Cos est un groupe belge de rock progressif fondé à Bruxelles en 1974 autour de Daniel Schell et Pascale Son. La composition du groupe évolue fortement au fil du temps. Chaque album possède son propre univers, mais le style peut être rapproché avec divers sous-genres du rock progressif, à savoir l’École de Canterbury, le Krautrock et le Zeuhl.
« Cos » est un mot qui existe dans bien des langues et peut désigner diverses choses. Par exemple, il peut faire référence à l'île grecque qui a été témoin d'événements mythologiques. Néanmoins, ce terme fait spécialement référence au lincos (lingua cosmica), cette langue construite par Hans Freudenthal dans son ouvrage Lincos: Design of a Language for Cosmic Intercourse (1960), dédiée à la communication avec des vies extraterrestres. Le groupe Cos travaille d'ailleurs sur sa propre version du lincos en associant du vocabulaires de plusieurs langues européennes, qu'il intègre dans ses compositions.
Historique Classroom Les prémices de Cos se trouvent dans Classroom, groupe fondé par Daniel Schell (guitariste) en 1967 avec Guy De Bruyne (batteur), Jean-Pierre Destrée (vibraphoniste, pianiste) et Martial Van Hille (bassiste)Spécial, "Jazz Juste", 1er mai 1968.. Certains de ces musiciens sont issus du Big Band de Jazz de l'Université Libre de Bruxelles (alors sous la direction de Robert Ledent). Cette première mouture joue un jazz électrifié teinté de rock, à l'instar du jazz canterburienLivret de COS, Postaeolian Train Robbery, Musea Records, FGBG 4028.AR, 1990.. Cette jeune formation se fait remarquer à plusieurs festivals, dont celui de Zurich en , celui du Brabant en , à Vienne en et à Yvoir en La Monde du Travail, "Une manière d'aimer le Jazz", 23 mai 1973..
À la fin de la décennie, Jean-Pierre Destrée et Daniel Schell étudient un master en sciences informatiques à l'Université de Londres. Durant ce séjour, ils continuent de se produire dans les clubs londoniens et font la connaissance de Pascale de Trazegnies. La première mouture de Classroom cesse définitivement ses activités à l’aube de l’année 1970, lorsque Jean-Pierre Destrée et Daniel Schell sont conviés par l’État pour réaliser leur service civil.
Classroom reprend du service à la fin de l’année 1970, toujours derrière cette base composée de Jean-Pierre Destrée et Daniel Schell. Les deux musiciens sont rejoints par Jean-Lou Baudoin (bassiste)., Robert Pernet (batteur) et Pascale de Trazegnies (vocaliste, guitariste, hautboïste). La musique de Classroom est entièrement composée par Daniel Schell et propose un subtil mélange de jazz avec une touche de rockJuke Box, "A la Grand'Place", septembre 1972.. L’une des particularités de Classroom est la voix de Pascale de Trazegnies, parfois enfantine et claire, parfois sensuelle et éthérée. C’est grâce à cette voix qu'on lui attribue le pseudonyme de Pascale « Son ». Son apport ne se limite pas à ses talents vocaux (Classroom était purement instrumental avant sa venue) et d’instrumentiste, mais également à sa présence scénique.
Tout en poursuivant leurs activités avec Classroom, Jean-Pierre Destrée et Daniel Schell continuent leur formation musicale. Ils découvrent les sonorités de compositeurs comme Bela Bartok, Carl Orff et Günther Schuller et des artistes tels que Jimmy Giuffre (clarinettiste, flûtiste, saxophoniste), Jim Hall (guitariste) et le groupe Magma. C’est également durant cette période que Daniel Schell se lance dans l’apprentissage de la clarinette, de la flûte et du saxophone.
Classroom participe, à de nombreuses reprises, tant à des concerts qu'à des festivals, en Belgique comme à l'étranger. Il est assisté au début des années 1970 par le manager Marc Haulot. Au cours de l'année 1972, le groupe se produit notamment en première partie de Magma au Festival du Château de Steenhault et joue aux côtés de Magma et Placebo (groupe de Marc Moulin.) sur la Grand-Place de Bruxelles. C'est durant ces événements que les musiciens de Classroom se lient d'amitié avec ceux de Magma et spécialement avec François Cahen et Jeff Seffer (ils fondent Zao en 1972). La même année, Classroom se produit au Pol's Jazz Club de BruxellesBelgian Business, "Chez Pol", mars 1972. et au Festival de la Jeunesse, organisé durant les fêtes de Noël par Marc HaulotMarie-Claire, "Le Festival de la Jeunesse", décembre 1972..
