Le diocèse de Tarentaise (en latin : ), parfois dénommé diocèse de Moûtiers, est un diocèse uni de l'Église catholique en France.
Le diocèse est mentionné pour la première fois dans un acte daté des environs de où il est indiqué comme suffragant de la province d'Arles. Il est ensuite dépendant de l'archidiocèse de Vienne, bien qu'élevé au rang d'« archidiocèse métropolitain » en . Il n'obtient son indépendance vis-à-vis de Vienne qu'en . Indépendant, il passe totalement sous contrôle de la maison de Savoie à la fin du .
Supprimé en 1801 durant l'occupation française, il est rétabli, en , comme diocèse suffragant de l'archidiocèse de Chambéry. Depuis , il est uni à l'archidiocèse de Chambéry et au diocèse de Maurienne. Cet archidiocèse de Chambéry, Maurienne et Tarentaise n'a qu'un seul et même évêque à la tête des trois diocèses qui existent encore en tant que tel.
Depuis , l'archidiocèse n'est plus métropolitain, mais suffragant de l'archidiocèse de Lyon et relève de la province ecclésiastique de Lyon.
Nom du diocèse Le nom du diocèse est « Tarentaise »., comme retranscrit en latin , notamment lors de l'union des diocèses de Savoie, en « Chamberiensis et aliarum » sur vatican.va.. L'intitulé peut surprendre puisque selon la tradition diocèse porte le nom de la ville où réside l’évêque et où se trouve la cathédrale, pour ce diocèse la ville de Moûtiers avec la cathédrale Saint-Pierre. On trouve donc parfois aussi la forme « diocèse de Moûtiers ».
Il faut souligner qu'avant de prendre le nom de « Moûtiers », la ville portait le nom de qui dérivera en D'après .. En , un document indique (preuve par Besson).. Le chanoine Adolphe Gros mentionne que .
Géographie Le premier territoire du diocèse correspondait, en partie, au territoire des Ceutrons, correspondant à la haute-vallée de l'Isère jusqu'au col du Petit-Saint-Bernard (Tarentaise), la vallée inférieure de l’Arly (Haut-Faucigny) et la vallée du Doron (Beaufortain) (lire en ligne). (lire en ligne).. Les frontières avec les diocèses voisins sont la ligne de crêtes à l'est, avec les diocèses d’Aoste et de Maurienne ; le confluent de l'Arly et de la Chaise (à Ugine), avec le diocèse de Genève et la rive droite de l’Isère entre Saint-Vital et Montailleur, pour celui de Grenoble. Le Haut-Faucigny ou haute-vallée de l'Arve (vallées de Chamonix et du Bon Nant ou val Montjoie) est soustrait à une certaine période, mais sans qu'on ne sache vraiment quand.
Il est plus tard délimité par le village de Cléry (situé dans la Combe de Savoie) à l'aval de Tignes (aujourd'hui Val-d'Isère), et de Marthod (à l'aval d'Ugine) à Pralognan.. Il ne se confond pas avec le comté.
Le pouillé, réalisé en , indique que le diocèse possède environ Beneficia et taxatio decime civitatis et diocesis Tarantasiensis, Bibliothèque nationale de France, Ms 10031, mentionné dans ..
Histoire Fondé probablement aux environs du , le diocèse de Tarentaise est érigé en archevêché entre et . Au cours des , le pouvoir temporel des archevêques est remis en cause par les seigneurs locaux, et les comtes de Savoie en profitent pour imposer leur pouvoir sur la vallée. Le siège demeure entre et , au cours de la période révolutionnaire, date de sa suppression par le pape . Le territoire dépendait alors du diocèse de Chambéry. Recréé en , le diocèse de Tarentaise est définitivement uni à celui de Chambéry et à celui de Saint-Jean-de-Maurienne, en .
