Grâce à sa position géographique, l'Asie centrale a depuis très longtemps été traversée par les grandes voies de communication de l'Eurasie, notamment par la Route de la soie. Cette situation privilégiée lui a permis d'acquérir une grande richesse tant culturelle qu'économique. Il importe cependant de distinguer deux types de peuples, les sédentaires et les nomades, dont l'opposition a marqué l'histoire de l'Asie centrale pendant près de 3000 ans. L'aridité de cette région a contraint les sédentaires à mettre en place des réseaux d'irrigation. Leurs oasis étant éloignées les unes des autres, il leur était difficile de former des États unifiés. Les nomades ont toujours vécu dans la vaste zone de steppes et de déserts située au nord de l'Asie centrale. Quand leurs tribus parvenaient à s'unir, de puissants empires se constituaient. Ainsi en est-il des Xiongnu au ou des Mongols au . Les empires établissaient leur domination sur les oasis de l'Asie centrale et s'étendaient parfois hors de ce territoire. La Chine a fréquemment subi des invasions de peuples nomades.

L'âge d'or des peuples de la steppe prend fin au cours du lorsque les grands empires russe et chinois prennent peu à peu le contrôle de la région. Lors du le cœur de l'Asie centrale tombe aux mains des armées du tsar. Après la révolution russe de 1917, pratiquement toute la région est incorporée dans l'Union soviétique ; seule la Mongolie parvient à rester nominalement indépendante bien que dans les faits elle soit un satellite soviétique. Dans ces zones, l'industrialisation et la construction d'infrastructures se développent, entraînant la mort des cultures locales, la pollution et des tensions ethniques. Le programme de collectivisation entraînera des milliers de morts.

Avec la chute de l'Union soviétique, cinq nouveaux états voient le jour. Dans tous ces états les anciens dirigeants communistes gardent le pouvoir. Et même si un certain frémissement se fait sentir avec l'arrivée des américains dans la région à la suite de la guerre contre le terrorisme, on est encore loin d'avoir des états démocratiques. Le reste du territoire étudié reste sous le contrôle de la Chine.

Préhistoire

La présence de l'homme est attestée en Asie centrale dès le paléolithique inférieur, notamment par les outils qu'il a produits. Les vestiges les plus anciens ont été découverts dans le haut bassin de l'Indus. Ce sont des choppers et des traces de boucherie, trouvés au Pendjab indien, à Masol et datés de 2,95 Ma. D'autres artéfacts datés d'au moins 2 Ma ont été collectés au Pakistan à Riwat. Au Tadjikistan, les sites de Karatau I et Lakhuti I ont fourni plus de 2000 pièces datant de à . À cette époque l'Homo sapiens n'existe pas encore : ses plus anciens restes semblent avoir été trouvés en Mongolie-Intérieure en 1975, et datent du début du paléolithique supérieur.

Les premiers habitants de l'Asie centrale vivent de la chasse et de la cueillette jusque vers 10 000 AEC. Ils adoptent ensuite progressivement une économie de production. Au , alors que des grottes continuent à être habitées par des chasseurs-cueilleurs, des cultivateurs sédentaires construisent des villages. Il en reste des vestiges sur le site de Djeitun, près d'Achgabat au Turkménistan. L'un de ces villages comprend une trentaine de maisons, pouvant loger jusqu'à 200 personnes. On cultive de l'orge et du blé, avec irrigation. La chèvre est sans doute domestiquée ; le mouton est encore chassé.

Peu avant l'époque de Djeitun, au , on observe une migration d'un peuple originaire du Moyen-Orient vers le sud-est de la Mer Caspienne, amenant avec lui des moutons et des chèvres domestiqués. Ces hommes utilisent des grottes comme celles de Djebel ou de Dam Dam Chashma II comme habitations saisonnières. Selon Bernard SergentBernard Sergent, Les Indo-Européens, Payot, 2005, il s'agirait de Sémito-Hamites. Poursuivant leur migration jusqu'au nord de la mer Noire, ils se seraient mélangés à des autochtones, et de ce métissage, seraient issus les Proto-Indo-Européens.