Classroom est remarqué par Jean Huysmans, ancien bassiste des Cousins (qui a connu une certaine popularité mondiale grâce à Kili Watch dans le courant des années 1960). Ce dernier travaille pour la firme CBS et désire faire enregistrer cette jeune formation prometteuse. Les musiciens sont invités à passer une journée aux Studios Madeleine de Bruxelles afin d'enregistrer plusieurs morceaux, dont Achille, Sur Deux et L’Admirable Amas Cellulaire Orangé. Néanmoins, CBS n'utilisera pas ces enregistrements.
En 1973, Jean-Lou Baudoin quitte la formation. Il est remplacé par Jean-Paul Musette (qui a notamment joué au sein de Waterloo). La musique de Classroom évolue perpétuellement, gardant toujours sa base de jazz en y intégrant de nouvelles influences et de nouveaux procédés compositionnels. Durant toute cette année 1973, les musiciens jouent aux côtés d'Ange, Magma, Claude NougaroLa Libre Belgique, "Claude Nougaro 1973", 16 mars 1973., Catherine Ribeiro, Troc. Fin 1973, c'est au tour de Jean-Pierre Destrée et de Robert Pernet de quitter la formation. Le premier est remplacé par le pianiste Charles Loos., dont la popularité est déjà importante à l'époque, alors que le deuxième est brièvement remplacé par Félix Simtaine. pour ensuite être suppléé par Jean-Luc Van LommelBonne Soirée, "Zao et Cos / Les circuits marginaux", 28 avril 1974..
Durant cette période, Classroom déserte de plus en plus le jazz pour se diriger vers un rock teinté de jazz, à l’instar de formations comme Can (Allemagne), King Crimson (Angleterre), Magma (France) et Zao (France). C’est à cette époque que Daniel Schell se lie d’amitié avec moult musiciens proches de la scène progressive belge, tels que les membres d'Arkham (Patrick Cogneaux, Daniel Denis et Jean-Luc Manderlier). et de Pazop (Dirk Bogaert, Jacky Mauer et Frank Wuyts).
En 1974, au vu des changements artistiques du groupe, Classroom devient CosSalut les Copains, "Cos", , mai 1974..
Postaeolian Train Robbery Les débuts de Cos sont marqués par plusieurs changements internes. C'est au cours de ses débuts scéniques que le groupe est soutenu par le saxophoniste Pietro Lacirignola. Sa collaboration avec Cos se limite à quelques concerts ainsi qu'une aide apportée en studio. Peu de temps avant que le premier album ne voie le jour, Jean-Paul Musette et Jean-Luc Van Lommel décident de quitter le groupe dans le dessein de se rediriger vers un jazz plus conventionnel. Un nouveau bassiste est rapidement trouvé en la personne d'Alain Goutier. Cependant, la formation peine à dénicher le batteur idéal.
C'est également durant cette année 1974 que Cos est assisté par le manager Daniel Michiels. Ce dernier va jouer un rôle relativement important dans la carrière du groupe en le présentant à Patrick Stroobants, producteur amateur. Intéressé par la musique que proposent ces jeunes Belges, Patrick Stroobants co-produit avec eux leur premier album. Il finance des sessions d'enregistrement dans les studios Start, à Buizingen (fondé par Sylvain Tack en 1968), auprès de l'ingénieur du son Michel Barez. Pour les besoins musicaux, Cos fait appel au batteur Robert "Bob" Dartsch et au percussionniste Steve Leduc.Postaeolian Train Robbery sort en octobre 1974 sous le label fondé par Patrick Stroobants, Plus Records (il fera néanmoins faillite quelques mois plus tard). La pochette est réalisée par Jef Winnepenninckx (qui a déjà travaillé avec Mad Curry et Rum).
