vignette|L'astronaute noire Mae Jemison, la première femme noire dans l'espace. Le terme Noir est employé, dans le langage courant, pour désigner une personne caractérisée par une couleur de peau foncée, appartenant à une prétendue « race noire » ou « mélano-africaine » par opposition aux Blancs et aux Jaunes..
Les études scientifiques, fondées depuis le milieu du sur la génétique, ont affirmé que le concept de race n'est pas pertinent pour caractériser les différents sous-groupes géographiques de l'espèce humaine, car la variabilité génétique entre individus d'un même sous-groupe est plus importante que la variabilité génétique moyenne entre sous-groupes géographiques... Le consensus scientifique actuel rejette en tout état de cause la présence d'arguments biologiques pour légitimer la notion de race...
En français, le terme Noir remplace le terme connoté , devenu péjoratif et considéré offensant (voir Histoire du terme « nègre »).
Définition, synonymes et usages
gauche|vignette|Achille Mbembe, l'auteur du livre Critique de la raison nègre. Basée sur la pigmentation de la peau, la catégorie « Noir » n'a pas de définition formelle et objective. Au début du , alors que les théories raciales étaient très répandues, ce terme était associé à la notion de « race noire » et désignait des individus à la couleur de peau plus ou moins foncée, souvent aux cheveux noirs et aux yeux brunsAtlas marenches 1988., originaires d'Afrique subsaharienne et dans une moindre mesure d'Asie du Sud et d'OcéanieLa Géographie par l'image et la carte, pour la section préparatoire et les classes enfantines, Librairie générale (vers 1915) : . Aux , des anthropologues tentaient de définir une « race noire ». Ce terme est également utilisé par les législations des États qui pratiquent une discrimination basée sur une distinction entre races.
La pertinence de la classification de l'humanité en un certain nombre de « races » est aujourd'hui contestée et débattue par les scientifiques, notamment à partir des recherches génétiques. Alberto Piazza en 1997, Craig Venter en 2000Natalie Angier, , , . et Tony Fitzpatrick en 2003 affirment qu'il est impossible de diviser l'humanité en races, ta, , Richard Lewontin et Mary-Claire King affirment que le génome d'une personne permet d'identifier « la zone géographique d'où ses ancêtres sont issus », qu'ils appellent « race » en anglais. Les chercheurs précisent que cette « ascendance géographique » ne recouvre pas le cloisonnement racial que prétend définir l'acception ordinaire du mot « race » ; elle rend compte de l'hétérogénéité génétique des origines familiales des individus.. Le terme de race demeure cependant d'un emploi courant dans certaines langues, notamment l'anglais.
L'expression mélanoderme (du grec , noir, et , peau) a pu également être employée dans le cadre de discours prétendument scientifiquesSur la non-scientificité de ces discours, voir Schaub (Jean-Frédéric), Pour une histoire politique de la race, Paris, Seuil, 2015, sq. et d'argumentaires racistes« Leucoderme, mélanoderme », Libération, .. Le terme « noir » lui-même, employé pour désigner une personne par la couleur de sa peau, peut parfois être perçu comme une injure raciste. La journaliste Tania de Montaigne décrie le terme « noir » et affirme que « les Noirs n'existent pas »Tania de Montaigne, L'Assignation. Les Noirs n'existent pas, Grasset, Paris 2018, 93 p..
Évolution sémantique vignette|Maures jouant aux échecs, illustration extraite du Libro de los juegos, 1283. Au Moyen Âge, le soldat noir des Sarrasins, l’« homme à la face de mûre » est appelé « Maure »..
À la Renaissance, les Portugais appelleront « nègres » (de l'espagnol , ) les Africains qu'ils ramèneront au-delà du Ras Nouadhibou et qu'ils réduisent en esclavage. En 1529, le substantif « nègre » et son équivalent féminin « négresse » entrent dans le vocabulaire français. Ce terme va coexister avec le substantif « Noir » (qui jusqu'au peut aussi désigner simplement une personne aux cheveux noirs). Au , « nègre » devient péjoratif puisqu'il devient synonyme avec « esclave ». « Noir », au contraire, désigne les Africains n'ayant pas subi l'esclavage et il est beaucoup plus neutre..
Lors de la Révolution française, l'expression « homme de couleur » est formée pour servir de litote au terme « Noir ». Ce terme va toutefois s'élargir progressivement pour finalement désigner tous les non-blancs ou « basanés ».
Au , lors de la colonisation européenne de l'Afrique, les mots « nègre » et « noir » sont employés d'une manière interchangeable pour désigner les habitants de l'Afrique Noire puisque le travail forcé s'est substitué à l'esclavage.
Dans les années 1930, un courant littéraire dont les représentants les plus connus sont le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Martiniquais Aimé Césaire, a entrepris de valoriser l'« appartenance noire » par l'usage du terme « nègre » et en inventant le néologisme « négritude ».
Aux États-Unis d'Amérique, le terme raciste (« nègre ») est une appellation particulièrement injurieuse héritée de la Ségrégation raciale. Certains Afro-Américains utilisent le mot afin de faire un retournement du stigmate, par exemple le groupe gangsta rap : . En France, une tendance comparable s'accentue. Ainsi il n'est pas rare que des jeunes utilisent les termes négro ou renoi (verlan de « noir ») dans un but revendicatif. Ceci peut également s'expliquer par le fait qu'en France les groupes de jeunes sont souvent cosmopolites à l'inverse de ceux des États-Unis. Dans le cas présent, ces expressions sont utilisées dans un but distinctif, et pas seulement par les jeunes Noirs.
Le mot est un anglicisme épicène (on dit « une Black »), introduit dans le langage français dans les .
