Le diocèse de Maurienne (en latin : ), est un diocèse uni de l'Église catholique en France.
Érigé au dans la ville de Maurienne, maintenant Saint-Jean-de-Maurienne, il est l'un des diocèses historiques de la Savoie. Supprimé en 1801, il est rétabli dès . De à , il est suffragant de l'archidiocèse métropolitain de Chambéry. Depuis , les diocèses de Maurienne, de Tarentaise et de Chambéry sont réunis pour former l'archidiocèse de Chambéry, Maurienne et Tarentaise mais le diocèse existe toujours et la cathédrale est l'un des trois sièges de l'évêque diocésain. Depuis , l'archidiocèse de Chambéry, Maurienne et Tarentaise n'est plus métropolitain, mais suffragant de l'archidiocèse métropolitain de Lyon et relève de la province ecclésiastique de Lyon.
Nom du diocèse Le nom du diocèse est « Maurienne », comme retranscrit en latin , notamment lors de l'union des diocèses de Savoie« Chamberiensis et aliarum » sur vatican.va.. L'intitulé peut surprendre puisque selon la tradition le diocèse porte le nom de la ville où réside l’évêque et où se trouve la cathédrale, pour ce diocèse la ville de Saint-Jean-de-Maurienne avec la cathédrale Saint-Jean-Baptiste. On trouve donc la forme « diocèse de Saint-Jean-de-Maurienne », comme sur le site catholic-hierarchy.org..
Il faut souligner qu'avant de prendre le nom de « Saint-Jean-de-Maurienne », la ville portait le nom de « Maurienne », selon les formes (), , , notice 10333, .. Le chanoine Adolphe Gros, dans sa recherche étymologique du nom de MaurienneAdolphe Gros, « Origine et histoire du mot Maurienne », in Travaux de la Société d'histoire et d'archéologie de Maurienne, t. VI, 2e partie, 1924, ., indique que la « Maurienne » sous sa forme Maurigenna, désigne la ville jusqu'au , où le nom du saint est accolé, tandis que la vallée était désignée par « » ou « ».
Province ecclésiastique Le territoire originel du diocèse de Maurienne correspond à l'ancienne province romaine des Alpes cottiennes., dont la capitale était la ville de Suse, sur le versant italien.. Jusqu'à l'érection du diocèse de Maurienne par le roi Gontran, la vallée de Maurienne relevait de l'évêché de Turin. Des tensions opposent l'évêque de Maurienne Leporius (Leborius) à l'archevêque d'Embrun Eméritus à propos des limites des deux circonscriptions. Le diocèse de Maurienne comprend les vallées de l'Arc et de la Doire Ripaire , ainsi que le Haut-Briançonnais, dans le secteur de la Roche-de-Rame... Sur sa partie nord, la ligne de crête des montagnes le sépare du diocèse, puis archidiocèse métropolitain de Tarentaise. Ces différentes limites se retrouvent dans des documents au cours de ces premiers siècles : diplôme en , bulles pontificales en , en et .
Toutefois, ces limites ne trouvent une stabilité qu'à partir du milieu du .. En effet, le diocèse semble perdre le contrôle sur le Briançonnais au milieu du (lire en ligne). et la vallée de Suse en . En effet, dans un acte du où l'évêque effectue une transaction avec Guillaume, abbé de la Novalaise, il n'est fait d'aucune mention des droits épiscopaux sur la vallée de Suse ou la vallée de la GenischiaGeorges de Manteyer, La Provence du premier au douzième siècle : études d'histoire et de géographie politique, vol. 2, Picard, 1908, 531 pages, (lire en ligne sur archive.org)..
Le pouillé, réalisé en , indique que le diocèse possède environ .. Le diocèse comptait, au début du , , en Haute-Maurienne. Lorsque le diocèse de Chambéry est érigé en archevêché, avec pour suffragants, à partir de , les diocèses de Maurienne et de Tarentaise, la Maurienne perd une vingtaine de paroisses. En , dans l'étude du chanoine Angley (-), le diocèse est constitué de , organisées en à partir des chefs-lieux de Lanslebourg, Modane, Saint-Michel, Saint-Jean-de-Maurienne, Fontcouverte, Saint-Étienne-de-Cuines, La Chambre, Aiguebelle, Bonvillard-sur-Aiton et Chamoux.