Musicalement, certains morceaux de Cos sont proches de ce que Magma et Zao produisent à cette même époqueLe Soir, "Swiss Chalet à l'écran : Cos explore l'opérette conceptuelle", 18 mai 1980.. Les Belges gardent cependant leur héritage jazz développé au sein de Classroom, teinté d'humour et des développements harmoniques et modaux de Daniel Schell. Le groupe se démarque également grâce aux talents vocaux de Pascale SonMore!, "Postaeolian Train Robbery par Cos", vol. 2, , p. 7.. Les influences rock sont représentées par Alain Goutier, qui maintiendra cette dimension au sein de Cos jusqu'à son départ à la fin des années 1970. Charles Loos, par son expérience acquise au Berklee College of Music de Boston, fait office de directeur artistique.Postaeolian Train Robbery est marqué par de nombreux changements de modesEn Attendant, « Cos : la musique de Daniel Schell », vol. 1, , décembre 1978, p. 23. : la plage éponyme est écrite dans le mode Éolien, « Coloc » utilise le mode Locrien, « Amafam » le mode Dorien, etc. Les rythmes sont influencés par la musique indienneLa Libre Belgique, "Cos", 3 février 1975..
L'album est remarqué par Marc Moulin qui le passe régulièrement dans ses émissions radiophoniques (spécialement King Kong). Il se vend à quelque 2000 exemplaires, ce qui permet à Cos de se forger une réputation en Belgique et de tourner activement dans plusieurs pays (Allemagne, Belgique, Espagne, France). Le groupe jouit de l'aide du promoteur Victor Grau pour sa tournée espagnole.
Jacky Mauer (ex-batteur de Waterloo) dépanne le groupe pour un concert, mais un batteur est finalement trouvé en la personne de Willy MasyLivret de COS, Viva Boma, Musea Records, FGBG 4159.AR, 1996..
Viva Boma vignette|Viva Boma (1976). Fin 1974, alors que Cos fait une tournée en France, Charles Loos décide de mettre un terme à cette aventure afin de se rediriger vers le jazz plus conventionnel. Il ne tourne cependant pas le dos au jazz fusion au vu de son travail soloEn Attendant, " Egotriste - Charles Loos", vol. 1, , décembre 1978, p. 12. et celui au sein d'Abraxis (avec notamment Jean-Paul Musette). Ce départ est suivi par celui de Daniel Michiels, qui est remplacé par Dirk Vincken, qui s'occupe également de Tjens Couter (duo fondé par Paul Decoutere et Arno Hintjens), le futur TC Matic. C'est à cette époque que les musiciens fondent leur propre société administrative, Clic Music, grâce à laquelle ils gèrent notamment toutes les dimensions de fiscalité.
Au début de l'année 1975, Daniel Schell fait la rencontre du pianiste hollandais Tony Kleinkramer, qui vit alors à Bruxelles. Celui-ci reprend la place vacante laissée par Charles Loos et poursuit la tournée européenne de CosGh. Olivier, "Cos : Un triomphe... à l'étranger", dans La Libre Belgique, 1975.. Les musiciens jouent notamment au Festival d'Ademuz (Espagne) et au Zeleste Club de Barcelone. Lors de leur passage en Allemagne, ils croisent le chemin du promoteur Jurgen Hellweg au Odeon Theater, à Gütersloh, qui devient leur agent dans ce pays. Il permettra au groupe de s'y produire chaque année. Cos rejoint des artistes Krautrock, tels que Aera, Amon Düül II et Embryo, au sein du label EFA (Energie Fur Alle).
Néanmoins, lors de ces tournées, Tony Kleinkramer est contraint de s'absenter sporadiquement pour des raisons professionnelles, qui mènent finalement à son départ. Bien qu'il soit remplacé à plusieurs reprises par Frank Wuyts (ex-Pazop, Wallace Collection et Waterloo), c'est finalement le multi-instrumentiste Marc Hollander qui intègre Cos. Cette nouvelle recrue partage de nombreux goûts avec Daniel Schell. Tous deux apprécient les nouveautés musicales apportées par les britanniques d'Henry Cow et de l'Ecole de Canterbury Greg Prato, « Cos Biography », Allmusic. (Hatfield And The North, Soft Machine), tout comme des compositeurs de renom comme Belà Bartók. Les deux musiciens apprécient également les musiques extra-occidentales (indiennes, arabes) et évidemment le jazz.