Max Gérard Houry, dit Gérard Oury, né le à Paris et mort le à Saint-Tropez, est un réalisateur, scénariste et acteur français.
En tant que réalisateur, ses plus grands succès sont Le Corniaud, La Grande Vadrouille et Les Aventures de Rabbi Jacob, tous portés par Louis de Funès. Il est le scénariste de tous ses films, à l'exception de Fantôme avec chauffeur. Il a également été l'auteur et le metteur en scène d'une pièce de théâtre. Il a réalisé dix-sept longs-métrages.
Réalisateur de grands succès populaires, il est honoré à la fin de sa carrière d'un César d'honneur en 1993, décerné en l'honneur de l'ensemble du cinéma comique français, d'une entrée à l'Académie des beaux-arts en 1998, au fauteuil de René Clément, et d'une rétrospective consacrée à son œuvre au Festival de Cannes 2001.
Biographie Enfance et début de carrière vignette|Lieu de naissance de Gérard Oury (rue de la Tour à Paris). Fils d'un violoniste juif d'origine russe, Serge Tenenbaum, et de Marcelle Houry (1894-1980), critique d'art au journal Paris-Soir, résidant au 24 ou au 26, rue de la Tour (immeubles de dimensions différentes et de même architecte anonyme) à Paris, elle-même juive mais non pratiquante., Max Gérard Tenenbaum prend ensuite officiellement, en 1950, le nom de jeune fille de sa mère, devenant Max Gérard Houry. Il mène une scolarité sans histoire au lycée Janson-de-Sailly et y côtoie François Périer, Jean Dutourd et Maurice Siegel. À dix-sept ans, il suit les cours de René Simon, puis il entre au Conservatoire en 1938, aux côtés de Bernard Blier et François Périer, dans la classe de Béatrix Dussane. Pensionnaire de la Comédie-Française en 1939, il obtient son premier rôle que lui confie Édouard Bourdet dans Britannicus, en remplacement d'un acteur mobilisé. En 1940, il fuit la zone occupée avec sa compagne comédienne, Jacqueline Roman (élue miss Exposition en 1937), d'abord en zone libre, puis à Marseille, à Monaco et enfin à Genève afin d'échapper aux mesures antisémites ayant cours dans la France occupée. En 1942, il ne reconnaît pas sa fille unique, la réalisatrice Danièle Thompson, pour lui éviter le statut imposé aux juifs. À Marseille, il participe aux émissions de théâtre de la radio nationale, repliée sur place. À nouveau évincé pour les mêmes raisons, il est remarqué par Paul Olivier, l'agent de Raimu, qui l'engage dans une revue avec Alibert, Raimu et Rellys. Raimu le prend un temps sous son aile. C'est aussi à cette époque, en zone libre, qu'il fait ses premiers pas au cinéma, en tant qu'acteur, dans Les Petits riens et Médecin des neiges (1942), de Marcel Ichac.
vignette|Gérard Oury acteur, aux côtés de Sophia Loren dans une scène du film La Fille du fleuve (1955).
Après la Seconde Guerre mondiale, il revient en France. Il joue au théâtre (notamment Les Vivants d'Henri Troyat, au Vieux-Colombier en 1945), et quelques seconds rôles au cinéma (Antoine et Antoinette, de Jacques Becker, en 1948). Il boucle ses fins de mois avec les toiles que lui remettait Raoul Dufy, l'un des amis artistes de sa mère, qui l'avait initié à l'art.
On le voit aussi dans La Belle que voilà (1949) de Jean-Paul Le Chanois. C'est dans ce film, dont le scénario est de Françoise Giroud, qu'il embrasse pour la première fois Michèle Morgan, dans une scène tournée dans un ascenseur. Un baiser de cinéma qui n'enflamme pas l'actrice. Dans Garou-Garou, le passe-muraille (1951) de Jean Boyer, il reçoit des claques de la part de Bourvil, , disait-il. On le voit encore dans La nuit est mon royaume (1951) de Georges Lacombe, La Fille du fleuve (1955) de Mario Soldati, La Meilleure Part (1956) d'Yves Allégret ou encore Le Dos au mur (1958) d'Édouard Molinaro.
vignette|left|Gérard Oury en 1958.
