La bataille d'Angleterre (nom français pour l'anglais : Battle of Britain), qui s'est déroulée de à , suivie par le blitz jusqu'à , opposa principalement les Britanniques aux Allemands au moyen de l'aviation et marqua une étape décisive dans le cours de la Seconde Guerre mondiale, parce qu'elle mit un terme à la série de victoires éclairs et éclatantes des Allemands. La campagne aérienne finale, marquée par les bombardements de Coventry et de Londres, est souvent désignée par l'expression « le Blitz ». Cette opération de grande ampleur était menée par la Luftwaffe pour détruire la Royal Air Force, annihiler la production aéronautique britannique et anéantir les infrastructures aéroportuaires afin de permettre à l'armée allemande d'envahir le Royaume-Uni. Un autre objectif était de terroriser la population britannique et de pousser son gouvernement à faire la paix avec l'Allemagne.
Le contexte historique En , après de « drôle de guerre », l'Allemagne attaque les Pays-Bas, la Belgique et la France. Dès le , la situation de l'armée française est catastrophique : les Allemands ont atteint la Manche, coupant l'armée française en deux.
Le corps expéditionnaire britannique abandonne le combat en France et parvient pour une bonne part à échapper à l'anéantissement au cours de la bataille de Dunkerque en rembarquant vers l'Angleterre (Opération Dynamo, fin mai-début juin) mais abandonne 2 500 canons, 60 000 véhicules et 450 chars en France..
Après cinq semaines de combats, l'armée française battant en retraite devant l'avancée allemande, le maréchal Pétain, devenu président du Conseil le , signe l'armistice avec l'Allemagne .. Le Royaume-Uni poursuit seul le combat, avec l'appui de plusieurs gouvernements en exil et de l'embryon de la France libre (appel du général de Gaulle le ).
Le Royaume-Uni, dirigé par Winston Churchill, continue la guerre en bombardant des villes allemandes, contraignant Hitler à tenter d'envahir l'Angleterre (Opération Seelöwe). Un débarquement paraissant impossible dès l'été 1940, Hitler lance une des plus grandes opérations aériennes de l'Histoire. Il faut cependant souligner que durant le cours de la bataille d'Angleterre, la détermination à envahir l'Angleterre n'a pas été constante dans l'esprit d'Adolf Hitler. Par ailleurs, seul Hermann Göring semble avoir été partisan de cette stratégie. La marine comme l'armée de terre allemande étaient perplexes et même au sein de la Luftwaffe, l'optimisme de Göring quant aux chances de destruction de la Royal Air Force — condition sine qua non du succès de l'invasion — ne faisait pas consensus. Le général d'aviation Felmy avait précédemment estimé impossible de mener avec succès une telle entreprise.
Les forces en présence La Royal Air Force et la Luftwaffe
thumb|left|Supermarine Spitfire Mk I. thumb|left|Hawker Hurricane Mk I, octobre 1940. Du côté britannique, le poids de la bataille d'Angleterre va reposer presque exclusivement sur deux types de chasseurs : le Hawker Hurricane et le Supermarine Spitfire qui possèdent le même moteur Rolls Royce Merlin et un armement identique : huit mitrailleuses Browning de . Solide et robuste, le Hurricane est une meilleure plate-forme de tir mais est moins rapide et moderne que le Spitfire, plus maniable que le Messerschmitt Bf 109 allemand. Assez tôt dans la bataille, en raison de leurs caractéristiques respectives, les Hurricanes seront prioritairement affectés à la destruction des bombardiers alors que les Spitfires s'occuperont surtout des chasseurs allemands. thumb|left|Messerschmitt Bf 109E-3. Côté allemand, le chasseur principal est le Bf 109E, équipé d'un moteur Daimler Benz DB 601 A1 à injection directe qui ne coupe pas pendant certaines manœuvres violentes au contraire du Rolls-Royce Merlin britannique à carburateur. Autre différence, il possède deux canons de et deux mitrailleuses de . Bien que plus rapide que les Spitfire Mk I, il sera très handicapé par sa faible autonomie qui bridera les pilotes allemands et les rendra moins efficaces : il ne pouvait voler au-dessus de l'Angleterre que pendant 15 minutes..
