La Maison royale de Saint-Louis est un pensionnat pour jeunes filles créé à Saint-Cyr, actuelle commune de Saint-Cyr-l'École (Yvelines), le par lettres patentes du roi Louis XIV, à la demande de Madame de Maintenon qui souhaitait la création d'une école destinée aux jeunes filles de la noblesse pauvre. Cet établissement, bien qu'il perdît sa place de premier rang à la suite de la disparition de Louis XIV puis de sa fondatrice, marqua une évolution certaine de l'éducation des jeunes filles sous l'Ancien régime.

L'établissement fut maintenu pendant les premières années de la Révolution française, mais ferma définitivement ses portes en . Napoléon s'inspira de la Maison royale de Saint-Louis pour créer la maison des demoiselles de la Légion d'honneur, qui existe encore aujourd'hui sous le nom de maison d'éducation de la Légion d'honneur.

L'origine de la Maison royale de Saint-Louis Les vœux de Madame de Maintenon L'origine de la Maison royale de Saint-Louis est fortement liée à la jeunesse de Madame de Maintenon. Issue elle-même d'une famille noble, mais ruinée, elle ne connut dans sa jeunesse qu'une instruction limitée, celle dispensée par les couvents qui assuraient l'instruction des jeunes filles noblesJacques Prévot, La première institutrice de France : Madame de Maintenon.. On n'y enseignait qu'un minimum de connaissances en français, latin, calcul et travaux ménagers, l'accent était mis principalement sur la religion et la liturgie, et on n'y donnait aucune ouverture sur le monde réel.

Elle fréquenta par la suite les milieux intellectuels grâce à son premier mari Scarron, puis devint gouvernante des enfants de Louis XIV et de Madame de Montespan, ce qui lui donna une expérience et une vocation d'éducatrice. Une fois aux côtés du roi Louis XIV, Madame de Maintenon eut à cœur d'améliorer l'instruction des jeunes filles de la noblesse pauvre, de plus en plus nombreuses dans le pays, car beaucoup de gentilshommes de province se faisaient tuer lors des guerres ou se ruinaient au service de l'État.

La fondation de la Maison royale de Saint-Louis vignette|redresse|Fronton de la Maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr-l'École. En 1680, Madame de Maintenon remarqua deux religieuses, l'ancienne ursuline Madame de Brinon et sa parente Madame de Saint-Pierre, qui tenaient une petite école destinée aux jeunes filles pauvres afin de les placer comme domestiques.

Elle les établit à Rueil en 1681, dans une maison qu'elle avait louée et aménagéeÉric Le Nabour, La Marquise de Maintenon - L'épouse secrète de Louis XIV., où elle ajouta vingt filles de la noblesse pauvre aux élèves issues du peuple, qui recevaient une instruction différente. Le , l'école des filles de la noblesse pauvre fut déplacée à Noisy-le-Roi, avec l'aide du roi qui offrit le château de Noisy qu'il venait d'acquérir et d'aménager, pour accueillir plus de 180 pensionnairesFrançoise Chandernagor, L'Allée du Roi..

Le , en Grand Conseil, Louis XIV décréta la fondation

Le domaine de Saint-Cyr fut attribué en 1685, et le roi ordonna de grands travaux sur le domaine en bordure de Versailles. Les travaux furent dirigés par Jules Hardouin-Mansart. En , après quinze mois de travaux, Louis XIV fit don du domaine à la Maison royale de Saint-Louis, les lettres patentes des 18 et confirmant la fondation de l'établissementJean-Paul Desprat, Madame de Maintenon (1635-1719), ou le prix de la réputation..

Du au , les pensionnaires, appelées « Demoiselles de Saint-Cyr », firent leur entrée dans l'établissement, en grande pompe grâce à Louis XIV qui avait prêté ses carrosses et ses gardes suisses. Madame de Brinon fut nommée supérieure à vie, et Madame de Maintenon reçut le titre d'« Institutrice de la Maison royale de Saint-Louis » qui lui accordait toute autorité sur la Maison. Le roi lui accorda également la jouissance à vie d'un appartement à Saint-Cyr où elle pouvait se rendre quand elle le désirait.