En 1958, il s'essaie au scénario dans Le Miroir à deux faces, coécrit avec André Cayatte. C'est à cette occasion qu'il entame une relation sentimentale avec Michèle Morgan, qui ensuite va demeurer sa compagne jusqu'à son décès.
En 1960, la même année où débute son activité de réalisateur en tournant La Main chaude et La Menace, Gérard Oury effectue un retour inattendu et remarqué au théâtre. Il termine sa carrière de comédien de théâtre sur un rôle prestigieux puisque le metteur en scène Raymond Rouleau fait appel à lui pour interpréter Don Salluste dans Ruy Blas à la Comédie-Française.. Il devient ainsi pensionnaire du pour la seconde et dernière fois, après l'avoir été en 1939. Affirmant que de Don Salluste, Raymond Rouleau a imposé qu'il soit interprété par Gérard OuryRaymond Rouleau a également imposé que la création des décors soit confiée à l'Italienne Lila De Nobili.. Or, les sociétaires sont contre le fait de faire venir un acteur de l'extérieur, , pour tenir ce rôle que pourraient jouer avec brio des acteurs du ; Gérard Oury lui-même juge que des pensionnaires comme François Chaumette ou Bernard Dhéran auraient très bien pu interpréter Don Salluste . La troupe n'apprécie pas non plus qu'une dérogation dans son contrat d'engagement autorise Oury à quitter la pièce au bout de seulement six mois, pour partir réaliser son troisième film, car cela leur est interdit par le décret dit « de Moscou », sauf autorisation expresse de l'administrateur. Enfin, des tensions éclatent entre Raymond Rouleau et l'interprète de don César de Bazan, Robert Hirsch, tous deux de grands noms du théâtre, amenant Hirsch à quitter avec fracas les répétitions le , près d'une semaine avant la présentation au public de la pièce.. Le lendemain, par voie de presse, l'acteur rend Gérard Oury responsable de son départ : . Les deux acteurs ne se côtoient pourtant que lors de deux scènes, très courtes, la de et la 7 de . Se sentant , Oury pense à partir également et se rend dans le bureau de l'administrateur Maurice Escande, qui le convainc de rester. À la sortie du bureau, Oury rencontre Hirsch et tous deux en viennent aux mains. La presse parisienne rapporte leur violente dispute : L'Aurore, France-Soir, Paris-Presse titrent , , . La première de Ruy Blas a lieu le vendredi , en présence du président de Gaulle (qui salue Oury d'un « maître ») et du ministre de la Culture Malraux. Jacques Destoop joue le rôle-titre et Claude Winter la reine, tandis que Rouleau a remplacé Robert Hirsch par Jean Piat., qui se révèle très bon dans le rôle de Don César.. Oury interprète un don Salluste mais l'idée de détourner en comédie ce drame de Victor Hugo lui vient, trouvant ainsi l'inspiration pour ce qui devient dix ans plus tard La Folie des grandeurs.
Premières réalisations Gérard Oury réalise son premier film, La Main chaude, en 1959. C'est l'histoire d'une riche veuve qui prête francs à Lécuyer (interprété par Alfred Adam) pour qu'il envoie son fils à la campagne. Or, Lécuyer donne cet argent à sa maîtresse pour qu'elle avorte. Mais n'étant pas enceinte elle remet la somme à son autre amant afin qu'il s'achète un scooter. En fait, il se sert de ce pactole pour séduire une jeune femme qu'il croit riche… Lors de sa sortie en salle en 1960, le film est un échec commercial.
