L'explosion de l'abri Sadi-Carnot a été l'épisode le plus meurtrier survenu à Brest pendant la Seconde Guerre mondiale.

La construction de l'abri Sadi-Carnot

Construction En juin 1940, la ville est occupée par les Allemands. Les premiers bombardements de grande ampleur frappent la ville de Brest. L'occupation de la Penfeld par les sous-marins allemands valent à la ville des bombardements intensifs et meurtriers.Fin , la présence des bâtiments de la Kriegsmarine : Scharnhorst, Gneisenau et Prinz Eugen entraîne l’augmentation de la fréquence et la violence des bombardements. La décision de construire un grand abri souterrain au centre-ville est prise.

Le président de la Délégation spéciale, Victor Eusen, désirait construire cinq abris dans sa ville, mais le Gouvernement de Vichy ne lui donna les fonds que pour en construire trois : l'abri Sadi-Carnot, mesurant 250 mètres de long et reliant la porte Tourville à la place Sadi-CarnotSadi Carnot était président de la République Française de 1887 à 1894. Il devait effectuer une visite d'Etat à Brest quelques jours après son assassinat à Lyon le 25 juin 1894. La ville donne alors son nom à une place, qui donnera également son nom à l'abri. (actuelle place des Déportés), l'abri Wilson-Suffren, reliant la place Wilson à la rue Suffren en centre-ville, et l'abri de Recouvrance partant de la place Joseph Gouëz et rejoignant un tunnel de l'arsenal. L'abri Sadi-Carnot est donc creusé de 1942 à 1943 sous la direction des ingénieurs Estrade et Pommeret à une profondeur d'environ 25 mètres, et ce pour une capacité totale d'environ 3 000 personnes debout. D'autres abris ont aussi été aménagés ailleurs dans l'agglomération brestoise, dans les caves des habitations ou dans les cryptes des églises. L'abri est livré le 24 avril 1943 après avoir été creusé par l'entreprise Levaux & Fils, et aménagé sommairement par la Compagnie des Signaux, et ce pour un coût de 9,5 millions de Francs, entièrement pris en charge par le Régime de Vichy.

De 1943 jusqu'au siège de la ville, les brestois descendent dans l'abri uniquement pendant les alertes, soit une heure ou deux : aucun bancs ni lits ne sont installés, et la lumière n'est pas encore amenée dans l'abri. Ceux-ci vont être récupérés dans les écoles et hôpitaux de la ville et descendus dans l'abri au début du siège.

Aménagement de l'abri L'abri fait 256 mètres de long et relie la porte Tourville, boulevard de la Marine, à la place Sadi-Carnot, actuelle place des Déportés, et passe donc sous la rue de Siam.

Trois entrées permettaient de pénétrer dans l'abri : les deux principales se trouvaient boulevard de la Marine, dans le mur de soutènement de la ville, et place Sadi-Carnot, après l'ascension d'un escalier de 154 marches dû à la profondeur de l'abri (environ 25 mètres). Une troisième sortie, aujourd'hui disparue, se trouvait au centre de l'abri et débouchait à l'angle des rues Amiral-Linois et Ducouëdic après avoir escalader un escalier métallique en colimaçon.

A une trentaine de mètres du bas des escaliers, deux alvéoles se font face :

Dans l'alvéole de droite (en venant de l'entrée Tourville) se trouvaient la chambre du sous-préfet M. Guillard, les dames du Secours National et au fond une soute à vivresAujourd'hui, seule la salle des soeurs de la Providence existe encore. ; Dans l'alvéole de gauche (en venant de l'entrée Tourville) étaient stockées, dans la salle du fond, des vivres, à côté desquelles se trouvait la chambre de Victor Eusen ; une autre salle accueillait les huit petites soeurs de l'Assomption et les deux soeurs de la Providence ; enfin, une dernière pièce servait de poste de secours et de chambre pour le Révérend Père RicardAujourd'hui, seules subsistent la soute à vivres et la chambre de Victor Eusen..

