vignette|alt=Groupe d'hommes posant devant un abri de montagne creusé dans la roche.|Le comte Henry Russell (au premier plan) et Léonce Lourde-Rocheblave, assis près de l'entrée de la « villa Russell » au Vignemale, accompagnés de leurs guides.
Le est un mouvement sportif, artistique et littéraire du consistant à parcourir les Pyrénées afin de réaliser une œuvre en rapport avec l'expérience ressentie dans un but contemplatif, artistique ou scientifique. Ce terme apparaît en 1898 sous la plume de l'érudit Henri Beraldi dans son ouvrage Cent ans aux Pyrénées qui décrit une pratique spécifique de la montagne pyrénéenne : d'après sa définition, , de sorte qu'il se distingue de l'alpiniste par une approche intellectuelle de la montagne qui dépasse la simple performance physique.
Le mouvement pyrénéiste est communément daté de la publication de l'ouvrage de Louis Ramond de Carbonnières, Observations faites dans les Pyrénées (1789). Connaissant son âge d'or dans la seconde moitié du avec la génération de la Pléiade, portée par des figures comme le comte Henry Russell ou le géographe Franz Schrader, il est le fait d'un groupe restreint de personnalités de l'élite sociale (aristocratie et haute bourgeoisie) ou intellectuelle, qui se singularise par les efforts qu'il déploie pour mettre en lumière sa pratique.
Le pyrénéisme s'inscrit dans le développement du mouvement romantique en Europe et du tourisme thermal en France et joue un rôle majeur dans la connaissance et la valorisation de la chaîne pyrénéenne que ses membres explorent méthodiquement. Au tournant du , alors que la pratique se tourne vers un plus grand engagement physique et la difficulté technique des voies empruntées, la distinction avec l'alpinisme tend à disparaître.
La mémoire pyrénéiste se met en place dès le premier quart du sous l'impulsion de Louis Le Bondidier, qui fonde le musée pyrénéen de Lourdes en 1921, et se perpétue par une activité éditoriale intense : des maisons d'édition spécialisées proposent régulièrement la publication d'ouvrages et de revues consacrées au phénomène. De nombreux sommets de la chaîne sont nommés en hommage aux pyrénéistes, dont certains reposent au cimetière pyrénéen de Gavarnie.
Définition
Telle est la définition originelle donnée par l'inventeur du terme de pyrénéisme, Henri Beraldi. Cependant deux acceptions fort différentes recouvrent le terme et le débat est loin d’être clos. Le Dictionnaire des Pyrénées lui-même ne peut trancher et publie « deux articles traitant de ce même sujet et aboutissant à deux conclusions radicalement opposées »..
Le pyrénéisme, vision romantique et pratique élitiste de la montagne vignette|gauche|redresse|alt=Portrait héliographique d'un homme portant une fine moustache.|Henri Beraldi (vers 1885), inventeur du terme « pyrénéisme ».
Le terme « pyrénéisme » est forgé en 1898 par l'écrivain mémorialiste Henri Beraldi dans le premier tome de son ouvrage Cent ans aux Pyrénées, qui retrace l'histoire des marches, des ascensions et de la découverte touristique des Pyrénées tout au long du .. Dès les premières pages, l'auteur affirme que l'idéal pyrénéiste consiste à ..
L'historien Étienne Bordes soutient que ce triptyque , et rassemble un groupe d'hommes et de femmes qui ont . L'historien José Cubero considère que le pyrénéisme et pour le géographe Xavier Arnauld de Sartre, il .. De fait, le pyrénéisme se distingue du tourisme de station et du thermalisme par la difficulté et les risques inhérents à sa pratique. Mais si le pyrénéisme partage le même but que l'alpinisme, à savoir l'escalade de sommets, il possède en plus, selon ses promoteurs, .. L'une des particularités du pyrénéisme est que la plupart de ses membres ne sont pas pyrénéens, au point que Louis Le Bondidier ironise en 1907 : ..
