Eugène Devéria né à Paris le et mort à Pau le est un peintre français romantique.
Biographie Eugène Devéria est le fils de François-Marie Devéria, chef de bureau au ministère de la Marine et Désirée François-Chaumont, originaire de Saint-Domingue, dont la famille a été ruinée par la Révolution. La famille Devéria compte cinq enfants : Achille, Désirée, Octavie, Eugène et Laure.
Cette grande famille, mais aux revenus modestes, est rapidement prise en charge par Achille, dont les talents d’illustrateur et le travail acharné assurent des rentrées financières régulières. C'est une famille d’artistes avec, non seulement Achille et Eugène, mais aussi Laure, la benjamine, qui montre un réel talent de dessinatrice et expose avec succès au Salon. Elle meurt prématurément au mois de . Dans les années 1820-1830, le foyer parisien des Devéria attire artistes et musiciens : , se souviendra des années plus tard le poète Théophile Gautier, grand ami d’Eugène.
Eugène Devéria montre des dispositions précoces pour le dessin ; son frère Achille, dont il fut l'élève, le fait d’abord entrer aux Beaux-Arts de Paris, où il étudie, sous la direction de Girodet-Trioson et de Guillaume Guillon Lethière. La seule Académie connue de l'artiste est conservée au Musée Bertrand à ChâteaurouxUn athlète (Kork), étude académique, vers 1820, huile sur toile, don de Just Veillat (1813-1866) au musée de Châteauroux en 1864..
Les premiers envois d’Eugène Devéria au Salon datent de 1824, ils y sont peu remarqués. En 1827, en revanche, son tableau monumental La Naissance d'Henri IV connaîtra un triomphe. Son atelier était situé rue de l’Est M. Guyot de Fère, Annuaire des artistes Français, Paris, 1832, (en ligne).(voir : boulevard Saint-Michel ), dans la maison du statuaire Cartellier, où logeait également le sculpteur Louis Petitot; l’artiste occupait l'atelier du quatrième étageHenri-François Buffet, En relisant leurs lettres - souvenirs d'enfance (1909-1919) - Éditions Bahon-Rault, Rennes, 1964. qu'il partageait avec Louis Boulanger, celui-ci achevait son Mazeppa, pendant qu’Eugène travaillait à sa Naissance d'Henri IVAndré Beaunier, Les Souvenirs d’un peintre, Paris, Éditions Fasquelle, 1906. p.19 à 23. Eugène qui fréquente assidûment Victor Hugo depuis 1824 avec son frère Achille, s’est inspiré, pour le sujet de son tableau, d’une nouvelle d’Abel Hugo, frère de Victor, parue dans Le Conservateur littéraire en 1820.
Eugène Devéria est, à cette époque, l'un des plus beaux espoirs du romantisme naissant. Nul début ne fut plus brillant ni ne fit de telles promesses. On put croire justement, quand fut exposée la Naissance d'Henri IV, que la France allait avoir son Paul Véronèse et qu’un grand coloriste était advenu. , écrit Théophile Gautier en 1874 dans son Histoire du romantisme.
À la suite de ce succès, le jeune peintre reçoit de nombreuses commandes officielles : un tableau, destiné au plafond d'une salle du Louvre, intitulé Puget présentant son Milon de Crotone à Louis XIVAile Sully, Galerie Campana, salle 45. - il change d'atelier, de la rue de l'Est, il s'installe en 1833 rue Notre-Dame-des-Champs , non loin de l'atelier de son frère Achille M. Guyot de Fère, Annuaire des artistes Français, Paris, 1833, (en ligne). - des portraits de personnages historiques pour le musée de l’Histoire de France que Louis-Philippe veut créer à Versailles ; il participe au chantier de l’église Notre-Dame-de-Lorette à Paris et à celui de Fougères en Bretagne… Mais le triomphe de 1827 ne se renouvelant pas, il accepte, en 1838, la proposition de quitter la capitale pour Avignon, où on lui propose de refaire tout le décor peint de la cathédrale Notre-Dame-des-Doms. L’ampleur de la tâche, l’insalubrité des lieux et une dramatique inondation -- où il manque périr avec sa famille -- épuisent le peintre qui, malade et affaibli, quitte la ville papale pour se rétablir en Béarn. À Orthez, il crayonne le portrait de deux protestants localement notoires chez qui ils se rend plusieurs fois : le pasteur Jacques Reclus et son épouse Zéline. En 1849 il fera le portrait de leurs fils Élisée Reclus.