thumb|right|Messerschmitt Bf 110. thumb|left|Heinkel He 111. thumb|left|Ju 88 A-1 du I./KG 51 « Edelweiß-Geschwader », 1940. thumb|right|Do 17Z-1 en 1940 pendant la campagne de France. Le chasseur lourd bimoteur Bf 110 possède une autonomie supérieure mais, malgré son puissant armement de deux canons et quatre mitrailleuses dans le nez, il est surclassé par les chasseurs britanniques bien plus manœuvrants. Il sera par conséquent décimé.
Trois types de bombardiers bimoteurs (environ .) : le Heinkel He 111, le Junkers Ju 88 et le Dornier Do 17 assez modernes surtout les deux premiers, sont utilisés par l'armée allemande. Ils souffrent toutefois d'un manque d'armement défensif. Enfin, le bombardier en piqué monomoteur Ju 87 Stuka, bien qu'efficace contre des cibles terrestres, est peu utile dans ce type d'attaque et est très vulnérable en raison de sa lenteur et de son manque d'armement défensif.
Au début de la bataille, les Britanniques sont en infériorité numérique avec environ 600 Hurricane et Spitfire face à allemands dont environ et Bf 110. Cependant, par la suite, les pertes de la Luftwaffe et l'augmentation de la capacité de fabrication britannique améliorent progressivement le rapport des forces en faveur des Britanniques, qui en outre bénéficient de l'avantage de combattre au-dessus d'un territoire allié, alors que les pilotes allemands abattus survivants sont capturés.
L'intervention italienne : l'envoi du Corpo Aereo Italiano Mussolini déclara la guerre à la France et à l'Angleterre le . Dès le lendemain, les bombardiers de la Royal Air Force attaquèrent Milan et Turin. La guerre commença mal pour l'Italie : le , les avions et les croiseurs de la Marine française bombardèrent Gênes, Vado Ligure et Savone lors de l'opération Vado ; l'aviation française d'Afrique du Nord harcela les bases navales de Sicile et Sardaigne. Pire encore, l'infanterie française, luttant à 1 contre 5, remporta la bataille des Alpes en stoppant l'offensive italienne. thumb|left|Bombardier Fiat BR.20 Cicogna thumb|left|Chasseur Fiat CR 42 Falco Mussolini avait donc besoin de redorer son blason et proposa son aide à la Luftwaffe pour attaquer l'Angleterre. Mais les Allemands ne voulaient pas partager la victoire avec les Italiens et firent traîner les négociations. Ce n'est qu'en septembre, alors que la bataille était perdue, que la Luftwaffe accepta l'aide italienne. Le corps aérien italien, fort de (dont seulement 80 bombardiers Cicogna BR20) fut envoyé en Belgique occupée pour attaquer l'Angleterre. Du fait de nombreux problèmes de coordination avec les Allemands, le Corpo Aereo Italiano ne put lancer sa première attaque avant le . Malheureusement pour eux, les Italiens étaient équipés d'avions dépassés, peu performants face aux Hurricanes et Spitfires, comme le chasseur Fiat 42 ou le bombardier BR 20 « Cicogna », très maniable et rapide, mais mal protégé et faiblement armé. Les attaques de la Regia Aeronautica contre les villes côtières anglaises furent meurtrières au regard du nombre de civils tués, mais finalement peu efficaces. Le , les Italiens lancèrent 10 bombardiers et 42 chasseurs dans la bataille. Les Britanniques perdirent deux appareils, mais abattirent ou endommagèrent gravement une quinzaine d'avions italiens. Ce combat fut surnommé « spaghetti party » par les Britanniques, qui retrouvèrent des provisions et des bouteilles de vin dans les carcasses des avions italiens — comme si les Transalpins étaient partis en pique-nique. Dès lors, les Italiens se concentrèrent sur des attaques nocturnes puis se retirèrent progressivement fin 1940 - début 1941.
