Antoine-Joseph Gorsas, né le à Limoges et mort guillotiné le à ParisAdolphe Robert (dir.), Edgar Bourloton (dir.) et Gaston Cougny (dir.), Dictionnaire des parlementaires français comprenant tous les membres des assemblées françaises et tous les ministres français depuis le mai 1789 jusqu'au mai 1889 avec leurs noms, état civil, états de service, actes politiques, votes parlementaires, etc., tome III : Fes-Lav, Paris, Bourloton, 1891, p. 208, lire en ligne., est un journaliste, pamphlétaire et homme politique français.
Biographie Antoine-Joseph Gorsas naît le à Limoges
Antoine-Joseph Gorsas est le fils de Jean-Baptiste Gorsas, cordonnier de Limoges, et de Marianne Peyrier.
Malgré la modestie de son origine, le jeune Gorsas n’en reçoit pas moins une bonne éducation. Grâce à des appuis dans l'entourage de l'évêque de Limoges, il obtient de faire ses études au collège du Plessis. Employé à la ferme générale en 1775, il épouse dans cette ville Marie-Madeleleine Roudier, fille d'un commis au bureau des voitures de poste de la Cour originaire de Troyes. À partir de 1777, il donne des cours particuliers. En 1779, iI fonde une maison d’éducation qui acquiert une certaine réputation et qui perdure jusque 1787.
Dès 1785, il se livre à la poésie, dans son genre satirique et à la critique de moeurs. Il se crée des ennemis dans toutes les classes de la société et, en 1788, à la suite d'un procès qui l'a opposé au père d'un élève nommé Gravier de Vergennes apparenté au ministre des affaires étrangères, il est enfermé à Bicêtre, sous la prévention de corrompre les mœurs de ses élèves. Cette accusation ne fut justifiée par aucune preuve, mais les rigueurs dont Gorsas avait été l’objet en cette circonstance l’irritèrent vivement de façon à expliquer l’exaltation révolutionnaire qu’il montra dès lors.
Sous le ministère Calonne, il fréquente le comte de Mirabeau qu'il assiste, en compagnie des banquiers Panchaud et Clavière, dans la rédaction et la publication de sa Dénonciation de l'agiotage. En 1788, il compte parmi les membres du groupe connu sous le nom de société Gallo-Américaine créé par l'avocat lyonnais Bergasse, le banquier strasbourgeois Kornmann et le parlementaire parisien opposé au despotisme d'Epremesnil à la suite de leur séparation de la société de l'harmonie universelle de Messmer. Cette société voit son activité culminer au moment de l'Affaire Kornmann et participe au foisonnement d'idées pré-révolutionnaire étendant à la politique les principes physiques et médicaux du mesmerisme. D'après Robert Darnton, les conceptions affichées par les oeuvres de ce groupe proposaient de combattre la corruption de la Société en recréant un ordre politique d’après la nature, comme les principes du magnétisme animal de Messmer visaient à régénérer la médecine en se proposant de soigner les corps par la recherche d'une harmonie naturelle.
Après un court voyage dans son pays, il reparut à Versailles, au moment où s’assemblaient les états généraux, et rédigea le Courrier de Versailles. Il s’attacha dans cette feuille à dévoiler les intrigues et les imprudences de la cour, et vint le lire publiquement au Palais-Royal son numéro du jour, contenant le récit du fameux banquet de réception donné par les gardes du corps aux officiers du régiment de Flandre, .
D’autres provocations, ou plutôt d’autres excès, avaient suivi cette première inconséquence. Le 2, un déjeuner eut lieu dans la salle du Manège, et le 3, plusieurs réunions bruyantes se firent encore, soit dans les casernes, soit dans le château. À l’audition des révélations de Gorsas, le peuple de Paris, depuis longtemps en proie à la famine, se souleva aux cris de : « À Versailles ! » et « Du pain ! » Gorsas ne craignit pas de se mettre à la tête d’une des colonnes de l’insurrection et de partager la gloire de Maillard.
Après l’égorgement de quelques gardes du corps, l’intervention de La Fayette vint préserver pour cette fois Louis XVI et sa famille, qui néanmoins durent céder au vœu populaire et rentrer à Paris. Gorsas vint s’y fixer aussi et, à cette occasion, changea le titre de son journal en celui de Courrier des quatre-vingt-trois départements.