L'assemblée synodale de , mettant en place la nouvelle organisation des diocèses de Chambéry, Maurienne et Tarentaise, institue la doyenné de Maurienne, constituée de : Saint-Christophe - Porte de Maurienne ; Sainte-Madeleine de La Chambre ; Cathédrale St-Jean-Baptiste en Maurienne ; Saint-Michel en Maurienne ; Ste-Thècle - Le Galibier ; Notre-Dame du Charmaix - Modane et Notre-Dame de l'Alliance en Haute-Maurienne« Paroisses » (lire en ligne)..
Histoire Le siège épiscopal de Maurienne a été fondé du temps de Gontran, petit-fils de Clovis, vers . Son diocèse correspond à la vallée de la Maurienne, la cathédrale est à Saint-Jean-de-Maurienne.
Fondation de l'évêché vignette|gauche|Statue en bois de sainte Thècle présentant les doigts de Jean le Baptiste (détails du retable du maître autel de église Notre-Dame-de-l'Assomption de Valloire). Jusqu'au , la vallée de la Maurienne dépend du diocèse de Turin, tout comme la vallée de Suse. Vers -575, le roi Gontran s'empare de ces deux vallées. Afin d'affirmer son contrôle sur les Alpes, il crée un nouvel évêché. Lors du synode organisé à Chalon, vers , les territoires formés de la Maurienne, du Val de Suse, du Haut Briançonnais et du Val de Lanzo sont organisés en diocèse. Le pape Grégoire s'y oppose sans succès. Certains évêques ont pu porter le titre correspondant à ses deux vallées « de Maurienne et de Suse ».
La légende raconte que la cité de « Maurienne » (l'actuelle Saint-Jean-de-Maurienne) aurait reçu de Tigris / Tygris / Tigre, devenue par altération Thècle, dite de Valloire., au , des reliques de Jean le Baptiste, . Dans le recueil des Sept livres des miracles Septem libri miraculorum (, , Grégoire de Tours indique que ces reliques devaient être transportées de la petite ville de Maurienne vers le siège métropolitain de Turin, dont elle dépendait, sur la demande de l'évêque de Turin, Rufus., vers . Il semble que le messager eut un accident de parcours, ce qui fut considéré comme un message du ciel et on laissa les reliques dans ce lieu. À la suite de cet événement, Gontran, roi de Bourgogne, élève une cathédrale dédiée à Jean le Baptiste, commençant les travaux vers ou .. Au-delà de l'aspect spirituel, Gontran soustrait la vallée à l'autorité de l'évêque de Turin, prenant ainsi le contrôle sur les vallées de Suse et de Briançon. Cette politique lui permet de contrôler les vallées alpines entre son royaume et les territoires lombards, de la plaine du Pô. Il fait ainsi une donation de dix-sept paroisses à la nouvelle Église de Maurienne. (voir ci-après).
Le choix du siège s'est fait entre Suse, sur le versant italien des Alpes, et « Maurienne » (Maurienna), plus modeste, mais sur le versant français. Suse était, jusque-là, la capitale de l'ancienne province romaine. Le roi Gontran opte pourtant pour « Maurienne », future Saint-Jean-de-Maurienne, la cité ségusiane étant trop proche de Turin et de la menace lombarde. Si les reliques de Jean le Baptiste ont servi de prétexte, c'est sa position qui entre en compte, en étant plus proche de sa résidence royale.. En effet, elle se trouve plus proche de ville de Chalon, principale ville de résidence du roi de Bourgogne. D'ailleurs, l'évêque porte parfois le titre de « évêque de la cité de Suse et de Maurienne » (, soit la selon Leguay). En , l'évêque Asmondus est appelé évêque de Maurienne et de Suse, lors d'une donation du roi Boson. Les historiens Jean Prieur (1968) et Lovie (1979) s'interrogent sur cet évêché reposant sur deux vallées, (Prieur). Les deux historiens font observer l'existence d'une cathédrale double, (Prieur).
Le premier titulaire connu de l'évêché semble être Felmase, mentionné dans un manuscrit du , consacré par l'archevêque de Vienne. Il s'agirait très probablement d'Isice II (lire en ligne).. Felmase est signataire au concile à Chalon, en ., ville de résidence du roi, Gontran.
