La viticulture au Portugal a été introduite au cours de l'Antiquité par les marchands phéniciens, carthaginois, grecs et romains. Ses différents terroirs, dans leurs traditions vitivinicoles et leur encépagement, reflètent ces influences. Sans oublier l'importance qu'a eue sur l'élaboration des vins du Portugal, dès le Moyen Âge, le négoce avec l'Angleterre en particulier pour le porto puis le madère.
Histoire
Préhistoire et antiquité vignette|Statère d'or frappé à Lampsaque, vers 360-340 av. notre ère, avec au droit la tête de Dionysos couronné de lierre Dans la mythologie, Lusus était le fils ou compagnon de Bacchus (Dionysos). La province romaine de Lusitanie qui correspond en partie au Portugal actuel, aurait reçu son nom de ce personnage mythologique lié au dieu du vin. Quant à Pline l'Ancien, il rapporte que la province de Lusitanie pourrait trouver l'origine de son nom dans le terme lusus (jeu) associé à Bacchus :
Qui des Phéniciens - qui remontèrent le Tage et le Douro - des Grecs ou des Romains apportèrent vignes et viticulture ? Nombre d'auteurs sont partagés sur leur genèse au Portugal. Il y a trois écoles. La première explique que la culture de la vigne avait précédé l'arrivée des Romains et particulièrement dans le nord du pays. La seconde, est celle des Minhotos, les vignerons locaux, qui font remonter son origine aux Grec. La troisième, prenant en compte les vignes arbustives, et en référence à Ulmisque adjungere vitisCette citation sur l'union de l'orme et de la vigne est de Virgile, Géorgiques, I, V, 1., affirme qu'elle doit tout aux pratiques romaines.
Moyen Âge
vignette|Les quatre saisons de la vigne au Moyen Âge Avant même la fondation d'un Portugal indépendant, en 870, une donation en vignes fut faite au couvent de Alpendurada à Marco de Canaveses. Puis ce fut le roi Ordonho qui, en 960, dans son testament, fournit la manse de l'église São Tiago, aujourd'hui dans la paroisse civile de Correlhã, dépendante de la municipalité de Ponte de Lima.
Dias Mumadonna, en 949, puis ses fils Alvito et Toda Mumadona, en 973, paraphèrent des actes décrivant des propriétés entourés de ceps. C'est dans le Minho, berceau du Portugal et ancien Comté de Portucale, qu'Alphonse Henriques de Guimaraes proclama la naissance de la nation portugaiseAndré Dominé : Le Vin, Le Vinho Verde, ..
Après avoir vaincu les Maures, en 1147, Alphonse , fit appel aux cisterciens. Afin de parfaire leur installation, il leur fit don, en 1153, d'un vaste domaine à Alcobaça, où ils purent construire une abbaye recevant . Ainsi l'ordre de Cîteaux put fonder plus que et influença efficacement la viticulture. Des hautains sont évoqués en 1220 et 1228 dans les « Ordonnances et Enquêtes », lors de dépositions témoignant de l'extension de la vigne dans le Nord-Ouest du Portugal. Au cours du , les archives de la paroisse de Areias (Santo Tirso), précisaient qu'il y avait des « vignes hautes sur pied » et des latadas, ancêtres des treilles.
Le roi Denis (1261-1325), issu de la maison de Bourgogne, appelé le roi paysan, encouragea si de façon décisive l'agriculture et la viticulture. Après la bataille d'Aljubarrota, entre Leiria et Alcobaça, en 1385 et au traité de Windsor (1386), la production était assez organisée pour qu'Édouard III d'Angleterre puisse signer des accords de commerce avec le Portugal pour le négoce entre la laine anglaise et le vin de la région du Minho.
Ce fut au cours de ces années 1380, que des navires anglais vinrent à Lisbonne pour charger des tonneaux d'Osoye, un vin provenant des vignobles d'Azoia, sans doute l'ancêtre du Muscat de Setúbal. Et durant cette même période, le bastardo, nom local du trousseau, un des neuf grands cépages du porto, servit à élaborer un vin estimé.
