La bataille de Smolensk de 1941 ( – ) est le premier affrontement, sur le front de l'Est à Smolensk, entre les troupes allemandes du Groupe d'armées Centre et l'armée soviétique. Elle signale un certain redressement des Soviétiques sur la portion centrale du front de l'Est, ceux-ci parvenant à freiner pendant deux mois l'avance du groupe d'armées Centre vers Moscou, grâce à de nombreuses contre-attaques, mal coordonnées et très coûteuses, mais qui provoquent l'enlisement des Allemands, les incitant à un changement de stratégie. En cela, la résistance soviétique devant Smolensk marque l'échec de l'opération Barbarossa, l'Armée rouge n'ayant pas été anéantie sur les frontières de l'URSS, comme prévu dans le plan initial.
Contexte
Après leur désastreuse défaite autour de Bialystok et de Minsk, lors de la première phase de l'invasion, les quatre armées du front de l'Ouest ont été en grande partie piégées par les deux encerclements successifs près de la frontière. Les Soviétiques essayent tant bien que mal de reconstituer une nouvelle ligne de défense le long du Dniepr et de la Daugava, pour couvrir la direction de Moscou. Pour garnir ces nouvelles positions, outre les restes des 3, 4 et , ils vont utiliser les forces de leur second échelon stratégique, à savoir les 28 divisions des 20, 21 et , qui se déploient entre le et le . Le , ces forces sont rejointes par les neuf autres divisions de la et les six de la 16.
Côté allemand, avant même la réduction des deux poches formées à l'ouest de Minsk, les unités mobiles du groupe d'armées Centre repartent de l'avant, pour empêcher les Soviétiques de se rétablir. Pour faciliter la gestion de ces deux tâches, une réorganisation est entreprise, les deux Panzergruppen sont rassemblés au sein de la Armee, qui devient la Panzerarmee, toujours commandée par le maréchal Von Kluge. Cette armée laisse en arrière ses divisions d'infanterie regroupées au sein d'une nouvelle , aux ordres de Von Weichs. Cette va finir de liquider les forces soviétiques encerclées. La Panzerarmee avance sur deux axes, le Panzergruppe d'Hermann Hoth au nord, et le d'Heinz Guderian, plus au sud.
Le Panzerkorps progresse le long de l'autoroute reliant Minsk à Smolensk, en passant par Orcha. Il est cependant freiné par les combats retardateurs, sur la Bérézina, des éléments de la , du parachutiste et du mécanisé, qui réussissent à bloquer le passage du au . Plus au sud, les Allemands plus heureux atteignent le Dniepr, à Rogatchev, qu'ils tentent de franchir le 3, puis le . Cependant une défense énergique du de fusiliers de la , les repousse par deux fois. Au nord, le Panzergruppe a encore plus de réussite, la Panzerdivision du Panzerkorps, forçant le passage de la Desna occidentale à Disna, le , et la Panzerdivision du Panzerkorps, s'emparant d'une autre tête de pont à Ulla, les 6 et . À partir de ces deux passages, ils ne tardent pas à désorganiser la défense de la et avancer vers Vitebsk.
Pour contrer la menace, dès le 4, S.K. Timochenko, ordonne une contre-attaque, pour le 6, dans la région de Lepel, avec les et et une partie de la . Dans un premier temps, les Allemands sont repoussés d'une quarantaine de kilomètres, au . Mais, pendant cette journée, le Panzerkorps réussit à envelopper le mécanisé, pendant que les parachutistes allemands tiennent fermement Sianno, et finalement Timochenko doit rappeler ses troupes en mauvaise posture. La veille, les dernières forces encerclées avant Minsk s'étant rendues, le commandement allemand peut alors, de nouveau, concentrer toutes ses forces, franchir le Dniepr et avancer en direction de Smolensk.
La prise de Smolensk
Au départ de cette nouvelle offensive, les Allemands disposent d'un très large avantage numérique. Le groupe d'armées Centre, et la qui l'appuie au nord, ont un premier échelon de 28 divisions, dont 9 de panzer et 6 motorisées, derrière lequel arrivent 34 autres divisions et 2 brigades, libérées par la reddition des Soviétiques autour de Minsk. Face à eux, les Soviétiques alignent du nord au sud, les 22, 19, 20, 13 et , qui peuvent être appuyées par la 4 en cours de rassemblement derrière la 13, et la 16 qui vient de se positionner à Smolensk. Le rapport de forces en faveur des Allemands est de 1,6 en hommes, 1,8 en artillerie et 4 en aviation ; seul le domaine des blindés avantage les Soviétiques, avec un rapport de 1,3.
Le but des Allemands est de préparer un futur mouvement en direction de Moscou et, pour cela, ils doivent s'emparer du pont de terre entre la Divna et le Dniepr, en détruisant le plus possible d'unités soviétiques. Le Panzergruppe de Guderian va fournir l'effort principal, en traversant le Dniepr, au sud d'Orcha, endroit où le cours du fleuve s'infléchit vers l'est, et le longer pour atteindre Smolensk et Ielnia. Ses deux Panzerkorps traversent de part et d'autre de Moguilev, où sont encerclés le de fusiliers et le mécanisé. Ces derniers résisteront quinze jours, face aux et Panzerkorps, avant de capituler. Derrière eux, les et de fusiliers sont aussi enveloppés, plus à l'est, mais avec l'appui des 4 et , une partie de leurs éléments peut s'échapper derrière la Soj.
