() est une phrase en grec ancien signifiant littéralement « Les animaux courent », mais dont un calque donnerait « Les animaux court ». À la suite de Claude Lancelot ( – ), elle est la qui illustre la règle de syntaxe d'accord du verbe avec le sujet, selon laquelle, dans cette langue, les sujets de genre neutre, au pluriel, induisent un verbe au singulier.
Les deux autres phrases les plus citées comme exemples d'application de la règle sont (, ) et (). Dans sa , Apollonios Dyscole illustre la règle par la phrase (, ).
Histoire n'est pas une de grec ancien. Elle a été créée à la Renaissance. Dans l'Antiquité, les grammairiens et les scholiastes illustraient la règle avec (). Les scholiastes d'Homère et ceux d'Aristophane choisissent, comme exemple, (). L'emploi de () est attesté en chez Jacques Céporin ( – ) qui choisit, comme exemple, (). () est attesté en chez Pierre de La Ramée ( – ).
Grammaire La locution est constituée des éléments suivants : , nominatif pluriel neutre de l'article défini ; , nominatif pluriel du nom , « animal », qui est de genre neutre ; , du singulier, présent de l'indicatif du verbe , « courir ».
Cette locution illustre une règle grammaticale du grec ancien : un verbe se conjugue au singulier si son sujet est un nom neutre pluriel. Mot à mot, elle signifie : « les animaux court » et doit se comprendre « les animaux courent » (la du pluriel du présent de l'indicatif de est , qui n'est donc pas employé ici).
La règle n'est pas propre au grec ancien : elle est attestée en sanskrit védique ainsi qu'en vieil avestique et en hittite.
En indo-européen commun, langue préhistorique reconstituée supposée être à l'origine des langues indo-européennes, certains noms neutres athématiques (voire tous) possèdent un nombre collectif plutôt qu'un pluriel, ce qui indique que cette forme collective est considérée comme leur norme et qu'il convient de spécifier lorsqu'on parle d'un élément en particulier.
Le grec ancien, dérivé de l'indo-européen, possède trois nombres : singulier, pluriel et duel. L'irrégularité de la conjugaison plurielle des noms neutres est une subsistance de ce collectif indo-européen, disparu entretemps. Une traduction plus fine de la phrase initiale serait peut-être plutôt « l'ensemble des animaux court ».
Exemple Dans son , Platon offre un exemple d'application de la règle : dans la phrase d'ouverture du mythe, il oppose les dieux aux mortels ; il emploie, pour les premiers, le masculin pluriel (, nominatif pluriel de ) avec le verbe lui-aussi pluriel (, du pluriel de l'indicatif imparfait d') mais, pour les seconds, le neutre collectif (, nominatif pluriel de ) avec le même verbe au singulier (, du singulier de l'indicatif imparfait d').
Évolution Dans les faits, la forme plurielle du verbe (dans notre cas, ) se rencontre déjà chez les auteurs grecs classiques.
Des exceptions à la règle se rencontrent déjà chez Homère. La règle n'est suivie qu'en attique : elle ne l'est pas dans d'autres dialectes et ne le sera plus en koinè. Le verbe au pluriel se rencontre, chez les poètes, pour les raisons métriques et, chez les prosateurs, lorsque le sujet désigne des personnes ou pour souligner la pluralité du sujet. Thucydide et Xénophon ainsi qu'Aristote s'écartent souvent de la règle.
La parabole du lis de l'évangile selon Matthieu, rédigé en grec au , contient le texte suivant : « », soit (Matthieu 6:28). Ici, le sujet neutre , nominatif pluriel de , le lis) et le verbe ( du pluriel de , « croître »), ont le même nombre.
La règle est totalement abandonnée en grec moderne. La traduction de « les animaux courent » est , avec le verbe et le sujet au pluriel.
Dans la culture On trouve une référence à cette phrase chez Blaise Pascal ( – ), dans la de l'édition Brunschvicg.
Raymond Queneau ( – ) fait une allusion intertextuelle à la règle dans :
ainsi que dans :
Dans , roman de Pascal Bruckner paru en , Ta Zoa Trekhei est la société secrète que Sébastien fonde avec ses amis : son appartenance à cette société, ajoutée au pseudonyme de Virgile Coutances qu'il prend lorsqu'il décide de se prostituer, rappelle le poète latin Virgile, membre du cercle poétique dirigé par Mécène.
En France, les professeurs de lettres classiques utilisaient la phrase pour annoncer à leurs collègues l'arrivée d'une inspection.
Annexes En arménien ancien, à partir du , cette forme apparaît dans des textes traduits du grec. Les traducteurs ont suivi le grec. Par exemple, dans la traduction arménienne du Livre V du Contre les hérésies d'Irénée de Lyon, au chapitre 2 (Irénée écrivait en grec) : մարմինքս ի սմանէ սնեալք, խոնարհեալք եւ ընկողմանեալք յերկիր եւ քակտեալք ի նմա, յարիցէ յիւրում ժամանակի les corps nourris par elle (l'Eucharistie), inclinés et étendus sur la terre, et dissous en elle, ressuscitera en son temps
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
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Articles connexes Indo-européen commun Conjugaisons du grec ancien Syllepse Alea jacta est
Liens externes , et .
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