Jean-Jules Jusserand, né le à Lyon (Rhône) et mort le dans le , est un diplomate et historien français.
Il fut notamment ambassadeur de France aux États-Unis de 1902 à 1924.
Biographie Famille et études Son père, Jean Jusserand (1798-1871), avocat, est issu d'une vieille et riche famille lyonnaise d'artisans. Il perdit sa première femme d'origine roannaise et le seul fils qu'il eut d'elle. Veuf, il se remaria quelque temps après avec Adrienne Tissot (1826-1896), de 27 ans sa cadette. De ce second mariage naquirent quatre enfants en l'espace de quatre ans : Jean-Jules (1855-1932), Étienne (1856-1932), Jeanne (1857-1939) et Françoise (1860-1942)Voir sur leschartreux.com.
Jean-Jules Jusserand fut baptisé le 1855 en l'église Saint-François-de-Sales de Lyon dans le arrondissement de Lyon. À cette époque, son père est propriétaire du 7 rue des Marronniers près de la place Bellecour à Lyon.
De 1865 à , il fait ses études secondaires à l'Institution des Chartreux, un établissement prestigieux de Lyon où il a comme professeur de rhétorique l'abbé Jérôme Déchelette. Il termine ses études avec un bon bilan scolaire. Grâce à ses excellentes notes, Jean-Jules Jusserand obtient différents prix avec un palmarès assez riche. Au total, il fut nommé 10 fois, ce qui est un record à l'époque. Lors de son baccalauréat, il confirme les mêmes appréciations mais avec un palmarès toutefois moins riche. Il ne fut nommé que deux fois pour deux seconds accessits (philosophie et littérature).
De 1872 à 1876, il fréquente la Faculté de lettres de Lyon pour perfectionner ses fortes connaissances en langues latine et anglaise. De plus, il obtient un doctorat ès lettres (diplôme peu commun à cette époque). Dans ce cadre, il soutient deux thèses, une en français et une en latin. Sa thèse principale intitulée Le Théâtre en Angleterre, depuis la conquête jusqu'aux prédécesseurs immédiats de Shakespeare, d’un style alerte et clair, a été validée par le recteur Antoine Dareste de La Chavanne, qui lui a permis de l'imprimer le . Elle a été communiquée aux facultés extérieures et lui a valu les flatteuses appréciations de l’illustre Hippolyte Taine, historien et critique littéraire. Sa deuxième thèse a aussi été soutenue devant la Faculté de lettres de Lyon.
À la fin de ses études supérieures, Jean-Jules Jusserand alla à Paris pour préparer le concours national des affaires étrangères, il étudia le droit, l’histoire, les langues, le latin, la paléographie et les arts mais regretta de ne pas faire aussi un peu de médecine. En , il se présenta au concours où il fut reçu premier à l’âge de 23 ans.
Carrière Jean-Jules Jusserand est alors nommé élève-consul à Londres. Pendant cette période, il consacre ses recherches à l'Angleterre du et écrit la première ébauche de ce qui sera son livre le plus souvent traduit et réédité : English wayfaring life in the 14th century (La vie nomade et les routes en Angleterre au siècle). Il devient rapidement aide-consul sous la direction de Langlet, qui le félicite pour son travail remarquable.
De 1881 à 1887, il est chargé d'une mission en Tunisie par Léon Gambetta où il y avait des rivalités et des troubles. À son retour, il fut remarqué pour ses rapports et son action puis il fut placé à la tête d’un bureau des affaires tunisiennes, auxquelles furent ajoutés de nombreux protectorats français (Madagascar, Congo, Annam, etc.).
De 1887 à 1890, Jean-Jules Jusserand est conseiller d'ambassade à LondresLa reine Victoria dirigeait le pays à cette époque.. Il se créa des relations dans les milieux littéraires, artistiques et politiques du Tout-Londres.
