Cet article présente un aperçu des religions du Pérou précolombien et des régions avoisinantes. Avant l’arrivée des Européens, le Pérou a été le berceau de nombreuses cultures dont les systèmes religieux sont encore mal connus car, sans le support de l’écrit, ils doivent être déchiffrés à travers les représentations graphiques et les fouilles archéologiques. La religion inca se distingue de l’ensemble par la relative abondance des informations la concernant.
Le temple de Kalasasaya à Tiwanaku vignette|gauche|Statue anthropomorphe. vignette|droite|la porte du Soleil. Tiwanaku est situé en Bolivie non loin du lac Titicaca et de la frontière péruvienne. Un des principaux sites archéologiques actuels de la civilisation de Tiwanaku (aussi orthographiée Tiahuanaco à l'espagnole) est la Cité du Soleil, lieu de célébration du dieu créateur Viracocha. Elle comporte de nombreux édifices à vocation cérémoniale dont le principal est le temple de Kalasasaya, une vaste enceinte close.
Les deux plus célèbres monuments environnants sont la pyramide à sept degrés d'Akapana et la fameuse Porte du Soleil, considérée par certaines recherches comme un repère astronomique du fait de son alignement avec le Soleil, et par d'autres comme un observatoire.
vignette|droite|Le temple Sumisubterraneo à l'avant-plan et, au fond, le temple Kalasasaya La pyramide d'Akapana peut apparaître comme une mini-réplique du temple de Kalasasaya, chacune de ses terrasses étant ornée de statues monolithiques sur ses bords. Une autre thèse interprète le monticule comme une figuration des montagnes de la Cordillère des Andes. Le sommet de la pyramide est occupé par des cases - dont l'usage reste inconnu - disposées autour d'une cour intérieure.
En contrebas de l’Akapana un contraste saisissant apparaît avec le temple semi souterrain. Celui-ci impressionne par son ingénieux système de canalisations traversant la pyramide pour faire jaillir de l'eau en haut de l'Akapana, qui se déversait ensuite d'un étage à l'autre, le spectacle devait être entre celui que dégage une rizière et celui d'une fontaine… Cette magnifique cascade artificielle symbolise certainement des sources du Nevado Illimani.
Enfin des monolithes, comme ceux de Bennett (du nom du découvreur Wendell Clark Bennett) et de Ponce, que certains archéologues rapprochent des moais de l'île de Pâques, sont dispersés à proximité du site.
Dieu moche vignette|Le décapiteur sur une fresque murale de la huaca de la Luna située à proximité de la ville de Trujillo. Les Moches vénéraient principalement une divinité baptisée Aiapaec, le dieu décapiteur (El Decapitador), que l'on trouve représentée sur de nombreuses céramiques et fresques. Il prend souvent la forme d'une araignée, ou encore d'une créature ailée ou d'un monstre marin. Lorsque le corps est entièrement représenté, on le voit toujours avec dans une main un couteau, et dans l'autre une tête tenue par les cheveux. On pense qu'il s'agit d'allusions au rituel de sacrifice humain pratiqué sur la huaca de la Luna.
Religion inca Le culte du Soleil vignette|gauche|alt=|344x344px|Pachacuti Inca Yupanqui (Cusi Yupanqui, surnommé Pachacútec "le Réformateur", celui qui a renversé l'ordre du monde), l'empereur ou Sapa Inca IX, avec ses attributs royaux : sa couronne composée du llautu (turban tressé en laine de vigogne de différentes couleurs) assujettissant sur le front la mascapaicha (frange de laine rouge) et les trois plumes de korekenke (le caracara montagnard andin, oiseau sacré), ainsi que le petit sceptre (maccana) ; et ses attributs guerriers : la fronde (waraq'a) aux projectiles d'or et le petit bouclier de bois peint portant le blason de l'empereur (pullcancca con su huifala). Il aurait rebâti le Coricancha (temple du Soleil à Cuzco), et commencé la construction de la citadelle du Machu Picchu. Dessin de Guamán Poma (). Dans les Andes, chaque communauté avait pour tradition de se réclamer originaire ou descendante de tel lieu sacré, de telle étoile ou de tel animal. C'est dans ce contexte que les Incas se veulent être les fils du Soleil appelé Inti en quechua. Pour leur contemporains, les victoires militaires et la politique éclairée des souverains incas semblent confirmer cette origine merveilleuse. Les Incas imposent donc le culte du Soleil comme culte officiel dans l'empire : l'idole solaire côtoiera la myriade de divinités adorées dans l'empire. Il ne s'agit pas pour autant d'un culte monothéiste mais plutôt d'un animisme d'État.
Pour instituer le culte, les Incas bâtissent des temples dédiés principalement au Soleil. Le plus célèbre de tous est le Coricancha, temple du Soleil de Cuzco. Ce temple, principal dans l'empire, servait aussi de lieu de culte à d'autres entités divines comme Mama Quilla, la Lune et Illapa divinité de la foudre, de l'éclair et du tonnerre.
Le temple du Soleil à Cuzco, véritable saint des saints de l'empire n'a pas subsisté aux ravages de la conquête. Il n'en reste aujourd'hui que quelques descriptions ainsi que quelques murs témoins de la splendeur de l'ouvrage. Il fut construit avec des pierres de taille s'ajustant parfaitement les unes dans les autres, sans ciment. Sa circonférence faisait plus de 365 mètres. À l'intérieur du temple trônait, entre autres trésors, un disque d'or représentant le Soleil ainsi qu'une représentation du panthéon Inca. Il s'y trouvait également un jardin sacré où tous les éléments de la nature étaient représentés sous la forme de statuettes entièrement en or, métal symbolique du Soleil.