Du au , la plus grande partie du Turkestan occidental est recouvert par la (5500-3500). On utilise la même technique de taille du silex qu'à Djeitun, mais on fabrique surtout des pointes de flèche, au lieu de produire des faucilles. On chasse la gazelle et l'onagre, on pratique la pêche. On installe des campements saisonniers près des points d'eau, avec des huttes semi-enterrées ou de grandes constructions de plus de . On y laisse des os de chameaux, de bœufs et de chevaux sauvages. On utilise une poterie assez simple était utilisée, avec des décors peints ou incisés. Selon V. N. Danylenko, les hommes de Djebel auraient quitté le sud-est de la Mer Caspienne pour se rendre sur la Volga, à cause de la pression des hommes de Kelteminar, peut-être en deux vagues de migrations.

Au , des tribus originaires de l'Iran central s'installent au sud du Turkménistan. Une nouvelle culture, dite de Namazga, apparait, avec le développement de l'agriculture, l'élevage des bœufs et des porcs, et le tissage. La métallurgie du cuivre est introduite. Vers la fin du . Ces communautés entrent en relation avec l'Iran et l'Inde du Nord. Elles s'étendent lentement vers l'est et des établissements agricoles se constituent en Ouzbékistan (site de Sarazm). Les premiers véhicules à roues apparaissent, en provenance sans doute du Moyen-Orient.

La culture de Namazga (4000-1100) parvient à son apogée au milieu , avec l'introduction de bronze et le développement d'un véritable urbanisme. Elle est connue par des sites comme celui d'Altyn-depe ou d'Hapuz-depe. La cité d'Altyn-depe possédait une entrée de de large, avec deux allées, une pour les piétons et une pour les véhicules. Il existe des représentations de chariots tirés par des chameaux. Les maisons étaient composées de plusieurs pièces. Les inhumations étaient généralement collectives, comme aux époques antérieures, mais il y avait aussi des tombes individuelles pourvues d'un riche mobilier. Ces dernières se trouvant près d'un édifice religieux, on peut supposer que les défunts avaient été des prêtres. Il s'agissait majoritairement de femmes.

Au Kazakhstan, les cultures ont beaucoup moins évolué. Au sud de ce territoire, elles sont restées proches de la culture de Kelteminar. La chasse, la pêche et la cueillette sont restées les principaux moyens de subsistance, mais on observe une tendance à la sédentarisation. Un site remarquable est celui de Botaï, au nord du Kazakhstan. Ses outils en silex ont permis de le dater des et . Les maisons, semi-souterraines, avec un toit en bois, servent d'habitations permanentes. Les os d'animaux qui ont été trouvés proviennent à 99 % de chevaux. Les hommes de Botaï (3700-3100) les chassent, mais commencent aussi à les domestiquer, et à les monter.

L'arrivée des Indo-Européens

La domestication du cheval s'effectue dès le par les Proto-Indo-Européens. Ceux-ci créent une culture dite des kourganes d'après la forme de leurs sépultures. Une partie d'entre eux migre durant le de la Russie du sud jusqu'en Sibérie méridionale, sur le cours moyen de l'Ienisseï. Ils y fondent la culture d'Afanasievo, qui subsiste durant tout le . On incline à voir en eux les ancêtres des Tokhariens. Vers l'an -2000, ils s'installent dans le bassin du Tarim, autour du désert du Taklamakan. Ce territoire très aride semble avoir été à peu près vide avant leur arrivée: à part certaines îles de l'Océan Pacifique, il a été la zone la plus récemment occupée par l'homme.

À cette même époque, une culture également issue de celle des kourganes apparaît à l'est de l'Oural : celle de Sintashta (2100-1800). Ses porteurs disposent d'une nouvelle invention, le char de guerre léger à deux roues, tiré par deux chevaux. Ils fabriquent aussi des armes en bronze. Ces avantages expliquent sûrement leur expansion fulgurante. Durant le , ils occupent une grande partie de l'Asie centrale, notamment la totalité du Kazakhstan, et de la Sibérie méridionale. Ils pénètrent dans l'ouest du bassin du Tarim, où les Tokhariens subissent leur influence. Ces hommes, parlant probablement une langue iranienne, sont des sédentaires vivant de l'élevage et de l'agriculture. Ils fondent ce que l'on appelle la culture d'Andronovo.

