Les asphodèles sont des plantes vivaces monocotylédones qui appartiennent à la famille des Liliacées selon la et forment le genre Asphodelus. La plupart des espèces poussent autour du bassin méditerranéen et ont une prédilection pour les sols calcaires. À noter cependant une espèce alpine, A. albus, et sa sous-espèce A. delphinensis que l'on trouve aussi dans les Cévennes et les PyrénéesG. Senn, ill. C. Kaftner, Alpen-Flora : Westalpen., , C. Winter, Heidelberg, 1906., ainsi qu'une espèce poussant à la fois en Bretagne et en Galice, A. arrondeaui ou asphodèle d'Arrondeau.
Dans l'Antiquité, l'asphodèle, appelé encore aujourd'hui poireau du diable, était souvent utilisé pour fleurir la tombe des morts, d'où la légende du Pré de l'Asphodèle, lieu des Enfers dans la mythologie grecque.
Étymologie
Son étymologie, inexplicable en grec, laisse supposer que son nom, άσφοδελός, qui est un adjectif oxyton substantivé en proparoxytonJ. M. Verpoorten, « Les noms grecs et latins de l'asphodèle », in L'antiquité classique, vol. XXXI, , , Bruxelles, 1962 . selon une règle grammaticale d'alternance des accents typiques des langues indo-européennesK. Brugmann & A. Thumb, Griechische Grammatik, ^, Munich., a une origine égéenneJ. M. Verpoorten, « Les noms grecs et latins de l'asphodèle », in L'antiquité classique, vol. XXXI, , , Bruxelles, 1962 ., c'est-à-dire dans une langue non indo-européenne dont le mystérieux linéaire A serait l'écriture.
Asphodèle est un doublet savant de l'ancien français affodil, lui-même issu du bas latin affodilus et passé par l'anglo-normand dans l'anglais moderne sous la forme daffodilA. C. Dweck, « The folklore of "Narcissus" », in Gordon R. Hanks, Narcissus and Daffodil: The Genus Narcissus, , Taylor & Francis, Londres, 2002 ., c'est-à-dire fleur d'affodil. Fleurs d'asphodèle, ou Pauvres filles de Sainte Claire, ne désigne cependant pas l'asphodèle mais le narcisseA. C. Dweck, « The folklore of "Narcissus" », in Gordon R. Hanks, Narcissus and Daffodil: The Genus Narcissus, , Taylor & Francis, Londres, 2002 ..
Histoire Plante dont les tiges, assemblées en gerbes, et les racines, comparées à des testiculesJ. M. Verpoorten, « Les noms grecs et latins de l'asphodèle », in L'antiquité classique, vol. XXXI, , , Bruxelles, 1962 ., étaient consommées avec ses graines grilléesJ. M. Verpoorten, « Les noms grecs et latins de l'asphodèle », in L'antiquité classique, vol. XXXI, , , Bruxelles, 1962 . en un plat raffiné qu'accommodent les figuesJ. M. Verpoorten, « Les noms grecs et latins de l'asphodèle », in L'antiquité classique, vol. XXXI, , , Bruxelles, 1962 ., l'asphodèle a joué depuis l'Antiquité, peut-être parce que le bétail pâturant la néglige et qu'elle ne dégage pas de parfum, un rôle notoire dans la cuisine, la médecine, la magie, la mythologie, la poésie.
Description vignette|gauche|La fleur de l'asphodèle avec ses six tépales blancs rayés et six longues étamines. Le feuillage des asphodèles se présente sous la forme d'une rosette de feuilles étroites et linéaires, à extrémité pointue. De cette rosette émerge une tige nue portant une hampe florale plus ou moins ramifiée selon les espèces.
Les fleurs sont groupées en grappes fleurissant du bas vers le haut. On trouve sur la même grappe les fruits en bas, les fleurs épanouies au centre et les « boutons » en haut. Les fleurs sont formées de six tépales, soit trois sépales et trois pétales ayant la même forme et la même couleur. Elles sont en général blanches, chaque tépale portant une strie centrale rose ou brune. Les six longues étamines, à filet blanc, portent des anthères orange ou brunes. Contrairement à ce que laisse entendre l'alexandrin de Booz endormi (la légende des siècles Victor Hugo), la fleur d'asphodèle ne dégage aucune odeur...Des frais parfums sortaient des touffes d'asphodèle...
Les fruits sont des capsules rondes, vertes ou brun-orange, qui ressemblent à des petites cerises.
La racine, tubéreuse, est comestible.
Classification La classification phylogénétique place ce genre dans la famille des Asphodelaceae, classification qui était déjà celle de Jussieu, et dans l'ordre des Asparagales. La propose, de façon optionnelle, de l'inclure dans la famille des Xanthorrhoeaceae, la confirme ce choix. En classification phylogénétique APG IV (2016), la famille des Asphodelaceae se substitue à la famille des Xanthorrhoeaceae.
Certaines variétés régionales sont parfois considérées comme des espèces mais la classification n'est pas fixée.