Cette intervention italienne ne permit pas de « sauver » la Luftwaffe, mais elle mit au jour de graves désaccords entre les partenaires de l'Axe : les Italiens ayant le sentiment — fondé — d'avoir été pris pour des « bouche-trous », les Allemands comprenant que leur allié n'avait ni les moyens ni la volonté de leur apporter un soutien efficace.
L'organisation de la Royal Air Force en 1940 La chaîne de commandement de la RAF est double. Il y a d'une part une structure organique, et d'autre part, une structure géographique.
En 1955, le lieutenant d'aviation John Holloway, officier de la RAF en service actif, se lança dans un défi personnel : dresser la liste complète des « few » désignant les pilotes alliés de la Royal Air Force qui se battirent lors de la bataille d'Angleterre. Après quatorze ans de recherche, il dénombra 2 946 noms. Les équipages britanniques comptaient 2 353 personnes (80 %) impliqués, avec 407 Britanniques tués sur un total de 510 pertes. Note: Gives the numerical breakdown by nationalities.. Note: Gives a complete list of the Allied aircrew in the Battle.. Note: Gives a complete list of the Allied aircrew in the Battle..
Des unités étrangères intégrées à la RAF combattent aux côtés des soldats de l'Empire britannique : de nombreux Polonais, Tchèques et Slovaques, Canadiens, Américains, Belges et Français libres…
Commonwealth ou colonie britanniquePilotesNation PilotesNouvelle-Zélande101–127 Pologne 145–147Canada94–112 Tchécoslovaquie87–89Australie21–32 Belgique 29Afrique du Sud22–25 France libre 13–14Raj britannique8 Irlande 10Rhodésie du Sud2–3 États-Unis 6Palestine1 Jamaïque1 Barbade1
Ils savent que le Royaume-Uni est le dernier territoire leur permettant de continuer le combat.
La structure géographique
La RAF est divisée en quatre « Groups » (Groupes, en français plutôt « régions aériennes ») couvrant l'ensemble du Royaume-Uni : Le Group, commandé par l'Air Vice Marshall , couvrait le sud-ouest de l'Angleterre avec un QG basé à . Le Group, commandé par l'Air Vice Marshall Keith Park, couvrait le Sud-est de l'Angleterre et Londres avec un QG basé à RAF Uxbridge. Le Group, commandé par l'Air Vice Marshall Trafford Leigh-Mallory, couvrait les Midlands d'Angleterre avec un QG à . Le Group, commandé par l'Air Vice Marshall Richard Saul, couvrait l'Écosse et l'Irlande du Nord avec un QG à Newcastle upon Tyne.
Chaque Group comportait un nombre plus ou moins important de sectors (secteurs) (sept pour le Group 11)
La structure organique La structure organique, bien que calquée sur la structure géographique, obéit à une logique opérationnelle. Les avions sont regroupés en Commands (Commandements) en fonction de leurs missions : Le Bomber Command est responsable de toutes les unités de bombardement. Le Coastal Command est responsable de toutes les unités de patrouille maritime. Le Training Command est responsable de la formation des nouveaux pilotes. Le Fighter Command regroupait toutes les unités de chasseurs.
Comme le Fighter Command a eu la part la plus importante dans la bataille, voici son organisation. En 1940, le commandant du Fighter Command est l'Air Marshall Sir Hugh « Stuffy » Dowding. Artisan de la victoire de la RAF, il s'oppose à Churchill qui voulait envoyer plus d'avions sur le continent. Le quartier général du Fighter Command était situé à Stanmore, dans la banlieue de Londres. Chaque sector abritait une wing (escadre), réparti entre une base de secteur et des aérodromes satellites. La wing était composé de deux ou plusieurs squadrons (escadron) de douze avions.
Au , près de 570 Spitfire et Hurricane sont prêts à faire face aux assauts allemands.
La couverture radar et la procédure d'interception
vignette|droite|Carte de la couverture des radars britanniques en 1940