement Freezer. Elle pose alors en cuisinière en tablier blanc, mère de famille pour Cecil Beaton ou Man Ray dont les photographies sont publiées, entre autres, par Vogue.

Fin de vie Minée par un passé d’abus sexuels et un syndrome post-traumatique, Miller sombre dans l’alcool et la dépression. Elle meurt chez elle, à Chiddingly, d'un cancer du poumon le à l’âge de 70 ans..

Postérité Lee Miller laisse, après sa mort, dans des cartons entreposés à Chiddingly. Son œuvre photographique et journalistique est redécouverte dans les années 1990 et ses archives sont inventoriées.

Son fils, Anthony Penrose, a fondé les archives Lee Miller dans le Sussex et a publié plusieurs livres sur la vie et l'œuvre de sa mère, dont Lee Miller. Saint-Malo assiégée.

Au cinéma Lee Miller (2023), film biographique réalisé par Ellen Kuras. Son personnage est joué par Kate Winslet.

Filmographie (actrice) 1930 : Autoportrait ou Ce qui manque à nous tous (court métrage) de Man Ray : la femme 1932 : Le Sang d'un poète de Jean Cocteau : la statue

Publications

Lee Miller. Saint-Malo assiégée, traduit de l'anglais par Hélène Amalric, préface d'Anthony Penrose, Paris, Hazan, , 2024

Expositions 1932-1933 : première exposition personnelle à la galerie Julien Levy, New York 2007-2008 – . : « The Art of Lee Miller », Victoria and Albert Museum, Londres. 2008-2009 – . : « L'art de Lee Miller », Galerie nationale du Jeu de paume, Paris. 2011 – . : Centre national de l'audiovisuel, Dudelange, Luxembourg 2015 – . : Albertina, Vienne 2015-2016 – . : exposition sur le travail de Lee Miller durant la Seconde Guerre mondiale, Imperial War Museum, Londres 2022 – . : « Femmes photographes de guerre », musée de la Libération de Paris - musée du Général Leclerc - musée Jean-Moulin, Paris.