dit Grégoire le Grand, né vers 540 à Rome et mort dans la même ville le , est un magistrat et ecclésiastique romain qui est élu évêque de Rome le après en avoir été l'un des derniers préfets de Rome.
Auteur d'une abondante œuvre patristique particulièrement influente au Moyen Âge et redécouverte au cours du , il compte au nombre des quatre docteurs de l'Église d'Occident avec Ambroise de Milan, Augustin d'Hippone et Jérôme de Stridon.
C'est en son honneur que, deux siècles après sa mort, le chant élaboré dans les abbayes du diocèse de Metz est appelé , sans que l'on sache avec certitude son rôle dans l'évolution et la diffusion du chant liturgique.
Considéré comme le suivant le comput de l'Église catholique qui en a fait l'un des docteurs de l'Église, il est considéré comme saint par cette dernière qui le célèbre le , ainsi que par l'Église orthodoxe qui le fête le .
Biographie Le Moyen Âge a connu une riche tradition hagiographique sur saint Grégoire. La première Vie est écrite entre 704 et 714 par un moine anonyme de Whitby (Angleterre). Vers 735, Bède le Vénérable compose une Histoire ecclésiastique du peuple anglais qui sert de point de départ à la Vie rédigée vers 760 par le fils de Warnefrid, connu sous le nom de Paul Diacre. Enfin, vers 872–882, un diacre romain, nommé Jean, compose une Vie beaucoup plus étendue, à la demande du pape Jean VIII.
Débuts Gregorius est né à Rome vers 540, au moment de la reconquête de l'Italie par .
Issu d'une famille chrétienne et patricienne,. - Deux de ses tantes Tharsilla et Æmiliane ainsi que sa mère Sylvie de Rome sont vénérées comme saintes-Encyclopædia Universalis, , Paris, 1968, .Il compte parmi ses ancêtres le pape Félix III (II). Son père, prénommé Gordien est sénateur Chrétien et administrateur d'un des sept arrondissements de Rome.
Le jeune Gregorius est éduqué dans le climat de renouveau culturel suscité en Italie par la Pragmatica sanctio, et excelle, .
En 572, il est nommé préfet de Rome et devient ainsi le premier magistrat de Rome ce qui lui permet de s'initier à l'administration publique. Il utilise ses aptitudes pour réorganiser les possessions de l'Eglise de Rome dans la péninsule italienne. En 574, il souscrit à l'acte par lequel Laurent, évêque de Milan, reconnaît la condamnation des par le deuxième concile de Constantinople de 553.
Vers 574–575, il décide de se consacrer plus radicalement à Dieu, transforme en monastère dédié à saint André la demeure familiale située sur le mont Cælius et adopte, comme style de vie, la vie monastique. Il nomme pour abbé le moine Valentien. On ne sait pas si Grégoire assume personnellement la direction de la communauté. A la mort de son père, ayant hérité de grandes richesses, il fonde six monastères en Sicile. On ne sait pas si Grégoire et ses moines adoptent la règle de saint Benoît, mais
À Constantinople vignette|redresse=1.0|Saint Grégoire le Grand, Sebastiano Ricci, 1700–1704 (Yale University Art Gallery.).
Grégoire est ordonné diacre par le pape (ou peut-être par , mais c'est moins probable) avant d'être envoyé à Constantinople comme apocrisiaire (représentant permanent). Il s'y rend accompagné de quelques frères et y résidera jusqu'à la fin de 585 ou le début de 586, . Il se plaint d'ailleurs de trouver difficilement à Constantinople des interprètes capables de bien traduire en grec les documents latinsLouis Bréhier, La Civilisation byzantine, Albin Michel, 1970, 329 et 388.. Cela montre qu'entre les cultures latine et hellénique de la chrétienté, il existait déjà des clivages au sein de l'Église nicéenne, cinq siècles avant la séparation formelle qui donnera naissance aux Églises catholique et orthodoxe.
