Hermann Alexander Diels, né à Biebrich le et mort à Dahlem le , est un philologue allemand, spécialiste de la philosophie antique. Il est enterré au cimetière de Dahlem.

Biographie Hermann Diels nait à Biebrich le 18 mai 1848. Fils du chef de gare et maître d'école Ludwig Diels (1820-1872) et d'Emma Diels, née Rossel (1817-1885), Hermann Diels s'intéressa dès son plus jeune âge aux sciences, mais les maigres ressources de sa famille ne lui laissaient pas d'espoir de poursuivre dans cette voie. Après ses études secondaires, grâce à l'appui financier d'un oncle professeur, Karl Rossel (1815-1872), il se consacra à la philologie classique à partir d'avril 1867, dont il commença l'étude à l'université de Berlin, puis à Bonn, où il fut reçu licencié en décembre 1870 par Hermann Usener avec un essai De Galeni historia philosopha.

vignette|Diels (assis à gauche) et ses condisciples (Bonn, 1869). À Bonn, il se lia d'amitié avec deux autres étudiants, Carl Robert et surtout Ulrich von Wilamowitz-Moellendorff.

Il réussit le concours de recrutement des professeurs le 8 juillet 1871 et fut professeur de lycée d’octobre 1872 à 1877 à Flensburg et Hambourg.

vignette|Tombeau familial des Diels Grâce à l'intercession d'Eduard Zeller, Diels est muté à Berlin en 1877, afin de pouvoir y exercer les fonctions de coordinateur d'un vaste projet d'édition des commentateurs antiques d'Aristote, financé par l'Académie royale des sciences de Prusse, les Commentaria in Aristotelem Graeca. Il est élu membre de cette académie en juillet 1881, dont il est secrétaire de 1885 à 1921, puis professeur extraordinaire de l'université Frédéric-Guillaume et enfin professeur au lycée royal de Berlin. Il est nommé professeur titulaire de la chaire de philologie classique de Berlin en 1886 où il professe jusqu'à sa retraite en 1921, doyen de l'université en 1891–92 et finalement recteur en 1905–06.

En 1895, il succède à Theodor Mommsen comme Secrétaire de la classe d'histoire de la philosophie à l'Académie, fonction qu'il conservera jusqu'en 1920, année de son Éméritat.

En 1899, il est élu membre étranger de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Il a une correspondance régulière avec Pierre Boudreaux, suppléant en philologie grecque, qui collabore à son Corpus des médecins antiques.

Il manifeste son indépendance en refusant de signer en tant que secrétaire de l'Académie de Berlin le Manifeste des 93, publié le comme réaction des intellectuels allemands aux accusations d'exactions portées contre l'armée allemande à la suite de l'invasion de la Belgique neutre .

Il meurt d'un infarctus au terme d'un cycle de conférences à travers la Scandinavie, le 4 juin 1922 à Berlin.

Œuvre scientifique Travail sur les doxographes Diels et Hermann Usener, son maître et inspirateur, avaient remarqué les similitudes existant entre les Placita, résumé des opinions des philosophes antérieurs faussement attribués à Plutarque, et les Eclogæ physicæ, surtout leur livre premier, de Jean Stobée, un compilateur du . Pensant à une source unique, Diels constate que l'apologète chrétien grec Théodoret de Cyr (première moitié du ), dans sa Thérapeutique des maladies helléniques (Graecarum affectionum curatio), 62.4-7 Raeder, 108.27-109.4 R. et 123.21-22 R., cite comme ses sources le Pseudo-Plutarque, qu'il connaissait par Eusèbe de Césarée et peut-être lisait directement, lHistoire philosophique du néo-platonicien Porphyre (dont les fragments préservés montrent qu'elle n'appartient pas au genre doxographique, ce qui permet de l'éliminer de l'équation), et le d'un certain ÆtiusLittéralement (« homme-aigle » d'après , II, 30. 8-9 et 31. 10, qui infique que ce nom était porté par un obscur héros de la ville attique de Trézène ; dans le cas de notre auteur, est-ce un surnom comme il était courant que s'en attribuent les grammairiens anciens ? un nom de plume ?, que Théodoret est le seul de toute l'Antiquité à mentionner. Attendu que les synopses doxographiques de ce dernier sont plus abondantes que celle du Pseudo-Plutarque et parallèles à celles que l'on trouve chez Stobée, Diels en conclut qu'Ætius, qu'il date en toute hypothèse vers l'an 100 de notre ère, doit constituer la source commune au Pseudo-Plutarque, à Théodoret et à Stobée. Dès lors, Diels tente de reconstituer l'histoire des états textuels successifs de l'œuvre aétienne, héritière lointaine, selon luiCf. Doxographi græci, , des Physicæ opiniones () de Théophraste, dont l'apport a été enrichi par Ætius d'éléments divers, en particulier stoïciens et épicuriens - de loin la partie la plus conjecturale et fragile de son travail. On tend aujourd'hui à admettre qu'Ætius a bel et bien existé et qu'il semble avoir travaillé à AlexandrieCf. Mansfeld & Runia, ; (Mansfeld & Runia, ).. Mais l'évidence documentaire concernant l'homme reste minime, pour ne pas dire inexistanteJ. N. Bremmer, Aetius, Arius Didymus and the Transmission of Doxography, Mnemosyne LI. 2, 1998, ; il importe en particulier de relever que, en dehors du héros mythique et de l'Ætius de Diels, le nom propre n'est pas attesté avant le de notre ère.

