Gayant est le géant porté qui symbolise la ville de Douai (France - département du Nord). Entouré de sa femme, Marie Cagenon, et de leurs trois enfants, Jacquot, Fillon et Binbin, il est porté en défilé à travers la ville chaque année pendant trois jours à l'occasion des fêtes de Gayant, début juillet. Le Grand Cortège du dimanche après-midi est le point culminant de ces journées, après l'arrivée, le matin, de la famille Gayant au grand complet dans la cour de l'Hôtel de Ville de Douai, au pied du beffroi.
Gayant est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'humanité comme membre de « Géants et dragons processionnels de Belgique et de France ». L'Unesco précise que les processions traditionnelles d'effigies de géants, d'animaux ou de dragons recouvrent un ensemble original de manifestations festives et de représentations rituelles. Apparues à la fin du dans les processions religieuses de nombreuses villes européennes, ces effigies ont conservé un sens identitaire pour certaines villes de Belgique (Ath, Bruxelles, Termonde, Malines et Mons) et de France (Cassel, Douai, Pézenas et Tarascon) où elles restent des traditions vivantes.
Cette pratique a été reconnue par l'Unesco en 2015, après inscription à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France, par le Ministère de la Culture. en 2014.
Famille Gayant Données notables Donnée Gayant Marie Cagenon Jacquot Fillon Binbin Première apparition 1530 1531 1675 1687 1715 Forme actuelle 1954 1954 1947 1947 1947 Taille (en mètre) 8,51 m 6,26 m 3,40 m 3,15 m 2,42 m Poids (en Kilos) 375 kg 250 kg 80 kg 70 kg 45 kg Déplacement 6 porteurs 6 porteurs 1 porteur 1 porteur 1 porteur
thumb|Gayant et Marie Cagenon, les deux géants de Douai., avec le beffroi en arrière plan.
La famille de géants actuelle est le résultat d'une succession de constructions-reconstructions (N), de restaurations (R) et de disparitions (D) successives. Les datesL'étude des comptes annuels de la ville par les services des archives municipales de Douai a permis de retracer l'historique des mannequins de 1530 à nos jours. Des extraits de ces comptes sont disponibles dans . des premières représentations étaient indépendantes les unes des autres, les dates principales sont : Pour Gayant : 1530 (N), 1690 (R), 1692 (N), 1700une reproduction partielle des comptes de la ville pour cette année est disponible sur le site suivant (R), 1703 (N), 1712 (N), 1716 (R), 1719 (R), 1723 (R), 1724 (R), 1734 (R), 1741 (R), 1779, 1785 (N), 1792 (D), 1801 (N), 1809 (R), 1823 (N) Pour Marie-Cagenon : 1531 (N), 1712 (R), 1714 (N), 1719 (R), 1792 (D), 1801 (N), 1823 (N) Pour Jacquot : 1675 (N), 1719 (R), 1724 (R), 1741 (R), 1780 (R), 1792 (D), 1801 (N), 1809 (R), 1827 (N) Pour Fillon : 1678 (N), 1724 (R), 1741 (R), 1782 (R), 1792 (D), 1801 (N), 1809 (R), 1827 (N) Pour Binbin : 1715 (N), 1719 (R), 1724 (R), 1741 (R), 1780 (R), 1792 (D), 1801 (N), 1809 (R), 1827 (N)
Depuis 1827, les opérations de restaurations ou reconstructions de l'ensemble de la famille sont coordonnées, les principales dates sont 1859, 1867, 1874, 1881, 1885, 1892, 1912, 1922, 1947 et 1954. Depuis leur retour d'après-guerre, chaque année, les mannequins d'osier sont démontés afin d'être nettoyés et restaurés pour éviter des retouches lourdes.
Gayant Contrairement à d'autres villes, Douai n'a pas donné de nom à son géant, l'appelant simplement « gayant », c’est-à-dire géant en flamand roman, langue en vigueur à Douai à l'époque. Cette absence de nom pose la question de sa représentation.