La chapelle de l'école fut consacrée à Notre-Dame le et les reliques de Sainte Candide, auparavant conservées à la chapelle de Noisy, y furent transférées.

Louis XIV fit sa première visite à Saint-Cyr en , où il fut accueilli en grande cérémonie par les dames et les pensionnaires.

Dès la fondation de la Maison royale, des personnalités s'y intéressèrent : au début de l'année 1687, Fontenelle, concourant pour le prix d'éloquence de l'Académie, chanta les Demoiselles de Saint-Cyr et .

L'établissement vignette|redresse|Deux Demoiselles de Saint-Cyr, gravure de Nicolas Bonnart entre 1680 et 1715. La Maison royale de Saint-Louis était ouverte . Elles devaient avoir entre sept et douze ans pour entrer à la Maison royale. Leur admission était décidée par le roi lui-même, après consultation du juge des généalogies de France qui devait s'assurer que la famille des postulantes appartenait à la noblesse depuis au moins 140 ansLe règlement (1745) pour l'accès d'une demoiselle noble à la Maison royale de Saint-Louis.. Beaucoup de pensionnaires étaient filles, nièces ou orphelines de militaires ; si beaucoup d'entre elles venaient de Paris ou des environs, il y avait des élèves provenant de toutes les provinces de FranceListe des élèves de Saint-Cyr par département conservée par les archives du conseil général des Yvelines. et même de l'étranger, avec, par exemple, trois Québécoises (de la « colonie de la Nouvelle-France en Amérique du Nord ») dans les années 1750.

La maison pouvait accueillir 250 « Demoiselles de Saint-Cyr ». Elles étaient sous la responsabilité de 36 Dames éducatrices ou « professes » et 24 sœurs « converses » assurant les tâches domestiques, auxquelles s'ajoutaient des prêtres et du personnel laïc.

Les élèves, âgées de sept à vingt ans, étaient réparties en quatre « classes » en fonction de leur âge. Elles portaient en guise d'uniforme une robe d'étamine brune rappelant les robes de cour, nouée de rubans dont la couleur indiquait la classe de l'élève : « rouge » de 7 à 10 ans, « verte » de 11 à 13 ans, « jaune » de 14 à 16 ans, « bleue » de 17 à 20 ans. Elles étaient coiffées d'un bonnet blanc qui laissait voir en partie les cheveux. Chaque classe disposait de sa propre salle dont les meubles et le décor étaient simples et reprenaient la couleur correspondanteInventaire de la « classe rouge » conservé par les archives du conseil général des Yvelines.. Cette tenue et cette répartition par âges étaient reprises de la maison de Noisy (Mémoires des Dames de Noisy, citées dans La première institutrice de France : Madame de Maintenon)..

Chaque classe était dirigée par une « maîtresse de classe », elle-même secondée par une deuxième maîtresse et des sous-maîtresses. Certaines élèves, parmi les plus âgées et les plus douées, secondaient ces maîtresses et portaient des rubans « feu ». D'autres élèves, également choisies parmi les Demoiselles de la classe « bleue », secondaient les Dames titulaires de certaines fonctions (les « officières ») ; ces demoiselles portaient des rubans noirsEn fait, le rôle des « noires » était assez large. Choisies parmi les « bleues » les plus douées et les plus disciplinées, elles avaient la charge d'aider les dames à l'infirmerie, au réfectoire, à la tenue des comptes de la Maison royale Ces tâches étaient supposées les préparer à leur future tâche de maîtresse d'un domaine lorsqu'elles seraient mariées (source : Jacques Prévot, La première institutrice de France : Madame de Maintenon). Les maîtresses des classes étaient sous la direction d'une « Maîtresse générale des classes », qui assurait la coordination des différentes classes et avait la responsabilité des élèves en dehors de leurs heures de cours.

Les maîtresses et autres Dames n'étaient initialement pas des religieuses, mais elles devaient cependant prononcer des vœux « simples », c'est-à-dire temporaires, de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, ainsi que celui « de consacrer leur vie à l'éducation et instruction des Demoiselles », que Madame de Maintenon jugeait le plus important. Elles étaient uniformément vêtues d'étamine noire, avec un bonnet noir.

