La seconde bataille de Smolensk est une offensive majeure de la Seconde Guerre mondiale, lancée le par l'Armée rouge sur le front de l'Est, simultanément à la bataille du Dniepr. Cette offensive, qui dura deux mois, fut menée par les généraux Andreï Ieremenko et Vassili Sokolovski et visait à nettoyer de toute présence militaire allemande les régions de Smolensk et de Briansk. La ville de Smolensk était sous occupation allemande depuis la première bataille de Smolensk, qui s'était déroulée en 1941.
En dépit d'une défense allemande impressionnante, l'Armée rouge réussit au cours de cette bataille plusieurs percées décisives, en libérant des villes importantes comme Smolensk et Roslavl, et en entrant dans la Biélorussie occupée. Cependant, en raison de la pugnacité de la résistance allemande, la progression des troupes soviétiques fut lente et difficile et l'opération se déroula en trois phases (du , du , et du ).
La bataille de Smolensk constitue en elle-même une opération militaire majeure, mais elle est notable aussi du fait de ses conséquences importantes sur la bataille du Dniepr. On estime en effet que 55 divisions allemandes furent mobilisées pour l'opération de Smolensk, soit autant de forces militaires qui firent ensuite défaut pour empêcher les troupes soviétiques de traverser le Dniepr au sud. De plus, cette bataille permit à l'Armée rouge de repousser définitivement les forces allemandes de la région de Smolensk et ainsi d'écarter une importante menace d'attaque sur Moscou en provenance de l'ouest.
Contexte À la fin de la bataille de Koursk en , la Wehrmacht avait perdu tout espoir de reprendre l'initiative sur le front de l'Est. Les pertes étaient considérables et l'armée était de moins en moins expérimentée, bon nombre de ses meilleurs hommes étant tombés au cours des deux dernières années de combat. Cette situation ne laissa à la Wehrmacht d'autre choix que celui d'adopter une attitude défensive face aux attaques soviétiques.
Côté soviétique, Staline, fort de la libération des territoires sous occupation allemande, était déterminé à poursuivre une stratégie militaire commencée dès la fin 1942 avec l'opération Uranus, qui avait débouché sur la libération de Stalingrad. La bataille du Dniepr avait pour but à la fois de libérer l'Ukraine et de repousser vers l'ouest la partie méridionale du front. L'opération de Smolensk fut lancée de façon simultanée, dans le but d'affaiblir plus encore les défenses allemandes, dans le cadre d'une stratégie qui allait obliger les réserves allemandes à se replier vers le nord, et donc à considérablement atténuer leur présence sur la partie sud du front. Les deux opérations étaient ainsi les deux faces d'un même plan stratégique qui visait à récupérer le plus possible de territoire soviétique sous occupation allemande.
Géographie left|thumb|upright=1.5|Carte de l'opération de Smolensk et des offensives associées (carte établie par les services de l'armée des États-Unis). La région dans laquelle eut lieu la bataille est une plaine légèrement accidentée, parsemée de ravins, de zones marécageuses et de forêts, qui ont limité les possibilités en termes de mouvements militaires. Les collines les plus élevées culminent à 250-270 mètres, parfois davantage, ce qui a permis une utilisation optimale de l'artillerie défensive. En 1943, le territoire était, pour l'essentiel, composé de forêts de résineux et de forêts mixtes, avec par endroits des broussailles touffues..
Le territoire est en outre strié de nombreux cours d'eau, les plus importants d'entre eux étant la Daugava, le Dniepr, la Desna et l'Ougra. Aucun de ces cours d'eau n'est ni particulièrement large (de 10 à ), ni particulièrement profond (de 40 à 250 centimètres), mais les vastes zones marécageuses qui les bordent ont constitué un véritable écueil, particulièrement pour les troupes mécanisées.
Transport
Dispositif défensif allemand
Avant la bataille, cette partie du front était plus ou moins stable depuis quatre à cinq mois (depuis dix-huit mois dans certains endroits). Elle possédait en outre des caractéristiques géographiques propices à la mise en place d'un dispositif de défense solide. Ainsi, les forces allemandes ont eu le temps d'établir des positions défensives importantes, comptant jusqu'à cinq ou six lignes de défense par endroits, sur une profondeur totale de 100 à 130 kilomètresMaréchal N.N. Voronov, En service militaire, Moscou, Éd. Bib. Milit., 1963, 382..
La première zone de défense (dite tactique ou externe) comprenait la première ligne défensive (la principale) et la deuxième, sur une profondeur totale allant de 12 à 15 kilomètres, placées dans la mesure du possible dans des endroits situés en hauteur. La ligne de défense principale, de 5 kilomètres de profondeur, se composait de trois séries de tranchées et postes de tir, reliées par un réseau de transmission très développé. La densité des postes de tir pouvait atteindre le nombre de six ou sept par kilomètre de ligne de front. Dans certains endroits, où l'on craignait des attaques de blindés, la troisième tranchée était en fait un fossé antichar dont la pente ouest, abrupte, abritait des emplacements pour l'artillerie et notamment les mitrailleuses. La première ligne du champ de bataille était protégée par trois rangées de barbelés et un important espace jonché de mines..
Localisation et configuration de la ligne de front thumb|upright=1.5|left|Plan détaillé de l'offensive de Smolensk, montrant la forme concave de la ligne de front (carte établie par les services de l'armée des États-Unis). En , le front de l'Est présentait une forme concave relativement linéaire à l'exception d'un angle rentrant dans la région d'Orel, créant pour les troupes allemandes le risque d'être exposées à des attaques latérales en provenance du nord. De ce fait, un nombre significatif de divisions du groupe d'armées Centre (Heeresgruppe Mitte) fut spécialement affecté à cette partie du front, en raison d'une crainte (tout à fait légitime) d'offensive majeure dans ce secteur.