De l'autre côté du cours d'eau, Hoth va envelopper les 19 et par le nord et les adosser à la rivière. Devant la défense encore très mal préparée des Soviétiques, ce mouvement s'effectue rapidement, Au nord, le Panzergruppe avance de 150 kilomètres, prenant entre autres Polotsk, Nevel et Doukhovchtchina, bousculant la , qui se replie à l'est de Smolensk. Pendant ce temps, plus au nord, les 16 et allemandes ont enveloppé la soviétique, mais les unités de celle-ci s'infiltrent et réussissent à se dégager, se rétablissant en défense sur la rivière Lovat.
Pendant ce temps, le Panzerkorps exploite sa percée et, le , ses éléments de tête sont devant Smolensk. La ville est défendue par l'une des deux divisions de la du général Loukine, une unité d'élite, la de fusiliers, originaire du district du Transbaïkal. Timochenko s'attend à une résistance prolongée mais, en deux jours, les fantassins de la Infanterie Division (mot.), appuyés par la 17 Panzerdivision, vont la repousser hors de la ville. La chute de l'agglomération est un revers sérieux pour les Soviétiques, elle ouvre la route de Moscou et laisse la presque encerclée au nord de la ville.
Réaction soviétique
Dès le , l'Armée rouge lance la contre-attaque, la franchissant le Dniepr au sud de Rogatchev, pour essayer d'envelopper le Panzergruppe, par son flanc sud. L'attaque est assez gênante pour les Allemands, et Guderian (ensuite cité sans regard critique par Paul Carell), estimera les forces attaquantes à un total de vingt divisions. En réalité, il semble que seuls deux corps de fusiliers y aient participé, le , avançant de douze kilomètres et s'emparant de Rogachev, avant d'être bloqué par le Armeekorps, à son sud, le voyant une de ses divisions, la , parvenir sur la Bérézina, à quatre-vingt kilomètres de ses positions initiales.
vignette|gauche|Soldats russesPhoto Pyotr Bernstein (1941) En face de Smolensk, la Stavka a commencé la création d'un nouveau front de réserve, composé de six armées nouvelles, les 24, 28, 29, 30, 31 et 32, regroupant environ 35 divisions. Le , Staline donne l'ordre à Timochenko d'utiliser cette réserve pour contre-attaquer massivement. Devant l'urgence, ces unités, en cours d'organisation, sont jetées dans la bataille, sans attendre. Elles forment cinq groupes de choc et vont alors attaquer, de façon convergente, jusqu'au , le cercle qui emprisonne les 16 et . Dans Smolensk même, la parvient à reprendre du terrain, en particulier dans les faubourgs nord. Cette stratégie, bien que très coûteuse, va néanmoins porter ses fruits, l'offensive allemande piétine. Hoth lance alors ses 7 et 20 Panzerdivision, et parachève l'encerclement des 16 et , soit une dizaine de divisions. Cependant, l'intervention du détachement d'armée, commandé par Rokossovski, qui emploie des chars lourds KV-1, permet de rouvrir un corridor et une partie des troupes piégées parvient à s'échapper. La fin du mois de juillet voit un certain équilibre s'instaurer, aucune des deux armées n'arrivant plus à avancer.
Hésitations allemandes
Pendant que les troupes allemandes combattent autour de Smolensk, l'indécision règne au sein des états-majors. La bataille en cours a démontré la faillite du plan initial, l'opération Barbarossa, dans lequel les armées soviétiques auraient dû être détruites à l'ouest du Dniepr. Les faits montrent que c'est loin d'être le cas, les Allemands ont surtout sous-estimé la capacité de récupération de l'Armée rouge, qui crée de nouvelles unités à un rythme bien plus élevé que prévu. Barbarossa n'ayant pas prévu la suite des opérations, après la bataille sur les frontières, à part une vague limite d'arrêt de la progression sur la Volga, la Wehrmacht se retrouve donc sans plan défini, à ce moment précis, et hésite sur la conduite à tenir. Ses unités, au combat depuis six semaines consécutives, ont besoin d'une pause avant d'attaquer à nouveau vers Moscou. Les blindés, en particulier, ont souffert sur les routes non goudronnées de Biélorussie ; de nombreux chars ont besoin d'être réparés, l'infanterie, elle, a du mal à suivre et doit être regroupée. Un autre problème, qui empêche la poursuite vers l'est, est la position dangereusement avancée du groupe d'armées Centre, en particulier vis-à-vis du groupe d'armées Sud, qui est encore bloqué devant Kiev, ce qui l'expose à une attaque sur son flanc sud.
Le , la directive d'Hitler va remettre en question, totalement, les objectifs poursuivis à l'Est. Hitler y décide d'utiliser les deux Panzergruppen du groupe d'armées Centre, en appui des deux autres groupes d'armées, pour faciliter la capture de Léningrad, au nord, et de Kiev, au sud. Les contre-attaques soviétiques vont vite rendre caduque cette directive, surtout pour le Panzergruppe 3 de Hoth, qui doit intervenir pour empêcher la reprise de Smolensk par les Soviétiques, à partir du . Par contre, l'idée d'une attaque de Guderian vers le sud est maintenue. L'attaque du Panzergruppe 2, renommé pour l'occasion Armeegruppe Guderian, est lancée le , en direction de Roslavl. La soviétique est rapidement repoussée, et quatre de ses divisions sont encerclées au nord de la ville, qui est capturée le . La soviétique intervient alors et arrive à enrayer la progression allemande, au prix de lourdes pertes. Pendant ce temps, la de Von Weichs attaque vers Gomel, plus à l'ouest, passant le Dniepr le , plus au sud, à Jlobin, face aux 13 et . Face à la poussée allemande, la défense soviétique se désagrège et les deux armées se replient vers Briansk, où elles sont réorganisées, le , au sein d'un nouveau front, celui de Briansk, confié au général Andrey Yeremenko.
La directive 34