Des élections législatives, sénatoriales et provinciales se déroulent entre février et mai 1960 au Congo belge, actuelle république démocratique du Congo. Les élections précèdent de peu l'indépendance prise sur la Belgique le .

Les élections ont pour résultats des assemblées nationales et provinciales fortement fragmentées, les partis politiques s'établissant presque tous uniquement dans leurs fief électoraux. De ce morcellement, une coalition menée par le Mouvement national congolais de Patrice Lumumba parvient à réunir une majorité dans les deux chambres. Lumumba est ainsi nommé Premier Ministre et forme le premier gouvernement du Congo indépendant, tandis que Joseph Kasa-Vubu de l'Alliance des Bakongo en est élu le premier président par le parlement.

L'impréparation du pays à l'indépendance mène rapidement à la Crise congolaise. Des violences ethniques se propagent tandis que l'armée se mutine contre sa hiérarchie blanche, menant à la promotion rapide du Colonel Joseph-Désiré Mobutu au poste de chef d'état major et secrétaire d'État dans le gouvernement. Les tendances centrifuges de l'immense pays accentuées par les dirigeants des formations politiques provinciales en mal de poste gouvernementaux aboutissent à la sécession le de l'État du Katanga mené par Moïse Tshombe suivi début août par le Kasaï mené par Albert Kalonji, tous deux avec le soutien des occidentaux et des compagnies minières. Lumumba rompt les relations diplomatiques avec la Belgique et fait venir une mission de maintien de la paix de l'ONU sur le territoire congolais (MONUC)Le premier coup d’État de Mobutu Jeune Afrique.

La crise est aggravée par la rivalité entre Kasa-Vubu et Lumumba. La virulence de l'anti occidentalisme de ce dernier lui valent à l'époque des accusations de sympathie communistes, aggravée par sa méfiance envers les troupes Onusiennes qu'il suspecte de protéger les états sécessionnistes pro occidentaux, le secrétaire général des Nations unies Dag Hammarskjöld refusant de les attaquer en coopération avec l'armée congolaise. L'incident mène alors Lumumba à demander une assistance à l'Union soviétique , qui envoie des conseillers. La crise se transforme en impasse politique le lorsque Kasa-Vubu révoque Lumumba. Celui-ci réagit en déclarant la procédure anti constitutionnelle, et annonce en retour la déposition de Kasa-Vubu. Les désirs des deux hommes restant verbaux, l'impasse se poursuit plusieurs jours avant que le parlement ne finisse le par voter les pleins pouvoirs à Lumumba tout en maintenant les deux hommes à leurs postes. Le lendemain, Kasa-Vubu nomme Mobutu Commandant en chef de l’armée. Le soir même, Joseph-Désiré Mobutu met en œuvre son premier Coup d'état, annonçant la "neutralisation" des deux rivaux. Il confie rapidement le gouvernement à des universitaires trentenaires qui forment le Collège des commissaires généraux jusqu'à la remise du pouvoir à un gouvernement constitutionnel en .

Kasa-Vubu est maintenu au poste de président tandis que Lumumba, s'enfuyant vers Stanleyville est arrêté début décembre par Mobutu et livré à Moïse Tshombe qui le fait assassiner le . Un gouvernement rival pro-Lumumba se forme entre-temps dans l'Est du pays, dirigé par Pierre Mulele et Antoine Gizenga et soutenu par l'URSS. Avec l'aide des forces de l'ONU et d'anciens officiers blancs, Mobutu parvient à reconquérir l'ensemble du territoire au cours des années suivantes. Mulele est tué et Gizanga emprisonné tandis que Moïse Tshombe est exilé. De nouvelles élections n'auront finalement lieu dans le pays qu'en 1965 après la mise en place de la constitution de la première république, dite Constitution de Luluabourg, adoptée par référendum le .

Système institutionnel Le suffrage est universel masculin, pour tous les Congolais âgés de plus de 21 ans. Le parlement bicaméral est composé d'une Chambre des Représentants et d'un Sénat. À la chambre, 137 sièges sont à pourvoir au suffrage universel direct masculin dans 26 circonscriptions plurinominales selon un mode de scrutin proportionnel avec possibilité au sein de chaque liste d'effectuer un vote préférentiel.

