Franz Conrad von Hötzendorf (), né le à Penzing, dans la banlieue de Vienne en Autriche, et mort le à Bad Mergentheim, dans l'État populaire libre de Wurtemberg, est un militaire austro-hongrois, chef d'état-major de l'armée impériale et royale austro-hongroise (KuK) de 1906 à 1918.
Biographie Famille Franz Conrad von Hötzendorf naît le dans la banlieue de Vienne (Penzing), d'une famille anoblie par l'empereur François d'Autriche (son grand-père est fait baron en 1810). Le nom de Hötzendorf est tiré en 1816 de sa grand-mère (du Palatinat) d'après le nom de son domaine. Il est fait comte () en 1918.
Son père, colonel d'un régiment de hussards, fait les campagnes contre Napoléon, et prend sa retraite après une blessure. Sa mère, née Kübler, est d'un milieu artistique. Il entre jeune dans l'académie militaire de Hainburg, et fait une ascension rapide.
Il se marie en 1886 avec Wilhemine Le Beau (1860–1905) qui lui donne quatre fils (Conrad, Irvin, Herbert et Egon). Veuf en 1905, il perd son fils aîné, Conrad, en 1915 : celui-ci meurt à Davos des blessures subies sur le front russe. Le second est blessé au siège de Przemyśl. Le troisième est tué à la bataille de Lemberg, sur le front russe.
Il épouse en secondes noces le une Italienne, Virginia Aguiar, veuve von Reininghaus, connue lors d'un voyage à Trieste. Ce remariage avec une roturière crée de nombreuses tensions aussi bien dans sa famille que dans l'aristocratie austro-hongroise, remontant jusqu'à l'empereur : pour aplanir ces oppositions, il fallut recourir à une adoption de la future mariée par un noble ami hongrois, le lieutenant-général Ernő Kárász Szigetvári.
Carrière militaire De 1863 à 1867, il est formé à l'académie militaire (École des Cadets) de Hainburg puis de 1867 à 1871 à l'académie militaire Marie-Thérèse de Wiener-Neustadt.
Il est d'abord lieutenant au de chasseurs, puis en 1876 lieutenant au (de Guillaume II, roi du Wurtemberg). De 1878 à 1879, il appartient à la d'infanterie d'occupation de la Bosnie-Herzégovine. Capitaine, il participe à la répression des Serbes en Dalmatie. En 1883, il est en en Galicie. En 1890, il est chef d'état-major puis en 1893, il est muté au d'infanterie à Olmütz. En 1895, il est commandant à Oppau. De 1895 à 1899, il est à Cracovie, commandant au de l'empereur. En 1899, il est commandant à la d'infanterie à Trieste. Il est promu général de division en 1901. En 1903, il commande la d'infanterie de Bozen.
En , il est nommé chef d'état-major de l'armée royale et impériale austro-hongroise à la demande de l'héritier du trône, François-Ferdinand. Prônant des réformes dans l'armée, reconnu pour ses capacités, il se montre partisan d'une nouvelle approche dans la gestion de l'armée impériale et royale : il propose une refonte de l'organisation de l'armée commune, un rapprochement des officiers généraux avec les diplomates. Responsable de l'armée commune, il veille au maintien de ses capacités opérationnelles.
Il a des vues bellicistes, opposées à de nombreux collègues, et prône des guerres préventives contre la Serbie et l'Italie, ce qui entraîne son éviction en 1909. L'empereur lui aurait dit : , ce à quoi il aurait répondu : . Il s'oppose ainsi, pour des raisons politiques, à l'héritier de la monarchie, défenseur d'une politique de paix à l’extérieur, afin de mener des réformes intérieures.
Il tente d'éviter que les divergences d'intérêts entre peuples aient trop d'impact dans l'armée, multinationale, de la double monarchie, souhaitant traiter, au sein de l'armée, les différentes nationalités de la même manière ; ainsi, contre l'archiduc héritier, il s'oppose à ce que les recrues soient cantonnées à l'extérieur de leur région d'origine, conscient des troubles que cette mesure peut créer.