Diels a publié le fruit de ses recherches dans ses Doxographi græci (1879), qui comprennent des Prolégomènes labyrinthiques () où il fait la part de ce qui revient à chaque étage de son stemma doxographique, depuis Théodoret de Cyr, Stobée et le pseudo-Plutarque en aval jusqu'à Théophraste en amont ; le texte d'Aetius reconstitué par la mise en parallèle, sur deux colonnes, des notules correspondantes à chaque thème doctrinal chez le pseudo-Plutarque et Stobée () ; l'édition critique des principaux textes doxographiques de l'Antiquité () ; et enfin des Indices nominum et verborum très complets (). L'ensemble constitue une application magistrale des procédés de critique textuelle hérités de Lachmann (stemmatologie), mais souffre d'un défaut majeur, le manque de clarté du scénario aétien tel qu'il est détaillé (le latin érudit et passablement opaque des Prolégomènes, leur structure complexe, les références elliptiques aux prédécesseurs de Diels, tout cela n'aide guère à y voir clair) ; en outre, Diels intervient trop au goût actuel sur les textes qu'il édite, si bien que les éditeurs plus récents, notamment du pseudo-Plutarque, préfèrent serrer le texte des manuscrits davantage qu'il ne l'a fait. Selon l'évaluation de Guy Lachenaud (Plutarque, Œuvres morales. XII² Opinions des philosophes. Texte établi et traduit par G. L. [Paris, Les Belles Lettres, 1993], ) : Diels se propose donc de reconstruire la table des matières d'un "simulacre du monument théophrastéen", parce qu'il a l'obsession du retour aux sources (si possible une source unique) et qu'il veut retrouver la filiation historiquement exacte. À propos de chaque doxographe ou citateur, il se demande s'il a utilisé le Pseudo-Plutarque ou les Vetusta Placita. Il est pourtant difficile de prouver que la richesse de certaines notices chez les successeurs de notre compilateur provient de l'utilisation d'un recueil plus complet que le nôtre ou de la liberté du jeu doxographique (...). Pour Diels, le critère de l'excellence réside dans la fidélité à un exposé originel qui mériterait la lettre B dans l'édition des fragments des Présocratiques (...). C'est faire bon marché des contradictions inhérentes aux systèmes eux-mêmes qui ne relèvent pas toujours des insuffisances de la transmission. La démarche positive voudrait annuler la fantaisie et l'erreur, mais aussi les formulations nouvelles des questions philosophiques qui constituent des grilles de lecture et d'interprétation des doctrines anciennes. Alors que les doxographes (...) oscillent perpétuellement entre la répétition et l'interprétation, ils nous sont présentés comme des compilateurs venus trop tard et par conséquent infidèles ou ennuyeux. Quant à l'établissement du texte, il révèle des tendances à la normalisation, à l'athétèse excessive des interpolations et des gloses et à l'élimination des énoncés difficiles. En particulier, l'utilisation des passages pour établir un texte plus compréhensible peut devenir une véritable manie.

L'édition des Présocratiques

En 1903, Diels publie, comme textbook de son séminaire berlinois, les Fragmente der Vorsokratiker en 2 volumes, le premier corpus véritable des philosophes antiques antérieurs et contemporains à Socrate (présocratiques doit s'entendre ici comme "avant les socratiques", donc "de l'époque de Socrate") : texte grec bientôt rejoint par un apparat critique (en allemand), et traduction allemande. Les principales innovations en sont la numérotation continue de tous les auteurs et la subdivision des textes afférents en trois catégories : "A" les témoignages biographiques et doctrinaux, "B" les fragments textuels, seuls traduits, et "C" les imitations et échos explicites de la doctrine des philosophes. Diels n'aura de cesse de revoir, en le perfectionnant, son recueil. C'est ainsi que la seconde édition, en 1906, y adjoint l'apparat, avant que Walther Kranz, en 1910, n'ajoute un troisième tome à l'œuvre, comprenant un Index verborum de 480 p., le Wortindex, qui s'adjoint aux Index des noms propres et des sources composés par Diels. La troisième édition (1912) s'accroît de fragments nouveaux, en particulier, dans la section consacrée aux Sophistes, le texte complet, sous la catégorie "B", de lÉloge d'Hélène et de la Défense de Palamède par Gorgias, sur l'authenticité desquels Diels était antérieurement sceptique et qu'il n'avait donc pas inclus. La quatrième, en 1922, est la dernière publiée du vivant de Diels ; il n'y a pas de grands changements, déplore-t-il en Préface, en raison de l'utilisation du procédé photomécanique, mais nombre de modifications de détail sont reportées dans les sections de Nachträge à la fin des deux tomes de textes et traductions, qui montrent un esprit critique toujours en éveil de la part de l'auteur et son désir de perfection.

L'édition finale est celle de 1952, reproduite depuis un grand nombre de fois (Berlin, Weidmann) : Kranz parachève l'œuvre en réalisant le plan caressé par Diels sur ses dernières années de faire équivaloir « Présocratique » avec « non-socratique » ; das Werk im Geiste von Hermann Diels nach dem Masse der eigenen Kraft zur erneuern écrit Kranz. Le matériel de type cosmologique, astrologique et gnomologique est disposé au début du tome I, précédé par la section consacrée à "Orphée", tandis que toute la Sophistique ancienne est placée à la fin du tome II ; Anaximandre reçoit une section "B" composée de 5 passages censés être textuels. La traduction allemande a été profondément revue et modernisée, le matériel des Nachträge de la édition incorporé dans le texte même aux endroits concernés. La complexité de l'ensemble était telle qu'il a fallu à Kranz compiler deux listes de "Zusätze und Berichtigungen" à la fin des tomes I et II, lesquelles doivent être consultées par tous les lecteurs attendu qu'elles comprennent des rectifications souvent importantes.