Jemappes (prononcé ) est une section de la ville belge de Mons située dans la province de Hainaut en Wallonie. Toponymie Au cours du et du , Jemappes est attestée sous les formes Gamappium (lors d'un premier archivage en 1065) ; Gamapium en 1122 ; Gamapia en 1150..

Jemappes tirerait son nom de la situation spéciale qu’il occupe sur les rives de la Haine et de la Trouille. C’est en effet au centre de son territoire que les deux rivières se rencontrent.

On identifie deux racines indo-européennes : l'élément indo-européen gam, qui a été rapproché du grec gamein (marier) par DittmaierDas Apa-problem, Louvain 1955 et apia, apa, qui signifie 'eau', et qui serait un équivalent du latin aqua, 'eau', dans une langue propre au Nord-Ouest de l'Europe et qui ne serait ni celtique, ni germanique. Celle-ci, dénommée « vieil européen » (cf. Bloc du nord-ouest), aurait donné les terminaisons -ape, -appe, -eppe, -affe voire -ache, dans une zone s'étendant de la Normandie à l'Allemagne en passant par la BelgiqueFrançois de Beaurepaire, Les Noms des communes et anciennes paroisses de l'Eure, éditions Picard 1981. .. L’union des deux radicaux peut donc marquer « la double eau », « les deux eaux », c'est-à-dire « le confluent », ce nom s'expliquant par sa situation au confluent de la Haine et de la Trouille. Maurits Gysseling considère que ce composé est germanique et remonte en fait à un *gam-apja.

Dialectalement, cette forme est wallonne (avec ), les équivalents picards et normands étant Gamaches, Gamaches-en-Vexin et Guémappe, et l'équivalent néerlandais GempePour ce genre de convergences toponymiques normanno-picardo-wallonnes, voir aussi Verviers..

L'instabilité constante de la graphie : Jemmape, Jemappe, Jemmappes, Jemmappe, Jemapes, etc. explique la forme française qui conserve un m géminé, d'où la prononciation [ʒemap] avec é.

Géographie Localisation

Démographie

Sources : INS, Rem. : 1831 jusqu'en 1970 = recensements, 1976 = nombre d'habitants au 31 décembre. 1880: Scission de Flénu en 1870 1976: Fusion avec Flénu en 1971

Histoire vignette|Situation des Nerviens au 40 siècles auparavant, à Gamapia, il existait des carrières de silex au Campiau, au Mont Genestroit et à La Morette, c'est là qu'ont été retrouvés quelques outils en silex taillé de l'époque préhistorique tels que des haches, des pointes de fer et des grattoirs. Durant l'Antiquité, les Romains conquirent le territoire que les Nerviens de Gamapium avaient transformé, c'était la plus puissante des cinq tribus qui se partageaient la Belgique ancienne et elle vivait dans les parages de la Haine et de la Trouille avant de devenir un territoire de l'Empire romain jusqu'en 476 . La Pax Romana laissera d'ailleurs des fragments de céramique sigilléePièces découvertes lors de l'établissement d'un chemin de fer en 1857, des jattes à rebords, des cruches, une amphore, des médailles de bronze et des pièces de monnaie à l’effigie de l’empereur CommodeRaymond Mahieu (Jemappes - Archéologie - Histoire) Jean Godet - Hainaut, terre de Bataille. attestant ainsi l'existence d'habitations au .

Au Moyen Âge, Jemappes formait une seigneurie attribuée au comte de Hainaut à titre d'abbé séculier et haut avoué du chapitre de Sainte-Waudru en remerciement du soutien de Régnier de Hainaut lors des menaces d'invasion au Archives - Ville de Mons. C'est ensuite qu'il obtint rapidement un droit de propriété élevant Jemappes au rang de seigneurie dont l'autorité était exercée par un petit seigneur (un maïeur). En 1279, les archives stipulent que les 46 courtils qui y sont établis doivent fournir un demi-mouton au comte à la mi-mai de chaque année. Jemappes comptait environ 250 habitants et formait alors une mairie héréditaire qui appartint aux familles de la Motte, de Beaurieu, de Vertaing, de Griffon, de Masnuy, etc.