Principales espèces Asphodelus albus : asphodèle blanc. Synonymes, sous-espèces ou espèces voisines : A. delphinensis, A. macrocarpus, A. sphaerocarpus. Hampe florale non ramifiée, fleurs en grappe très serrée. Asphodelus arrondeaui : asphodèle d'Arrondeau. Considéré généralement comme une sous-espèce de A. albus ou de A. macrocarpus, s'en distingue surtout par sa répartition géographique (Bretagne, nord-ouest de l'Espagne). Asphodelus cerasiferus : asphodèle-cerise. Espèce méditerranéenne. Hampe florale faiblement ramifiée. Caractéristique par ses fruits globuleux, plus gros que dans les autres espèces. Fleurs nombreuses mais moins serrées que celles de l'asphodèle blanc. Asphodelus fistulosus : asphodèle fistuleux. Espèce méditerranéenne. Tige étroite et creuse (les autres espèces ont une tige pleine). Les fleurs sont très espacées, formant une grappe lâche. Fruits brun-rouge très gros par rapport à la tige. Asphodelus ramosus : asphodèle ramifié. Espèce méditerranéenne. Souvent considéré comme synonyme de A. cerasiferus, il s'en distingue par une hampe florale plus ramifiée à la base et par des fruits plus petits. Asphodelus macrocarpus …
Protection vignette|Asphodèle d'Arrondeau, dit bâton blanc. En France, seul le bâton blanc, Asphodelus arrondeaui, est une espèce protégée. Elle a été découverte en 1862 par un botaniste Vannetais.
Utilisations Tubercules Selon l'ethnobotaniste François CouplanFrançois Couplan, Le régal végétal : plantes sauvages comestibles, éditions Ellebore, , ., lorsqu'ils sont bruns, les tubercules de l'Asphodèle sont cassants, jaunes et juteux à l'intérieur. Ceux de lAsphodelus albus et de lAsphodelus ramosus étaient consommés, au moins depuis l'Antiquité gréco-romaine, cuits sous la cendre. Cette pratique existait encore en France au , dans le Dauphiné. On les préfère jeunes : ils cuisent alors plus vite et n'ont pas la texture collante, ni le goût désagréable des parties plus âgées, qui persiste même après des cuissons successives dans plusieurs eaux. Ces tubercules ont autrefois servi à produire de la fécule, et aussi de la colle pour la cordonnerie et la reliure. Des rhizomes d'Asphodèles étaient consommés durant les disettes qui ont accompagné la Première Guerre mondiale (en Grèce par exemple), ou encore, plus récemment, en Bosnie (en bouillies et galettes). Les tubercules d'Asphodelus fistulosus étaient également consommés dans certains pays asiatiques.
Les tubercules sont riches en amidon et en glucides. Ils sont utilisés en tant qu'aliments tout autour de la Méditerranée. En France, au , pendant les disettes du petit âge glaciaire, ils ont plus d'une fois servi à faire un pain de survie (certainement assez amer), au printemps, lorsque les réserves de blé ou d'orge étaient insuffisantes, pour assurer la soudure avec la récolte suivante. Ainsi, peut-on encore lire en 1885 dans le dictionnaire d'agriculture de Rozier : .
Beaucoup de préparations médicinales de l'Antiquité font référence à l'Asphodèle. Les racines de la plante furent utilisées contre les plaies, les inflammations, les brulures et comme antidote des morsures de serpent.
Feuilles En Calabre, les grandes feuilles sont utilisées pour emballer les fromages... Les pousses (jeunes) de l'Asphodèle blanc étaient également consommées. Une fois cuites à l'eau, pour atténuer leur amertume, elles sont alors tendres et sucrées. En Italie du sud, on les prépare comme des asperges. Pouvant être légèrement toxiques, elles sont donc à consommer avec modération.
Fruits Crus ou cuits, les fruits sont également comestibles. Leur goût est proche de celui des petits pois, en plus sucré.
Graines Les graines ont eu un usage condimentaire, à la manière des graines de pavots ou de coquelicot qui ont un goût proche.
Les graines sont également comestibles, réduites en farine, ou bien bouillies.
Langage des fleurs Dans le langage des fleurs, l'asphodèle symbolise un amour perdu. .
Dans la culture L'asphodèle est, dans la mythologie grecque, un emblème de Dionysos. Littérature vignette|Asphodelus fistulosus. Dans le premier volet filmé des aventures de Harry Potter à Poudlard, Rogue, le professeur de potions, demande à son élève : . Harry l'ignore, la bonne réponse est . Le Champ de l'Asphodèle désigne une région des Enfers grecs. Asphodèle est un poème écrit en 1954 par William Carlos Williams. Mes bouquets d'asphodèles (1969) est le titre d'une chanson de Marie Laforêt. Un Asphodèle est un poème d'Allen Ginsberg, vraisemblablement inspiré de l'œuvre homonyme de William Carlos Williams (1954). Asphodèle est une série de bande dessinée. "J'avais enseveli mon amour sous un lit d'asphodèles", Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, Gallimard, Folio Classique, 1992. "Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle", Booz endormi, poème de Victor Hugo. ”Élégantes asphodèles, agitez le bout de vos ailes”, Coup de lune, chanson de Jacques Higelin. Album ”Aï”, 1985.
Toponymie La commune de Berrouaghia en Algérie, alias « le village des Asphodeles », tient son nom du mot arabe « Al Berrouagh » désignant l'Asphodèle, qui est lui-même une arabisation du mot amazigh «Avarwaq». Il y aurait eu, en effet, au fond de la vallée de Berrouaghia, une fontaine entourée de champs d'asphodèles.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Le Pré de l'Asphodèle, lieu des Enfers dans la mythologie grecque ; L'Asphodèle, salle de spectacle à Questembert.
Liens externes
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