Tandis que ses écrits se faisaient remarquer par une polémique toujours plus véhémente, Gorsas parcourait les clubs, anathématisant sans cesse « les aristocrates et les fanatiques ». Il pétitionna pour le transport des restes de Jean-Jacques Rousseau au Panthéon. Il prit une part active aux journées des 20 juin et 10 août 1792.
Nommé, en septembre 1792, député de Seine-et-Oise à la Convention nationale, il siégea d’abord à la Montagne. Toutefois, il attaqua avec indignation les massacreurs des prisons. Cependant, peu à peu, dégoûté des mesures de violence qu’il voyait préconiser par les chefs de son parti, il se rapprocha des girondins, et voulut arrêter le mouvement qu’il avait accéléré.
Il était secrétaire de la Convention lors du jugement de Louis XVI. Il vota pour l’appel au peuple, . Sur la question de la peine : Par une singulière contradiction, Gorsas vota contre le sursis à l’exécution capitale.
En février suivant, Gorsas, dans son Courrier, attaqua violemment la Commune et la Montagne. Il n’épargna ni Danton ni Robespierre, mais Marat fut surtout l’objet de sa haine.
L’audace de Gorsas le désignait aux fureurs de la populace, excitée dans les clubs. Le , une bande de deux cents forcenés armés, conduite par le Polonais Laïowski, vint envahir son domicile, brisa ses presses, dispersa ses caractères, menaça sa famille : lui-même ne dut la vie qu’à une prompte fuite. Deux jours après, la section de Bon-Conseil demandait à la Convention la mise en accusation de Gorsas et son jugement par le tribunal révolutionnaire.
Gorsas, de son côté, porta plainte des attentats dont il venait d’être victime, mais sa réclamation ne fut pas accueillie. Lacroix s’éleva contre les députés qui, envoyés pour faire de bonnes lois, ne s’occupaient qu’à exciter le peuple par l’amertume de leurs écrits. Billaud-Varennes alla plus loin : il déclara Gorsas Seul Merlino eut le courage de le défendre en appelant ses collègues à plus d'humanité mais les montagnards le firent taire.
L’Assemblée décréta que les députés journalistes seraient tenus d’opter entre leurs fonctions législatives et la rédaction des feuilles publiques. Cependant, cette résolution ne fut pas appliquée car Gorsas, Brissot, Camille Desmoulins, Marat, et quelques autres pamphlétaires continuèrent de siéger parmi les représentants.
Gorsas resta donc exposé à la vengeance de ses ennemis et, sur la proposition de Chaumette, la Commune arrêta
Le suivant. Gorsas fut décrété d’accusation avec les principaux girondins. Il se réfugia d’abord à Évreux, puis rejoignit Buzot, qui organisait dans le Calvados l’insurrection à main armée contre la Convention. Mais leurs forces, placées sous les ordres du général Félix Wimpffen ayant été dispersées, presque sans coup férir, le 13 juillet à Pacy-sur-Eure, Gorsas fut mis hors la loi le . Il se tint quelque temps caché en Bretagne et il eût peut-être échappé aux poursuites dirigées contre lui s’il n’eût commis l’inconcevable imprudence de rentrer dans Paris et de venir visiter en plein jour une de ses anciennes maitresses, Brigitte Mathey, qui tenait un cabinet de lecture au Palais-Royal.
Arrêté le , il fut aussitôt traduit au tribunal révolutionnaire, qui se contenta de faire constater son identité. Il fut exécuté le même jour. Monté sur l’échafaud avec un grand sang-froid, il prononça ses mots : Il fut le premier conventionnel à être guillotiné.
Imprimeur-libraire Gorsas exerce une activité d'imprimeur libraire à Paris, rue Tiquetonne et rue Neuve-des-Petits-Champs. Pamphlétaire et journaliste, il est l'auteur-fondateur du "Courrier de Paris", devenu "Courrier des (83) départements". Il utilise le pseudonyme : "Démocrite, imprimeur-libraire de Son Allégresse Sérénissime Falot Momus, à Pampelune, au Grelot de la Folie". Sa veuve lui succède et exerce jusqu'en 1800 environ. La Convention lui accorde une pension le 1er fév. 1794 et l'indemnise, le du saccage de l'imprimerie de son mari.