Renaissance vignette|gauche|Palais national de Sintra, feuille de vigne, azulejo du . vignette|Commerce triangulaire entre l'Europe et les Amériques :Esclaves, vin, morue et textiles Sous Henri le Navigateur (1394-1460), des muscats et raisins de Malvoisie furent plantés dans l'île de Madère. C'est au siècle suivant que, pour la première fois, a été fait usage du qualificatif de vinho verde. Le terme fut employé, en 1549, dans un écrit du docteur João das Regras. La marine portugaise sillonnait alors mers et océans, conquérant des colonies et installant des comptoirs du Groenland à Goa, de la Chine au Brésil.
Quelques années plus tard, après la mort du roi Sébastien , parti en croisade contre les Maures au Maroc, Philippe II d'Espagne annexa le royaume en 1580. Ce fut cette même année que les vins du Charneca, près de Lisbonne, commencèrent à s'imposer en Angleterre. Shakespeare, dans sa pièce Henri VIShakespeare, Henri VI, partie, Acte II, scène 3. rapporte le grand renfort de toasts que l'on portait alors avec ce vin. Quelques vingtaines d'années plus tard, au début du , la première factoryUne factory était une association de facteurs ou agents de commerce à la vente. était fondée à Porto. Suivent d'autres feitorias implantées à Viana et à Lisbonne. Quand le Portugal retrouva son indépendance, en 1644, l'Angleterre avait pris des positions économiques telles dans ses ports que le pays était quasiment devenue sa colonie.
À partir de 1660, les négociants anglais tinrent le haut du pavé. Leurs bâtiments de commerce avaient mis en place un juteux trafic triangulaire concernant lEntre-Douro-e-Minho, pour ses vins, la Terre-Neuve, pour sa morue, et l'Angleterre, pour ses filatures. Et les propriétaires de vignobles de la région de Viana do Castelo troquaient même leur production contre des esclaves noirs.
Ils ne restèrent pas longtemps seuls à négocier sur place à Lisbonne, Porto et Viana. À partir de 1672, Louis XIV ayant envahi les Provinces-Unies, Les Hollandais se tournèrent vers le Portugal. Ils s'approvisionnèrent dès lors en vin blanc à Lisbonne, et en vin rouge à Porto. Ils remontèrent le Douro jusqu'à Lamego, limite des vignobles produisant le porto. Leur concurrence fut telle qu'en 1677, les négociants anglais installés sur place adressèrent un mémoire au Parlement de Londres pour supplier les parlementaires de baisser les taxes sur les vins portugais.
Cela n'eut qu'un temps et pour deux raisons. La première fut que le vin le plus recherché était celui des vignobles de Monção. Les relevés des registres commerciaux indique que c'était un vin blanc, produit à partir du cépage alvarinho et dans des vignes basses. La seconde fut déterminante. Après la taxation des vins français par Guillaume III d'Angleterre, en 1693, comme le port de Viana s'ensablait, les négociants en vins anglais préférèrent utiliser celui de Porto.
Période moderne vignette|Moine dégustant un priestport, azulejo du château de Saint-Georges à Lisbonne vignette|Le Marquis de Pombal, par Louis-Michel van Loo et Claude-Joseph Vernet, 1766
Peu avant sa mort, Guillaume III d'Orange, roi d'Angleterre, chargea l’ancien ambassadeur britannique John Methuen, riche négociant en textile, de passer des accords commerciaux avec les propriétaires de vignobles portugais. Les entretiens se tinrent à Lisbonne entre le marquis d’Alagrete, le duc de Cadavalet le plénipotentiaire anglais. Ils décidèrent que les tissus anglais pourraient pénétrer au Portugal sans restriction tandis que les vins portugais obtiennent une réduction des droits de douane du tiers par rapport à la concurrence française. Le ; le traité de Methuen fut ratifiés l’année par les gouvernements respectifs. Ce fut dès lors le début du commerce à grande échelle des vins de Porto, Mais la plupart étaient mal vinifiés et supportaient mal le transport. Rapidement, le choix se porta vers la production des monastères et ces vins furent revendus en Angleterre sous l'appellation priestport (porto des prêtes).
