Le château de Chanteloup était un château du situé dans la vallée de la Loire, plus précisément dans les hauteurs de la ville d'Amboise (Indre-et-Loire), qui fut construit pour le compte de la princesse des Ursins, puis fut considérablement embelli et agrandi par le duc de Choiseul, ministre de Louis XV.
Détruit avant 1830 par des marchands de biens, il ne reste du domaine de Chanteloup que la pagode de Chanteloup et son parc, monument historique, édifié par Louis-Denis Le Camus pour le compte du duc de Choiseul en 1775, et ouvert à la visite depuis la fin des années 1990 par la famille André.
Historique
Au XVIIe siècle
Au XVIIe siècle, la terre de Chanteloup appartint à la famille Le Franc, qui la vendit en 1695.
Au XVIIIe siècle
1708 : Jean Bouteroue d'Aubigny thumb|gauche|Chanteloup- Plan géométral, 1761 – Bibliothèque municipale Tours (Grateau 2015 p. 70, détail)
Le , Jean Bouteroue d'Aubigny, écuyer, conseiller-secrétaire du Roi, achète la seigneurie de Chanteloup à Louis Le Boultz, grand-maître des Eaux et Forêts de France au département de Touraine, Anjou et Maine. Le domaine comporte alors un manoir composé d'un corps de logis, deux tours, une chapelle, un colombier, des dépendances et un jardin.
Secrétaire et proche de la princesse des Ursins, Jean Bouteroue d'Aubigny est aussi le neveu de Claude Bouteroue d'Aubigny, intendant de la Nouvelle-France de 1668 à 1670.
Jean Bouteroue d'Aubigny entreprend en 1711 la construction d'un nouveau château à Chanteloup, où il meurt en 1732. Cette demeure est construite sur deux niveaux, suivant un plan en "U", accompagnée d'une orangerie monumentale, de dépendances, et entourée d'un parc, comportant des parterres et bassins à jeux d'eau.
Elle est principalement décorée par Henri de Favanne. La construction est attribuée (sans preuves) à l'architecte Robert de Cotte.
La fille de Jean Bouteroue d'Aubigny, Adélaïde Jeanne (1717-1746), épouse en 1733 Louis de Conflans, marquis d'Armentières (1711-1774), lieutenant général des armées du Roi en 1746, qui sera fait maréchal de France en 1768.
1761 : acquisition par le duc de Choiseul
Le , le marquis d'Armentières vend le château de Chanteloup à Etienne François de Choiseul, duc de Choiseul, gouverneur de la Touraine et principal ministre de Louis XV entre 1758 et 1770.
Le duc de Choiseul fait considérablement étendre et transformer le château et son domaine à partir de 1761cf Site officiel.Grâce à lui, Chanteloup devient une magnifique résidence de campagne, entourée de beaux jardins, qu'on n'hésite pas à comparer à Versailles.
Le corps de logis principal du château n'est que légèrement modifié, mais ses dépendances et son parc sont considérablement étendus.
L'architecte du duc de Choiseul, Louis-Denis Le Camus, prolonge le corps de logis à chacune de ses extrémités par un portique de colonnes toscanes menant à un pavillon quadrangulaire couvert en terrasse. Le pavillon Est est aménagé pour les bains, celui de l'ouest en chapelle. Il procède aussi à des aménagements intérieurs et édifie de vastes communs, organisés autour de trois cours.La façade sud comportait deux ailes en retour, la façade nord étant presque rectiligne.
L'accès principal, au nord, est précédé d'une ample avenue, longue d'environ 1300 m. et large d'environ 55 m., qui le relie directement à la Loire. Cette avenue s'achève sur une grille d'entrée cantonnée par deux pavillons, dont l'un subsiste aujourd'hui. De nouveaux parterres sont dessinés.
Au sud, une autre perspective, face au château, était limitée par la forêt, dans laquelle s'ouvraient des allées en éventail.
En 1764, le duc de Choiseul (-Stainville) est fait duc de Choiseul (-Amboise) : son duché est transféré de sa terre familiale de Stainville, dans le Barrois, à celle de Chanteloup et Amboise, en Touraine.
L'aspect du domaine à cette époque est connu, notamment, par les miniatures de l'une des deux tabatières Choiseul, exécutées vers 1767 par Louis Nicolas van Blarenbergue.