Naissance du diocèse et premiers évêques () L'apparition du christianisme dans la vallée de la Tarentaise n'est pas connue précisément, les historiens considèrent qu'il s'est diffusé le long des principaux axes de communication par les marchandes ou encore les soldats.. La voie romaine secondaire, reliant les cités de (Milan) à (Vienne), et passant par (Moûtiers), a très probablement dû jouer ce rôle. La présence d'un évêque révèle cependant l'organisation d'une petite communauté et la volonté de diffuser cette croyance dans les environs. Une tradition affirme l'arrivée vers des premiers pasteurs chrétiens sans que cela n'ait pu être confirmé. Cette christianisation a pu être antérieure.
La naissance d'une circonscriptions dite diocèse n'est pas non plus précisément connue. D'une part, la tradition donne pour premier évêque un Jacques, vers le début du , de l'autre, l'historiographie se limite à affirmer l'existence d'un évêque seulement à partir de . La fondation du diocèse remonterait ainsi, selon la tradition, vers ou 427. (Besson donne vers (lire en ligne).), avec la consécration du premier évêque Jacques d’Assyrie, par Honorat, archevêque d'Arles. Jacques dit d'Assyrie, moine de l'abbaye de Lérins était le secrétaire de l'archevêque d'Honorat (). Il est considéré comme le premier évangélisateur de la province de Tarentaise. avec saint Maxime de Riez. L'existence de Jacques d'Assyrie à cette période est toutefois nuancée. Selon son hagiographie, l'évêque aurait reçu d'un prince burgonde la concession du roc Pupim dit Saint-Jacques (sur le territoire de Saint-Marcel), sur lequel il aurait fait édifier son château, et des possessions dans la Basse-Tarentaise (lire en ligne).. Toutefois l'archiviste paléographe, Jacqueline Roubert, observe qu'à l'année donnée de la mort de saint Jacques, en , les Burgondes ne sont pas encore arrivés dans la région. Leur implantation remonterait à l'année ... Par ailleurs, la vie de saint Honorat par son disciple et successeur Hilaire d'Arles, ne mentionne pas non plus de Jacques.
Le premier document mentionnant l'existence du diocèse est une lettre du pape , vers , dans laquelle il dit qu'il est suffragant de l'archevêché de Vienne. Auparavant, il relevait de celui d'Arles.. Ainsi Jacqueline Roubert, tout comme les historiens, peut Moûtiers à cette date est bien le centre de cette communauté primitive avec l'existence de deux églises, Saint-Étienne et Sainte-Marie, et un baptistère, Saint-Jean-Baptiste..
Le premier évêque connu est Sanctius (ou Sanctus), présent au concile d'Épaone (), à qui l’on attribue la construction de la cathédrale Saint-Pierre. Saint Avit, évêque de Vienne, prononce une homélie, vers ,
Des pièces mérovingiennes comportant le nom de la cité de . Le nom sur ces pièces indique que l'évêque frappait monnaie.
Le développement du diocèse (794-) Il semble que dès le dernier tiers du , l'évêque de Tarentaise sacre ceux de Maurienne, d'Aoste et de Sion (lire en ligne).. Les archevêques de Vienne protestent face à la privation de leur prérogative. Le synode de Francfort, en , ne se prononce pas, laissant au pape le soin d'apporter une solution. Le pape semble avoir donné une réponse favorable, puisque la Tarentaise devient une province ecclésiastique, mentionnée dans le testament de Charlemagne comme la Elle reste cependant suffragante de Vienne, il faut attendre la fin du pour échapper à la tutelle de Vienne. La nouvelle province comprend la Tarentaise et le diocèse de Sion (Valais), auxquels sont associés celui d'Aoste, et pendant une courte période celui de Maurienne, entre 794 et 887.. Cette province correspond en partie aux anciennes provinces romaines des Alpes graies et des Alpes pennines. Le premier archevêque à porter le titre semble être Possessor..
