Le nain est une créature humanoïde, légendaire et imaginaire, souterraine et de petite taille, principalement issue de la mythologie nordique et des croyances germaniques médiévales. Comme le lutin, le gobelin et le gnome, il fait partie du « petit peuple ». Si les nains anciens, le plus souvent invisibles, semblent préserver une croyance spécifique aux esprits des morts chtoniens, gardés par la Terre et le monde minéral, tout en partageant peut-être leur origine avec les géants mythologiques, tels que le Tomini ou encore le Tonain, la littérature post-romantique et fantastique en a transformé profondément la figure ou la perception.

Mythologies, littérature, folklore, contes et traditions populaires de très nombreux pays relatent des récits de nains. Ils acquièrent la plupart de leurs caractéristiques dans les textes allemands médiévaux, qui les dépeignent comme d’excellents forgerons industrieux aux demeures souterraines ou montagnardes, créateurs d’armes pour les dieux, sans donner d’indication précise sur leur taille. Ils sont perçus comme de petits êtres au fil du temps. En raison de leur lien originel aux croyances mortuaires païennes, ils gardent mauvaise réputation et sont diabolisés par l’Église médiévale. Paradoxalement, ils se rapprochent de l'elfe et des génies bénéfiques du foyer au , puis s’associent au folklore minier, pouvant se révéler une grande aide ou au contraire une nuisance pour les humains.

Aux côtés de ceux de la mythologie nordique, les croyances comptent des centaines de petites créatures désignées comme des nains, tels les Nibelungen, Bergleutes, Knockers et Bonnets-Rouges, ou encore Alberich. Les évolutions littéraires romantiques au et surtout post-romantiques, en ont changé la perception. Les nains ont perdu tout côté maléfique, et renvoient à l'imagination créatrice enfantine, à l'image des personnages qui aident Blanche-Neige, ou des statuettes qui décorent les jardins.

Bon nombre de productions artistiques les mettent en scène, notamment la tétralogie L'Anneau du Nibelung de Richard Wagner. En créant la Terre du Milieu qu'il peuple entre autres de nains, contribue par ses écrits (en particulier Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux) à en donner une nouvelle image, reprise par la littérature fantasy, le jeu de rôle et les jeux vidéo, comme celle d'un peuple de guerriers maniant la hache ou le marteau, vivant sous les montagnes, et souvent opposé aux elfes.

Étymologie et terminologie vignette|gauche|upright=1|Sculpture de nain au physique ingrat, à Wrocław en Pologne.

L'étymologie du nain (prononcé [] : ) est sujette à controverses. En français moderne comme dans de nombreuses autres langues (anglais notamment), un même terme peut désigner la personne réelle atteinte de nanisme et la créature des croyances populaires, ce qui entraîne une vision de personnes naines comme représentantes vivantes des mythes anciensCette perception touche aussi les géants... De même, hors du contexte folklorique, ..

Dans l’espace roman, le terme « nain » est issu du latin , lui-même forgé à partir du grec (nanos), signifiant « petit ». L’idée qu’il s’agisse d’un être de petite taille est donc présente dès le départ dans l’étymologie romane. Avec le temps, la forme latine est devenue « nain » [] en françaisAuguste Brachet, Dictionnaire étymologique de la langue française, , 1870, , .. Son orthographe actuelle résulte de la prononciation [͜], telle qu’elle existait en toute probabilité en proto-français, entre les .. L'une des premières attestations du mot en français écrit est cependant plus tardive, et figure dans Érec et Énide par Chrétien de Troyes, vers 1160, texte dans lequel il désigne une créature surnaturelle..