Les différentes versions Jean Gelon Selon la légende localeComme toute légende, des variations existent quant à l'identité des barbares, la bataille ou la mort du héros. Celle présentée ici est issue du « Guide de Flandre et Artois mystérieux », page 92, édition : Presse Pocket, à la fin du , les habitants de la ville, située au bord de la rivière la Scarpe, étaient inquiets des attaques barbares et vinrent demander au sire de Cantin, Jehan Gelon, de venir les aider si la ville était attaquée. L'homme, connu pour sa force herculéenne et sa bonté, accepta, leur conseilla de se réfugier dans la tour et de l'attendre en cas d'attaque. Lorsque la ville fut assiégée par les Normands, Jehan Gelon, accompagné de ses trois fils, arriva miraculeusement dans la ville (il avoue plus tard aux Douaisiens qu'un tunnel reliait la tour à son château), et entreprit la contre-attaque. Son courage et sa détermination mirent en déroute les assaillants qui, en partant, détruisirent son château et y massacrèrent les femmes. Jehan et ses fils décidèrent d'aller guerroyer au loin pour tenter d'oublier la perte de leurs compagnes. Il mourut selon la légende près de Bavay. Mais les Douaisiens en souvenir de ses actes firent d'un géant le symbole de la ville.
De nombreux historiens rejettent la légende de Jean Gelon et préfèrent y voir un hommage de la ville à Saint Maurand. Il existe deux histoires appuyant cette hypothèse qui ont pour point commun l'apparition de Saint Maurand en songe afin d'empêcher la prise de la ville par les Français. La plus couramment admise est la suivante :
Le Géant, son frère Maloré et Morant Autre version, un épisode de La Belle Hélène de Constantinople, une célèbre chanson de geste du au succès populaire prolongé, se passe entre Douai et Cantin ; .. Morant aidé d'une armée assiège sans effet la tour du Géant, un vassal félon et païen situé à Douai. Cette tour est reliée par un souterrain à Cantin, où siège le géant Maloré, frère du géant de Douai. Morant décide de prendre la tour de Cantin, plus vulnérable que la forteresse du Géant. Ce dernier se précipite à Cantin pour aider son frère. Mais Morant prend les murailles, tue le Géant et libère Douai et Cantin des païens.
Jean Wauquelin (1452†) mit cette chanson de geste en prose pour le duc de Bourgogne Philippe le Bon en 1448.
Le chevalier de Lumière La troisième histoire se déroule alors que la procession du géant est déjà installée, l'identification au Saint serait postérieure au géant :
L'enfant sauvage Au , plusieurs récits sous forme de contes ou de pièces de théâtre prennent Gayant comme personnage et réinventent son histoire. « L'intrépide Gayant », un des « Contes du roi Cambrinus » écrit par Charles Deulin reste le plus connu de nos jours : le géant de Douai devient un enfant sauvage élevé par une ourse qui le prend pour l'un des siens en raison de sa carrure et de sa force proche de celle des ours. Un bûcheron le recueille, l’élève et l'enfant devenu adulte accomplit de nombreux exploits grâce à sa taille, sa force et son intelligence.
Descriptions connues Le géant n'a la forme actuelle que depuis sa réapparition de 1954. La description la plus lointaine date de 1530Document du service municipal des archives de Douai et décrit le personnage comme faisant vingt-deux pieds de haut, portant le costume de l'homme de guerre féodal (casque, lance et bouclier, armure ; ses mains sont gantées). Le mannequin a été créé par la corporation des manneliers. Jusqu'en 1598, un seul porteur suffit alors qu'en 1665, il fallait déjà cinq porteurs pour le mannequin d'osier. L'apparence du géant n'est plus la même, il a ôté son casque et porte une perruque, sa lance est remplacée par un marteau d'armes. En 1700 apparaît pour la première fois le sabre le long du corps. En 1703, lors de la construction du nouveau Gayant, le peintre Martin Saint Léger est chargé de réaliser les couleurs propres à chaque géant. Après avoir eu la tête nue puis avoir été recasqué, le mannequin porte de 1724 à 1741 un bonnet en fourrure de lapin. Absent de 1792 à 1801, son retour est marqué par la volonté d'habiller Gayant à la mode vestimentaire de l'époque (Consulat). En 1823, le style féodal est de retour, le peintre dessine des vêtements correspondant à l'époque François . Depuis lors, ce sont les croquis de Wallet. qui servent de modèle pour toutes les rénovations, seul en 1827 fut ajouté un manteau de coton de couleur aurore et une banderole en serge écarlate à la partie supérieure de la lance. En 2014 Gayant mesure et pèse . Il est toujours constitué d'une armature en osier portant des vêtements et sous laquelle se cachent les porteurs qui le font avancer.