Plus proche de l'escalier se trouvait les toilettes civiles, séparées entre hommes et femmes. Du côté homme, 7 urinoires, 1 cuvette et 3 toilettes "à la turque" étaient aménagées ; du côté femme se trouvait un lavabo collectif ainsi que 8 cuvettes.

La partie française était séparée de la partie allemande par une cloison en bois juste après les alvéoles.

Plus loin dans l'abri, vers l'entrée Tourville, se trouvaient les toilettes des allemands, creusées à plus d'1 mètre sous le sol de l'abri. Enfin, une dernière alvéole à quelques mètres de la sortie servait de dépôt de munitions durant le siège de Brest.

L'abri Sadi-Carnot pendant le siège de Brest Le , les Américains effectuent la percée d'Avranches et foncent vers Brest sans rencontrer de résistance. Le général Patton est persuadé qu'une semaine lui suffira pour faire tomber Brest. Le , les premiers blindés américains se trouvent du côté de Milizac. Les troupes américaines qui amorcent un mouvement de contournement de la ville se retrouvent clouées par des tirs d'artillerie. C'est le début du siège de Brest qui dure avant la reddition des Allemands le .

Le 13 août 1944, Victor Eusen obtient des Allemands la promesse d'une trêve dans la soirée et le lendemain matin. Néanmoins, le maire désire un écrit à cette promesse (qu'il obtient), et l'accord des Américains pour que les habitants puissent fuir la ville. Il traverse alors la ligne de front et rencontre le général Middleton qui accorde cette trêve à la condition que les civils soient signalés par un drapeau blanc. Plus de 15 000 brestois vont fuir leur ville dans la journée du 14 août vers différentes directions arrêtées avec les Allemands :

Les habitants de Brest-Centre, de Recouvrance et des communes de Lambézellec et de Saint-Pierre-Quilbignon partent vers Saint-Renan en passant par Guilers ; Les habitants du quartier de Saint-Martin et de la commune de Saint-Marc partent vers Châteaulin en passent par le pont de Plougastel.

Brest passe alors d'à peu près 80 000 habitants (en 1936) à seulement 2 000 habitants pendant le siège, soit seulement 2,5% de la population d'avant-guerre. Ces 2 000 brestois constituent principalement des membres de l'administration de la ville, des infirmières, des médecins, des religieuses, ou personnes qui n'ont nulle part où s'abriter et qui préfèrent veiller leur ville.

A ce moment, l'abri Sadi Carnot comporte environ 250 personnes. Néanmoins, les habitants des communes périphériques (Lambézellec, Saint-Pierre-Quilbignon et Saint-Marc) se massent vers les abris du centre-ville. Victor Eusen fait recenser le 2 septembre le nombre d'abris en ville afin d'éparpiller davantage les réfugiés, et M. Lévêque, chef de l'abri Sadi-Carnot, de faire descendre davantages de lits et une trentaine de hamacs pour loger les nouveaux arrivants. L'abri est alors peuplé de quelques 400 personnes. vignette|Ligne symbolisant la séparation entre la partie allemande et la partie française Le 3 septembre, les Allemands font parvenir à Victor Eusen l'ordre d'évacuer la ville. Celui-ci décide alors de ne garder auprès de lui qu'un centaine de personnes ; le départ est programmé pour le lendemain, 4 septembre 1944 à 6h de matin, en protégeant les civils avec des drapeaux blancs et des bannières de la Croix-Rouge. Néanmoins, vers 19h le 3 septembre, la Kommandantur émet un contre-ordre ordonnant que tous les français restent dans la ville. Victor Eusen écrit alors une lettre au Platzkommandant, le major Habermas, dans les termes suivants :

En effet, le 14 août 1944, les Allemands avaient réquisitionné la moitié de l'abri Wilson, mais aussi le tiers de l'abri Sadi-Carnot, côté porte Tourville, pour y abriter des membres de l'organisation Todt et les parachutistes du général Ramcke.

Conditions de vie gauche|vignette|Vue de la partie française ; les marquages au sol donnent une idée de l'espace de vie L'éclairage de l'abri se fait à partir du début du siège de Brest par des lampes fournies en électricité grâce à un groupe électrogène, d'abord situé côté allemand, puis déplacé en haut des escaliers côté français. Un groupe électrogène de secours sera ultérieurement installé du côté allemand. Le fonctionnement de ces deux groupes étaient assuré par un membre de l'organisation Todt.