De plus, il estime que l'armée commune de terre doit être renforcée en vue d'une guerre continentale, exposant ses réserves sur le renforcement de la marine austro-hongroise, voulu par l'archiduc héritier.vignette|droite|Franz Graf Conrad von Hötzendorf.
Partisan d'une guerre préventive contre l'Italie et la Serbie
Percevant lucidement les tensions ethniques créées par l'inégalité de traitement dans l'Empire, il prône une politique d'ouverture envers les Slaves sujets de la maison de Habsbourg-Lorraine contre l'hégémonie des Allemands et des Magyars. Mais il n'en est pas moins partisan d'une « guerre préventive » à l'extérieur, contre la Serbie, par exemple en 1908, lors de la crise bosniaque. Sur ces positions, il se heurte au ministre commun des Affaires étrangères, baron von Aehrenthal, soutenu par l'héritier du trône François-Ferdinand, le plus constant des opposants à la politique belliciste de Conrad. Malgré la faiblesse des prétextes disponibles pour justifier une entrée en guerre contre la Serbie, il reçoit en 1909 la consigne de préparer un plan d'attaque du royaume de Belgrade, si ce dernier ne reconnaît pas l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par la double monarchie ; le royaume de Serbie, abandonné par ses alliés, s'incline le .
À la suite d'une entrevue orageuse à ce sujet, le , avec l'empereur François-Joseph, l'officier tombe en disgrâce : sa mise à l'écart est officialisée le suivant. Il est cependant rappelé en 1912 au moment des guerres balkaniques.
Fervent défenseur de la grandeur de la double monarchie, il défend ardemment, parfois contre l'empereur, l'idée d'une augmentation du prestige de la double monarchie en Europe et dans les Balkans, notamment au cours de l'année 1913. En effet, selon lui, la guerre constitue le moyen le plus adéquat que la monarchie danubienne doit mettre en œuvre pour résoudre les problèmes de voisinage. Il se montre partisan de la soumission des Etats slaves du sud et de leur réunion sous le sceptre de la double monarchie, mais doit modérer, dans un premier temps, ses élans face au austro-hongrois, soucieux de l'opinion des grandes puissances.
En 1909, Conrad se montre partisan d'une action vigoureuse contre la Serbie, dans le contexte de la crise bosniaque, pour obliger la Serbie à reconnaître l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par l'Autriche-Hongrie. Puis, en 1911, il souhaite mener une guerre préventive contre l'Italie, occupée en Libye et dans le Dodécanèse avec la guerre italo-turque. Mais, contredit par François-Ferdinand et désavoué par l'empereur le , il démissionne de son poste.
En 1912, après les succès militaires serbes face aux Ottomans lors des guerres balkaniques, François-Ferdinand, désormais favorable à la limitation de l'essor serbe, devient son plus actif soutien, affichant son souhait de lancer la double monarchie dans une guerre contre la Serbie.
En 1913, rappelé mais fragilisé par l'affaire Alfred Redl, il propose d'entrer en guerre contre la Serbie, sortie victorieuse et renforcée des guerres balkaniques, en utilisant comme prétexte l'occupation de Scutari par les troupes serbes et du nord de l'Albanie par le Monténégro. Le conseil de la couronne du lui donne cependant tort : François-Joseph, prenant la décision en dernier ressort, s'oppose à l'entrée en guerre de la double monarchie, malgré les pressions de son héritier.
Cependant, ce refus n'altère pas les convictions du chef d'état-major de la double monarchie, puisque, dans la période comprise entre ce refus et le , il propose à 25 reprises à l'empereur et à ses conseillers d'entrer en guerre contre la Serbie, sans succès. Ce sont les guerres balkaniques et les succès remportés par les Serbes qui donnent du poids à sa volonté de déclencher une guerre préventive contre la Serbie. En 1914, à la suite de l'annonce de l'assassinat de l'archiduc héritier, il se montre le plus farouche partisan d'une entrée en guerre le plus rapidement possible, sans préparation diplomatique.