C'est à Constantinople qu'il rédige sa plus importante œuvre exégétique, lExpositio in Job. Il se fait aussi remarquer par une controverse avec Eutychius, le patriarche de Constantinople, à propos de la résurrection des corps. Grégoire défend la thèse traditionnelle de l'Église nicéenne sur la résurrection des corps, tandis qu'Eutychès applique . À la demande du pape, Grégoire attire aussi l'attention de l'empereur byzantin Maurice sur l'invasion lombarde en Italie.
De retour à Rome, Grégoire reprend la vie monastique. Il joue aussi le rôle de secrétaire et conseiller de . À ce titre, il rédige l' de Pélage, où il soutient la légitimité de la condamnation des Trois Chapitres par le concile de Constantinople de 553. meurt de la peste le .
Pape Une élection à l'unanimité vignette|Le pape , enluminure du Codex Bodmer 127. vignette|gauche|Saint Grégoire le Grand, par Domenico Fetti, palais des Beaux-Arts de Lille.
Grégoire . Désireux de rester fidèle à sa vocation monastique, mais aussi saisi d'angoisse à l'idée d'une responsabilité écrasante, il essaie de se dérober : il écrit une lettre à l'empereur Maurice, mais le courrier est intercepté par le préfet de Rome. Selon le texte de Grégoire de Tours, ce préfet est "germanus eius", ce qui laisse deux possibilités d'interprétation : soit il est le frère de Grégoire, soit Germanus est son nom propre..
Grégoire n'attend pas d'être officiellement pape pour prendre les affaires en main. La ville est à cette époque ravagée par la peste inguinaire, le Tibre déborde et ses eaux boueuses, polluées par les cadavres d'animaux, engloutissent les magasins de l'Église où sont conservées les réserves de grains. Grégoire doit donc à la fois veiller à rassurer les fidèles (certains croient que la fin du monde est arrivée) et utiliser ses talents d'administrateur pour veiller au ravitaillement de la ville. Pour tenter de conjurer le fléau, il mobilise tout le peuple et le clergé des sept régions ecclésiastiques en une grande procession de prières qui parcourt les rues en implorant Kyrie eleison.
La réponse de l'empereur finit par arriver, validant l'élection. Après six mois de vacance du siège épiscopal, Grégoire est conduit, de force dit-on, à la basilique Saint-Pierre et consacré pape le . Au même moment meurt le roi des Lombards Authari. Agilulf, un arien, lui succède et, en 593, menace d'attaquer Rome. Conformément à la coutume, Agilulf épouse la veuve de son prédécesseur Théodelinde de Bavière. Cette reine catholique, dont le fils Adaloald est baptisé, en 603, dans la foi catholique, se révélera par la suite une alliée influente du nouveau pape et amènera le roi au christianisme de l'Église indivise des trois premiers conciles œcuméniques. offrira alors à la reine un encolpion en cristal de roche, recouvert d'une feuille d'or sur laquelle est niellée une image du Christ en Croix..
Le jugement de l'histoire vignette|Saint Grégoire le Grand intercède auprès de la Madone pour la fin de la peste à Rome, 1700, Sebastiano Ricci, basilique Sainte-Justine de Padoue..
Dans le contexte complexe qui accompagne la fin du siècle, Grégoire évoque dans ses homélies . Il parvient à diriger l'épiscopat des Églises italiennes, gérer le patrimoine de l'Église romaine, organiser la résistance aux Lombards et négocier avec eux et inspirer les lointaines missions d'évangélisation.
est le premier pape à être considéré par l'Orient avec respect, car il est fidèle à l'Empire byzantin, ne donne pas de sens politique à la primauté romaine (le honorifique reconnu par les pères de l'Église et les conciles œcuméniques) et est un auteur prolifique dont les ouvrages sont appréciés par les Orientaux. Aussi saint est-il toujours vénéré par l'Église orthodoxe jusqu'à aujourd'hui. Selon Cyprien de CarthageCyprien de Carthage, , compte rendu à saint ., depuis l'invasion des Lombards en Italie, l'« Évêque des Évêques » représente davantage l'Empire romain dans la péninsule que l'empereur de Constantinople, absorbé par la défense des frontières de Syrie et du Danube, et qui ne peut envoyer que sporadiquement des troupes et des subsides, le plus souvent insuffisants.