À titre d'exemple, fin , une dépêche allemande indiquait :
Dans ces conditions, l'offensive des troupes soviétiques s'apprêtait à être extrêmement difficile.
Première phase (7 août - 20 août) Percée principale thumb|upright=1.5|left|Plan général de la région de Smolensk durant la bataille. Après une journée d'investigation, visant à déterminer si les troupes allemandes choisiraient de se retirer ou non de la première ligne de tranchées, l'offensive débuta le à (avec un bombardement préliminaire à ), par une percée vers Roslavl. Trois armées avaient été engagées pour cette offensive : les , et Armées.
Cependant, l'attaque se trouva rapidement confrontée à une résistance massive et lourde. Les troupes allemandes tentèrent de nombreuses contre-offensives, depuis leurs positions de défense solides et bien préparées, appuyées par des tanks, des chars d'assaut et des tirs au mortier et à l'arme lourde. Comme le rappelle le commandant Constantin Rokossovski, K. Rokossovsky, Le Devoir du soldat, Moscou, Politizdat, 1988, .. Le premier jour, les troupes soviétiques avaient avancé de seulement 4 kilomètres. et ce, en utilisant toutes les troupes disponibles engagées dans cette opération (artillerie, préposés aux communications et techniciens compris)..
Le lendemain, le , l'attaque reprit, avec une autre tentative de percée simultanée au nord, vers Iartsevo. Les deux attaques furent stoppées par une résistance allemande extrêmement puissante. Les cinq jours suivants, les troupes soviétiques avancèrent difficilement et lentement dans les défenses allemandes, repoussant des contre-attaques violentes et essuyant de lourdes pertes. Le , grâce à l'apport de troupes de réserve, l'Armée rouge était parvenue à avancer sur une profondeur de 15 à 25 kilomètres, selon les endroits..
Offensive de Spas-Demensk
Cependant, le mécanisé soviétique, spécialement déplacé de Kirov afin d'exploiter la percée dans cette bataille, échoua dans sa mission, principalement du fait de la mauvaise organisation de la défense anti-aérienne, qui permit aux bombardiers en piqué allemands d'attaquer relativement facilement les formations de chars soviétiques. Les lourdes pertes essuyées par ce corps d'armée soviétique le contraignirent à se retirer du combat. Malgré cela, au , les troupes soviétiques avaient repoussé de 25 kilomètres supplémentaires les lignes ennemies, libérant ainsi Spas-Demensk..
Offensive de Doukhovchtchina Sur ordre de la Stavka (l'état-major des forces armées soviétiques), l'offensive menée aux abords de Doukhovchtchina débuta presque une semaine plus tard, le . Cependant, comme sur d'autres parties du front, les et Armées se trouvèrent confrontées à une opposition allemande virulente. Au cours du seul premier jour, les troupes allemandes entreprirent 24 contre-attaques d'envergure régimentaire, soutenues par des tanks, des chars d'assauts et des unités d'aviation..
Durant les cinq jours suivants, les troupes soviétiques parvinrent à avancer de seulement 6 à et, même si elles infligèrent d'importantes pertes aux troupes allemandes, leurs propres pertes furent également élevéesHistoire de la grande guerre patriotique, 1941-1945, Moscou, 1963, , ..
Causes de l'impasse À la mi-août, le front se stabilisa sur l'ensemble du théâtre d'opération. Cette impasse, même si elle ne constituait pas à proprement parler une défaite, représentait néanmoins pour le commandement soviétique un échec. Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer. Comme le rapporte le lieutenant du général Alexeï Antonov, G.K. Joukov, Mémoires, Moscou, Éd. APN, 1971, ..
Le maréchal Nikolaï Voronov, alors membre de la Stavka, a analysé les causes de cette impasse dans ses mémoires. Il en a dénombré huit : Le commandement allemand était au courant de l'opération et s'y est préparé ; Les lignes de défense allemandes étaient exceptionnellement bien préparées (des postes de tir renforcés par des tranchées, des barbelés, des champs de mines, etc.) ; Plusieurs des divisions de fusiliers soviétiques avaient été insuffisamment préparées à une situation d'assaut dans le cadre d'une configuration de défense à lignes multiples. Ceci s'est avéré tout particulièrement pour les divisions de réserve, dont la formation n'avait pas toujours été correctement dirigée ; Le nombre de chars engagés dans la bataille était insuffisant, ce qui a obligé les commandants soviétiques à s'appuyer sur l'artillerie, les mortiers et l'infanterie pour traverser les lignes allemandes. Qui plus est, les nombreuses contre-attaques allemandes et l'abondance des champs de mines ont ralenti la progression de l'infanterie ; La collaboration entre les régiments et les divisions était loin d'être parfaite. Il y eut des pauses intempestives durant l'attaque, ainsi qu'une volonté de certains régiments d'éviter l'assaut et d'y exposer d'autres à leur place ; Nombre de commandants soviétiques ont été trop impressionnés par les contre-attaques allemandes et n'ont pas agi de manière appropriée, et ce, bien que les effectifs de leurs troupes fussent supérieurs à ceux de la Wehrmacht ; L'infanterie n'a pas su utiliser correctement ses propres armements (tels que ses propres armes lourdes et les mortiers portatifs). Elle s'est trop appuyée sur l'artillerie ; Le fait que l'offensive ait été reportée du a permis aux troupes allemandes de mieux préparer leur défense.
Compte tenu de tous ces facteurs, le maréchal Voronov demanda que la Armée blindée et le Corps d'artillerie soient transférés du front de Briansk en vue d'être engagés en soutien de l'attaque aux abords de Smolensk..