De 1890 à 1898, il est sous-directeur des affaires politiques au ministère des affaires étrangères. Jean-Jules Jusserand mena à Paris une vie studieuse et mondaine. Le , il se marie dans le arrondissement de Paris avec Elise Richards (1862-1948), Américaine née à Paris, dont le père George Richards était fondé de pouvoir d’une banque américaine en France.
De 1898 à 1902, Jean-Jules Jusserand est ambassadeur de France au Danemark. Il voyagea dans l'Empire russe où il accompagna le président de la République Émile Loubet lors de ses visites.
Ambassadeur de France aux États-Unis En 1902, Jean-Jules Jusserand est nommé ambassadeur de France aux États-Unis. Il succède ainsi à Jules Cambon (frère de Paul Cambon) qui est nommé ambassadeur de France en Espagne.
Il rejoint son poste le .
Il gagna très rapidement l'amitié de Theodore Roosevelt et la sympathie de ses successeurs. Ainsi, pendant 22 ans, Jean-Jules Jusserand est le porte-parole de la politique française auprès de cinq présidents des États-Unis : Theodore Roosevelt, William Howard Taft, Woodrow Wilson, Warren G. Harding et Calvin Coolidge.
En , lors de la crise de Tanger entre la France et l’Empire allemand pour la domination du Maroc, qui faillit conduire à la guerre, Jean-Jules Jusserand utilisa son influence sur Theodore Roosevelt pour jouer un rôle efficace dans les négociations de la Conférence d'Algésiras. L'appui accordé par les États-Unis et le Royaume-Uni à la France ouvrit à la France les portes de l'Empire chérifien (maintenant le royaume du Maroc). Cette négociation fut efficace, et plusieurs personnalités, américaines comme françaises, jugèrent que l’ambassadeur français avait . vignette Pendant les dix premières années de son poste à Washington, Jean-Jules Jusserand a énormément voyagé dans le pays. Il inaugura la statue du scientifique lyonnais André-Marie Ampère à New York. Le à Annapolis (Maryland), il prononça un discours pour l'inauguration d'un monument à la mémoire des soldats et marins français morts au service des États-Unis pendant la guerre d'indépendance.
Première Guerre mondiale
Il joua un rôle important dans l’entrée en guerre des États-Unis puisque, dès 1914, il milita pour l'entrée en guerre auprès de la France. Ce fut une période difficile pour lui, l'opinion publique américaine étant très divisée. Il fallut plus de trois ans pour que le pays entre en guerre, à la suite de la guerre sous-marine à outrance lancée par l’Allemagne et le télégramme Zimmerman dans lequel l'Allemagne offrait au Mexique des territoires américains s'il rejoignait la guerre aux côtés de la Triple alliance.
En 1915, il inaugure la statue équestre de Jeanne d'Arc à New York.
Le , la Chambre des représentants autorise à faire armer les navires de commerce. À la suite de l'attaque de deux bateaux américains par des U-Boots allemands, le président des États-Unis constate le que l'État de guerre existe avec l'Allemagne et que les États-Unis ne peuvent limiter leurs dispositions défensives au seul domaine naval. Le , il annonce au Congrès qu’il souhaite l'entrée en guerre des États-Unis aux côtés de la Triple-Entente, qui se traduit par l'envoi de troupes pour combattre sur le sol français, prenant ainsi une part directe au conflit. Le Sénat des États-Unis approuve cette résolution par 182 voix contre 6. Le , les États-Unis sont officiellement en guerre. vignette|L'ambassadeur et le maréchal Joffre. Il accueille la délégation de la mission Viviani-Joffre, le , avec quelques officiels américain dont le vice-secrétaire de la Marine, Franklin Delano Roosevelt. Il accompagnera l'ancien président du Conseil René Viviani et le maréchal Joffre dans leur mission de mettre en place l'armée américaine. Le maréchal Joffre et l'ambassadeur Jusserand sympathisèrent et ce sentiment persista après la guerre. Ils se retrouveront en 1922, lors du retour du voyage du maréchal Joffre en Extrême-Orient.
