Les chasseurs ardennais sont une unité d'infanterie de la composante terre de l'Armée belge, issue d'un projet de 1913 mais développée seulement dans l'entre-deux-guerres et qui s'illustre dans la Seconde Guerre mondiale. Elle n'est plus représentée que par le bataillon médian de chasseurs ardennais, un bataillon d'infanterie de l’armée belge basé à Marche-en-Famenne. Leur origine remonte à la transformation du de ligne. En 1940, lors de l'invasion allemande, les Chasseurs ardennais sont répartis en deux divisions, ils effectuent destructions et combats retardateurs en Ardenne, avant de rejoindre le reste de l'armée belge combattante sur la Dendre : ils participent à la bataille de la Lys, en défendant Deinze, Gottem et Vinkt.
Aujourd'hui, ils participent aux opérations de l'OTAN, de l'ONU et de l'Union européenne. Ils sont également engagés dans des opérations humanitaires quand appel est fait à la Belgique pour pallier des situations d'urgence dans le monde. Ils participent aussi ponctuellement à des opérations de sécurisation du sol belge en collaboration avec les forces de police. La valeur des chasseurs ardennais a été reconnue par pas moins de huit citations, soit une de moins que le de ligne Prince Leopold, cinq pour la Première Guerre mondiale au titre de de ligne, citations Yser, Essen, Cortemarck, Namur, Termonde et, pour la Seconde Guerre mondiale, Ardennes, La Dendre, Vinkt.
Histoire thumb|Détachement de chasseurs ardennais en attente avant le défilé de la fête nationale le à Bruxelles. Origine et développement En 1913, alors que le risque d'une guerre entre les puissances européennes s'accroît, la Belgique est préoccupée par la défense de son territoire. Charles de Broqueville, Premier ministre et ministre de la défense, souhaite, en recrutant localement dans le but initial d'y couvrir la mobilisation, créer un ou plusieurs bataillons de chasseurs ardennais. Inspirés des chasseurs alpins mais se déplaçant à bicyclette, ils devront mener des actions de guérilla en mettant à profit la géographie particulière de l'Ardenne (haut plateau boisé et entrecoupé de vallées resserrées). Cependant ce dessein tourne court avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale l'année suivante.. Dans les années qui suivent la fin de la guerre, l'absence de réelle menace d'invasion (la Rhénanie est occupée, la France est alliée) fait d'abord perdre de vue le projet des chasseurs ardennais. L'idée revient peu à peu à la fin des années vingt, comme lorsque le général et ancien ministre de la défense Albert Hellebaut suggère pour tenir la frontière allemande de créer une milice recrutée localement. Et lorsque les derniers alliés quittent la Rhénanie en 1930, et bien que celle-ci doit toutefois demeurer démilitarisée, les Belges doivent désormais se préparer de nouveau à l'éventualité d'avoir à défendre leur territoire à l'est.
Deux stratégies s'opposent : reculer vers l'ouest en combattant sur différentes positions fortifiées jusqu'à l'arrivée des alliés et qui implique l'abandon de l'Ardenne (c'est celle du chef de l'État-major le général Galet, mais qui rencontre une certaine opposition dans la presse et dans l'armée), ou tenir la frontière (qui est défendue par Hellebaut, et qui convainc Albert Devèze président du Parti libéral).. Au printemps 1931, à la suite de l'opposition du groupe de Devèze, les deux stratégies sont conciliées : ainsi une ligne fortifiée sera érigée sur la frontière avec l'Allemagne et le Luxembourg et la création des chasseurs ardennais est décidée pour défendre la province du Luxembourg, ils soutiendront le génie dans ses opérations de destructions. L'idée de recruter localement les chasseurs ardennais est retenue, il est également prévu de leur octroyer une grande mobilité. La concrétisation de ces décisions va être ralentie par les changements de gouvernements, l'opposition de Galet et du roi . Albert Devèze, ministre de la Défense de 1932 à 1936, fait prévoir des destructions et construire des blockhaus, la « ligne Devèze », destinée à une action retardatrice s'appuyant sur les difficultés du terrain. Ce n'est qu'à que le de ligne est retenu pour être transformé en régiment des chasseurs ardennais. Devèze, qui est devenu ministre de la défense, crée en le commandement des troupes de défense du Luxembourg et de Namur dont vont dépendre les chasseurs ardennais, contournant ainsi l'opposition de Prudent Nuyten qui remplace le général Galet. thumb|left|Buste d'Albert Devèze (1881–1959) Un arrêté royal signe officiellement leur création le par conversion du , alors seule unité en garnison en Ardenne ; et devient régiment de chasseurs ardennais.. Le de ligne avait été formé en 1830 par des soldats belges de la de l'armée des Pays-Bas. Après avoir résisté à la campagne des Dix Jours de 1831, resté avec toute sa capacité combative, le fut un des grands régiments de la Première Guerre mondiale, avec la défense de Namur, de Termonde, de l'Yser et, lors de l'offensive de 1918, avec les victoires de Kortemark et Essen. Pour permettre aux chasseurs d'intervenir rapidement le long de la frontière face à une offensive ennemie motorisée, Devèze fait répartir le régiment de chasseurs ardennais en trois détachements qui ont chacun leur garnison : à celle originelle d'Arlon s'ajoute Bastogne et Vielsalm et Devèze entreprend de motoriser le régiment, les chasseurs ardennais devront ainsi recevoir des canons antichars automoteurs, des camionnettes pour ses mitrailleuses et camions pour ses mortiers et en remplacement des chevaux. Les effectifs et armements sont augmentés, un groupe d'artillerie motorisé est constitué, tout comme des bataillons cyclistes, l'unité s'adjoint aussi services et état-major.. Les chasseurs ardennais reçoivent un nouvel uniforme, inspiré à la fois de celui des chasseurs alpins et de celui de la cavalerie ; ils portent ainsi un béret comme les chasseurs alpins mais il est vert en référence à la forêt ardennaise.. Le régiment devient le corps des chasseurs ardennais par l'arrêté royal du ..