Dans l'espace germanique et celtique, où le mot partage très certainement une origine commune Claude Lecouteux, Eine Welt im Abseit. Studien zur niederen Mythologie und Glaubenwelt des Mittelalters, Dettelbach, 2001 (Quellen Forschungen zur europaïschen Ethnologie), 31-54.., de nombreuses théories et études existent. Les seules certitudes à retenir selon Anatoly Liberman sont que la version germanique du mot est très fréquente et se rapproche au son de deux autres, l'une en sanskrit et la seconde en avestique, sans que le lien soit concluant. :

Langue Nom Vieux norroisDwergr / Dvergr Vieil anglaisDweorg Anglais Vieux haut-allemandZwerc / Gitwerc Allemand

Du fait que de nombreuses langues associent au mot « nain » des concepts négatifs (maladie, tromperie), l'influence d'une diabolisation chrétienne des termes employés pour désigner ces créatures païennes n'est pas à exclure. Selon Claude Lecouteux et Régis Boyer, l'étymologie germanique du nain est à rapprocher du vieux norrois , qui signifie « tordu », au sens propre (les nains ont souvent un physique contrefait) comme au figuré, le corps étant le reflet de l'âme. Elle fait du nain un , ce qui correspond bien à sa figure dans le folklore germanique, et forme la théorie la plus couramment citée.

Un autre sens étymologique est à rapprocher du norvégien (« maladie animale »), du sanskrit (« faiblesse, maladie »), et du vieil anglais (« crampe »), des mots issus de l'indo-germanique *dhuer ou *dheur- (), en se basant sur une croyance qui voit dans les nains l'origine de maladies et de malaises... Le sanskrit dhvaras (« être démoniaque ») est parfois cité, mais qu'un mot germanique soit influencé par une racine sanskrite constituerait un cas unique.. Lotte Motz suggère un rapprochement avec , qui désigne la montagne dans les langues germaniques.. Une dernière proposition est l'indo-germanique *dhreugh, qui a donné en allemand moderne et en anglais , soit « rêve », ou encore , soit « tromperie ».. Le sens de *dwezgaz, qui désignait à l'origine uniquement un être surnaturel, a dérivé pour désigner les personnes de petite taille bien réelles sous les noms de dverg, dweorgr ou encore twerc, mais l'influence des créatures mythologiques n'entrerait pas en cause.

Leur nom en polonais, (pluriel ) signifie littéralement « petite personne rouge » Padraic Kenney, A carnival of revolution: Central Europe, 1989, Princeton University Press, 2003 , . et vient de la couleur du chapeau des créatures.

D'après Claude Lecouteux, le nom de dvergr, zwerc ou dweorg désigne tous les êtres de la petite mythologie dans la Germanie médiévale.. Désormais, . Dans le monde roman, ce terme peut désigner le lutin, le gobelin, le changeling, le duse ou le génie domestique.. En l'absence d'un champ sémantique bien défini, différentes créatures comme le kobold et le troll peuvent être qualifiées de « nains ».

Origine thumb|gauche|upright=1|alt=Géant, les pieds dans l’eau, menaçant un groupe de nains, isolés sur un récif rocheux.|Le géant Suttung et les nains par Louis Huard (1813-1874). Géants et nains, présents dans les mêmes mythes, partagent aussi la même origine.

Si les nains sont bien issus de l'imagination humaineJules Michelet et Paule Petitier, Histoire romaine, (), Les Belles lettres, 2003 , introduction., différentes hypothèses coexistent en ce qui concerne leur origine historique..

Ces personnages sont attestés dans de nombreuses régions du monde depuis la plus haute Antiquité, dont la Russie, la Norvège, en IndeL'une des représentations du dieu Vishnou est celle d'un nain, voir ., en Chine, au JaponSuku-na-biko est un dieu nain bénéfique venu de la mer, voir ., en AfriqueLes Mendés ont des statuettes de nains, symboles de fertilité, voir . et en Amérique précolombienneTlaloc, qui vit dans une montagne, a des servants nains dont le rôle est d'apporter la pluie, voir ., où ils peuvent être liés à la naissance, à la mort, à la fertilité et au travail des métaux, représentant .. Le nain mythologique a toujours une influence sur la perception sociale des personnes réelles atteintes de nanisme., l'analyse détaillée révélant une étroite relation avec les peurs humaines, notamment celle des monstres humains.