Gérard Oury se met en scène dans un rôle de docteur dans La Menace, qui a pour interprètes principaux Robert Hossein et Marie-José Nat.
Une première réussite Gérard Oury rencontre le succès en 1962 avec Le crime ne paie pas, qui réunit une distribution d'exception, avec entre autres Michèle Morgan et Louis de Funès. Ce film se déroule en 4 sketches, inspirés des célèbres bandes dessinées verticales de Paul Gordeaux du journal France-Soir.
Le comédien Louis de Funès qui tournait dans l'un de ces sketches déclare à Oury : Mémoires d'éléphant, .. Le réalisateur suit cette suggestion et prépare sa première comédie, Le Corniaud. Gérard Oury planche ensuite sur quelques synopsis de comédies à mettre en scène.
Son principal projet suivant est cependant un nouveau drame, tiré des aventures du pendant la Seconde Guerre mondiale et de son truculent français. Le rôle du précédent capitaine du navire marchand est destiné à Charles Vanel, tandis que le rôle du lieutenant Péri qui en fait un bateau corsaire est prévu pour Jean Gabin et plus tard Yul Brynner. Oury travaille à l'adaptation avec Jean-Charles Tacchella, René Havard et l'auteur d'un roman sur le sujet, Marcel Jullian.. Le projet est d'abord mis à mal par la défection du premier producteur, ruiné. Son ami Alain Poiré de la Gaumont accepte ensuite de le produire, après avoir financé sa deuxième réalisation, La Menace. Ce film intitulé Le Cargo de la colère n'est finalement jamais tourné. Les exigences salariales considérables de René Havard, rendu gourmand par le succès d'Un taxi pour Tobrouk (1961), sont l'une des raisons. Ce projet avorté permet néanmoins à Oury de faire de Jullian son partenaire d'écriture sur ses idées ultérieures.
Le temps des succès Gérard Oury et Marcel Jullian écrivent, sur des dialogues d'André et Georges Tabet, l'histoire d'Antoine Maréchal (Bourvil), un honnête commerçant utilisé par Léopold Saroyan (Louis de Funès), un trafiquant, pour convoyer de Naples à Bordeaux une Cadillac remplie d'héroïne, d'or, de diamants et de diverses pierres précieuses, s'inspirant de l'affaire de la French Connection. Le tournage a lieu en France à Paris et en Italie à Rome et Naples en 1964. L'année suivante Le Corniaud est le plus gros succès du box-office avec près de de spectateurs.
Oury renouvelle l'expérience avec La Grande Vadrouille, qui réunit à nouveau Bourvil et Louis de Funès. Le réalisateur écrit le scénario avec sa fille Danièle Thompson, qui fait ses débuts comme scénariste et coécrit tous les films de son père jusqu'à Vanille fraise, en 1989. L'histoire se déroule en 1942. Un avion anglais est abattu par les Allemands au-dessus de Paris. Les trois pilotes sautent en parachute et atterrissent sur le toit de différents immeubles de la capitale. Ils sont aidés par deux civils français, un chef d'orchestre, Stanislas Lefort (Louis de Funès), qui fait répéter à l'Opéra La Damnation de Faust de Berlioz, et un peintre en bâtiment, Augustin Bouvet (Bourvil), qui acceptent de les mener en zone libre et deviennent ainsi, malgré eux, acteurs de la Résistance. Lors du tournage, c'est Louis de Funès lui-même qui a dirigé La Marche hongroise, à la grande surprise des musiciens du palais Garnier. Le film remporte un succès phénoménal et historique : avec , La Grande Vadrouille, sorti en , a longtemps été le numéro 1 du box-office français. Il faut attendre 1998, et les d'entrées de Titanic, de James Cameron, pour que le record soit battu. Le film de Gérard Oury est le plus gros succès public de l'histoire du cinéma français pendant plus de quarante ans, jusqu'en , quand Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon le dépasse, suivi en 2011 par Intouchables.