Ils ont des contacts avec la civilisation de l'Oxus (Complexe archéologique bactro-margien, BMAC), qui occupe le sud du Turkménistan et de l'Ouzbékistan (en particulier la Bactriane) entre -2200 et -1700. Cette civilisation semble être née de la rencontre d'hommes de Namazga avec des Indo-Européens qui parlaient un sanskrit archaïque. À partir de -1700, une partie de ces hommes migrent vers l'Inde du Nord, où ils apportent le sanskrit, mais d'autres se déplacent vers le Moyen-Orient, où ils auraient fondé le royaume du Mittani. De fait, c'est au Moyen-Orient que se trouvent les plus anciennes traces de la culture indienne (vocabulaire et noms de dieux). En Inde, ces hommes s'établissent sur les décombres de la civilisation de la vallée de l'Indus, qu'ils ont sans doute contribué à détruire.

À partir de -1500, les tribus iraniennes s'installent sur le territoire de la civilisation de l'Oxus. Les Tokhariens et les Iraniens se partagent dès lors la quasi-totalité de l'Asie centrale. Ils ne laissent subsister qu'une seule langue non indo-européenne, le bourouchaski, replié dans les montagnes du Pakistan septentrional. Au début du , les Iraniens des steppes deviennent nomades et abandonnent les chars pour la cavalerie montée. Ils sont connus sous les noms de Scythes ou de Sakas (Saces). Une partie d'entre eux, les Sogdiens et les Bactriens, se sédentarisent et fondent des cités comme celle de Samarcande.

Le nomadisme des peuples des steppes s'explique par la prédominance accordée à l'élevage sur la culture de la terre : il n'est pas possible de faire paître les animaux toujours au même endroit, sous peine d'épuiser les pâturages. Souvent mal compris par les sédentaires, ce mode de vie ne consiste pas à errer de façon perpétuelle, mais à effectuer un circuit annuel sur un même territoire. Les nomades sont en général attachés à leurs terres. Les Scythes n'hésitent pas à fuir devant leurs ennemis, quand ceux-ci sont trop forts, mais ils sont prêts à mourir pour défendre les terres où leurs ancêtres sont enterrés.

L'Antiquité

Au l'empire achéménide se lance à la conquête de l'Asie centrale. Les auteurs grecs commencent dès lors à parler de ce territoire. Les plus anciens témoignages se trouvent dans l'œuvre d'Hérodote. Les Perses prennent possession de la Bactriane et de la Sogdiane, mais ils ne peuvent soumettre qu'une partie des Saces. Le fondateur de l'empire achéménide, Cyrus, est tué lors d'une campagne contre les Massagètes, nomades apparentés aux Saces et aux Scythes, dirigés par la reine Tomyris.

Au , Alexandre le Grand détruit la dynastie des Achéménides et amène ainsi la civilisation hellénistique jusqu'en Bactriane en fondant la ville d'Alexandria Eschate (Ἀλεξάνδρεια Ἐσχάτη) en -329 (aujourd'hui Khodjent), sur le territoire actuel du Tadjikistan. Après sa mort en -323, la partie orientale des territoires conquis est récupérée par l'un de ses généraux, Séleucos, qui y fonde la dynastie hellénistique des Séleucides. Vers -250, la portion de l'empire séleucide correspondant à l'Asie centrale fait sécession et forma le royaume gréco-bactrien, qui s'étend vers l'Inde. Sous le règne de Demetrios (environ de -189 à -167), toute la vallée de l'Inde, jusqu'à la mer, est conquise. Ce véritable empire voit fleurir l'art gréco-bouddhique.

Le royaume gréco-bactrien est victime de la médiocrité de ses derniers souverains et d'un évènement d'une importance considérable qui se produit à l'Est de l'Asie centrale : la défaite de l'empire des Yuezhi face à celui des Xiongnu. Les premiers sont des nomades tokhariens, ayant fondé un vaste empire à partir de l'ouest du Gansu. Ils ont notamment pris le contrôle du bassin du Tarim, où d'autres Tokhariens s'étaient sédentarisés.