Disgracié en 1770 en raison de sa trop grande proximité avec les parlements et de son opposition, parfois publique, à la politique du roi, ainsi que de ses quolibets sur Mme du Barry, nouvelle favorite du roi, le duc de Choiseul doit se retirer au château de Chanteloup sur ordre du roi jusqu'à la mort de ce dernier en . Son exil est adouci par les nombreuses visites qu'il reçoit de toute l'Europe, tenant une véritable cour et donnant de fastueuses réceptions.
thumb|center|upright=2|Plan du château et du parc de Chanteloup - btv1b55011001s
Choiseul continue alors l'aménagement de son domaine, avec l'objectif d'en rendre plus confortable le séjour en hiver et de valoriser son exploitation agricole.
Le , c'est encore l'architecte Le Camus qui signa sur place un marché, pour la construction du château de Leugny à Azay-sur-Cher (Indre-et-Loire).
Les travaux, effectués à Chanteloup sous la direction de l'architecte du duc de Choiseul, Louis-Denis Le Camus, se terminent par la construction de la pagode, entre 1775 et 1778 avec l'aménagement d'une partie du parc en jardin anglo-chinois, laissant les Choiseul dans une situation financière délicate.
Après la mort de Choiseul en 1785, les créances, entre autres du menuisier tourangeau Thomas Bodin à qui le fleuriste du château avait commandé des caisses pour les orangers, et de Jacques-Joseph Duquesne, ingénieur au château depuis 1779, qui mentionne l'intervention d'un plombier ayant fourni des bronzes pour la letterie et le Rocher et les ouvriers qui mirent en place le nouveau bosquet vert, furent enregistrées au bailliage d'Amboise.
1786 : acquisition par le duc de Penthièvre
Le le domaine est vendu au duc de Penthièvre, qui l'ajoute à une panoplie d'autres domaines : le château de Chanteloup ne sera plus habité que par intermittence.
1793 : à la Révolution
À la mort du duc de Penthièvre, en , le domaine est placé sous séquestre, puis restitué après thermidor (1794) à sa fille, la ci-devant duchesse d'Orléans. À la suite du coup d'état du 18 fructidor an V (), il est confisqué et devient bien national alors que la duchesse d'Orléans, restée jusqu'alors en France, est contrainte à s'exiler. Il est vidé de son mobilier, partiellement transféré au musée des beaux-arts de Tours, qui conserve depuis des dessins et des tableaux dont des Boucher peints pour Madame de Pompadour, une commode laquée de Demoulin, un grand bureau plat marqueté à cartonnier attribué à Simon Oeben.
Le , le domaine est vendu à Guillaume Barbier-Dufay, puis, faute de paiement, revendu le à Jean-Antoine Chaptal.
Jean-Antoine Chaptal
Jean-Antoine Chaptal (1756-1832), docteur en médecine et chimiste, est alors ministre de l’Intérieur de Bonaparte. Démissionnaire en 1804, il est nommé sénateur, puis devient pair de France (1814) et pair de France héréditaire (1819).
En 1808, il reçoit de Napoléon le titre de comte de l'Empire ; en 1809, un majorat assis sur le domaine de Chanteloup, d'une contenance de 295 hectares, est érigé pour fonder ce titre. En 1819, ce majorat est transféré sur la pairie héréditaire qui lui a été octroyée par Louis XVIII.
Chaptal cultive des betteravesVIEL Claude, Deux propriétaires terriens éminents : Lavoisier, dans le Blésois et Chaptal, en Touraine, Mémoires de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Touraine, Tome 8, 1995, p. 75-92 dans le parc pour produire du sucre mais, à la suite des difficultés rencontrées par son fils Jean-Baptiste-Marie, vicomte Chaptal de Chanteloup qui est un industriel spécialisé dans la chimie, il charge son homme d'affaires et fondé de pouvoir Baudrand de vendre terres et bâtiments à partir de 1823.