En signe d'allégeance ou de véritable vénération, les peuples soumis par les Incas bâtirent dans leurs provinces de nombreux lieux de culte du Soleil. Certains sont encore visibles de nos jours, ils témoignent de l'extension géographique du culte. Au Pérou, on trouvera le temple de Vilcashuaman. Près du plus haut sommet du Pérou, le Huascaran, se trouvait un temple où avaient lieu des sacrifices. En Bolivie, un temple du Soleil avait aussi été érigé sur la Isla del Sol du lac Titicaca. À Caranqui, Équateur, se trouve un temple qui autrefois contenait des jarres pleines d'or et d'argent. La principale fête de l'empire était l'Inti Raymi. Elle se déroulait au solstice d'hiver pour eux, le , et était le jour le plus court. En remerciement à toutes les bonnes choses de l'année précédente, elle servait également à demander la protection du Soleil pour les semences qui allaient commencer bientôt.
Pour l'office du culte, les chroniqueurs nous rapportent qu'un tiers des terres cultivées dans les communautés étaient attribuées au Soleil. La mise en culture de ces terres constituait à la fois une forme de culte et une forme d'imposition économique.
Adoration de Viracocha Bien que le culte du Soleil soit apparu comme le culte officiel institué dans l'empire, il apparaît au travers de nombreux récits et témoignages que les Incas observaient une vénération envers un dieu créateur/civilisateur désigné sous le nom de Pachacamac sur les côtes du Pérou et Viracocha dans les hautes terres de l'empire. Ce dieu bénéficiait d'une situation toute différente de celle du Soleil ; en effet, pour ce dieu, ni terres consacrées, ni temples, tout juste le fameux temple de Pachacamac au Pérou. Les prières incas qui nous sont parvenues attestent pourtant d'une ferveur et de considérations spirituelles se rapprochant d'un culte monothéiste. Inca Garcilaso de la Vega nous rapporte que Viracocha aurait été le véritable dieu des Incas, le Soleil étant quant à lui une divinité de vitrine dans les Andes animistes.
Toutefois, il est bon de préciser que Viracocha, ou Wiraqocha, est un dieu bien antérieur aux Incas, commun à toutes les cultures pré-incas. Pachacamac est un dieu de la côte centrale du Pérou, dont les origines sont incertaines. Quoi qu'il en soit, les premières traces du site de Pachacamac remontent à l'époque de la civilisation Lima. C'est cependant avec la civilisation Ishmay, civilisation locale qui se situait entre les fleuves Rimac et Lurin (100-1450 ), que ce site connaît son apogée.
Culte rendu aux Huacas Lorsque les Incas imposent le culte du Soleil, ils « destituent » les dieux locaux mais n'interdisent pas l'exercice des croyances animistes qui dans l'ensemble conforte et renforce le culte du Soleil qui se pose en clé de voûte du système. Parmi les croyances tolérées figure le culte aux Huacas. Dans la langue Quechua, le terme Wak'a, qu'Alfred Métraux considérait comme l'équivalent approximatif du concept de fétiche, peut désigner tout objet ou lieu qui sort de l'ordinaire et considéré comme sacré ; par extension, cela désigne tout ce qui est susceptible de faire l'objet d'un culte dans le contexte animiste. Les huacas peuvent être soit des personnages, soit un élément naturel particulier, un lieu de l'espace géographique (comme une montagne, un lac, une rivière, une source, une caverne, une roche singulière, ou même un arbre, et jusqu'aux astres comme le soleil et la lune), soit encore un artéfact ou édifice comme un site sacré, un sanctuaire, un temple, un tombeau ; les momies des ancêtres font partie des huacas les plus importantes d'un ayllu particulier, et a fortiori les momies des empereurs (Sapa Inca) passés, qui faisaient l'objet d'un culte par leur panaka (ou lignage d'un Inca), et étaient jalousement conservées par celle-ci dans l'ancien palais de l'empereur décédé. Elles pouvaient être exposées hors de leur sanctuaire lors de cérémonies annuelles, tout comme les statues des empereurs défuntsces statues étaient considérées elles aussi comme huacas, mais elles ne doivent pas être confondues avec les momies des mêmes empereurs alors qu'elles étaient faites à la ressemblance du souverain ; c'étaient ces statues et non les momies impériales qui étaient gardées au Temple du Soleil, près de l'image discale de la divinité solaire en or « qu'ornaient quantité de pierreries, et dont les espagnols ne purent jamais s'emparer. [...Les statues avaient] le visage tourné vers la ville qu'elles protégeaient. [...] Elles étaient faites d'argile, mais on leur avait mis les vêtements, les parures et même les cheveux ou les rognures d'ongle des souverains qu'elles représentaient. » Tiré de : l'étaient hors du Temple du Soleil (Coricancha) lors des mêmes cérémonies, sur la grand'place du Cuzco, l'Huacaypata.
Toutes les huacas sont donc investies d'une dimension à la fois ancestrale (cosmogonique) et spirituelle sacrée : ainsi elles sont associées à une divinité particulière, ou plus exactement elles représentent un objet ou un lieu où réside un esprit, comme dans toutes les religions animistes. De même chaque ethnie avait une huaca originelle, nommée paqarina, « c'est-à-dire une matrice tribale d'où ils faisaient procéder leur ancêtre-fondateur. » Cette paqarina était un rocher sacré ou une grotte matricielle : ainsi, comme l'ont rapporté les premiers chroniqueurs espagnols du XVIe siècle, « la paqarina de l'ethnie inca était la grotte de Paqariqtampu située à une trentaine de kilomètres au sud du Cuzco » d'où procède l'exode légendaire des frères Ayar (voir les sections et articles connexes : Récit originel inca et Manco Cápac).