Opuscules La Plume du coq de Micille, ou aventures de Critès au Sallon pour servir de suite aux promenades de 1785 ( ; avant-midi et après-midi, ), Londres et Paris 1785 et 1787. L’Âne promeneur, ou Critès promené par son Âne, Paris, 1786, in-8°; L'Ane promeneur ou Critès promené par son âne; chef-d'œuvre pour servir d'Apologie au Goût, aux Mœurs, à l'Esprit, et aux Découvertes du siècle. Première édition, Revue, corrigée, et précédée d'une Préface à la Mosaïque, dans le plus nouveau goût. À Pamplune, chez Démocrite, Imprimeur-Libraire de son Allégresse Sereinissime Falot Momus, au Grelot de la Folie. Et se trouve à Paris, Vve Duchesne, Hardouin et Gatey, Voland, Royez, 1786. 1 vol. in-8°, demi-basane mouchetée, dos lisse, p. de titre verte, tr. mouchetées de rouge. Reliure moderne. Ex-libris L. Guillemeau (1789) au contreplat. 302 pp., (1) f., et 1 portrait gravé au burin dans le texte. Édition originale très rare, de ce pamphlet très satirique, principalement dirigé contre Beaumarchais et le Mariage de Figaro, et qui comporte une foule d'allusions et de traits contre les personnages et les modes de l'époque. Ce livre sera à nouveau imprimé en 1788, sous le titre: le Rabelais moderne. Babier I, 178; Cioranescu, 31448; Quérard III, 411.
La cour plénière: héroï-tragi-comédie en trois actes et en prose jouée le par une société d'amateurs dans un château aux environs de Versailles par M. l'abbé de Vermond, lecteur de la reine, Auteurs Honoré Duveyrier, Antoine Joseph Gorsas Éditeur Liberté, 1788, 104 pages. Le lever de Bâville: drame héroïque en 3 actes, pour servir de suite à « La cour plénière » Auteurs Jean-George Le Franc de Pompignan, Honoré-Marie-Nicolas Duveyrier, Antoine-Joseph Gorsas Éditeur Barbarini, 1788. Le grand-bailliage: comédie historique, en trois actes et en prose Auteur Antoine Joseph Gorsas Éditeur Chez Liberté, 1788 127 pages. "Représentée à Rouen, depuis le jusqu'au de la même année, par une troupe de Baladins, qui a été sifflée par tous les bons Citoyens".
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Sources primaires 1786 - L'âne promeneur, ou, Critès promené par son âne. Chef-d'oeuvre pour servir d'apologie au goût, aux moeurs, à l'esprit, et aux découvertes du siècle 1788 - Le grand-bailliage, comédie historique, en trois actes et en prose. Représentée à Rouen, depuis le 8 mai 1788 jusqu'au 9 octobre de la même année, par une troupe de baladins, qui a été sifflée par tous les bons citoyens 1789 - Déclaration du sieur Gorsas au sujet des lettres de Beaumarchais, citées dans la cause de M. Kornmann 1791 - Procès de Monsieur le Curé de Saint Sulpice : au tribunal de l'opinion publique, ou Lettre adressée à l'auteur du Courrie[r de Paris dans les quatre-vingt-trois départemens] 1791 - Sentence rendue contre l'un des plus respectables citoyens de la capitale, en faveur de Charles-Henri Sanson, bourreau de Paris. Suivie de la rétractation du honorable citoyen. Extrait du Courrier de Paris dans les prov. no VIII 1792 - Le Courrier des LXXXIII départemens. II Législature. Tome XI 1792 Epître à mon collègue et bon ami Marat 1793 - Précis rapide des événemens qui ont eu lieu a Paris dans les journées des 30 et 31 mai, premier et 2 juin 1793 1794 Précis rapide des évènemens qui ont eu lieu à Paris dans les journées des 30 et 31 mai, premier et 2 juin 1793
Bibliographie , lire en ligne. Ferdinand Hoefer, Nouvelle Biographie générale, t. 21, Paris, Firmin-Didot, 1858, . Jean-François Thénard, Détails biographiques sur Gorsas, Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, 1894, pp 305-312, lire en ligne.
Articles connexes Liste des députés de Seine-et-Oise
Liens externes
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