Cependant, la majorité des récits de nains proviennent du monde germanique et nordique... où ils forment, avec les fées et les géants, l'un des trois grands types de personnages surnaturels du Moyen ÂgeClaude Lecouteux dans ., et influencent significativement les croyances et les récits. L'une des premières traces du nain germanique est la mention, au , d'un « esprit qui s'agite dans la forge », nommé (fantôme) ou (velu).

Théories des chercheurs

La plupart des chercheurs (Régis BoyerVoir sa préface dans ., Claude Lecouteux) pensent que géants et nains mythologiques ont une lointaine origine commune, et voient dans le nain une « dégénérescence » du géant. Pierre Dubois s'appuie sur un texte poétique Aelfsidem, texte anonyme anglais du traduit et commenté par W. T. Dodgsons, Luchtat, 1334, Meinster, . Ce document hypothétique n'est cité que par Pierre Dubois. et suppose que cette diminution de taille du géant est une conséquence de la prédominance de l'homme sur son environnement : . Dans de nombreux récits de croyances (entre autres la Geste des Danois Gesta Danorum I, V, 5, édition J. Olrick et H. Raeder, Copenhague, 1931, cité par .), les géants sont les habitants primordiaux, les ennemis des dieuxDans la mythologie nordique, la mythologie grecque, la Bible, et bien d'autres récits, les géants sont détruits par les dieux, alors que les nains survivent et coexistent avec les hommes. et ceux qui façonnent la Terre. Les nains arrivent après eux, et les hommes en dernier. Les nains peuvent être considérés comme des « brouillons » de l'être humain., et les humains comme un croisement entre les géants et les nains. Les géants nordiques étant des maîtres de la métamorphose, cette origine commune explique la capacité de tous les êtres du petit peuple à se changer en végétaux, minéraux et éléments, à modifier leur taille, à prendre l'apparence d'animaux, et à séduire des princesses.. Il est possible que, symboliquement, les géants soient devenus des nains pour échapper aux persécutions des divinités et des hommes.

Personnalisation de phénomènes naturels vignette|gauche|upright=1|Les nains habitent souvent dans les montagnes. Selon les récits de croyance, ils pourraient être des personnalisations de ce biotope.

Pour une partie des chercheurs, les nains sont, ainsi qu'un grand nombre de créatures et de dieux mythologiques, issus de la personnalisation de forces naturelles. Claude Lecouteux suppose qu'ils étaient originellement des « esprits » liés à la terre et aux tertres, lesquels ont revêtu une forme humanoïde dans la mythologie nordique, cité par ..

Cette hypothèse est invoquée concernant le lien fréquent entre les nains et la montagne. Un comportement ritualisé, forme de respect envers ce biotope, est relevé parmi plusieurs sociétés humaines : le nain est considéré comme le gardien des secrets de la montagne et l'initiateur des humains, qui doivent acquérir ses connaissances afin . Un conte suisse parle d'un chasseur d'Eisten gravissant un sommet pour rencontrer un nain vénérable, qui se sent trop à l'étroit dans ses bottes. Un lac se vide peu après, recouvrant la forêt et les alpages : le nain a élargi ses bottes Johann Siegen, Sagen aus dem Lötschental, cité par .. Toujours en Suisse, près du lac de Thoune, un conte populaire parle d'un nain qui demande asile, seuls les plus pauvres paysans d'un village lui ouvrent et partagent leur fruste repas avec lui. Le lendemain, il déclenche une avalanche qui détruit tout le village, sauf la hutte des paysans qui l'ont recueilli. Après quoi il grandit, se change en géant et se dissipe dans l'air R. Wyß, Idyllen, Volkssagen, Legenden und Erzählungen aus der Schweiz, , Berne et leipzig, 1815, , traduit par ..

Doubles et revenants