À La Réunion, l'expression « mon noir » prononcée « mounoir » a fini par s'employer familièrement au sens de « mon vieux » sur un ton amical et sans que l'interlocuteur soit forcément noir.. Un livre de recettes culinaires réunionnaises dû à Nicole Carrère (Nouvelle imprimerie dionysienne, 1978) s’appelle précisément Gout'ça, mounoir (« Goûte ça, mon vieux »). upright|vignette|La Négresse, May Alcott Nieriker, 1879.
Usages contemporains vignette|upright=1|Yan Barthelemí, boxeur cubain.
En Amérique du Nord, des pays comme les États-Unis et le CanadaExemple d'utilisation du terme noir et race noire sur le site officiel de statistiques du gouvernement canadien. utilisent le terme dans un but de classification statistique. Certains pays européens comme le Royaume-UniExemple d'utilisation des couleurs de peau sur le site des statistiques gouvernementales au Royaume-Uni. également. Les États-Unis ont fini par lui substituer officiellement le terme d'Afro-Américain () principalement à la suite du mouvement afro-américain des droits civiques. L'usage du terme , y compris par les Noirs américains eux-mêmes, demeure néanmoins très courant. Le terme noir est également couramment utilisé dans la langue française par les intéressés, y compris dans le choix d'appellations communautaires, comme dans le cas du Conseil représentatif des associations noires de France.
Ce descriptif par la couleur de peau est également utilisé dans la plupart des pays d'Europe et au Canada dans un cadre criminologiqueExemple d'utilisation du terme race noire et race blanche sur le site officiel du service correctionnel canadien. (localisation de personnes disparues, de témoins ou de suspects) pour répondre à un besoin d'identification par une description physique énoncée oralement (de la même façon, le terme Caucasien est employé au Canada pour décrire oralement un individu dont la peau est de couleur blanche).
En France
La France héberge, du fait de son histoire et de sa géographie, une importante population . Toutefois, celle-ci est bien moins homogène qu'aux Etats-Unis, puisqu'elle se compose à la fois de descendants d'esclaves des colonies et territoires d'outre-mer (les créoles des Antilles et cafres de la Réunion, par exemple), d'Africains issus de la colonisation, d'Africains issus de l'immigration . Toutes ces populations sont par ailleurs infusées de métissages parfois anciens qui complexifient d'autant plus leur éventuelle délimitation. Enfin, l'absence de statistiques ethniques en France limite les données exploitables. .
Cette grande complexité à parler des en France a notamment servi de base scénaristique au film Tout simplement noir (de Jean-Pascal Zadi et John Wax, 2020), qui illustre la distance qu'il y a entre des personnalités comme Claudia Tagbo (comédienne ivoirienne naturalisée française), Omar Sy (comédien français né à Trappes de parents sénégalais et mauritaniens), Lucien Jean-Baptiste (comédien martiniquais), JoeyStarr (né à Paris de parents martiniquais issus d'un métissage afro-caribéen, breton et chinois), Éric Judor (né d'un père lui-même métis de Guadeloupe et d'une mère autrichienne) ou encore Vikash Dhorasoo (footballeur franco-mauricien d'origine indienne télougoue)..
Aux États-Unis
vignette|upright=0.8|Harriet Tubman, une esclave afro-américaine fugitive, abolitionniste et « ravisseuse » du chemin de fer clandestin. vignette|Michelle Obama, première première dame afro-américaine (2009-2017). Lorsque les Africains étaient déportés en Amérique, les groupes culturels ou sociaux étaient mélangés et les colons ne connaissaient généralement pas ces différences. De nouvelles cultures et identités complexes mélangeant les éléments de différents groupes africains et de la culture européenne apparurent, comme les Black churches et le . Les registres de Louisiane montrent que les colons français et espagnols gardaient des traces plus complètes des identités des Africains incluant l'ethnie et le nom tribalGwendolyn Midlo Hall, Africans in Colonial Louisiana: The Development of Afro-Creole Culture in the Eighteenth Century, Louisiana State University Press, 1995, 434 pages..
En , la Grande-Bretagne, qui contrôlait largement l'Atlantique, déclara la traite négrière illégale. (L'interdiction ne prit effet que le , car la Constitution des États-Unis protégeait la traite négrière dans l'article I, section 9).
À ce moment-là, la plupart des Noirs aux États-Unis y étaient nés. Le terme « africain » devint donc problématique. . Ils pensèrent aussi que cela donnerait raison à ceux qui luttaient pour un retour des Noirs en Afrique. En 1835, les leaders noirs appelés « Noirs américains » retirèrent le mot « africain » et le remplacèrent par « nègre » ou « Américain de couleur ». Quelques institutions décidèrent de garder leur nom historique, comme l'église épiscopale méthodiste africaine. Les Afro-Américains ont utilisé les termes « nègre » ou « de couleur » pour se désigner, jusqu'à la fin des années 1960James T. Campbell, African American Journeys to Africa, .
vignette|upright=0.8|Martin Luther King, chef de file de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis.
Dans son discours I have a dream de 1963, Martin Luther King utilise le mot nègre quinze fois, et le mot noir, quatre fois. À chaque fois qu'il utilise le mot « noir », c'est pour faire une construction parallèle avec le « blanc », par exemple « les hommes noirs et les hommes blancs ».
Avec le succès des mouvements afro-américains des droits civiques, un nouveau terme était nécessaire pour briser les liens avec le passé et aider à retirer les rappels de la discrimination légale. À la place de « nègre », les activistes promurent l'utilisation du mot « noir » comme affirmation de fierté, de militantisme et de pouvoir. L'un des exemples les plus connus est le terme Black Power utilisé par Kwame Toure (Stokely Carmichael) et la chanson du chanteur James Brown Say It Loud – I'm Black and I'm Proud ().