Progressivement, les Comtes du Hainaut appauvris durent vendre leurs terres, Jemappes fut retranché en fiefs et en domaines : Dormon, de la Motte, Bagenrieux et Le Louchier (ces deux derniers de Jéricho)Si Jemappes m"était comté - Arthur Leclercq (p9). La Charte de franchises et libertés de Jemappes date du .

- exploitation agricole C'est sur que s'étendait le village de Jemappes, voisin immédiat de Mons formant une sorte de défense car constitué de marais provoqués par les débordements constants des rivières dont les eaux se déversaient dans les terrains. Les marécages étaient un élément stratégique de défense et s'étendaient du Fonds des Reines jusqu'à Ghlin. En 1379, Albert de Bavière fit réviser la navigation fluviale sur la Haine et la Trouille en faisant exécuter les premiers travaux près des rives en vue d’assécher les marais qui provoquaient des inondations dévastatrices et qui étaient la préoccupation constante des autorités. Les hauteurs boisées se prolongeaient vers la forêt d'Eugies, le bois de Colfontaine et le bois de Flénu abritant une faune abondante, on pouvait y chasser des loupsTexte sur Jemappes - Montois-Cayaux 25/02/1965.

Le début des charbonnages En Europe, la houille est utilisée depuis le comme combustible pour le chauffage. À la fin du , l'exploitation de la houille sous la ville débute et apparaissent déjà des concessions de droit de charbonnage, des vieux documents parlent de "fosses de mort" exclusivement sous l'autorité du Comte de Hainaut qui en prélève une redevance. Après avoir décelé la présence de minerai, un seigneur accorde aux charbonniers le droit d'extraire la houille sous son terrain, des puits sont creusés jusqu'à de profondeur et surmontés de treuils.

On évacue par baquets et ensuite avec des pompes l'eau infiltrée dans la mine mais cela représente un réel danger. C'est vers le que certaines exploitations réussissent à moderniser les installations d'évacuation d'eau, par la pose de conduits d'exhaure et l'installation de baritelsAlain Jouret, Moulins à eau et pompes à feu : un ingénieux projet de récupération des eaux d’exhaure de charbonnages dans le Borinage, dans Mélanges d’histoire locale, Saint-Ghislain, Borinage, Haut-Pays (annexe au Périodique mensuel du Cercle d’histoire et d’archéologie de Saint-Ghislain et de la région), n° 2, avril 1990, p. 1-5, ill.. En 1754, Nicolas-François de Behault fait installer à ses frais une des premières machines à feu du Hainaut, pour réaliser l'exhaure aux charbonnages d'Auflette et de l'Horiau.

Les petites mines de houilles se multiplient alors dans la région, les fosses "Griffon", "Moulin à vent", "Jean Monnecoy" et de "Mourette". Ensuite, les fosses "Horbette", "Damien", "Gillet", "Grande Pucelette", "Petite Pucelette", "Veine à Manches", à "Cayaux", "Veine du Renard", "Dure Veine", "Grand Buisson", "Hostenne" et la dernière créée en 1774 la "Belle et Bonne" (dont la concession date du ).. Les exploitations plus grandes se forment aussi "La Grande Auflette", la "Sorcière", "Rattend-tout", le "Grand Moulin", la "Veine à Forge" et "Les Rouges Veines". En 1866, Flénu est un hameau industriel de Jemappes, mécontents de la fiscalité Jemappienne, les dirigeants des houillères introduisent une demande de séparation.

1691 - La guerre de Neuf Ans Lors de la Guerre de la Ligue d'Augsbourg en 1691, les Français occupent toutes les avenues qui aboutissent à Mons. C'est au matin du qu'arrivent à Jemappes les premiers chariots transportant les munitions d’artillerie, le lendemain, pour faciliter leurs communications entre Mons et Nimy, les Français détournent la Trouille pour empêcher les assiégés de provoquer des inondations protectrices.

1792 - La bataille de Jemappes

La bataille de Jemappes du fut gagnée par les armées de la France révolutionnaire aux ordres du général Charles François du Périer dit Dumouriez contre celles des Autrichiens commandées par le duc autrichien de Saxe-Teschen et des généraux belges Clerfayt et Baulieu : les portes des provinces belgiques sont ouvertes à la Révolution. Celles-ci repasseront sous contrôle impérial après la bataille de Neerwinden (1793).