Réforme et œuvre pastorale Au cours de son pontificat, il effectue une importante réforme administrative à l'avantage des populations rurales, ainsi que la restructuration du patrimoine de toutes les églises d'Occident, afin d'en faire Dictionnaire encyclopédique du christianisme, , Paris, Éditions du Cerf, 1990, .. Ses lettres le montrent appliqué à défendre le patrimoine de saint Pierre, territoire non continu, resté sous juridiction romaine, mais éparpillé dans toute l'Italie, des côtes d'Illyrie à la Sicile, et que les Lombards avaient démembré, ruiné et désorganisé. On l'y voit revendiquer les terres aliénées ou envahies, nommer des intendants, leur tracer les règles à suivre, leur imposer les mesures nécessaires pour la perception et la centralisation des revenus. En somme, il se comporte en exarque impérial, et en quelques années, la papauté se trouve en possession d'un revenu régulier et de ressources abondantes, devenant l'une des premières puissances financières de l'Occident. En 600 et 604, Grégoire assure l'assistance de la population urbaine appauvrie, chassée par la descente des Lombards, et qui a trouvé refuge dans la ville ; au secours donné aux malades s'ajoutent les distributions mensuelles aux pauvres de pain, de vin et de lard, le service de l'annone périclitant dans l'incurie publique. Enfin, il associe les moines à l'action pontificale, non seulement en fondant de nouveaux monastères dans la « ville éternelle », mais également en octroyant à quantité d'entre eux des privilèges d'exemption, qui les placent directement sous l'autorité du Saint-SiègeHenri Pirenne, Histoire de l'Europe. Des invasions au , Paris-Bruxelles, 1939, ..
Durant son pontificat, Grégoire adopte une Dictionnaire encyclopédique du christianisme, , Paris, Éditions du Cerf, 1990, .. Insatisfait des mesures prises par l'empereur Maurice (, écrit-il à l'empereur.), il prend lui-même les choses en main, en signant en 595 une trêve avec Agilulf. En 598, il favorise une nouvelle trêve entre l'exarque Callinicos et le roi lombard. Maurice trouve ce comportement Ep. , 36.. Grégoire se défend en argumentant : . Grâce à ses contacts avec Théodelinde, la reine franque des Lombards, un mouvement progressif de conversions au christianisme nicéen s'amorce parmi ceux-ciJean Mathieu-Rosay, Chronologie des papes, Marabout, 1988, ..
À l'égard de la Gaule franque, et devant le développement de l'hérésie simoniaque, Grégoire presse les souverains Brunehaut et son fils Childebert, puis ses petits-fils et Théodebert de conduire la nation des Francs sur la voie droite de la foi et de réprimer le péché avec l'aide des évêques du royaume. Il nourrit le projet de régénérer l'Église gauloise, qu'il considère comme abâtardie, en réunissant un grand concile qui travaillera à sa réforme. Il attend aussi de cette Gaule franque un concours actif pour la conversion des païens de Germanie et appelle de ses vœux l'établissement d'une . Car songe déjà à l'idéal d'une , qui verra le jour en Occident deux siècles plus tard, et au-delà du politique, à l'objectif d'une Église universelle, .
Le geste le plus important de par rapport à l'évangélisation est l'envoi en mission, en 596, d'Augustin de Cantorbéry, accompagné de quarante moines du monastère du mont Cælius, afin de restaurer le christianisme en Bretagne. En effet, sous l'Empire, la Bretagne, royaume des Angles, avait été quelque peu christianisée, mais les Saxons avaient envahi l'île et repoussé vers l'ouest les chrétiens bretonsThomas Cahill, dernier chapitre de How the Irish Saved Civilization, Éd. Doubleday Books, NY, 1994.. Grégoire fait aussi racheter aux Saxons de jeunes esclaves bretons pour les faire élever dans des monastères. Edward Gibbon dira : Dans une lettre adressée à un missionnaire en partance pour la Grande-Bretagne païenne, en 601, donnait cet ordre :