Acteur de l'alliance avec le Reich
Il est soutenu dans cette attitude belliciste par le versatile Guillaume II qu'il rencontre à Leipzig le .
En effet, en , alors que la confrontation austro-serbe connaît un regain de tension, il reçoit l'assurance de son homologue allemand que le Reich soutiendrait la double monarchie en cas d'attaque russe.
Mais, en , lors d'une rencontre avec l'ambassadeur allemand à Vienne, il montre qu'il n'est pas dupe sur la nature du soutien de Guillaume II à cette politique, et, d'accord avec l'ambassadeur, indique dans la conversation les conditions du déclenchement de ce conflit préventif, conflit qu'il souhaite voir déclenché le plus rapidement possible et qui doit aussi se solder par l'annexion de la Serbie par la double monarchie.
Conscient que la double monarchie n'était pas la plus forte dans l'alliance qui la lie au Reich, et que, contrairement à celui-ci, elle ne survivrait pas à une défaite, il se montre très attaché à l'alliance allemande et à l'idée d'une guerre préventive contre la Serbie. Ainsi, en 1913, en raison de l'absence de soutien du Reich, il ne peut pas, comme l'ensemble des dirigeants austro-hongrois, lancer la double monarchie dans un conflit ouvert avec la Serbie.
Première Guerre mondiale Préparation du conflit Il est l'artisan du plan austro-hongrois en cas de guerre. Cependant, les plans de mobilisation et d'opération qu'il conçoit sont dépendants des plans du Reich ; en effet, le plan Schlieffen octroie à la double monarchie le rôle de contenir la poussée russe, le temps pour l'armée allemande de battre la France.
Il prépare ainsi différents projets d'action militaire, en fonction des belligérants que la double monarchie doit affronter. Si les Russes restent neutres, une attaque en masse sur le front serbe doit avoir lieu. Si les Russes entrent en guerre, il faut alors concentrer les forces sur le front oriental. À partir de 1913puis en mai et en , il tente de coordonner les plans de mobilisation et d'opérations austro-hongrois avec les plans allemands, en insistant sur les délais nécessaires au Reich pour écraser la France et concentrer ses troupes face à la Russie, son obsession durant toute la crise de juillet : il rencontre ainsi à de nombreuses reprises son homologue allemand, Helmuth von Moltke, dans les années qui précèdent le conflit.
Durant la crise de juillet, il informe régulièrement les responsables civils de la double monarchie des options militaires qui s'offrent à elle en fonction de l'évolution de la situation, proposant divers scénarios de mobilisation et d'actions militaires en fonction des adversaires, informant le conseil des ministres commun des permissions d'été qui ne rentrent qu'à partir du .
De plus, dans les années précédant le conflit, il utilise les renseignements obtenus par les services de renseignements militaires austro-hongrois, ces derniers parvenant, grâce à un accroissement du personnel, à prévoir le déclenchement d'un conflit d'ampleur européenne au début du mois de ; cependant, il est tout à fait conscient des lacunes de l' avant le déclenchement du conflit.
Rôle dans la crise de juillet
Le , l'archiduc François-Ferdinand et sa femme sont assassinés à Sarajevo. Consulté sur les capacités militaires de la double monarchie, il affirme le que l'armée commune pourra entrer en guerre à la mi-août et se soucie surtout, durant toute la crise, du soutien allemand. Il s'oppose néanmoins à une déclaration de guerre dès le , arguant de l'impossibilité de mobiliser l'armée dans un délai aussi bref.
Durant la crise de juillet, il conseille efficacement le gouvernement sur les modalités de la mobilisation : en effet, lors du conseil de la couronne du , il rappelle que la majorité des soldats sont retournés chez eux pour les travaux agricoles et, que, de ce fait, ils ne peuvent être mobilisés avant plusieurs semaines. Cependant, il se dit convaincu de l'absence de réaction russe à l'ultimatum envoyé à Belgrade, croyant encore le à la possibilité d'une simple guerre austro-serbe.