Cette bataille fit ( et )Si l'Histoire Boraine m'était comtée, Raymond G.W. Mahieu (page 192). Elle se déroula le long de la vallée de la Haine depuis Elouges, Boussu, Hornu, Quaregnon, Jemappes, Cuesmes et Ciply.

En 1795, après le retour des Français et l'annexion de la Rhénanie et des Pays-Bas autrichiens, la bataille donne son nom au département de Jemmapes formé approximativement de l’ancien Hainaut, ayant pour chef-lieu Mons et pour sous-préfectures Tournai et Charleroi.

À Jemappes, avant la première guerre, on voyait au chemin des Mal-Peignés (près du cimetière du Campiau-Flénu) une levée de terre autrichienne, une redoute de deux mètres de haut, vestige de la bataille. Depuis les transformations de la butte du Campiau, les vestiges ont été balayés, certaines fosses boraine auraient d'ailleurs pu servir de sépultures aux soldats tués lors du conflit, il s'agit des fosses du Turlupu situées face au cimetière de Flénu et du 20 des produits près de la rue de la fonderie à Quaregnon.

La ferme du Moulin thumb|right|Ferme de la marmite (Avenue Wilson) Aujourd'hui disparu, le site était jadis à cheval sur Cuesmes et Jemappes délimité par la Trouille. La rive gauche était située sur Cuesmes et la rive droite sur Jemappes. Il s'agit du site de la Ferme du Moulin (ou de la Marmite) avec l'ancienne écluse de la Trouille dite aussi "barrage de la Trouille". Avant le détournement de la Trouille, au début du , l'affluent de la Haine passait par une arche visible sur la gravure de la bataille de Jemappes ci-contre.

1830 - Dans la Belgique indépendante Le à du matin, une émeute éclate sur la place de Jemappes à cause du règlement des houillères (faisant un mort). En , une grève de deux semaines est déclenchée par les mineurs de Belle-et-Bonne, des Produits et du Haut-Flénu contre la réduction des salaires, l'interdiction des cabarets et la suppression des livrets et se termine le .

En 1857, Jemappes fut le théâtre d'émeutes particulièrement violentes à la suite du vote de la « loi des couvents » par une chambre majoritairement catholique. Les opposants à la loi manifestaient alors violemment dans tout le pays (Bruxelles, Anvers, Gand, Liège), mais c'est à Jemappes que l'incident le plus grave eut lieu : les manifestants saccagèrent puis mirent le feu au couvent de frères de la doctrine chrétienne et les religieux durent s'enfuir pour échapper à la colère populaire.

Fin du , les Jemappiens sont montés vers Mons avec des fourches pour protester contre le statut de l'ouvrier. Ils ont été reçus par la garde civique montoise à la hauteur du Pont-Canal, à proximité de l'actuel rond-point des Grands-Près. Fourches contre fusils, l'on comprend aisément qui a gagné... Cette émeute fratricide a donné son origine à la haine ancestrale des Jemappiens envers les Montois, estompée de nos jours avec les jeunes générations. Elle a souvent été matérialisée par des inscriptions brancardées dans le village telles que « Nuts à Mons ! » (surtout lorsqu'on a parlé de la fusion des communes) ou le célèbre « Vive d'Jumap', à-bas les Montois! » dont une chanson a été écrite et qui est encore chantée dans les milieux ou familles de Jemappiens purs et durs, encore une fois, rarement âgés de moins de 50 ans…

1869 - Les laminoirs de Jemappes En est créée la société des Laminoirs, forges et fonderies de Jemappes par Victor Demerbe afin d’y pratiquer le puddlage.

En 1873 une puissante explosion détruit six tours provoquant la mort de quatorze hommes sous les débris de la construction. À l’époque cette industrie faisait figure de proue en matière d’affinage du fer, elle employait jusqu’à six cents personnes et y développa en 1884, un affinage de la fonte brute sous forme de billettes pour en extraire l’acier, Procédé Thomas-Gilchrist.