L'''Entre-Douro-e-Minho, province surpeuplée, fournissait, dans le même temps, nombre de migrants qui allèrent s'installer principalement au Brésil. Quand certains revinrent, fortune faite, ils ne manquèrent pas de se faire édifier de superbes demeures et d'acheter terres et vignes qu'ils firent mener par métayage. Dans le même temps, la noblesse abandonna l'exploitation directe, ce qui augmenta l'émiettement des exploitations et terres agricoles.
Cette situation perdura durant les et . La pratique des petites exploitations, incita les grandes maisons seigneuriales - les manoirs du Minho - à lotir leurs vastes propriétés dont l'exploitation fut, dès lors, confiées à des métayers. Les quelques derniers grands vignobles d'une pièce, en pâtirent, furent arrachés et replantés sur les abords de terres.
Le tremblement de terre qui détruisit Lisbonne, en 1755, allait changer le cours de l'économie viti-vinicole du Portugal. Le marquis de Pombal, premier ministre, pour financer la reconstruction, créa des compagnies qui obtenaient le monopole d'une activité commerciale. Ce fut le cas de la « Compagnie générale d'agriculture et de viticulture du Haut-Douro », fondée en 1756,
Entrée dans l'histoire sous le nom de « Compagnie vinicole du Douro », elle reçut les pleins pouvoirs et prit le contrôle du commerce du porto. Il y eut désormais deux types de vins : le ramo, pour la consommation au Portugal et au Brésil, le feitoria, de meilleure qualité, pour les Anglais. Le marquis, ce faisant, venait de briser le monopole anglais sur les vins de son pays. Désormais, le porto, tout comme le madère, fut viné par adjonction d'alcool. Ils tendaient dès lors, tous deux, à prendre leurs caractéristiques définitives et obtinrent un grand succès, tant en Angleterre qu'aux nouveaux États-Unis qui sortaient à peine de la guerre de Sécession.
Si les Anglais appréciaient le nouveau porto, son négoce en avait perdu la maîtrise. Il y eut une première tentative en 1809 de regagner du terrain. Lors de la bataille de Porto, face aux troupes françaises, l'armée anglaise reprit Factory House. Napoléon vaincu, l'Angleterre revint avec ses négociants. Leur présence fut telle qu'en 1820, un mouvement nationaliste portugais vit le jour pour réduire leur influence. Comme cela empirait, en 1852, les miguelistes, partisans de Don Miguel, le futur dictateur, s'emparèrent des vignobles du Haut-Douro et firent sauter à Porto la Douro Wine Company.
Période contemporaine vignette|Vignes à Cancelos de Baixo. La destruction des régions de culture par le mildiou et le phylloxéra déstabilisa la production de vin. Jusqu'alors considérée comme réservée à la consommation de ménage, la production de vinho verde commença à être organisée dès le début du . Le législateur fit une première délimitation de la zone de production le , elle fut décrétée et passa dans les faits octobre de la même année. Puis le , un décret-loi définit le statut particulier de la région et précisa ses limites géographiques actuelles. Dès lors, la « Commission de Viticulture de la région des Vinhos Verdes » fut chargée de faire appliquer cette réglementation. Mais en 1930, la législation sévère de Salazar, tout en attribuant un certificat d'origine aux vins (selo de origem), interdit la création de vignobles et ne les autorisa que pour délimiter les domaines, a interrompu la tradition du vin de Monção.
La fin de la dictature, grâce à la révolution des œillets et l'ouverture vis-à-vis de la communauté européenne permit la renaissance de la viticulture portugaise.
Géographie Géologie
Orographie vignette|Terrasses viticoles de la vallée du Douro