Les six provinces de l'époque sont dotées d'assemblées provinciales de 60 à 90 sièges pourvus de la même façon, sur la base de leurs propres circonscriptions de plus petite taille. Ces membres directement élus cooptent à leur tour 7 à 11 membres parmi les chefs coutumiers et les notables de leur province au Vote unique non transférable.

Chaque assemblée provinciale élit ensuite 14 sénateurs, dont 3 à 5 parmi les chefs coutumiers et notables. Ces derniers sont également choisis au vote unique non transférable, tandis que le reste des sénateurs est élu selon le système proportionnel avec vote préférentiel.

Les bureaux (président, vice-présidents et secrétaires) de la Chambre, du Sénat, et des assemblées provinciales sont élus à la majorité. Dans chaque assemblée provinciale, le gouverneur et les 10 autres membres du gouvernement provincial sont désignés au Vote unique non transférable.

Le chef d’état est élu par les membres de la Chambre et du Sénat réunis en congrès, à la majorité de deux tiers des membres.

Le gouvernement national est nommé et révoqué par le chef d’état, mais le premier gouvernement est exceptionnellement nommé par le Roi des Belges. Le gouvernement doit ensuite obtenir la confiance de la Chambre et du Sénat.

Forces en présence vignette|150px|Patrice Lumumba en 1960 Mouvement national congolais-Lumumba, « MNC-L »: Patrice Lumumba, membre du collège exécutif général (Oriental), premier ministre & ministre de la défense Jean-Pierre Finant, membre du collège exécutif provincial, président provincial (Oriental) Christophe Gbenye, ministre de l’intérieur Dominique Manono (MUB/Songye), membre du collège exécutif provincial, président provincial (Kasai) Honoré Mokengele, candidat-président du Sénat Joseph Kasongo, président de la Chambre Mouvement national congolais-Kalonji, « MNC-K », une scission du MNC mené par : Albert Kalonji Joseph Ileo, député provincial (cartel MNC-K+PSA, ville de Léopoldville), sénateur (élu sur liste UNIMO-Équateur), président du Sénat Joseph Ngalula, président provincial (Kasai) Pierre Nyangwile, membre du collège exécutif général (Kasai) Parti National du Progrès (PNP) : Paul Bolya, membre du collège exécutif général (Équateur), sénateur (élu sur liste UNIMO), ministre d’état Albert Delvaux (Union Kwangolaise - LUKA), ministre résidant en Belgique Alliance des Bakongo (ABAKO) (Léopoldville) Joseph Kasa-Vubu, membre du collège exécutif général, chef d’état Pascal Nkayi, ministre des finances Parti solidaire africain (PSA) (Léopoldville) Antoine Gizenga (pro-Lumumba), vice-premier ministre Cléophas Kamitatu (pro-Kasa-Vubu), président provincial Parti de l'Unité Nationale (PUNA) (Équateur) Jean Bolikango (ASSORECO), candidat-président de la Chambre, candidat-chef d’état Laurent Eketebi, membre du collège exécutif provincial, président provincial Cyrille Adoula, sénateur (élu sur liste UNIMO) Union des Mongo (UNIMO) (Équateur) Justin Bomboko, membre du commission politique auprès du Ministre à Belgique, ministre des affaires étrangères Centre de Regroupement Africain (CEREA) (Kivu) Anicet Kashamura, membre du collège exécutif général, ministre de l’information et de la culture Marcel Bisukiro, ministre du commerce extérieur Jean Miruho, président provincial Jean-Chrisostome Werengemere (dissident) Confédération des associations tribales du Katanga (CONAKAT) Moïse Tshombe, président provincial Joseph Yav, ministre des affaires économiques Association Générale des Baluba de Katanga (BALUBAKAT) Jason Sendwe Rémy Mwamba, membre du collège exécutif général, ministre de la justice Coalition Kasaienne (COAKA) Grégoire Kamanga, ministre de la santé publique