Louis-Philippe d'Orléans, petit-fils du duc de Penthièvre, hésite à racheter l'ensemble du domaine puis se contente de racheter, le , la pagode, avec 228 hectares de forêtL'acte notarié parisien daté du 18 mars décrit sommairement l'édifice et la pièce d'eau.
les ventes par lots s'accélèrent après la faillite prononcée de Baudrand, en 1827, et jusqu'en à 1829. N'ayant pas trouvé preneur, le corps du château est finalement vendu à un démolisseur appartenant à la Bande noire, association de marchands de biens et liquidateurs de grands domaines fonciers qu'ils dépècent pour en vendre les matériaux, et sous les directives des banquiers Prosper Enfantin et de Jacques Laffitte, devenus les principaux créanciers du fils ChaptalGeorges Kersaint, « Sur l'usine de Chaptal aux Ternes », in: Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, Paris, Bachelier, mars 1961, — lire sur Gallica.. La demeure est ainsi entièrement détruite en 8 semaines.
À la mort de Louis-Philippe, en 1850, sa fille la princesse Clémentine d'Orléans (1817-1907), épouse du prince Auguste de Saxe Cobourg Gotha hérite de la pagode et de la forêt.
En plus de la pagode, il ne reste aujourd'hui que le pavillon dit du Concierge et deux pavillons de l'avant-cour encadrant la grille, visibles sur le tableau reproduit ci-contre.
Le musée Hôtel Morin d'Amboise conserve un grand plan aquarellé encadré intitulé Environs de Chanteloup, où figure au centre le domaine.
Chanteloup aujourd'hui
La pagode thumb|La pagode. La pagode de Chanteloup, appartenant à une série de fabriques de jardin propres au , s'élève à la lisière de la forêt d'Amboise, au bord d'une vaste pièce d'eau demi-circulaire qui se prolongeait au sud par un grand canal aujourd'hui engazonné et formant un boulingrin..... Située au sud du château au sommet d'une colline, elle formait le point de rencontre entre sept longues avenues percées dans la forêt d'Amboise.
Véritable temple dédié à l'Amitié et la Reconnaissance aux Amis, elle fut construite entre 1775 et 1778 par Le Camus à la demande du duc de Choiseul, comme un tribut élevé à la fidélité de ceux qui, bravant le roi, venaient le visiter à Chanteloup durant sa disgrâce. L'inscription suivante, rédigée par l'abbé Barthélemy, l'un des hôtes habituels de Chanteloup à l'époque, y fut apposée :
"Ce monument, construit sur les dessins de Louis-Denis Le Camus, architecte, fut commencé le et achevé le . Sa hauteur est de 120 pieds et demi. Le dernier étage est élevé au dessus de la mer de 95 toises, 4 pouces.
Étienne François, duc de Choiseul, pénétré des témoignages d'amitié, de bonté, d'attention, dont il fut honoré pendant son exil par un grand nombre de personnes empressées à se rendre en ce lieu, a fait élever ce monument pour éterniser sa reconnaissance".
Devant l'absence de sources et les difficultés à recueillir des eaux de ruissellement, Choiseul fit venir de Valenciennes l'ingénieur hydraulique Pierre-Joseph Laurent, créateur des canaux, qui, afin d'amener les eaux de l'étang des Jumeaux, traça un canal à travers la forêt sur treize kilomètres. Ce canal fut détruit à la Révolution de 1789 pour récupérer le plomb du réseau des canalisations.
Cette construction, et l'aménagement d'un grand « miroir d'eau » en demi-lune terminé par un grand canal dans laquelle elle se reflète, achevèrent la transformation des jardins de Chanteloup ; elle fut destinée à des fêtes nocturnes.
Au premier étage, Choiseul aurait fait graver les noms de ses visiteurs sur des tables de marbre blanc, ensuite retournées face contre le mur aux dires du colonel Thornton, touriste anglais en 1802, et de l'architecte Fontaine, chargé en 1823 par le duc Louis-Philippe d'Orléans d'examiner la pagode foudroyée. En 1935, le résultat d'une éventuelle remise en place de ces tables fut jugé aléatoire par René-Edouard André, propriétaire du domaine.
Les pierres utilisées pour édifier la pagode proviendraient de l'un des châteaux de Louise Marie Adélaïde de Bourbon, fille du duc de Penthièvre et femme du duc Louis Philippe d'Orléans (Philippe Égalité), la Bourdaisière, à Montlouis, détruit en partie à la suite d'un caprice de Choiseul (ce château a été reconstruit sous la Terreur par Armand Joseph Dubernad).