En 1841, guéri, il s’installe définitivement à Pau où il restera jusqu’à sa mort. Il y fera venir sa famille : son épouse Caroline-Aglaé Lavie du Rauzel (ou Durauzel, 1793-1863), une créole qu’il connaît depuis de nombreuses années mais qu’il n’a épousée qu’en ; sa fille Marie (1831-1856)Enterrée au cimetière urbain de Pau. et sa nièce Carry Chaumont, qu’il élèvera comme son propre enfant. En 1845, un autre de ses neveux, Théodule, vient rejoindre pour plusieurs années cette famille recomposée. Pour subvenir aux besoins de son foyer, Eugène Devéria donne des cours de dessin, réalise des portraits de riches hivernants à Pau ou, pendant l’été, se rend dans la station thermale des Eaux-Bonnes, proposant aux curistes portraits et petites scènes pittoresques. Il consacre beaucoup de ses œuvres aux Pyrénées, scènes de genre et portraits. Parallèlement, il poursuit de façon régulière ses envois de tableaux à Paris, où ils sont reçus dans une indifférence croissante. Son dernier envoi au Salon date de 1861 : La Réception de Christophe Colomb par Ferdinand et Isabelle.
vignette|redresse|Buste sur le tombeau de Marie Dévéria, réalisé par son père Eugène. La vie n’est pas facile pour le peintre et sa famille ; aussi Devéria n’hésite-t-il pas à chercher fortune à l’étranger, d'abord aux Pays-Bas (1849), puis, à trois reprises, en Angleterre et en Écosse (entre 1849 et 1853), dans l’espoir -- non suivi d’effets -- de séduire une riche clientèle aristocratique. Le peintre retournera aussi à Avignon (en 1856) pour poursuivre le chantier de Notre-Dame-des-Doms (laissé inachevé en 1841). Il y est accompagné de sa fille Marie, son élève ; mais la jeune fille meurt brutalement à son retour en Béarn le . Malgré un second séjour à Avignon (en 1857), Devéria ne pourra terminer ce qui devait être son grand œuvre.
Lorsque le peintre s’est installé en Béarn en 1841, il a recouvré une santé chancelante, mais il a aussi découvert la religion. C'est en effet à Pau qu'un ami lui conseille la lecture de la Bible. Il vient écouter, avec une grande attention, les prédications du pasteur Buscarlet et finit par se convertir au protestantisme en 1843. La religion protestante devient alors, autant que la peinture, le pivot de son existence. Il participe activement à la vie de son Église, à Pau comme à l’étranger : il donne des cours d’École du dimanche aux enfants, visite les malades, parle au temple… Sur son acte d’enterrement, le pasteur Cadier écrit le : Converti fervent et prosélyte, il tente d’amener son entourage à sa nouvelle foi, par la parole et les écrits, exaspérant sa famille, Achille le premier, ainsi que ses anciens amis dont il se coupera progressivement.
Eugène Devéria meurt brutalement à Pau le .
Hommage Pour le bicentenaire de sa naissance, en 2005, les musées de Pau lui ont consacré diverses manifestations.
Élève Charles Antoine Marie Année. Auguste-Barthélemy Glaize. Just Veillat.