En 1935 la mission des chasseurs ardennais qui est alors de tenir la frontière jusqu'à l'arrivée des renforts français, est réduite à une action de retardement. En effet les Français ont fait savoir qu'ils établiront leur ligne de défense sur la Meuse et n'enverront en Ardenne que des unités de cavalerie, qui s'associeront aux chasseurs ardennais pour la mission de couverture.. Le contexte devient défavorable aux chasseurs ardennais. Avec la fin en 1936 de l'accord militaire franco-belge et la remilitarisation de la Rhénanie, les Belges qui retournent à la neutralité renoncent à défendre leurs frontières trop étendues et suivant la volonté du conseiller du roi, Raoul Van Overstraeten, à renoncer également à défendre l'Ardenne ; on commence donc à déménager les chasseurs ardennais pour lesquels on construit de nouvelles casernes au nord de la Meuse.. Les effectifs sont légèrement réduits lorsque l'unité devient, le , la division de chasseurs ardennais, les trois détachements mixtes à deux bataillons deviennent des régiments et le groupement d'artillerie est transformé en régiment d'artillerie des chasseurs ardennais à quatre groupes. La division ne sera pas entièrement motorisée puisque les bataillons seront finalement cyclistes. La crise des Sudètes pousse l'armée belge à garder ses frontières, et les chasseurs ardennais se voient conserver en définitive leurs casernes en Ardenne, les nouvelles qui devaient les accueillir seront utilisées par les unités de réserve entre autres..
La Seconde Guerre mondiale thumb|Chasseur ardennais ayant participé à la campagne de mai 1940.
Mobilisation et drôle de guerre
Fin , la Belgique mobilise : les effectifs des chasseurs ardennais s'en trouvent multipliés par cinq, les appelés provenant de la province du Luxembourg et du sud-est des provinces de Liège et de Namur, sur quatorze classes d'âge (des réservistes proviennent ainsi de l'ancien ). Trois nouveaux régiments de chasseurs ardennais (, et ) sont levés (dans les casernes de Flawinne, Seilles et Antheit), ces régiments de réserve (des plus anciennes classes) sont créés à partir des régiments d'active. Les six régiments de chasseurs ardennais sont portés à trois bataillons de trois compagnies..
Initialement, les chasseurs ardennais sont déployés de manière à s'opposer à un ennemi qui viendrait soit d'Allemagne, soit de France : en septembre, alors que l'armée allemande est en train d'attaquer la Pologne, la principale menace perçue par les Belges est une offensive française contre l'Allemagne à travers la Belgique. La campagne de Pologne terminée, le déploiement des chasseurs ardennais est revu. Le , la de chasseurs ardennais du général Descamps est créée à partir des trois premiers régiments, et la de chasseurs ardennais du général Ley à partir des trois autres..
La doit retarder la progression de l'ennemi à travers l'Ardenne et se replier vers le nord, avec la elle forme le groupement K (du général Keyaerts). À la , dépendant du d'armée, est attribuée la défense de la Meuse autour de Namur.
Lors des manœuvres d', les régiments de chasseurs ardennais ont la consigne de multiplier les erreurs en opération, à la fois pour tromper les services de renseignements étrangers sur les plans et la qualité de l'armée belge et pour dissimuler aux habitants du Luxembourg belge le fait qu'une partie du territoire, autour d'Arlon, devait être évacué sans combatStefan Martens et Steffen Prauser (dir.), La guerre de 1940: Se battre, subir, se souvenir, Septentrion, 2014, p. 74 .
En , le régiment d'artillerie des chasseurs ardennais, motorisé, est renommé d'artillerie, avant d'être retiré fin avril aux chasseurs ardennais pour être affecté à la d'infanterie qui leur échange son d'artillerie, hippomobile et dont deux de ses quatre groupes sont finalement envoyés défendre Anvers le . Les deux groupes d'artillerie sont disposés au nord de la Meuse, la n'a donc pas d'artillerie. En , les compagnies motocyclistes de la forment un bataillon motocycliste autonome (à deux compagnies motocyclistes et une d'engins) placé sous l'autorité du , avec une mission de cavalerie. En , le de chasseurs ardennais est créé à Gembloux, uniquement destiné à l'instruction..
En , la de chasseurs ardennais présente l'organisation suivante. :
La présente un effectif inférieur avec l'absence des au sein de ses régiments, dans lesquels les et sont aussi de moindre effectifs et se déplacent simplement à pied. Les de ses régiments sont des compagnies d'engins avec huit mortiers de et d'un peloton antichars (3 canons de tractés).
En , le bataillon cycliste présente l'organisation suivante :