Le pouvoir de l'archevêque s'amplifie. Ainsi l'évêque reçoit de , roi de Bourgogne, le , c'est-à-dire les droits comtaux (voir comtes du Saint-Empire), par une charte datée de , dite « charte de Rodolphe III ». L'acte est rédigé à l'abbaye Saint-Maurice d'Agaune... L'archiviste paléographe, Jacqueline Roubert, à propos de cette donation, interprète, après d'autres, qu'il s'agissait pour le roi de relever l'Église dans cette vallée après les invasions sarrasines qui avaient notamment menée à sa perte d'influence et à son dépeuplement, . Cette première mention d'un comté de Tarentaise ne permet pas d'indiquer s'il existait auparavant, toutefois Jacqueline Roubert souligne que son rôle dans l'Antiquité ou le fait même que Moûtiers soit érigé en métropole indique qu'elle . Cette obtention du titre marque une politique royale en faveur de l'institution religieuse, permettant de contrebalancer dans cette société féodale les pouvoirs des seigneurs laïcs. Sans être associé aux comtes carolingiens, ce titre amène cependant à recevoir . Cela implique également que l'archevêque-comte est astreint aux mêmes devoirs qu'un seigneur laïc. Il faut attendre cependant la fin du pour voir l'archevêque Rodolphe de Chissé utiliser le premier ce titre dans un acte.
L'archevêque fonde l'abbaye de Tamié, en ..
Affirmation et contestation du pouvoir temporel des évêques (fin du s) Le pouvoir temporel des archevêques-comtes de Tarentaise est de plus en plus mis à mal par la puissante famille de Savoie qui tente de s'implanter en Tarentaise, mais surtout la famille vicomtale de Briançon. Ces derniers contrôlent la haute vallée, ainsi que les seigneuries situées en aval de La Léchère.
Les Chroniques de Savoie du relatent, sans preuves historiques, qu'en , un archevêque dit Héraclius avait dû faire appel à l'Empereur et au comte de Savoie, pour régler les différends qui l'opposent au vicomte Aymon ou Emeric (lire en ligne).. Ce dernier aurait été vaincu par le comte , que l'empereur a fait envoyer en et aurait permis à la maison de Savoie de s'imposer en Tarentaise. Le siège du château de Briançon par le comte de Savoie ne se déroulera, en réalité, que deux siècles plus tard. Ce récit n'est qu'une construction par les chroniqueurs de Savoie afin de légitimer leur intervention dans la vallée.
Dans le conflit opposant l'empereur Frédéric Barberousse au pape, l'archevêque soutient le pape .. Afin de remercier de son soutien, soustrait, dans une bulle pontificale du , l'Église de Tarentaise à l'autorité du Saint-Empire pour ne relever désormais plus que du Saint-Siège. C'est également par cette bulle que Moûtiers est indépendante, « à part entière ». En effet, l'archevêché de Tarentaise était toujours suffragant de l'archidiocèse de Vienne. Une nouvelle confirmation aura lieu en . L'archevêque de Tarentaise a donc la juridiction complète sur le diocèse d'Aoste et de Sion. Cette bulle reconnaît par ailleurs la mense épiscopale, ainsi que les dîmes et dépendances, provenant du domaine constitué par . Enfin le pape confirme les .
Le nouvel archevêque Aymon de Briançon, sur le siège de l'évêché entre et , entame une réaffirmation de son pouvoir temporel. Il obtient du pape une nouvelle bulle, le , confirmant les droits et possessions pour l'Église de Tarentaise... Pour Joseph Garin et l'archiviste paléographe Jacqueline Roubert le document, bien que très similaire à la bulle de , est plus complet. Par exemple, les églises de Longefoy, de Bozel, de Notre-Dame-du-Pré, de Celliers, de Tours (« de Longafoi, de Bozellis, de Pralo, de Celariis, de Turonis ») sont mentionnées dans la bulle de , mais sont absentes dans celle de . De même, en val d'Aoste, les églises de Saint-Jaquème (Aoste), de Saint-Georges (Pollein) et de Saint-Jaquème (Châtel-Argent) sont placées sous la juridiction temporelle de l'archevêque.
Il obtient par la suite une bulle impériale du , édictée par Frédéric Barberousse.. L'acte d'investiture, donné en preuve par Besson., permet de connaître les possessions de l'archevêque à cette période : .