Étienne Bordes précise que la défense et l'illustration d'une pratique spécifique de la montagne pyrénéenne qui montrent ainsi leur fidélité et leur attachement aux valeurs et à l'esprit de l'alpinisme des origines tel que le décrit la sociologue Delphine Moraldo. Au tournant du , tandis que l'alpinisme , les pyrénéistes dans un but artistique et scientifique qui allie la découverte et le dépassement de soi.
Cette définition historique est celle retenue par Saule-Sorbé dans le Dictionnaire des Pyrénées et par le Dictionnaire de la langue catalane de l’Institut d'Estudis Catalans..
Une définition réductrice Le terme « pyrénéisme » est assez peu répandu en dehors du cercle des montagnards et des Pyrénéens, et certains auteurs comme Renaud de Bellefon ou Paul Bessière estiment que l'histoire de ce mouvement n'est pas si différente de celle de l'alpinisme.. Dans le Dictionnaire des Pyrénées Renaud de Bellefon qualifie le pyrénéisme de : il y voit .. Le pyrénéisme tel que le définit Beraldi ne concernerait donc , cependant qu'elle rassemble des individus issus de plusieurs générations dont les conceptions peuvent être différentes, voire antagonistes.
Ainsi, Étienne Bordes considère comme réductrice la définition première du pyrénéisme, dans la mesure où elle suppose que l'approche savante et sensible de la course en montagne ne se retrouve pas dans d'autres lieux. Il la présente comme . De fait, le pyrénéisme se construit autour d'un groupe restreint d'individus, une élite ascensionniste qui se distingue tant par l'origine sociale de ses membres et la rupture qu'ils créent avec les pratiques antérieures de la montagne, que par qu'ils mettent en place par des réseaux de correspondance et de revues, ou encore la constitution de clubs.
Cette seconde définition est celle retenue par le Trésor de la langue française informatisé., l’Office québécois de la langue française. et par le Dictionnaire de la langue espagnole édité par l'Académie royale espagnole.. Le terme de pyrénéisme est en revanche absent des dictionnaires français Robert et Larousse... Quant au terme d'« alpinisme », il est apparu en français dans les années 1870. et est utilisé de façon générique quel que soit le massif, en dépit de quelques mots de localisation plus spécifiques : himalayisme, andinisme et pyrénéisme..
La question de la première vignette|alt=Photographie en noir et blanc de deux montagnards en pleine ascension.|Félix Régnault et le guide Henri Passet à l'échelle de Tuquerouye en .
La question de la première ascension soulève parfois de vifs débats lorsqu'il s'agit d'acter à qui revient l'honneur d'être le premier.
La nature même des Pyrénées, massif d'altitude moyenne et pratiquement dénué de zones glaciaires, rend la plupart de ses sommets facilement accessibles et la chaîne constitue depuis de nombreux siècles. Fréquentées depuis le néolithique par les troupeaux et leurs bergers, plus tard par des douaniers, des contrebandiers, des colporteurs ou des militaires, les Pyrénées et leurs cols enregistrent . Du au , des chemins sont aménagés pour faciliter le transport de denrées ou de matériaux, comme au port de Venasque ou au port de la Pez, mais la plupart des sentiers de montagne ne sont que sommairement balisés au moyen de cairns et leur connaissance fine n'est permise qu'aux initiés. Cette pratique utilitaire de la montagne les conduit parfois à en gravir les sommets, de sorte que la question de la première ascension, revendiquée plus tard par les pyrénéistes, peut être mise en doute. À titre d'exemple, quand Charles Packe arrive au sommet du Balaïtous en 1864, il découvre la présence d'une tourelle de signalisation aménagée par l'homme : il s'agit de l'œuvre des officiers géodésiens Pierre Peytier et Paul-Michel Hossard qui en ont fait l'ascension en 1825 au cours d'une mission de triangulation de la zone frontière.
Pour Étienne Bordes, c'est en raison de la fonction utilitariste et de l'absence de communication littéraire que cet exploit est tombé dans l'oubli pendant plusieurs décennies : ainsi, . La première ascension est donc parfois attribuée à celui qui s'en dit l'auteur et la revendique par la publication de livres ou d'articles, de sorte que c'est le touriste-écrivain pyrénéiste qui en est reconnu comme l'inventeur et non les guides qui l'ont conduit ou les bergers qui n'ont laissé d'autres traces que quelques pierres au sommet.