Liste des œuvres
+ Tableau Titre Date Dimensions Notes Lieu de conservation Un athlète (Kork), étude académique vers 1820 90 x 70 cm Don Just VeillatChâteauroux, Musée Bertrand La Lecture de la sentence de Marie Stuart 1826 Angers, Musée des Beaux-Arts La Naissance d’Henri IV (esquisse) 1827 Collection du ChâteauPau, Château de Pau La Naissance d’Henri IV 1827 Paris, Musée du Louvre La Naissance d’Henri IV Entre 1827 et 1833 Copie du tableau du Louvre Pau, Musée des Beaux-Arts Puget présentant le groupe de Milon de Crotone à Louis XIV 1833 Paris, Musée du LouvreEn 2017, la galerie La Nouvelle Athènes a fait don au Louvre de trois dessins préparatoires de Devéria pour le tableau, conservés désormais au département des arts graphiques. Portrait d'Antoine Julien Meffre-Rouzan 1833 Portrait de madame Jules-Antoine Droz 1833 Musée des Beaux-Arts de HoustonLe Billet Doux183481 x 65 cmMusée de Picardie Vie du Christ 1 : Adoration des Mages 1835 Chapelle du couvent des Clarisses Urbanistes de Fougères Vie du Christ 2 : Jésus au milieu des Docteurs 1835 Chapelle du couvent des Clarisses Urbanistes de Fougères Vie du Christ 3 : La Résurrection de Lazare 1835 Église Saint-Léonard de Fougères Vie du Christ 4 : La Descente de Croix 1835 Chapelle du couvent des Clarisses Urbanistes de Fougères Vie du Christ 5 : La Résurrection 1835 Chapelle du couvent des Clarisses Urbanistes de FougèresPortrait d'une élégante183561 x 50 cmFondation Alexandre Vassiliev 150px Condé et Mazarin, scène de la Fronde vers 1835 94 x 73 cm Orléans, musée des Beaux-Arts Le roi Louis-Philippe Ier prête serment, en présence des chambres, de maintenir la Charte de 1830, . 1836 Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon Bataille de La Marsaille, 1837 Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon Saint Sébastien détaché par des saintes femmes 1837 Église Saint-Michel de Gaillac Louis-Félix Amiel (1802–1864) 1837 Metropolitan Museum of Art Prise de Saverne, 1837 Ambassade de France, AllemagneD'après la base Joconde qui localise encore ce tableau à Bonn, ancienne capitale de la république fédérale d'Allemagne de l'ouest. Famille bretonne en prière devant un oratoire de campagne 1838 Musée des Beaux-Arts de Quimper Portrait d'Alexandre Desbiez de Saint-Juanou Poète dans sa mansarde 1839 Besançon, Musée des beaux-arts La Mort de Jeanne d’Arc 1841 Angers, Musée des Beaux-Arts Inauguration de la statue d'Henri IV sur la place Royale de Pau par S.A.R. Mgr le duc de Montpensier.() 1843 Pau, Château de Pau Portrait présumé de Madame Courcier 1845 Pau, Musée des Beaux-Arts Portrait présumé de Monsieur Courcier 1845 Pau, Musée des Beaux-Arts Le Christ portant sa Croix 1846 Pau, Musée des Beaux-Arts La Mort de Jane de Seymour 1847 Scène des Fourberies de Scapin 1849 Pau, Musée des Beaux-Arts Embouchure de la Touques à Trouville 1850 Bernay, Musée des Beaux-Arts Les quatre Henri dans la maison de Crillon, à Avignon 1856 Pau, Château de Pau Marie Devéria en amazone 1856 Pau, Musée des Beaux-Arts Portrait du Maréchal Bosquet 1857 Pau, Musée des Beaux-ArtsPigeon ramier suspendu le long d'une muraille185765 x 54 cm huile sur toileOrléans, Musée des Beaux-ArtsLe divorce d'Henri VIII : le cardinal de Wolsey prévenant Catherine d'Aragon?73,5 x 60 cm huile sur toile Orléans, Musée des Beaux-Arts Le Retour du marché 1860 Pau, Musée des Beaux-Arts Réception de Christophe Colomb par Ferdinand et Isabelle 1860 Clermont-Ferrand, Musée d'Art Roger-Quilliot Christophe Colomb à la cour de Ferdinand et Isabelle 1861 Pau, Musée des Beaux-Arts La mort de Calvin 1863 Noyon, Musée Calvin Portrait de Charles Theodule Deveria 1864 Paris, Musée du Louvre Anne Boleyn jouant de la harpe devant Henri VIII v. 1864-1865 Caen, musée des Beaux-Arts de Caen Lady Rowena recevant la cassette de Rebecca ? Dijon, musée Magnin La Charité de saint Vincent ? Montpellier, Chapelle de la Miséricorde Paysannes de la vallée d'Ossau ? aquarelle Pau, Musée des Beaux-Arts Portrait d’Amaury-Duval ? Autun , Musée Rolin Portrait du baron Louis ? Toul, musée d'art et d'histoire Portrait d'Esprit Calvet ? Portrait d'Honoré de Balzac ? Tours, Musée des Beaux-Arts Portrait du docteur Léonce Manes ? Portrait de Pierrine Gaston-Sacaze ? ?
Dessins
Les Peaux-Rougesplume et encre noir sur papier, 1845. La Rochelle, musée du Nouveau Monde. Deveria aurait pris ses modèles présentés dans la galerie indienne de l'américain Georges Catlin, salle Valentino à Paris.