Jacqueline de Chevigny, plus connue sous son nom en religion sœur Jeanne d'Arc, , est née à Nancy (Meurthe-et-Moselle) le et morte le .. à Coubon (Haute-Loire) et inhumée à Colmey (Meurthe-et-Moselle).
Religieuse dominicaine, bibliste reconnue, collaboratrice de l'école biblique de Jérusalem dans ses locaux parisiens du Sacré-Cœur de Montmartre, elle donne, malgré une polyarthrite évolutive, parallèlement à ses travaux bibliques, de nombreuses sessions de formation pour religieuses dans le domaine des sciences et des langues bibliques dans la période charnière pré et post Vatican II.
Elle est notamment l'auteure d'une concordance du Nouveau Testament, novatrice dans sa présentation, et d'une édition bilingue de chaque évangile dans la collection Guillaume Budé.
Biographie Entrée chez les dominicaines des Tourelles à Montpellier le , elle reçoit une formation approfondie en théologie et philosophie : les Tourelles sont une des rares congrégations de l'époque à proposer un tel enseignement à des femmes.. Elle y fait profession le sous le nom en religion de sœur Jeanne d'Arc.
En 1949 elle est désignée pour rejoindre le couvent de l’Épiphanie (Soisy-sur-Seine) ouvert par sa congrégation en 1947. Tout en poursuivant ses travaux d’exégète et de théologienne, elle y anime de nombreuses sessions pour partager sa connaissance intime de la Bible avec des laïcs et répond à l'invitation de plusieurs communautés religieuses pour des formations. Elle accomplit pour cela 56 voyages à l'étranger.
Sa formation d'exégète, pour partie en autodidacte, et sa pratique du latin, de l'hébreu, du grec ancien et biblique dont elle devient une spécialiste lui ouvrent les portes du comité de révision de la Bible de Jérusalem dont elle est l'unique membre féminin pour l'édition en un seul volume de 1955. Ses travaux de traduction se poursuivent ensuite quand elle devient membre actif du groupe d'exégètes dont s'entoure André Chouraqui pour sa traduction du Nouveau Testament de la Bible publiée par Desclée de Brouwer en 1987 et sa traduction grec-français des évangiles.
Dès avant Vatican II, elle cherche à rendre accessible à tous, dans une langue claire et proche du texte d'origine, les textes bibliques. En ce sens elle est une des pionnières, dans la lignée d'Yves Congar avec qui elle a collaboré, de l'accessibilité des textes bibliques pour tous avec un retour aux sources dans un esprit œcuménique. Cette ambition, qui répondait à l'encyclique de Pie XII Divino afflante Spiritu (1943), aboutit à la promulgation de Dei Verbum par le Concile Vatican II. Son goût éclectique pour la poésie (de Victor Hugo et Charles Baudelaire à Paul Claudel et Saint-John Perse) et son style concis transparaissent à la lecture de ses livres.. À la suite de son exclaustration pour raison de santé, elle est accueillie par sa sœur à Coubon le , dans des conditions de travail qui lui permettent de mener à bien sa traduction du grec-français des Évangiles.
Ses deux œuvres principales, fruits d'un travail continu d’exégèse et de traduction, sont la Concordance du nouveau testament, ouvrage collectif dont elle assure la direction et la traduction juxtalinéaire des Évangiles directement du grec des Évangiles en français. L'originalité de cette concordance est, en s'appuyant sur une sérieuse méthodologie scientifique, de dépasser les rapprochements des mots grecs et hébreux comme cela avait été déjà fait plusieurs fois depuis le Moyen Âge pour accéder aux concepts, au . permettant l'accès de la théologie du Nouveau Testament à un public plus large que les seuls biblistes. La traduction juxtalinéaire des Évangiles directement du grec des Évangiles en français a pour objectif de donner une traduction littérale du grec qui restitue l’Évangile dans toute sa pureté, à un rythme apprenable et récitableCitation de "lettres à ses amis" de Sœur Jeanne d'Arc de décembre 1978 in Cette traduction des évangiles du grec vers le français est novatrice ; jusqu’alors les traductions françaises étaient des traductions de la vulgate en latin, elle-même traduite du grec par saint Jérôme entre 390 et 405, donc une traduction de traduction ; elle était la seule source reconnue officiellement par l’église catholique jusqu’à Pie XII; depuis le renouveau biblique plusieurs traductions du grec sont disponibles.. Saluée par la critique de biblistes de tous bords, cette traduction est couronnée en 1989 par le prix Biguet de l'Académie française.. Sa traduction de 1987 de la septième demande du Notre Père : « Ne nous fais pas entrer dans l’épreuve, mais libère nous du Mauvais » est proche de la traduction liturgique officielle de la Bible de 2013. à l'origine de la version récitée en vigueur depuis le .