Histoire Chronologie L'histoire du pyrénéisme s'étale sur un peu plus de cent ans. Elle commence à la fin du , lorsque les Pyrénées commencent à tirer profit du développement du thermalisme moderne et de la construction de nouveaux axes routiers pour recevoir des usagers plus fortunés, et s'achève au début du , lorsque de nouvelles pratiques de la montagne se diffusent, comme le ski ou la recherche d'ascensions marquées par la difficulté. Entre ces deux jalons, le pyrénéen est le fait d'un petit groupe d'individus résolument élitaire, aristocrate et bourgeois, qui se singularise par les efforts qu'il déploie pour valoriser sa pratique. Moins hautes que les Alpes, aux sommets relativement faciles d'accès et parfois déjà fréquentés, les Pyrénées apparaissent alors comme un massif dominé, un en matière d'alpinisme, de sorte que ces individus cherchent à légitimer leur fréquentation assidue de ce massif par d'autres facteurs d'attractivité que la seule conquête des hautes cimes.
vignette|gauche|redresse|alt=Photographie d'un homme se tenant debout devant l'entrée d'une grotte, un bâton ferré à la main.|Henry Russell devant l'entrée d'une des grottes « Bellevue ».
Si le mémorialiste Henri Beraldi est le premier, au tournant du , à dresser un inventaire de ces figures du pyrénéen, ce sont les pyrénéistes eux-mêmes qui, par leur abondante production littéraire, retracent l'histoire de leur propre groupe. En 2024, Étienne Bordes entreprend une première qui entend .
Dans Cent ans aux Pyrénées, Beraldi distingue trois périodes du pyrénéisme : l'histoire ancienne avec Louis Ramond de Carbonnières, l'âge moyen avec Vincent de Chausenque et l'ère moderne avec Henry Russell. Un siècle plus tard, l'historien Étienne Bordes conserve ce découpage en trois périodes mais en déplaçant les bornes chronologiques. Il rapproche ainsi les deux premiers âges décrits par Beraldi en qualifiant de pionniers ces premiers arpenteurs du massifs, entre la fin du et le milieu du , puis distingue les représentants de l'âge d'or du pyrénéisme, dans le seconde moitié du , ceux que Beraldi regroupait sous le terme de , des nouveaux acteurs de la montagne qui se tournent à la fin du vers un pyrénéisme de difficulté, moins empreint de littérature que d'exploit physique ou technique.
Les premiers pyrénéistes (des années 1780 aux années 1840) vignette|alt=Portrait gravé en médaillon.|Louis Ramond de Carbonnières, .
Selon Étienne Bordes, . Mais pour cette première génération, il n'est pas encore question d'une conscience pyrénéiste ni de spécificité réelle à l'exploration de ce massif. L'expérience pyrénéenne n'est qu'une étape dans un parcours plus large, y compris pour Louis Ramond de Carbonnières, souvent considéré comme : ce dernier publie ses Observations sur les Alpes en 1777, dix ans avant son premier séjour dans les Pyrénées.
vignette|gauche|alt=Lithographie en couleur montrant une vue d'ensemble du village dans la vallée.|Vue de Barèges en 1821 par Marianne Colston.
D'une manière générale, il n'est pas question pour ces premiers pyrénéistes d'explorer méthodiquement la chaîne pyrénéenne : seuls Louis Ramond de Carbonnières et Vincent de Chausenque multiplient les ascensions et s'investissent durablement dans la découverte des Pyrénées. Pour les autres individus de ce groupe, l'expérience pyrénéenne s'étend rarement au-delà d'un séjour à dessein scientifique ou , menée avec des guides expérimentés. Mais leur production littéraire tout autant que leur sociologie suffit à les distinguer des .
vignette|alt=Portrait d'un homme assis sur une chaise à côté d'une table sur laquelle un vase est posé.|Le duc de Nemours en 1852.