Le , la division d'infanterie américaine débarque sur le sol français à Saint-Nazaire. Jean-Jules Jusserand déclare à cette occasion :
Le , le président du conseil français, Georges Clemenceau, lui envoie un câble (télégramme) pour le féliciter de son action : . Le , les États-Unis d'Amérique participent à une première offensive contre l'Allemagne. Le , alors que les Américains sont sur le point de remporter une victoire, l'armistice est déclaré et la guerre est terminée.
Après-guerre Après la guerre, il continue de se battre pour conserver la paix, obtenue avec tant d’efforts et de sacrifices.
Le , à Paris, commence la Conférence de paix. Dans le cadre des négociations, le président Woodrow Wilson se fait accompagner en France par Jean-Jules Jusserand en qui il a toute confiance. Wilson est le premier président américain en exercice à venir en Europe. Cette conférence aboutit à la signature du traité de Versailles le 1919. Les conditions de sortie de la guerre sont dictées, et la paix définitive semble établie.
Peu de gens ne pensaient alors que cette période de paix ne durerait qu'une vingtaine d'années avant l'avènement de la Seconde Guerre mondiale. vignette|L'ambassadeur avec le maréchal Foch, Nicholas Butler en 1921 devant la Bibliothèque Low Memorial. Pendant la guerre polono-ukrainienne, lorsque l'armée polonaise a envahi l'Ukraine, une contre-offensive russe a atteint Varsovie, où un mouvement révolutionnaire fit surface. Jean-Jules Jusserand fut alors envoyé à la tête d'une mission diplomatique et militaire par la France pour sauver la Pologne.
En 1923, il préside et délivre un discours lors de la cérémonie d'inauguration du monument aux morts des États-Unis.
Il reste ambassadeur de France aux États-Unis cinq ans de plus jusqu'en 1924.
Retraite Pendant ces années, il publie une dizaine d’ouvrages en français et en anglais sur des sujets variés.
Plus tard, il prit des congés en France, où il fit un séjour avec son épouse dans leur propriété à Saint-Haon-le-Châtel dans le Forez.
À 70 ans, il prend sa retraite. C'est Émile Daeschner qui lui succède en 1924, et Henry Bérenger prend sa place le . vignette|Jules Jusserand à la fin de sa vie. Le , un banquet d’adieu lui est offert par le gouvernement américain pour montrer son estime et sa gratitude. Cette cérémonie réunit les plus hautes personnalités politiques, scientifiques et culturelles des États-Unis. Une médaille d'or lui est aussi offerte.
En 1930, il publie un dernier ouvrage : L’évolution du sentiment américain pendant la guerre.
C’est en 1932 que Jean Jules Jusserand meurt à Paris, à 77 ans. Ses funérailles nationales se font à la Cathédrale Notre-Dame de Paris, et son corps est déposé dans le caveau de famille à Saint-Haon-le-Châtel.
Un des fondateurs de l'Alliance française Jean Jules Jusserand a participé à la fondation de l'Alliance française. Cette alliance fut créée le à l'initiative de Paul Cambon, lui-même ambassadeur. Son comité se compose de Philippe Berthelot, Jean-Jules Jusserand, Ferdinand de Lesseps, Louis Pasteur, Ernest Renan, Jules Verne, Félix Charmetant et Armand Colin. Son nom est inspiré de l’Alliance israélite universelle, et son objectif est de défendre et de promouvoir la culture et la langue française, notamment après la défaite de 1870-1871 contre l'Allemagne.
Cette association n'est soumise à aucune influence politique ou encore religieuse. Elle compte en effet parmi ses fondateurs des personnalités de toutes religions.
La Fondation de l'Alliance française est « la référence morale et juridique » des Alliances françaises. Elle reconnaît les nouvelles Alliances françaises en approuvant leur statut. Elle accompagne les Alliances dans la formation du personnel et les conseille dans l'extension de leurs activités ou encore lorsqu'elles traversent des difficultés.
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