La douleur et le handicap progressif liés à sa maladie depuis l’adolescence la conduisent à développer des techniques respiratoires et de maîtrise du corps qu’elle utilise pour elle-même et dans la pédagogie de ses sessions. La souffrance et la paralysie qui l’ont rendue dépendante physiquement les dix dernières années de sa vie nourrissent pendant cette période sa réflexion spirituelle, théologique et sa prière, avec comme thèmes principaux la pauvreté et la résurrection ; contrairement à d’autres mystiques, pour elle, le corps garde une place centrale...
Sa vie et son action, rythmées par la Lectio divina au centre de sa pratique et de sa pédagogieLa Lectio divina est une démarche de lecture et de prière soit individuelle soit communautaire ; elle est exposée pour les chrétiens par Origène, elle peut être détaillée en quatre étapes, LECTURE lente, répétée, rumination du texte, MEDITATION, réflexion, compréhension du texte à plusieurs niveaux, PRIERE, ouverture de son cœur et début d’une conversation avec Dieu, CONTEMPLATION, écoute de Dieu et ouverture à son influence sur notre vie. Cette pratique au cœur de la vie monastique depuis le a été promue dans la réforme protestante, sa pratique a été élargie à tous et encouragée dans l’Église catholique par le renouveau biblique pré et post conciliaire (Vatican 2)., se résument en quatre axes : Appropriation et partage des textes bibliques en tant qu'exégète et traductrice de la bible Méditation et prière dont elle développe une pédagogie en tant que théologienne dans des articles, des livres et des colloques Contemplation en lien avec sa vie de religieuse à laquelle elle reste attachée jusqu'à la fin malgré les épreuves Lutte pour la place des femmes, en particulier dans les communautés religieuses pour lesquelles elle préconise l'accès direct aux sciences et aux textes bibliques. C'est à ces titres qu'elle est considérée comme une personnalité exceptionnelle de cette période charnière pré et post conciliaire. La maladie l'empêche d'achever son œuvre, les notes pour la rédaction de la concordance de l'ancien testament étaient prêtes.Ces notes n’ont pas débouché sur une publication papier ou sur la toile comme elle le souhaitait ; une des raisons probables est la guerre éditoriale commerciale et concurrentielle dans laquelle sont impliqués les bénédictins de Maredsous à qui ses notes avaient été confiées, voir l’article du monde du 24 avril 1988 cité en référence. Ces notes ont été rendues à sœur Jeanne d'Arc et sont actuellement aux archives de la bibliothèque du Saulchoir..
Ses archives sont déposées à la bibliothèque du Saulchoir.
Vingt ans après sa mort, ses traductions., ses livres et sa prière restent une référence pour une nouvelle génération..
Publications .
. . .
. . , une réédition de .
. Traduction juxtalinéaire des Évangiles, accompagnée de notes pédagogiques : . . . . . Les Évangiles - Les Quatre - Matthieu, Marc, Luc, Jean - Nouvelle traduction par sœur Jeanne d'Arc, , Desclée de Brouwer, , 1992. . Ré-édition des traductions françaises seules. . Chemins à travers la Bible - Ancien et Nouveau Testament, Desclée de Brouwer, Paris, 1993. .
Contributions à la collection « Problèmes de la religieuse d'aujourd'hui », Éditions du Cerf, 1952, La Chasteté, 1954, Formation doctrinale aujourd’hui. Nombreux articles dans La vie spirituelle, Éditions du Cerf, de 1952 à 1962 et dans Revue d'éthique et de théologie morale de 1963 à 1967. Plusieurs ouvrages ont été rendus indisponibles en raison de l'incendie des entrepôts des Éditions Desclée de Brouwer.
Écrits vignette|Le souper à Emmaüs. École du Caravage, Musée d'Histoire de l'art de Vienne Autriche. Nous vivons Emmaüs
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Bibliographie . . .
Articles connexes
Bible de Jérusalem Concordance
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