Résultats à la chambre +Résultats des législatives de 1960 au Congo belgeNohlen et al. Elections in Congo-Kinshasa (Democratic Republic of the Congo) African Election DatabasePartisVotes%SiègesMouvement national congolais-Lumumba (MNC-L)23,4433Union nationale congolaise (UNC)2,853Coalition Kasaienne (COAKA)2,142Cartel Mouvement de l'unité des Basonge-MNC-L (MUB/MNC-L)1,361Cartel Coalition Kasai-MNC-L (COAKA/MNC-L)0,971Cartel Union économique des Babembe du Fizi-MNC-L (UNEBAFI/MNC-L)0,871 Total Mouvement national congolais-Lumumba et alliés31,6341Parti national du progrès (PNP)6,177Union kwangolaise pour l'indépendance et la liberté (LUKA)2,373Mouvement pour l'évolution et le développement de l'économie rurale du Congo (MEDERCO)1,242Alliance rurale progressiste−Parti rural congolais (ARP-PRC)0,761Front commun–Delvaux (FC)0,801Chefs Coutumiers pro-PNP0,601Total Parti national du progrès et alliés11,9415Parti de la solidarité africaine (PSA)12,5413 Alliance des Bakongo (ABAKO)9,4712Centre de regroupement africain (CEREA)4,3010 Parti de l'unité nationale (PUNA)4,167Association Ngwaka1,172Total Parti de l'unité nationale et alliés5,339Confédération des associations tribales du Katanga (CONAKAT)4,728 Mouvement National Congolais-Kalonji (MNC-K)6,647 Indépendants pro MNC-K0,651Total Mouvement national congolais-Kalonji et alliés7,298 Association générale des Baluba du Katanga (BALUBAKAT)3,626Association des Tshokwe du Congo Belge, d'Angola et de Rhodesie (ATCAR)1,331Cartel katangais4,957Regroupement congolais (RECO)1,854Alliance des Bayanzi (ABAZI)0,951Union des Mongo (UNIMO)0,751Rassemblement démocratique du Lac-Kwango-Kwilu (RDLK)0,571Groupes d'intérêts locaux0,872Indépendants 2,855 Suffrages exprimés 80,18 Votes blancs et invalides 19,82 Total 100 137 Abstentions 18,21Inscrits / participation 81,79

Résultats par provinces Seuls les deux plus grands partis se présentèrent dans plusieurs provinces. Le MNC-L devient le plus grand parti sur le plan national en obtenant environ un quart des sièges (33 députés nationaux, 110 conseillers provinciaux et 21 sénateurs). Le MNC-L est solidement ancré dans la province Orientale et gagne presque tous ses autres sièges dans les districts voisins des provinces du Kivu, du Kasai et de l’Équateur. Le PNP devient avec ses alliés le deuxième mouvement national (15 députés nationaux, 32 conseillers provinciaux et 5 sénateurs). Sa répartition est uniforme dans le pays.

Toutes les autres partis ne sont que présents que dans une seule province à la fois The Political Role of the Ethnic Factor around Elections in the Democratic Republic of the Congo : Province de Léopoldville : Le Parti Solidaire Africain est le premier parti avec presque 40 % des élus (13 députés nationaux, 35 conseillers provinciaux et 5 sénateurs), Son fief se situant dans le district du Kwilu (11 sur 13 pour la Chambre et 32 sur 34 pour l’assemblée provinciale) L’Alliance des Bakongo (ABAKO) est presque de même taille (12 députés nationaux, 33 conseillers provinciaux et 5 sénateurs). L’ABAKO a son fief à la ville de Léopoldville (3 sur 4 pour la Chambre et 7 sur 10 pour l’assemblée provinciale) et obtient tous les sièges aux districts des Cataractes et du Bas-Congo. Le Parti National du Progrès (PNP) ne se place qu'en troisième parti (4 députés nationaux, 12 conseillers provinciaux et 3 sénateurs) car son partenaire de l'Union Kwangolaise pour l'indépendance et la liberté (LUKA) a réussi à emporter la plupart des sièges au district du Kwango (9 sur 13 pour la Chambre et 3 sur 5 pour l’assemblée provinciale). Aucun parti ne l'emporte dans le district du Lac-Léopold II.

Province du Katanga :