Famille Contrairement à Gayant, leurs apparitions ne s'attachent à aucune vérité historique ou légende, leurs nombres ou leurs noms ont été longtemps variables.
Marie Cagenon En 1564 (probablement dès 1531), le magistrat donne une femme, vêtue en châtelaine du Moyen Âge, construite probablement par la corporation des fruitiersPremière mention dans les comptes de la ville « vin offert aux fruictiers représentants la geande » Archives municipales de Douai. De 1593 à 1598, un seul porteur suffit. En 1665, plusieurs porteurs sont nécessaires ce qui traduit l'évolution du personnage. En 1734, la « Dame géant » est vêtue d'une robe bleue, verte, rouge et jaune et devient officiellement Madame Gayant. L'ajout de Cagenon à son prénom est une réponse des Douaisiens à la disparition d'un des personnages du cortège nommé Caginon qui fut présent de 1687 à 1717Il n'y a que très peu d'informations sur ce personnage, on ignore son sexe et ce qu'il représentait. Ce personnage a disparu à la suite de plusieurs demandes de l'évêché. .. Les costumes se succèdent mais à partir de 1782 apparaît un chapeau en linon qu'elle ne quittera plus. Absente également de 1792 à 1801, elle connaît comme son époux des vêtements changeants avec la mode jusqu'en 1823. Depuis la seule modification à son aspect est qu'une toque en velours remplace le chapeau et l'éventail qu'elle porte à la main gauche prend sa forme finale à sept plumes de laine blanches et six rouges. thumb|Trappe d'entrée de la géante Marie Cagenon à Douai.
thumb|Intérieur de la géante Marie Cagenon à Douai (vue vers le haut).
thumb|Intérieur de la géante Marie Cagenon à Douai (barres de portage).
Enfants De 1675 à 1687 apparurent différents enfants sans que l'on sache réellement à quels personnages actuels les rattacher. Mais c'est durant le que le nombre d'enfants varia le plus, de un à cinqLa dernière tentative d'ajout d'un nouveau géant a été faite en 1780, en fait un homme déguisé en bébé qui jouait un enfant ne plut guère aux habitants, avant de se stabiliser depuis 1781 à deux garçons et une fille : Jacquot, Fillon et Binbin. Comme leurs parents, leur apparence définitive est établie par Wallet en 1827 (soit quatre ans après le couple de parents), également dans un style François . Jacquot : La première apparition sur les factures de la ville d'un enfant géant date de 1675, il est porté par un seul porteur mais on ignore s'il s'agit d'un garçon ou d'une fille. Les historiens locaux conviennent qu'il s'agit vraisemblablement de Jacquot (originellement orthographié Jacot) considéré comme l'ainé de la famille. Le nom de Jacquot n'apparaît qu'en 1784. Jacquot a l'aspect d'un jeune chevalier portant une toque de velours et un manteau de drap rouge qui recouvre son bras droit, permettant ainsi de cacher le fait que pour limiter le poids, il n'y a pas de bras droit. Fillon : En 1687, un enfant fille apparait dans les factures même si sa présence est intermittente jusqu'en 1719. La tradition veut que ce soit l'arrivée de Fillon. Le nom de Fillon apparaît après le baptême de son frère en 1785. Fillon porte une robe de couleur bleue et une toque en plume.