Entre et , le diocèse semble suffragant de celui de la Tarentaise.. Au , la vallée de Suse semble échapper à l'évêque de Maurienne. Elle revient sous son autorité, sans que les historiens ne sachent vraiment à quelle date. Au cours de cette période, un faux diplôme appelé décret de Conrad, daté de (voire peut être plus ancien), réunit l'évêché de Maurienne à celui de Turin.
Deux bulles pontificales, du viennent confirmer les donations faites par le roi Gontran, ainsi que le nom du premier évêque Felmase. Le pape , le confirme la juridiction sur dix-sept paroisses : Jarrier, Saint-Pancrace, Foncouverte, Villarambert, Saint-Jean et Saint-Sorlin d'Arves, Montrond, Albiez-le-Jeune et Albiez-le-Vieux, Villargondran, Valloires, Saint-André, Le Bourget, Aussois, Sollières, Termignon, Argentine et la moitié des Millières (lire en ligne).. Il faudrait cependant très probablement ajouter celles voisines de Saint-Jean-de-Maurienne, de Saint-Martin-d'Arc, Valmeinier, Albanne et Montrricher. Le pape , le , confirme lui aussi ces différentes donations à l'Église de Maurienne (lire en ligne)..
Un puissant évêché La terre épiscopale de Maurienne, relevant directement du pouvoir temporel de l'évêque, comprend, au , par les villages et paroisses de Saint-André et Argentine, situées en rive droite, et les seize autres . Les terres de Chamousset, Le Sappey, Hermillon, Montaimont, Montvernier, Saint-Julien, Cuines et les Villards leur ont appartenu un temps avant de passer notamment entre les mains des nobles de La Chambre, apparus au milieu du . Sur la rive gauche de l'Arc, les évêques possèdent treize des quinze paroisses (moins Valmeinier et Saint-Martin-d'Arc), mais les enchevêtrements des droits faisaient que l'évêque partagera, à partir du , la juridiction avec les comtes de Savoie et il ne gardera l'administration temporelle que sur les paroisses Argentine, Albanne, Montricher, Valloire et Saint-André (lire en ligne) (lire en ligne).
L'empereur ayant ceint la couronne du royaume de Bourgogne en se faisait reconnaître dans ses nouvelles possessions, seul l'évêque de Maurienne refuse l'hommage. Commandant des marches de Maurienne, Humbert aux Blanches Mains, prend la ville d'assaut après un long siège et la livre à l'incendie afin de soumettre l'évêque rebelle. Cela marque l'émergence de la maison de Savoie avec le premier comte , en Maurienne. En , Humbert reçoit le titre de « comte en Maurienne ».
L'organisation territoriale temporelle, vers la fin du -début du , repose sur six châtellenies épiscopales ( lire en ligne).. Le reste de la vallée est placé sous l'administration comtale avec les châtellenies d'Aiguebelle (basse vallée) et de Maurienne (partie moyenne et haute de la vallée).
Perte d'influence au profit des Savoie Le contrôle de l’évêché sur son territoire produit une « jacquerie » à la fin de l’année .. Des paysans du bassin de l'Arvan se soulèvent, , . Le palais épiscopal ainsi que quelques maisons sont brûlés. L’évêque se réfugie dans la collégiale Sainte-Catherine de Randens, à proximité d'Aiguebelle (lire en ligne)., auprès du comte de Savoie. Il doit se résoudre, le , à signer un traité avec Édouard de Savoie, venu à son secours. Ce traité est dit « traité d'association ». Le traité instaure un territoire constitué de fiefs communs et placé sous l'autorité des deux souverains, la « Terre commune », administré par un courrier et un juge. L'évêque ne gardant que la « Terre limitée », où s'applique son autorité temporelle. La terre dite « commune » comprend le centre de l'évêché, Saint-Jean, ainsi que . L'évêque ne possède plus que les trois châtellenies de Saint-André, Argentine et Valloire (constituée d'Albane, Montricher et Valloire et dont le centre se trouve probablement au château Saint-Pierre (lire en ligne)).
Cet événement marque ainsi la fin du pouvoir temporel de l'évêque sur la Maurienne, puisque les Savoie profitent de la situation pour s'imposer définitivement dans la vallée de la Maurienne - in Dossier « La Moyenne Maurienne » . Site des Archives départementales de la Savoie et de la Haute-Savoie - Sabaudia.org... Surtout que depuis l'indult de (cf. section « Liste des évêques »), les évêques de Maurienne sont désormais désignés par le duc de Savoie..