Pour remonter de l'abri, côté français, les brestois doivent monter un escalier de 154 marches, soit l'équivalent de 9 étages, pour ressortir au niveau de la place Sadi-Carnot. Néanmoins, au moment du siège et par manque de place, de nombreux habitants vont être contraints de dormir dans les escalier.

Les repas sont très faibles : les membres de la Défense passive se chargent de nourrir les habitants des abris tant bien que mal, en faisant face aux bombardements et aux relations avec l'occupant. Tous les jours, durant la trêve de 11h à 12h, ils sortent de la ville chercher quelques éléments de nourriture à donner à leurs protégés. Ils les ramènent dans leur cuisine qu'ils ont installée dans l'abri Wilson puis, à partir du 21 août 1944, aux Galeries Saluden, rue Traverse. Les brestois doivent faire la queue devant les cuisines pour obtenir leur ration du jour, délivrée contre présentation d'un ticket qui est donné quotidiennement aux occupants de l'abri par les membres de la Défense passive. À partir du 6 septembre 1944, la situation se dégradant encore davantage, la distribution des vivres se fera à l'intérieur des abris et non plus aux Galeries Saluden. Deux repas seront donnés à ce moment : le petit-déjeuner à 8h30, et un repas à 15h.

L'angoisse règne dans l'abri : en plus de l'air vicié qui couvre les habitants, le bruit et l'écho des combats à l'extérieur, le manque de sommeil et la panique causée par les bombes tombant à l'entrée de l'abri créent un sentiment de stress permanent. Cette angoisse est d'autant plus grande pour les habitants qui ne sortent jamais, contrairement aux membres de la Défense passive, aux infirmières et aux membres de la municipalité qui, eux, voient la réalité des combats, les brestois terrés dans l'abri ne peuvent qu'interpréter les sons et vibrations qu'ils entendent. vignette|Vue de l'entrée des sanitaires français Les conditions d'hygiène y sont par ailleurs déplorables : seules 19 toilettes ont été aménagées pour les 400 occupants de l'abri qui, bien souvent, sont obligés de faire leurs besoins dans les caniveaux sur les côté. De plus, le petit lavabo collectif ne permet de faire davantage qu'une toilette de chat. Ceci ajouté à l'humidité ambiante et à la faible température (en moyenne 15°C, quelle que soit la saison) cause des épidémies de gastro-entérite, ou encore l'invasion de puces due à la promiscuité entre les individus.

Tous les matins, le Révérend Père Ricard, curé titulaire de l'église Saint-Louis, préside la messe depuis l'un des paliers de l'escalier.

Enfin, du fait de la surpopulation des lieux, doivent bien souvent rester dans leur lit toute la journée et ne peuvent se lever, dans la mesure ou l'espace central de 60cm entre les lits doit toujours rester libre.

La catastrophe du

Le déroulé de la nuit

L'explosion Durant le siège, les Allemands stockent une importante quantité de munitions aux côtés du groupe électrogène de secours, et ce en violation des Conventions de Genève qui interdisent le dépôt de munitions dans un abri occupé par des civils. gauche|vignette|Les escaliers de 154 marches que les brestois ont du grimper Le samedi 8 septembre, jour de pardon à la basilique Notre-Dame-du-Folgoët, le Révérend Père Ricard et l'abbé Le Gall officient pour la population, puis la lumière s'éteint comme d'habitude vers 22h. Vers minuit le 9 septembre, la lumière se rallume : les membres de l'organisation Todt doivent quitter l'abri pour être remplacer par les parachutistes d'élite. Ce remplacement serait dû au fait que les Todt aient refusé plus tôt dans la journée de rajouter des munitions dans l'abri en sacs à dos. Les occupants de l'abri entendent alors des cris et des disputes entre militaires et travailleurs forcés, mêlés à des éclats de rire et des morceaux d'accordéon. La plupart des Todt ont évacué l'abri vers 1h. La lumière se rééteint alors.