Les élèves étaient accueillies à Saint-Cyr jusqu'à l'âge de 20 ans, et n'étaient pas censées quitter la Maison royale avant cet âge, sauf en cas de renvoi, de mariage ou de « circonstances familiales exceptionnelles ». Lorsqu'elles quittaient l'établissement à la fin de leurs études, elles recevaient une dot de destinée à leur assurer un mariage convenable ou leur permettre d'entrer au couvent. Un nombre croissant d'entre elles ne quitta pas l'établissement et devint éducatrices. Afin d'assurer la qualité de l'enseignement, les élèves qui souhaitaient devenir éducatrices devaient suivre un « noviciat » de six ans durant lequel elles recevaient une formation pédagogique dirigée par la « Maîtresse des novices ».

Les revenus de l'établissement provenaient des rentes et exploitations de ses domaines, des subsides de la Généralité de Paris et des revenus de l'abbaye de Saint-Denis à laquelle elle était rattachée.

Les bâtiments vignette|redresse|Plan du rez-de-chaussée de la Maison royale de Saint-Louis par Jules Hardouin-Mansart vers 1684-1685. En concevant les bâtiments de la Maison royale de Saint-Louis, Jules Hardouin-Mansart décida d'un plan en U qu'il utilisait fréquemment, et les bâtiments réservés aux Dames et aux Demoiselles s'inscrivirent dans un H d'imprimerie, auquel il faut ajouter la chapelle de l'école à l'ouest.

Les salles de classe et les dortoirs des élèves étaient situés respectivement au et au , les dortoirs se trouvant juste au-dessus des salles de classe correspondantes. Chaque dortoir contenait 40 lits et était entouré de deux cellules destinées aux maîtresses. Chaque salle de classe était également juxtaposée d'un petit dortoir supplémentaire de 20 lits, bordé lui aussi de deux cellules pour les maîtresses. L'infirmerie était placée à l'écart des dortoirs, ce qui permettait d'assurer l'isolement des malades et donc d'éviter la propagation de maladies contagieuses.

Les pièces réservées aux pensionnaires étaient situées à l'est des bâtiments, afin de les éloigner le plus possible de l'entrée des visiteurs, située à l'ouest au niveau de la « cour du dehors ».

Les bâtiments bénéficient de multiples protections au titre des monuments historiques : classement par arrêté du pour la chapelle, les portes d'accès à la cour d'entrée, la façade du pavillon des archives (construit sous le règne de Louis XV par Gabriel.), deux écussons décorant le bâtiment central, le grand escalier des Dames, et certains bâtiments, inscription par arrêté du pour les parties non classées de l'établissement et classement par arrêté du pour les bâtiments et partie de trois perspectives reliant l'école au parc de Versailles.

L'enseignement vignette|redresse|Règlement de la Maison royale de Saint-Louis (1700). Le règlement, souvent appelé les Constitutions, précisait dans son article 54 « Ce qu'il faut apprendre aux demoiselles »Exposition sur la Maison royale : Premièrement à connoistre Dieu et la religion […] Il leur faut inspirer une grande horreur du vice et un grand amour pour la vertu […]. Il faut leur apprendre les devoirs d'une honnête femme dans son ménage, à l'égard de son mari, de ses enfants et de ses domestiques […]. On leur apprendra à se tenir de bonne grâce […] on leur apprendra parfaitement à lire, à écrire l'orthographe, l'arithmétique […] On leur doit apprendre à peigner, à coiffer, quand elles sont destinées à servir […]

Chaque classe avait un programme approprié à l'âge des élèves : les « rouges » apprenaient la lecture, l'écriture et le calcul, recevaient leurs premières leçons de catéchisme et des rudiments d'histoire religieuse et de latin ; les « vertes » continuaient ces matières et y ajoutaient l'histoire et la géographie ; les « jaunes » apprenaient également le dessin, le chant, la danse, le théâtre et la musique ; les « bleues » étaient initiées à l'héraldique, à l'histoire de l'Église et avaient des cours de morale plus poussés.